CARACTÈRES ÉCONOMIQUES DES GILDES DE MÉTIERS
qui rendait la réglementation des prix et des procédés de fabrication bien plus facile qu’elle ne le serait dans les temps modernes (1). L’étroitesse même du marché et le fait que bien des articles demandés étaient réclamés par le besoin et non par le luxe, rendaient la demande constante ; aucune des difficultés sociales que causent aujourd’hui les fluctuations rapides et incalculables de la demande, n’avaient commencé à se produire.
II. — Le capital iouaxi alors un rôle très peu considérable. Pour devenir maître-artisan, un homme avait besoin de pouvoir louer une maison, acheter les outils nécessaires, enfin, dans quelques métiers, de posséder un peu d’argent pour se procurer des matériaux ; mais Vhabileté, les relations, l’aptitude à produire de bonnes marchandises, la demande assurée d’un petit groupe de
vaillaitdur, et espérait être capable de devenir en quelques années un inailre indépendant ; et tant qu’il restait journalier, il n’y avait pas d’abîme social enti e lui et son employeur ; ils travaillaient dans la même boutique, côte à côte, et le serviteur gaj^nait probablement au moins la moitié autant que son maître.
IV. — C’est pourquoi si nous comparons la classe ouvrière d’aujourd’bui avec celle du xiv® siècle, ce n’est pas avec les journaliers, mais avec les maîtres des métiers qu’on doit faire la comparaison. Le plus important contraste qui nous frappe, c’est que l’artisan du Moyen Age était personnellement indépendant, au sens où l’ouvrier moderne ne l’est pas. 11 travaillait dans sa boutique, possédait ses jwopres outils, et travaillait aux heures qui lui plaisaient, sauf les restrictions qui s’appliquaient au travail de nuit et au dimanche. Dans quelques métiers, en elîet, il recevait les matières brutes des clients, et leur rendait des articles confectionnés à leur propre usage ; dans quelques-uns, il dépendait plus ou moins des artisans des autres métiers, recevait les marchandises à moitié Unies, et les rendait dans un état de fabrication plus avancé. Mais, dans beaucoup d’industries, l’artisan achetait ses matériaux, vendait ses produits à tout client qui se présentait, c’està-dire qu’il était à la fois marchand et fabricant (I). La classe des boutiquiers commençait seulement à naître.
y. — Nous avons vu que les gildes n’étaient pas indépendantes, mais soumises au contrôle des autorités municipales et centrales. Le principal objet de ce contrôle, comme des statuts des gildes, était d’assurer la bonne qualité des marchandises produites. L’état moderne a abandonné cette tentative, sauf dans le cas de certains articles de nourriture. Mais il faut reconnaître que la tâche était plus aisée au Moven Age. Les besoins étaient com-
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parativement peu nombreux, et ne changeaient pas ; les artisans du voisinage y fournissaient, les consommateurs et les producteurs étaient en relations directes. Ces règlementations touchaient non seulement aux intérêts des consommateurs, mais aussi à ceux du métier lui-même, qui pouvait soulTrir de la malhonnêteté de ses membres individuels (1). Elles n’ont disparu que lorsque la production est devenue beaucoup plus grande, et a du satisfaire aux exigences d’un marché très étendu et très changeant. Comme nous devions nous y attendre, la doctrine « caveat einptov » (2) apparaît d abord dans 1 industrie des draps. Cne pétition des foulons de Londres, en 13tî9, demande que ceux qui achèteront des draps, dont les défectuosités sont évidentes, le fassent à leurs risques et périls (3).