VI. l,a surveillance des procédés de fabrication fut la
raison principale qui poussa les autorités centrales et locales à encourager, même avec insistance, l’organisation séparée des différentes branches de la même industrie, et à établir la règle que chaque artisan devait choisir son métier, et s’y tenir. Un acte du parlement de
(t) Cf. Sclionberg, 30
être punis d’un emprisonnement de six mois et d’une amende payée au roi (1). Suivaient les ordonnances spéciales que voici : « Un teinturier et un tisserand ne teront aucune espèce de drap », c’est-à-dire ne pourront nuire au commerce des drapiers (2). La division des métiers était quelquefois d’une minutie amusante. Les fabricants d’arcs ne pouvaient faire des flèches, réservées aux lléchiers. Les cordonniers « travailleurs en cuir neuf » ne pouvaient revendre, ni remonter, pour la vente, les vieilles bottes et les vieux souliers, et nuire ainsi aux savetiers, bien que les savetiers eussent l’autorisation spéciale de se servir de cuir neuf pour ressemeler les vieilles bottes (.3).
VIL — I ^es membres de chaque métier vivaient généralement dans la même rue ou dans le voisinage. Ainsi à Londres, les selliers habitaient autour de Saint-Marlinle-Grand, et en étaient les paroissiens ; les lormiers vivaient dans Cripplegate, les tisserands dans Cannon- Street, les forgerons {smiths) dans Smithfield, les boucliers dans Bucklesbury (4). Ainsi à Bristol il y avait la Tucker-Street(la rue des tuckers ou foulons), Corn-Street (la rue du blé), Knifesmilh-Street (la rue des couteliers), Butclier Bow (l’allée des bouchers), Cooks’Row (l’allée des cuisiniers) et ainsi de suite (.3). Un groupement semblable devait fortifier considérablement le sentiment de la vie corporative dans chaque métier, et rendre aussi comparativemenl facile l’œuvre de la surveillance.
Le travail industriel de l’Angleterre reposait pour une si grande partie sur le système de la gilde, qu’on peut parfaitement employer ce terme pour désigner toute l’organisation de l’industrie. Mais pour quelques métiers.
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et dans quelques districts, s’il y avait une demande de certaines marchandises suffisante pour inviter des artisans à se livrer à une espèce particulière de travail, cette demande n’était pas assez importante cependant pour provoquer la création d’une corporation d’artisans du même métier, qui fussent assez nombreux pour former une gilde ou une association. Ainsi beaucoup de villages avaient un forgeron ; mais il n’y avait de gilde de forgerons que dans les plus grandes villes. On trouvait probablement des tisserands et des foulons isolés, épars ici et là dans la campagne. En ce cas, l’artisan n’était qu’un individu, sans la protection et le contrôle de la gilde. Mais les caractères essentiels de sa position étaient les mêmes que ceux des membres d’une gilde. Son capital était très petit. Il traitait directement avec le client ; et aucun abîme social ne le séparait des hommes ou des enfants qu’il employait, un ou deux ouvriers ou apprentis (I).
Dans les conditions que nous avons indiquées plus haut, le commerce national et étranger a dû jouer, dans la vie économique, un rôle bien inférieur à celui qu’il joue en Angleterre aujourd’hui. Le commerce, tel qu’il existait, fut réglementé par le fort gouvernement des Angevins d’après des principes que les circonstances contemporaines expliquent facilement. Si les marchands n’avaient pas été réunis dans des centres déterminés et à des époques fixes, il eût été impossible et de les protéger, et de surveiller leurs agissements dans l'intérêt du consommateur, et d’obtenir d’eux les droits qui formaient
(1) Statules at Lartje, éd. 1735, I, 297.
(2) Liber Albiis, 742. Cf. Woolen Industry
(3) Memoriah, 341, 539.
(4) Liber Custiimarwn, Introd. LVIII, I.X\'
(5) Hunt, Bristol, 52.
(1) Cf. Woolen Industry, 73
une part considérable du revenu royal. Aussi la politique du gouvernement consista à ouvrir au commerce régulier, des voies, au milieu desquelles il était obligé de se mouvoir.
Les routes étaient mauvaises, probablement moins mauvaises qu’elles ne le sont devenues au xvii® siècle. Les principales grandes routes étaient de construction romaine ; avec le temps elles tendaient à devenir pires, plutôt qu’à s’améliorer. Il n’y eut pas de loi édictée pour la réparation des routes avant les statuts 2 et 3 de l’Iiili]>pe et de Marie Tudor (1). Le statut de Winchester, 1285, décidait que les fourrés et les sous-bois, même sans ebènes et sans grands arbres, seraient défrichés sur la largeur de deux pieds, de chaque côté des grandes routes menant d’un marché à un autre ; mais c’était seulement pour empêcher les gens « de s’y embusquer pour faire dommage à autrui » (2). L’obligation de réparer les grandes routes incombait, selon la loi commune, à la paroisse, excepté lorsque c’était une charge attachée à une propriété à travers ou près de laquelle la route passait ; la négligence pouvait entraîner une action judiciaire (3) ; la destruction des routes et des ponts était une des ([uestions sur lesquelles les slierilfs étaient obligés de faire des enquêtes, dans l’inlention de demander des cautions. De plus, les grands propriétaires dont les domaines étaient épars dans de nombreux comtés, avaient intérêt à la conservation des routes, intérêt qui diminua dans les siècles suivants, lorsque les propriétés se trouvèrent établies plus solidement. Cependant les roules étaient souvent presque impraticables. En 1350, à Londres, on adopta la résolution de créer des péages sur tout chariot ou toute bête de somme en-
(1) Held, Zwei lincher zur fiocialen Geschickie Englands^ 571.
(2) Select Charters^ 474.
(3) Clialmers, Local Government (English Citizen Seriesj, I3i*.
Vt
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trant ou sortant par une des portes de la cité. Ce qui est assez curieux, on exceptait ceux des grands personnages et autres gens qui emportaient des vivres pour en faire usage dans leurs maisons. Ces péages étaient destinés à la réparation des routes dans les environs immédiats de de la métropole (Ij. La conservation des ponts était ret^ardée comme particulièrement importante, et, en quelque sorte, comme un devoir religieux. Très souvent ils étaient confiés à des gardiens spéciaux, qui avaient le pouvoir de prélever des péages. Ainsi le pont de Hochester, sur la principale route des ports en communication avec la France et avec les Pays-Das, était dans les mains de gardiens et d assistants, qui avaient une organisation semblable à celle d’une gilde, et qui, pour en réparer la construction, administraient des revenus fournis par des terres « appropriées » et « tributaires (2). IMais le droit de percevoir les péages des ponts était souvent obtenu par des personnes qui négligeaient leurs devoirs ; et dans le cas où les ponts n’étaient pas confiés à des individus spécifiés, c’était souvent une question pleine de difficulté, que de déterminer lequel des propriétaires voisins était responsable, et il était plus difficile encore de le faire payer (3). 11 y avait quantité d’auberges. Le warden de Merton et deux des « fellows » (agrégés de collège), voyageant, aller et retour, pour aiïaire, en IVorthumberland en 1332, s’arrêtèrent, en chemin, presque chaque nuit dans des auberges (1). On n’hébergeait donc apparemment dans les monastères que les voyageurs très pauvres, par charité, ou les personnages très puissants, par peur (5).
Chaque ville avait un marché et des jours de marché
(1) MemorialSj 291.
(2) Ninth Report, Hist. MSS. Comm., 285.
(3) Jusserand, Vie nomade 30, 31.
(4) Rogers, Six CenUiries of Work and Wagefî, 137.
(5) Jusserand, 66.
fixes. Comme aujourd’hui on y vendait aux citadins le surplus des produits des contrées agricoles, et aux fermiers les objets fabriqués par les artisans de la ville.
I Une ville ne pouvait réclamer la possession d’un mar-
ché qu’en se fondant sur une concession royale ou sur un usage immémorial. Comme c’était un droit considérable, comme l’établissement d’un marché dans le voisinage diminuait le commerce de ceux qui étaient déjà établis et amoindrissait leurs profits, il y avait toujours une très grande jalousie entre les villes rivales, jalousie qui fournissait de fréquentes occasions de procès. Ainsi sous le règne de Henri II, les gens d'Oxford et de Wallingford déclarèrent que dans les anciens temps on n’avait vendu que du pain et de la bière dans les marchés d’Abingdon, ou, en tous cas, rien de ce qu’on a coutume de transporter par bateaux et par voiture de roulage. Le roi cependant se mit du côté du monastère, et lui accorda la permission de tenir « marché complet », bien que les marchandises ne dussent y être amenées que par les bateaux de l’abbé (1). Bracton prétend qu’un marché ne doit jamais être établi plus près que six milles et deux tiers de mille d’un autre déjà existant (2), mais il n’est pas probable qu’une telle loi ait jamais été observée. Les marches d Oxford, du mercredi et du samedi, avaient été réglés par l’Université dès 1319. Les articles vendus étaient le foin, la paille, les bourrées, le bois de charpente, les porcs, la bière, le cuir et les gants, les fourrures, le linge et le drap, le blé et les produits de la laiterie. La place de la Grande-Rue et du Marché aux grains où chaque espèce de marchandise devait être vendue, était fixée strictement (3). Par exemple, pour la vente, les porcs devaient stationner entre les églises de
(t) Chronicou Monasterii ‘de Abingdon (Rolls’ Sériés) II Préface, LXXV-LXXIX.
(2) D’après l’autorité de Boase, Oxford, 14.
(3) Ihid, 57, 58.
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Sainte-Marie et de Tous-les-Saints.. Dans nos villes, on désigne à part un terrain pour y établir un marché à bestîaux, en dehors des principales rues ; c’est un perfectionnement d’une époque postérieure.
Pour acheter les marchandises étrangères, ou les produits des comtés éloignés, les gens devaient attendre les grandes foires, dont les traces sont en train aujourd’hui de disparaître peu à peu. Llles commençaient ordinairement le jour de la fête d un saint, fait qui se rattache à ce quelles devaient leur origine à un grand concours de peuple autour de reliques particulières, qui donnaient lieu à de grandes fêtes. En de telles occasions, les désordres commis dans les cimetières furent fréquemment condamnés par les conciles de l’Eglise primitive. Un jour qui convenait particulièrement était le septembre, la fête de saint Gilles, car on pouvait
alors faire des provisions pour l’hiver ; et la chapelle du saint ermite, toujours placée hors des murs, était un endroit de réunion très commode. Les foires les plus importantes au xii“ siècle étaient celle de Boston pour l’Est Anglia et le commerce avec les Flandres (1), et celle de Winchester pour les comtés du sud et le commerce avec la France. A la tin du Moyen Age, la place de Boston fut prise par Stourbridge, près de Cambridge. La foire de Winchester tomba aussi en décadence vers le début du xv® siècle, et comme aucune autre foire ne se créa pour prendre sa place dans les comtés du sud, il peut être bon de s’arrêter ici pour décrire son activité (2). Guillaume 11 avait accordé à l’évèque une foire de trois jours, qui se tenait en dehors
(1) Cunningham, Growth of Emjlish Industry and Commerce, I,
(2) L’exposé suivant est emprunté a la remarquable introduction du doyen Kitchin à la Charter of Edouard III for saint Giles'Fair, 1347, Winchester Cathédral Records, n» 2, 1886.
(le AA'inchester sur la colline orientale. Ses successeurs immédiats accordèrent une prolongation de temps, jus- <]u a une charte de Henri H, qui la fixa à 16 jours, du dl août au 15 septembre. Le 31 août au matin, « les justiciers du pavillon de l’évêque » proclamaient l’ouverture de la foire sur le haut de la colline, puis, ayant re(ju les clefs aux portes, parcouraient la cité à cheval, prenaient possession du poids public dans le marché à la laine pour empêcher qu’on n'en usât préventivement; alors, avec le maire et les baillis à leur suite, ils chevauchaient de nouveau vers la tente ou le pavillon établi sur la colline ; là, ils désignaient un maire spécial, un bailli et un coroner (officier de police), pour gouverner la cite, au nom de 1 evêque, pendant le temps de la foire. Le sommet de la colline était bientôt couvert de rues et de boutiques de bois : dans 1 une, les marchands des Flandres, dans l’autre, ceux de Caen ou de quelque autre ville normande, dans une autre, les marchands de Bristol. Là étalent placés les forgerons sur une rangée, et là, les drapiers ; tout autour de la foire était une palissade de bois, avec une entrée gardée. Ces précautions ne suffisaient pas toujours à empêcher des aventuriers entreprenants d’échapper au paiement du droit de forage, en se creusant une route sous la clôture. Le premier jour aussi faisaient leur apparition, à cheval et en armes, devant les justiciers de l’évêque, les tenanciers qui, par leur tenure, étaient astreints à se présenter ainsi. Trois ou quatre d’entre eux étaient chargés de veiller à ce que les sentences de leur cour et les ordres de l’évêque fussent dûment exécutés dans la foire, aussi bien (^u’à Winchester et à Southampton. lout commerce était, d’autorité, susjiendu à Winchester dans (( un circuit de sept lieues » ; des gardes stationnaient à des postes-frontières, aux ponts, et autres endroits de passage, pour empêcher qu’on ne violât
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le monopole. A Southampton, situé hors du circuit, on ne pouvait vendre, pendant le temps de la foire, que des vivres ; les artisans de Winchester eux-mêmes étaient obligés de se transporter sur la colline, et d’y travailler de leur métier durant la foire (1). H y avait une échelle graduée de péages et de droits. Tous les commentants de Londres, de Winchester, ou de Wallingford, qui arrivaient pendant la première semaine, étaient francs de tout droit d’entrée. Après cette date, les nouveaux venus payaient les droits, excepté les membres de la gilde de commerce de Winchester (2). Pour peser une balle de laine, on payait quatre pence, « l’argent du pesage de l’évêque » ; de plus, le vendeur et l’acheteur payaient chacun un penny pour le traitement du peseur; il y avait des droits semblables sur les autres marchandises. Dans chaque foire il y avait une cour des pie-poivder (pieds poudreux, colporteurs) dans laquelle le lieutenant du lord décidait, selon la loi commerciale, dans tous les cas où une contestation pouvait s’élever, suspendant pour un temps la juridiction municipale ordinaire. A Winchester on l’appelait la cour du pavillon. Là, les serviteurs de l’évêque apportaient tous les poids et mesures à fin de vérification; là, les juges prononçaient d’après un tableau ou échelle fixe, sur le prix du vin, de la bière, du pain et autres vives, condamnant au pilori tout boulanger dont le pain n’était pas de poids ; là, chaque jour, les contestations pour dettes, qui s’élevaient entre les marchands, étaient jugées, parjurés, sur la production
(1) « Quod corvesarii, sutores, vel atii operarii sive artifices « quicumque in predicta civitate alibi quam in eadera feria ope- « raliones seu opéra sua sub forisfactura eorumdem non exer- « cebunt nec vendere possunt nec aliqui ea emere debent », Charter of I3i7, éd. Kitcbin, 38.
(2) Ibid., 34.
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