‹ Histoire et doctrines économiques de l'Angleterre [microform]Chapitre 4 sur 114 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Sources. — Le témoignage le plus important, antérieur à la conquête normande, est le document anglo-saxon, liectitudines Singularum Personarum, imprimé avec une ancienne version en latin, probablement du xii<= siècle, dans Tliorpe, Lois et Institutions anciennes (angl. 1840), et avec une traduction allemande, dans Scbmid, Gesetze der Angelsachsen (1858). Il rappelle les devoirs du thegn, du geneat (dans la version latine, villanus) du cotsetla et du gebur, et semble avoir été rédigé au x' siècle pour servir de guide à ceux qui étaient chargés d’administrer

les domaines.

Le Domesday Book, 1086 (imprimé en 1783; deux volumes de supplément eu 1816) établit, pour chaque manoir, la valeur, l’étendue, le nombre des tenanciers, à trois époques : 1) au temps du Confesseur ; 2) immédiatement après la conquête ; 3) à la date même du cadastre ; mais ce n’est que par e.xception et seulement pour le Middlesex qu’il nous intorme de 1 étendue des tenures non nobles.

Puis vient une série de pouillés et d’états de revenus des manoirs de plusieurs grandes corporations ecclésiastiques. Les plus importants sont : le Carlulaire de Burton, entre 1100 et 1113, dans les Collections pour l’histoire du Staff or dshire, V. (1884); le Livre noir de reterborough, entre 1125 et 1128, dans l’Appendice au Chronicon Pelerburgense, éd. Caraden Soc. (1849) ;

le Livre de Bohlon, H83, pour les domaines de l’évêque de Durham, dans le Domesday Book, IV (1816), édité aussi par Greenwell, Surtees Soc. (1852) ; pour les domaines de Saint-Paul, un fragment du Domesday de Ralph de Diceto, 1181, une Enquête de 1222, Ln état des Reienus de 1>240, et un Compotus Maneriorum et Firmormn de 1300, dans le Domesday de Saint-Paul, éd. Haie, Camden Soc. (1858) ; Le registre du prieure de Worcesler, 1240, éd. Haie, Camden Society (1865); beaucoup de terriers de manoirs dans le Cartidaire du Monastère de Ramsey, 1231-52, I, Rolls Sériés (1886), et dans le Cartidaire du monastère de Gloucester, III, Rolls Sériés (1867); Les Coutumiers de l'Abbaye de la Bataille, 1282-1312, éd. Scargill-Bird, Camden Soc. (1887) ; le Rotulus redituum 1290, in Registrum Cartarum de Kelso, II , éd. Rannatyne Club (1846); un État des revenus de 1298, dans la Correspondance de Coldingham, éd. Surtees Soc. (1841); le Magnus Rotulus de l’évêque Rec de Durham (1.307), dans le Livre de Roldon de Greenwell, Appendice ; et un extrait à part pour le manoir de Bleadon, tiré du Coutumier de Saint-Swithun, Winchester, dans les Mémoires del'histitut archéologique (angl. 1849).

On pourrait, d ailleurs, penser que les domaines ecclésiastiques dilTéraient des domaines laïques, ou les grands domaines des petits, pour ce qui est du caractère et des occupations de leurs habitants. Cette opinion est réfutée par les Roluli Hundredorum de 1279 (imprimés en 1818), l’autorité la plus importante de beaucoup pour l’bistoire sociale après le Domesday. Ces rôles donnent les comptes détaillés de chaque manoir et de chaque tenancier sur une grande étendue de l’Angleterre centrale. Les Exienta Manerii, de date incertaine, mais ordinairement attribués à la quatrième année d'Edouard I, {Statuts du Royaume, I, 242) ne sont autre chose qu’une liste d’instructions, applicables à tous les cas d une manière générale, pour la rédaction du terrier d un manoir. Le traité du légiste Bracton, du règne de Henri III, nous fournit des définitions de la situation des différentes classes ; mais le texte ordinaire contient des interpolations incompatibles avec son sens général, et jusqu’à ce que nous ayons une édition critique de l’ouvrage, on ne peut le considérer comme une autorité à laquelle on puis.se se fier. (Voyez Vinogradoff. Le texte de Bracton, dans la Revue trimestrielle de législation (angl. Avril 1885). — Fleta, manuel de droit, populaire au Moyen âge, ajoute des couleurs à la peinture par la description des devoirs de l’Intendant, du Bailli et du Reeve (t),

(1) Cette fonction seigneuriale ne peut se rendre par un terme équivalent en français {Note du trad.).

et d’autres serviteursdu manoir.ll a été imprimé par Selden (1647), et par Houard dans les Coutumes anglo-normandes, 111, 1776.

11 a été récemment montré par M. Cunningham, dans son introduction à l’édition de l'Agriculture de Walter He/i/e// (angl.), publiée par Miss Larnond, 1890, que l’auteur de Fleta avait emprunté des paragraphes à Walter. Un État de revenus de 1298, et un Compte de Bailli pour 1316-1317, ontétéinsérés dans Rogers, Histoire de l'Agriculture II (angl. 1866), et un État de comptes et un Coutumier de 1340, de grande valeur, dans Scrope, Histoire du château de Combe (angl. 1832). On verra l’étroite ressemblance de la Normandie et de l’Angleterre, par rapport aux relations des classes, en se référant à Léopold Delisle, Etudes sur la condition de la classe agricole, etc... en Normandie (1852); voyez surtout l’État des revenus de l'abbaye du Mont Saint-Michel, p. 673 et suiv.

Des écrivains modernes le premier qu’il faut mentionner est John Mitchell Kemble, Les Saxons en Angleterre (angl. 1848). 11 décrit la marche comme une association volontaire d’hommes libres (freemen), et affirme « que c’est là la base originale, sur laquelle repose toute société teutonique ». Cette théorie fut mise en œuvre, surtout pour ce qui regarde l’Allemagne, par George von Maurer, dans une série d’ouvrages, dont les plus importants furent : E'inleitung zur Geschichte der Mark-,Hof-,Dorf'-, und Stadt-Verfassung (1854), et Geschichte der Fronhofe, der Bauerntiôfe, und der Hof-Verfassung in Deutschland (1862-68). Des recherches sur l’histoire exclusivement agricole ont été faites avec grand succès par Georges Hanssen, dont les articles sont réunis dans Agrarhistorische Abhandlungen (I, 1880 ; voyez spécialement sa critique de Nasse, p. 484 et suiv.). Ce fut Nasse qui appliqua le premier avec quelque détail la théorie de la marche à l’Angleterre, dans la Communauté agricole au Moyen Age et les Biens clos au xvi® siècle en Angleterre, traduit en anglais pour le Cobden-Club par Ouvry (1871). Sir Henry Maine, acceptant les conclusions générales de Maurer et de Nasse, fit un commentaire sur leurs résultats, et essaya de les confirmer, en les comparant aux coutumes indiennes dans Les Communautés de village dans l’Est et dans l'Ouest (angl. 1871). Pendant quelque temps, la théorie que le manoir était sorti de la communauté d’une marche franche régna souverainement en Angleterre. L’évêque Stubbs eut soin, il est vrai, dans son Histoire Constitutionnelle (angl. 1873) de ne pas s’engager, sans réserves, sur cette question. Mais son argumentation générale au sujet de la formation des relations de dépendance, conduisait à cette con-

<4 CHAP. I. — le manoir et LA COMMUNAUTÉ DE VILLAGE

clusion, que le pouvoir du seigneur du manoir s’était développé, généralement parlant, tardivement et graduellement.

En même temps, au milieu du succès apparent des recherches allemandes, une autre voie d’investigation, représentée surtout par les savants français, avait été singulièrement négligée. Guérard (1844), dans ses Prolégomènes du Pohiptique de l’abbé Irminon, registre des terres de l’abbaye de Saint Germaïu-des-Prés sous Charlemagne, tenta de faire remonter tous les caractères essentiels du manoir à la législation de l’ancien Empire Romain. Depuis la guerre franco-allemande, soiï œuvre a été reprise pai une école de critiques français, qui, sur l’histoire du Moyen Age, entremis en (luestion beaucoup des positions qui paraissaient avoir été commises par l’activité de la science allemande. Son chef est M. Fustel de Coulanges, qui déclare (/{ec/teir/ies sur quelques problèmes d’histoire, 188o/que la communauté primitive de 1a marche franche n’est qu’une imagination du cerveau teutonique (Voyez la critique par Elton, Forme primitive de la tcnure de la terre, dans Emjl. Historicàl Rcne«, juillet 188t)). Mais l’ouvrage qui nous intéresse le plus est la Communauté de village en Angleterre de Seebohm (1883), qui a pour but de prouvei' « que l’histoire économique de l’An- « gleterre commence avec la servitude des masses de la popu- « lation rurale sous la domination saxonne, servitude dont elle a « mis un millier d’années à s'affranchir. » Son livre a rouvert pour l’Angleterre la question entière de l’origine du manoir ; et quelle que doive être la conclusion définitive sur ce sujet, il a été certainement le premier qui ait fait comprendre réellement quel était le système de culture et de tenure de la terre. Sur la vie intérieure du manoir du xiv“ au xvi® siècle, Rogers donne beaucoup d’informations. Histoire de l'Agriculture et Six siècles de travail et de salaires. On trouvera le point de vue d’un légiste d’Elisabeth sur la matière, avec des particularités intéressantes, dans le recueil populaire de textes, La court leete {de centurie) et la court baronale, réunis par John Kytchen, en français, 1580, et fréquemment réimprimés ; publiés en anglais

sous le titre de Juridictions ou autorité légale des Cours îeetes (4653).

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