‹ Histoire et doctrines économiques de l'Angleterre [microform]Chapitre 5 sur 114 · LE SYSTÈME SEIGNEURIAL (MANORIAL · texte numérisé non relu

LE SYSTÈME SEIGNEURIAL (MANORIAL

SECTION I. — Le système seigneurial (manorial)

Jusque vers la fm du xiv® siècle, l’Angleterre fut exclusivement un pays agricole. Les seules fabriques qu’elle possédât, étaient entièrement destinées à la consommation intérieure ; pour les marchandises de qualité supérieure, elle dépendait de l’importation étrangère. Les seuls articles d’exportation étaient les produits bruts de la contrée, et, de ces produits, le plus important de beaucoup était le produit agricole par excellence, la laine. Aussi, pour comprendre quelle était l’intensité de la vie rurale en Angleterre pendant cette période, il faut entendre quelle comportait les neuf dixièmes de son activité économique.

Au XII® siècle, et longtemps après, tout le pays, en dehors des grandes villes, était divisé en manoirs, c’està-dire en districts, dans chacun desquels une seule personne appelée le Lord (seigneur) possédait des droits importants et de grande valeur sur tous les autres habitants. Quelquefois un village était partagé entre deux manoirs, quelquefois une partie de village avait formé un manoir mouvant de celui dont il avait été arraché \ mais de telles conditions étaient toujours exceptionnelles, et sont moins fréquentes à mesure que nous remontons en arrière ; la très grande majorité des manoirs ne consistait qu’en un seul village et dans les terres cultivées par ses habitants, et situées autour de lui ; nous pouvons regarder cette situation comme l’état normal des choses.

Heprésentons-nous un manoir du xii® siècle au centre de l’Angleterre méridionale. I ne rue de village et, de chaque côté, tout du long, les maisons des cultivateurs

du sol, avec de petites cours autour d’elles ; donc il n’y avait pas encore de ces fermes éparpillées, telles qu’il devait en apparaître plus tard. S’étendant à l’écart, hors du village, était la terre arable, partagée ordinairement en trois champs, l’un semé de froment et de seigle, l’autre d’avoine et d’orge, tandis que le troisième était laissé en jachère. Les champs étaient une seconde fois subdivisés en ce qu’on appelait ordinairement des « furlongs » (mesure d’environ 200 mètres carrés), et chaque furlong en parcelles d’une acre ou d’une demi-acre, séparées non par des haies, mais par des billons de gazon non labourés. Ces parcelles étaient distribuées entre les cultivateurs, de telle façon que la tenure de chacun fut formée de pièces de terre éparses, çà et là, dans les trois champs principaux, et que personne ne pût recevoir deux fractions contiguës. Chaque tenancier individuel était obligé de cultiver ses parcelles en se conformant au roulement des récoltes, observé par ses voisins. Outre les terres arables, il y avait aussi des prairies, closes pour le temps de la fenaison, divisées par lots, soit au hasard, soit par roulement, ou selon la coutume. La fenaison achevée, elles étaient de nouveau tenues ouvertes pour que le bétail y put pâturer (1). Dans beaucoup de cas il y avait aussi des pâtures permanentes et de bois, où le bétail était conduit, soit « sans aucune restriction », soit en nombre proportionnel à l’étendue de la tenure de chaque cultivateur.

Dans les temps modernes, les terres arables ainsi partagées ont été connues sous les noms de « communautés », « communaux », « terres publiques », « champs entremêlés », et les prairies sont souvent appelées « terres d’aoùt », nom du mois à partir duquel les clôtures sont enlevées (2).

(1) Seebohm, 1-4, 7-13, 21-29.

(2) Maine, Yillaye Comrnimities, 8;)-87, « mais il est inexact de parler de « champs communs, divisés en trois longues par-

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En supposant que ces champs et ces prairies fussent possédés en commun par un groupe d’hommes libres, l’état des choses serait ce qu’on appelle le système de la marche.

Mais le système du manoir était quelquefois très différent. Car, dans un manoir, la terre était regardée comme la propriété, non pas des cultivateurs, mais d’un seigneur. Elle était divisée entre la part cultivée pour le bénéfice immédiat du seigneur, le domaine ou. « inland » (I) (terre intérieure), et celle que tenaient de lui les tenanciers, la terre en vilenage, celle-ci formant ordinairement les trois cinquièmes ou les deux tiers du tout. Le domaine consistait, partie en clos séparés, partie en champs épars au milieu des terres des tenanciers dans les terres communes (2) ; plus tard, nous trouverons peut-être une raison de croire que la part du seigneur, à l’origine, avait consisté entièrement en des pièces de terre éparpillées de cette façon, et en plus, ce qui était bien possible, autour de sa maison, une cour de ferme un peu plus grande que celle du reste des villageois. Quant à la terre en vilenage, pour la partie la plus grande de beaucoup, elle était tenue en verges ou carrés entiers, ou bien en demi-

celles ». Il y avait trois grands champs, ou trois grands et trois petits comme à Hitchen (voyez la carte au commencement de Seebohm, et page 430) et chaque champ était divisé en plusieurs parts formées de parcelles d’une acre.

(1) Dominiwn ou doininicum ou villenayiitm sont les termes usuels. Inland est plus rare. Le mot apparait dès 930, Seebohm, 149 ; ou le rencontre quelquefois dans le Doniesday, par exemple dans le Yorkshire, en trois’fcas p. 317, col. i; c'est le terme usuel pour le domaine dans le liurton Chartulary, pp. 18, 19, 20. ; on le retrouve jusqu’en 1240 « terræ de dominico, quas vocant tnlandes » Domesdaij of S. Paul's, LXXII.

(2) Dans une carte datée de 1024, en possession du Lincoln College à Oxford, représentant le manoir de l’ollicot, comté de Bnckingham, le collège qui occupait la position de seigneur du manoir est désigné comme possédant des parcelles dans les uns et les autres des champs communs. Cf. Seebohm, 38.

verges ou en demi-carrés, connus dans le nord sous le nom de labours (I) et en quelques endroits du sud sous le nom de irislas{-l). La verge était une tenure lorinée de parcelles d’une acre ou d’une demi-acre, éparses dans les trois champs, avec des dépendances et des droits proportionnels sur les prairies et sur les pâtures. Et l’étendue de cette mesure de surface, on ne saurait en douter, était généralement de trente acres, bien que dans quelques manoirs elle ne fût que de seize, et que dans quelques autres elle atteignit jusqu’à quarante-huit acres. Quelle que fût son étendue, sa valeur économique était probablement partout environ la même (3). Les tenanciers de ces verges ou demi-verges formaient une classe d’hommes socialement égaux entre eux, et tous, dans chaque manoir particulier, avaient les mêmes obligations de services à l’égard du seigneur. Ils étaient connus sous le nom de villani, c’est-à-dire de villageois par excelloice (en français dans le texte) ; au xiii® siècle on les appelait virgarii, en anglais gardlings (hommes des carres), tandis que, dans le noril, ils portaient souvent le titre de laboureurs (husbands).

Au-dessous, il }■ avait une classe de bordiers et de dont la plus grande partie n’avaient pour tenure qu’un cottage et une ou deux acres, bien que quelquefois ils .s’élevassent jusqu’à cinq, huit ou dix acres, naturellement dans les tenes communes. Ils semblent

(1) Seeholim, CI. Pour^ un emploi ilu mot « yanllan », dans

un statut d’Elizabeth, voyez 3o. Elizabeth, c. 7, 8.

(2) Vust. lialtle, XIII.

('A) Du^dale, parlant de Stoneleigli en Wan\ icksliire décrit chaque tenancier comme tenant un yardiand, « et payant .30 pence, c'est-à-dire un penny par acre, puisque chaque yardiand contenait .30 acres et non plus » Antiij. of Waru icks/i, 2,34 ; cf. Gomme, Primitive Foll;-Moofx, 128. Pour les verges con-

sistant en 10 acres, voyez hamsmj ( harlidarn, ; en 18 acres, itnd., 20.3 ; voyez aussi Worccxter LXXV, [.XXX ; cf. Ilanssen,' Abhnndliiiiijcn, I, 10, sur Tunité territori.ile danoise, le bout.

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