LA MUNICIP.ALITÉ DU MOYEN AGE
économique n’avait pas encore atteint le point où une organisation plus large que celle de la ville deviendrait une urgente nécessité ; et si la création d’un commerce national et d’une industrie nationale au moyen de groupes isolés avait commencé dès le xiii® siècle, il fut cependant nécessaire de reprendre de nouveau cette œuvre au xvi®. Le courant de la législation nationale en matière économique ne s’était jamais, il est vrai, complètement arrêté ; mais cette législation n’était, en grande partie, que la confirmation de pouvoirs déjà exercés par les autorités urbaines ou la concession de privilèges réclamés par elles. Qu’*ih parlement central ait octroyé de semblables droits, cela ne contribua que fort peu à l’unité nationale, tant que l’exercice de ces droits donnait à la ville le sentiment de sa suffisance et pouvait être à tout instant invoqué contre des communautés rivales (1).
On a justement remarqué que jusqu’à la fin du XV® siècle les temps n’étaient pas suffisamment mûrs pour la formation d’une économie plus compréhensive et plus ét.endue que celle de la communauté urbaine. Comme nous aurons de nombreuses occasions de le remarquer plus loin, le progrès des arts de production dépendait du développement des entreprises et de la richesse commerciales; elles commerçants devaient encore demander à leur ville une protection et un appui que l’Etat était incapable de leur donner. De plus, dans les transactions de l’échange et dans les procédés manufacturiers, il était encore nécessaire de stimuler le développement d’une moralité professionnelle, — résultat qui ne pouvait être obtenu que par l’influence constante d’une opinion locale organisée.
Cependant la municipalité du Moyen Age ne se propo-
(1) Cunningham, Engl. Ind. (2“ édition), I, 335, paraît placer trop tôt « la décadence des institutions locales ».
sait pas une tâche purement répressive. Dans les limites de la réglementation de la cité — limites qui, comme les murs de la cité, étaient a la fois une barrière et une défense — s’éleva et grandit l’esprit d'initiative individuelle et d’entreprise;® l’individualisme », pour employer unterme moderne, devait, après un certain temps, briser la coquille dans laquelle sa vie avait commencé. A l’époque dont nous nous occupons ici, les seules différences dans le rang que les villes avaient entre elles, à l’inverse de ce qui existait pour la campagne, dépendaient de différences dans la richesse (l), et cet état de choses fournissait lui-même le stimulant le plus puissant pour l’effort individuel. A ces services importants poulie progrès social s unissait cependant, sous les circonstances de cette époque, une franche et souvent très ardente poursuite des intérêts reels ou imaginaires de la communauté. On a dit avec justesse que, loin d approuver aujourd’hui une pareille manière d agir, nous sommes dans l’impossibilité de la comprendre (2). Mais, en dépit de cela, nous devons reconnaître que cette période de pouvoir municipal s’explique par une période nécessaire dans l’éducation économique de la société, et qu’elle y trouve, par conséquent, sa justification historique. C’est l’activité de cette période que nous allons maintenant examiner de plus près ; avec cette raison de plus pour le faire, qu’un grand nombre de règles qui avaient pris naissance dans les villes furent etendues dans la période suivante à la communauté plus large de la nation et contribuèrent, dans une large mesure, à la formation de ce qui est connu sous le nom de « système mercantile ».
Quand on veut faire de la vie municipale un tableau qui soit vrai pour les villes anglaises en général, on se
(1) Stubbs, op. cit., III, 644.
(2) Schraoller, op. cit., 21.