‹ Histoire et doctrines économiques de l'Angleterre [microform]Chapitre 48 sur 114 · LA SURVEILLANCE DES COMESTIBLES · texte numérisé non relu

LA SURVEILLANCE DES COMESTIBLES

partie de l’histoire de ce système a déjà été esquissée (section XXI). 11 sullira d’ajouter que, durant le .\iv° siècle et durant le xv% le parlement et le pouvoir exécutd laissèrent celte matière presque entièrement aux mains des autorités locales. Plusieurs villes avaient été pourvues de taxes pour le pain et la bière par d’anciennes

chartes (1). Un statut de 134'J attribua aux magistrats

de chaque ville une autorité générale pour s’enquérir de tous les marchands de provisions qui refusaient de vendre à un « prix raisonnable (2)», et les lettres patentes qui dans ces circonstances, avaient été décernées à certaines personnes pour les investir d’un pouvoir de surveillance, furent annulées par un statut de 1473. H fut alors détendu à toute personne, à l’exception des maires et gouverneurs des villes, ou autres personnes indiquées par la Charte (par exemple, le Vice-Chanceher et les écoliers d’Oxford) d'exercer de telles fonctions (3). Les archives des villes contiennent des codes entiers de règlement s’appliquant aux diverses branches de cette juridiction (4). Leur objet, comme nous l’avons déjà vu, était d’assurer la bonne qualité, le juste poids et des prix loyaux (fair price), ces derniers, non seulement au moyen de la défense de majorer ce qui était appelé « le prix du maire (o) », mais encore par des mesures propres à empêcher que des intermédiaires (regratliers, regratlières, revendeurs, etc.) ne s’interposassent entre le producteur et le consommateur (G). On pensait qu il était injuste qu’un homme réalisât un certain bénéfice à la

(1) Par exemple, les Chartes de Henri III et Richard II pour

York. Eborneum, 203, 206.

(2) 23 Edouard III ; c. 6 ; Slatutes, I, 308.

(3) 12 Edouard IV ; c. 8 ; Statutes, II, 442.

(4) Par exemple. Liber Albus, trad. Riley, 302-314, 323-334,

(5) Par exemple, liecords of Nottingliain, III, 3o6.

[Q] Liber Albus, trad. Riley, 124, 126, 134, 139, 147, 312, 313,

326, 399 et ailleurs.

Al) ClI. I. — LA SUPRÉMATIE DES VILLES

suite de la sagacité qui lui avait permis de tirer avantage des fluctuations temporaires de l’offre ou de la demande, ou de l’ignorance de ses concitoyens, lorsque lui-mème ne contribuait en rien à la valeur de la marchandise, mais qu'au contraire, il la revendait, comme on disait, « dans la même nature (1) ». Dans le but de rendre la surveillance plus facile, il était d’usage d’ordonner que nul ne pourrait, en même temps, faire partie de deux « métiers alimentaires (2) ». Et les autorités municipales ne se bornaient pas aux produits alimentaires, mais elles réglaient aussi les prix de plusieurs autres articles de première nécessité pour les classes pauvres, tels que le bois, le charbon, le suif et les chandelles (3).

On a prétendu, avec une certaine apparence de raison, que le contrôle des denrées alimentaires devait son origine non à l’action spontanée des citadins poussés par leurs intérêts supposés comme consommateurs, mais à la politique des gouverneurs nationaux secondés par l’influence de l’Eglise (i). Mais quoiqu’il en soit, dès le XIV® siècle, sinon plus tôt, cela avait été si profondément enraciné dans l’esprit du peuple qu’il ne fut plus besoin d’une pression supérieure ou extérieure. La politique la plus populaire que put suivre un magistrat, ce fut de faire appliquer les taxes. 1/auteur de Piers Ploivman conjure les maires et les maîtres (des métiers ?) et tous ceux qui sont interposés entre le roi et les communes de veiller à ce que les lois soient observées et que brasseurs, boulangers, bouchers et cuisiniers soient effectivement « punis du pilori et du chevalet ». Ce sont là, dit-il, « les hommes qui font le plus grand mal au

(1) Records of ISottingham, III, 327.

(2) Par exemple, Records of Oxford, 107, 120.

(3) Ricart's Kaleiidar, 83 ; Records of Oxford, 221 ; Davies, Soutlianiptoii, 270.

(4) Schmoller, Tucher-und Wcrberzunft, 378-380.

entreprises et propriétés URBAINES

pauvre peuple qui achète ses vivres en detail (i) «• Comme on pouvait s’y attendre, la croyance que les classes inférieures et moyennes avaient en 1 efficacité de ces mesures était à son plus haut point, lorsque les circonstances commencèrent à les rendre impraticables (1). Mais nous reviendrons plus tard sur ce point.

Section XXVIII. — Entreprises et propriétés

urbaines.

Le sentiment de solidarité dans le monde des citadins était manifesté et fortifié par un certain nombre d entreprises communes et par la possession de propriétés urbaines assez importantes dont la grande masse des citoyens, et spécialement les classes pauvres, retiraient un bénéfice considérable. La propriété commune, telle que les pâturages et les moulins urbains, était un reste d’une période antérieure dans la vie des villes, lorsqu’elles n’étaient que des villages agricoles ; d’un autre côté, les entreprises communes apparaissent pour la première fois au xv“ siècle et prennent de f importance au xvi°, surtout parce qu’au moment même où quelques-unes de ces entreprises municipales, telles que la fourniture des vivres, attiraient le plus 1 attention, les terres communes étaient, en bien des endroits, enlevées à la jouissance des bourgeois. Mais comme la propriété commune et les communes entreprises expliquent également la vûe de corps de plusieurs communautés, elles peuvent sans inconvénient être reunies ici et, après

(1) Piers Plowman, éd. Skeat (Texte A), 111, 07.

(2) Ceci est clairement prouvé parles écrits du xvi' siècle dans

les livres de NoUingham.

<'»• I- — la suprématie des villes

1 explication qui vient d être donnée, il n’est pas vraisemblable que quelque malentendu soit à craindre.

Ce qui Irappe le plus le lecteur moderne dans tout ce qui se trouve réuni sous ce chef, c’est la publique provision de blé que faisaient les autorités municipales en vue de parer aux années de disette. Dès une époque très reculée on a considéré comme étant du devoir des magistrats municipaux de veiller à ce que la population dont ils avaient charge fût suffisamment pourvue de subsistances. Ce fut là une des opinions qui servirent de base à I’^Da-wc (réglementation) du pain. On peut encore en trouver d’autres preuves dans les ordonnances d’Edouard au sujet des « liallmoots » (assemblées) des boulangers et dans l’indication qu’elle donne du but qu’avait le « hallmoot » qui se tenait après IViques « lequel, y est-il dit, est établi autant pour pourvoir à l'arrivée du roi qu’a celle des grands de son royaume alin que le besoin de telles ressources ne se fasse pas sentir (I) ». On peut encore en voir une autre preuve dans la perquisition qui faisait l’objet d’un des articles de l’enquête du shérif de York : « rechercher si les boulangers ont du pain a vendre en quanliié suffisante, et d où vient qu ils n en ont pas assez pour servir le peuple (2) ». Il était naturel que les magistrats fissent un pas de plus et qu’aux époques de disette, ils prissent eux-mêmes des mesures pour l’approvisionnement d’un « magasin » de grains. Ce pas fut fait aussi par les villes les plus populeuses de l’Allemagne, par exemple, par Nüremberg, Augsbourg, Breslau, Strasbourg et Francfort, au commencement du xv® siècle. Charles Quint, lorsqu’il visita Nüremberg en 1540, goûta, dit-on, par cuiiosité du pain fait avec du blé qui avait été conservé ' dans les greniers de la ville pendant 118 ans (3).

(1) Liber Albm, trad. Riley, 310.

(2) Drake, Eboracum, 190.

(3) Schmoller, Geschichte der nationalôkonomischen Ansichten,

L’adoption d’un semblable expédient fut probablement suggérée, à Londres, par la détresse de l’année de famine 1438. Le maire de l’époque. Sir Stephen Brown, « vint charitablement au secours des pauvres citoyens en envoyant à ses frais des vaisseaux a Dantzig, lesquels revinrent chargés de seigle et cet approvisionnement si opportun fit redescendre le prix des grains à un prix raisonnable (1) ». « Il est regardé, dit Fuller dans l’éloge qu'il fait de lui, comme un des premiers marchands qui, durant la disette du blé, montrèrent aux Londoniens la route des greniers, je veux dire de Spurmland». Peu de temps après, le riche drapier et ancien maire, Sir Simon Eyre, bâtit « de ses deniers, un certain grenier à Leadenhall pour la commune utilité de la ville (2) ». Ce fut une pratique régulièrement suivie par la cité, de faire provision de céréales pour les temps de disette et de les revendre à des prix modérés ; mais jusqu’en 1520, les fonds nécessaires furent obtenus par des contributions volontaires ou par des prêts du maire, des Aldermen et autres riches citoyens à qui on les remboursait ensuite, lorsque le blé avait été vendu. Stowe décrit d’une manière pittoresque les expériences de 1512, qui fut une année de cherté extraordinaire (3). « Roger Achley, maire de Londres en l’année 1512... Lorsque ledit maire prit possession de la mairie, il n’y avait pas cent quarterons de blé dans tous les greniers de la cité, soit dans sa circonscription, soit dans les environs ; et au plus fort de cette disette, lorsque les chars de Strat-

90, 93. Luther conseilla des mesures analogues et il loua le duc

, Frédéric de Saxe de son énergie ; H. Wiskemann, Dartelhniff

der... Ansichten, 61, 63. Les Magazzini di Abbondanza étaient communs, aussi, en Italie.

j (1) Fuller, cité par Herbert, I.

I (2) Stowe (éd. Morley), 171.

: (3) Au sujet des prix dé cetté année, voyez Rogers, History of

Agriculture, IV, 232, 286.

ford arrivèrent dans la ville chargés de pain, comme ils avaient coutume de faire, une telle multitude se pressa sur leur passage que les gens faillirent s’écraser pour parvenir à avoir du pain en échange de leur argent. Mais cette disette ne dura pas longtemps, car le maire fit, en peu de temps, une telle provision de blé que les boulangers, tant de Londres que de Stratford, se fatiguèrent d’en recevoir et furent forcés d’en prendre plus qu’ils n’auraient voulu; quant au reste, le maire en fit l'achat, le déposa dans Leadenhall et dans les autres greniers de la ville. Ce maire surveilla aussi les marchés avec tant de vigilance qu’il était à Leadenhall à quatre heures du matin pendant l’été et de là il se rendait à d’autres marchés, pour le grand avantage des citoyens (1) ».

En 1521, on eut l’idée d’établir un impôt dans ce but sur les « Compagnonnages des divers états et métiers ». La pratique généralement suivie à cette époque et plus tard était la suivante : une décision du conseil municipal déterminait la somme à imposer. Celle-ci était ensuite répartie entre les compagnies à la discrétion du maire et des aldermen ; des mandats pour le montant de cette somme étaient envoyés aux gardes des métiers. Les gardes imposaient individuellement les membres de leurs compagnies ; l’argent était recueilli par des officiers appelés « fermiers des grains », et il était en dernier lieu compté aux Maîtres de Pont {bridgemasters) de London-Bridge ou au chambellan de la cité ; des engagements étaient signés par ces fonctionnaires pour le remboursement de l’emprunt (2).

.jusque vers le milieu du xvi® siècle il semble que des achats aient seulement été faits dans les années de cherté exceptionnelle, quoique ce fût apparemment une opinion généralement acceptée, qu’il devait y avoir constamment des céréales en réserve dans les greniers de la

(1) Stowe, 174.

(2) Tout ceci est expliqué en détail dans Herbert, I.

ville (1). Un pamphlétaire de 1535 se plaint de ce que « Londres n’a pas fait de provision pour se ravitailler elle- même », et il prophétise « qu’il n’y aura pas à Londres une assez grande abondance de vivres pour permettre au pauvre peuple de faire de belles étoffes de laine ni pour fabriquer aucun ouvrage à bon marché, tant que Londres ne s’approvisionnera pas elle-même eornme elle s’approvisionnait autrefois (2) ». A partir de 1543, cependant, il parut utile de faire chaque année de grands achats; et, en effet, en 1555 des achats furent ordonnés : « Le lord maire et les aldermen devront chaque année pourvoir par des achats à l’approvisionnement de la ville ; ils devront mettre en réserve une grande masse et quantité de froment au moment de l’année où ledit fronient pourra être acheté pour dix ou douze shilling le quarteron | douze francs cinquante centimes ou quinze francs les 201 litres], et chaque année aussi ils feront la même provision de seigle et d’orge au moment de l’année où lesdits grains seront en plus grande abondance et à meilleur marché (3) ». Les autorités, habituellement, tâchaient d’avoir en réserve quelques cinq mille quarterons (4). En général, le grain était vendu au prix coûtant (5) aux boulangers, aux brasseurs et au public. Dans les périodes de grande disette, les boulangers ne devaient pas acheter au delà d’une certaine quantité de blé et, dans les années d’abondance, lorsque la ville en avait une trop grande quantité à sa charge, il leur était interdit de s’en procurer ailleurs. Les marchés et les greniers de la cité étaient inspectés, de temps à autre, par le maire et les aldermen; et, sous leur surveillance ou, plus tard, sous celle

(i) Cf. ce que dit Slow des inspecteurs en 1528, 174. (21 Pauli, Uvci nilliswirlhschnf'lliclie l)enl;scfniften,~‘i. (5) Herbert, I, 158.

(4) IhiiL, 144, 145.

(5) Règlement de 1575. 141.

CH. I

LA SUrRÉMATlE DES VILLES

des compagnies^ une certaine quantil(î (Je blé était mise en vente chaque semaine sur les marchés. Jusqu’à ce que l’Etablissement du Steelyard fut dissous en 1558, un contrat fut conclu chaque année avec les commerçants de la Hanse pour rapprovisionnement nécessaire : par exemple, en 1511, pour une quantité de huit mille quarterons ; cependant on achetait aussi a Norfolk, Suffolk, Sussex et autres parties du royaume, et des ■prêts du « blé du roi » étaient dans certains cas autorisés par le Conseil privé. Plus tard du grain lut encore obtenu de Dantzig et de la Baltique ; et lorsque la Compagnie du Levant fut formée, ses membres se livrèrent au même trafic.

Jusqu’à l’année 1528, il y eut des greniers à Lsadenhall aussi bien que sur le Pont ; mais bientôt après la Maison du Pont [Bridge-IIousé) devint le seul dépôt. La Bridge-House avait été bâtie sur les deux dernières arches qui se trouvent sur la rive sud du tleuve. Conformément à une ordonnance du Conseil municipal, en date de 1551), d’après laquelle « les provisions de la ville devaient être moulues », des moulins furent établis sur des avancements en face des piles et une paire de meules fut placée dans le canal entre les deux dernières. Dix fours, « parmi lesquels six étaient très grands (1) », furent aussi construits c< pour cuire le pain provenant desdits greniers pour le grand avantage et soulagement des citoyens pauvres lorsque besoin en serait » ; une grande partie de la dépense était couverte par un legs provenant d’un ancien sbéritî. Pour compléter l’établissement municipal , une « loyale brasserie » {fair hreivhoiise) y était jointe « pour fournir la ville de bière (2) ».

(1) Stowe (éd. Morley), 379.

(2) La maison et les raoulins se voient dans une gravure d’une date inconnue, mais certainement d’entre 1584 et 1632, dans la Collection Peppys au Magd. Coll., de Cambridge. Ce dessin a été

entreprises et propriétés urbaines 53

Il semble que d’autres villes eussent, quoique naturellement sur une moins vaste échelle, une provision de céréales à peu près analogue (1). A Bristol, lorsque <( le froment et les autres grains montèrent a un prix désastreux », en 1522, le maire obtint la permission royale en vertu de lettres patentes — probablement dans le but d’échapper à l’action des statuts contre les accapareurs (2) — pour acheter de grandes provisions <( dans le comté de Worcester ou aux environs » ; de sorte que « les habitants de la ville furent grandement soulagés et réconfortés par la diminution du prix du froment et autres grains vendus sur les marchés publics de cette ville (3) ». Dans les années suivantes, on trouve encore trace de semblables pratiques (4), En lo96, e profit sur la vente de trois mille quarterons de seigle de. Dantzig fut si considérable « qu’il y eut un bénéfice de sept cents livres dont une grande partie servit

admirablement reproduit par la Nouvelle société de Shakespeare et ce fac-similé a été publié dans le supplément de Emjland de Harrison, 1881. En 1578, un nouveau plan fut adopté : chaque compagnie fournissait son propre contingent et le déposait dans Bridge Ilouse, dans un endroit assigné à la compagnie. Ce système fut maintenu jusqu’en 1596. De 1596 à 1666, epoque a laquelle l’emmagasinage de blé fut définitivement abandonne, les compagnies furent autorisées à le déposer dans leurs

propres halls.

(1) Outre Bristol et Cdoucester dont il est spécialement question ici, Plymoutli semble avoir suivi la même pratique, c est ce qui paraît résulter de l’article suivant, sub antio 1596-Ji : « Beru... comme argent gagné dans la vente de ble, cette année, CL livres » (cité par Gross, 11, 136). Norwicli achetait aussi du seigle à la ville de Dantzig en 1595 (d’après Bloinelield, cité par Eden, I, 134) ; selon toute apparence, il en était de même à Ipswich (Wodderspooii, 292).

(2) « L’achat commun » au nom des villes constituées fut expressément autorise par Statut (5 et G Edouard VI, c. 14, s. G).

(3) ih'c/U'/*s Kaloiular, 49.

(4) lüd2, ihûL, 52 ; 1594, G2 ; 159G, G3.

Il t-

à obtenir un acte du l^arlemenl au sujet des orphelins (1) ».

Comme la population de chaque district désirait fortement s’assurer l’achat de tout le blé produit sur son territoire, on suscita de nombreux obstacles à Londres et aux autres villes lorsqu’elles voulurent tirer leur approvisionnement de la province. En 1580, lorsque le prix du blé s’éleva de nouveau à la moitié du prix le plus haut qu’il eût jamais atteint, les magistrats du comté s’opposèrent si énergiquement à ce que du blé fût transporté à Londres, que le maire dut appeler le gouvernement à son aide (2). Lorsque deux villes voisines poursuivaient le même but, des luttes ne manquaient jamais de se produire ; comme cela arriva en 1532, lorsque le maire et les shériffs de Gloucester arrêtèrent un convoi de « froment et grains » qui était dirigé sur Bristol ; ils le vendirent eux-mêmes et la Chambre Etoilée les obligea à en restituer une égale quantité et à pa}’er les frais (3).

Au xvii® siècle, tout le système des greniers urbains fut désorganisé et il ne fut plus emjdoyé que dans un but égoïste de lucre. Le commerce, d’ailleurs, s’était développé à tel point qu’il n’y avait plus vraisemblable- ] ment un danger sérieux à abandonner l’approvisionne-

ment du blé aux entreprises individuelles et à la concurrence. Mais il est hors de doute qu’au xv<^ siècle et au xvi*^, la politique des villes était d’une grande sagesse pratique. Il est probable qu’il n'eùt pas été possible de se procurer d’une autre façon le capital considérable qu’aurait nécessité la demande qui se produisait dans les années de disette. Lorsqu’il fut entré dans l’usage de s approvisionner chaque année, la méthode d’acheter au

(1) Ricart’s Kalendar, 63. Pour Bristol en la'JC , voyez aussi Eden, I, 134 note.

(2) Strype, cité par Herbert, I, 134, note. Pour les prix de cette année, voyez Rogers, V, 176, 268.

(3) Ricart, 32.

entreprises ET PROPRIÉTÉS URBAINES 55

moment de la baisse pour revendre à la hausse, n’était naturellement que celle adoptée par chaque négociant en blé, sauf qu’elle était pratiquée sur une beaucoup plus vaste échelle (l). Les mêmes raisons qui poussent les communautés modernes à s’approvisionner elles mêmes d’eau, c’est-à-dire à éviter que des particuliers ne fassent des bénéfices avec un monopole naturel, servent à justifier les communautés du Moyen Age lorsqu’elles font elles-mêmes leur provision de blé. Le commerce était si peu développé qu'il y avait toujours à craindre qu’un ou deux commerçants, plus habdes que les autres, ne parvinssent à accaparer un monopole de fait. On doit remarquer que, même dans les années de cherté, il était possible à une ville d’acheter du blé dans la Baltique, de payer son transport et de le vendre à un prix assez au-dessous de celui du commerçant ordinaire pour causer une générale satisfaction, tout en réalisant un certain bénéfice. Lorsque nous considérons que les aldermen et les conseillers qui ordonnaient les achats étaient ces mêmes hommes qui, comme particuliers et comme membres de leurs compagnies, avaient à avancer une large part des fonds nécessaires, il est difficile de supposer que cette pratique aurait pu subsister pendant près de deux siècles si elle n’avait pas répondu à un besoin réel (2).

L’approvisionnement de blé fait par la municipalité était particulièrement propre à attacher les plus pauvres habitants à leur ville et à ses destinées. Un résultat analogue doit avoir été produit à l égard des citoyens plus favorisés dans les villes où les magistrats s occupaient de ce qui était appelé c< les achats communs ».

(1) Gross, I, 133, 136; 208 et note 7 ; Picton, Liverpool Municipal RecordSy 80 et ss.

(2) Pour ce qui regarde les derniers vestiges de l'idée, voyez Mun, EiujlamVs Trcusurc, c. 18, Yarrenton, Hume, Essay on Commer ce.

Nous trouvons des mentions au sujet de ces transactions à Dublin et à Waterford au xv® siècle, dans la petite ville galloise de Neath vers le milieu du xvi®, à Liverpool et à Chesler vers la lin du môme siècle, et dans plusieurs villes d’Ecosse du x\e au xvii= siècle (1). Quoique, cependant, Liverpool et Chester soient les seuls exemples incontestables pour l’Angleterre et, autant que nous pouvons inférer des témoignages que nous possédons, la préférence donnée à cette pratique dans les pays environnants nous fait croire qu’en Angleterre le fait n’était pas rare ; et la probabilité devient plus grande si l’on considère que cela pouvait fort bien être une excroissance naturelle de l’un des juincipes de la gilde marchande, c’est-à-dire que les frères devaient avoir le droit de participer aux marchés avantageux (2).

A Liverpool toutes les importations devaient en premier lieu être olfertes pour la vente « au maire de la ville ». Et à la suite de cette offre on examinait dans une assemblée tenue à l’Ilôtel de V ille, s’il convenait d’accepter le marché « comme marché commun pour la ville )). S’il était accepté, le maire, guidé par les « priseurs » de la ville et avec le consentement de rassemblée, en offrait un certain prix. Si les importateurs n étaient pas satisfaits de l’offre, ils devaient faire les meilleures conditions qu’il leur était possible de faire et par un don « à l’usage et au profit de la ville » obtenir « 1 autorisation de vendre de leur mieux leur marchandise à l’intérieur de la ville (3) ». Si au contraire les

(1) Le Docteur Gross, qui a appelé rattoution sur ces marchés pour la communauté, n’avait pas signalé la rivalité entre Liverpool et Chester, de laquelle il résulte clairement que Chester suivait la même pratique. Ainsi un des articles des registres de Liverpool commence ainsi : « Puisque les habitants de Chester, comme il ressort d’une lettre missive envoyée parle maire de la dite cité de Chester, ont acquis et acheté, » etc.

(2) Supra, Première partie, page lOÜ (Trad. fr.).

(3) Picton, op. cit. 81 bis.

commerçants acceptaient l’offre, la denrée était distribuée à prix coûtant parmi les bourgeois, chacun « d’après son rang (1) » ou l’extension de ses affaires. Les importations mentionnées dans les archives de Liverpool sont du fer et de l’huile de baleine, du blé, du seigle, de l’orge et du suif d’Irlande, et le règlement n’était applicable qu’aux ventes en gros. Ainsi, il fut décidé, en 1391, que tout bourgeois pourrait acheter pour lui-mème une quantité de suif n’excédant pas un quintal, ou une quantité de grains n’excédant pas 30 barils ; et, même, que les offres de suif ou de grains jusqu'à cinq quintaux ou environ étant trop peu importantes pour se prêter à un « marché commun » pouvaient être acceptées par tout citoyen libre à condition qu’il avouât publiquement son achat et qu’il permit à n’importe quel autre bourgeois « de participer à son marché », s’il en manifestait le désir. A Hye, une des principales villes des Ginque Ports, l’amour des entreprises communes allait même plus loin: un « vaisseau de la ville » prenait part à la pêche, et la communauté avait « ses entreprises urbaines » pour le commerce du vin de Gascogne (2).

La communauté delà propriété urbaine, à l’exception des maisons de marché et des stalles de marché dont nous avons déjà parlé, était en grande partie une survivance de l’époque où la ville avait principalement des intérêts agricoles, de l’époque même où le germe de ce qui fut plus tard des villes était représenté par un ou jilusieurs manoirs ruraux. Bien des villes, par exemple,

(1) Cf. la pratique suivie à Neath, Gross, II, 176.

(2) Durrows, Cinqnc Ports, 219. New liomney avait un bateau ou barque pour le commerce étranger et occasionnellement cette ville gagnait de l’argent par 1e fret. Le sentiment que l’on avait de la propriété collective nous apparaît clairement dans le passage des registres où Reginal AVilles est blâmé (1403) pour avoir vendu une rame appartenant à la communauté et pris possession du bateau commun contrairement à la volonté des jurats. — Hist. MSS. Corn. ; V, 333a, 330.

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avaient acquis le contrôle des moulins seigneuriaux et, en exigeant que chaque habitant en fît usage, elles allégeaient la charge des impôts civiques au moyen des revenus qu’elles en retiraient (1), Dans quelques villes, et en particulier dans les villes du Nord de formation récente, il y avait des fours banaux ou boulangeries dont chaque habitant était tenu de faire usage (2). Mais, ce qui se rattachait bien plus étroitement aux intérêts de la ville, c’était le droit qui existait partout quant à l’usage des terres qui étaient autour de la ville. Les terres labourables avec leurs parcelles entremêlées dont on trouve de nombreux souvenirs dans l’iiistoire primitive des villes peu importantes, avaient, il est vrai, presque partout disparu ; mais il subsistait souvent, longtemps après que les champs avaient été clôturés, des droits de com-

(1) Par exemple. Oxford, Ordonnance de 1334 : « Il est ordonné, édicté et décrété par lesdits Maire, Aldermen, Baillis et Communes de la ville susdite, dans rassemblée du Conseil Municipal (Comyn Counsel) et par autorité des mêmes, que chaque habitant et tous les habitants de ladite ville et faubourgs d’icelle, de quelque état, rang ou condition qu’ils soient ou puissent être, consommant blé, seigle ou autres grains pour leur nourriture ou celle de leurs chevaux,... devront porter ou faire porter leur dit grain... aux moulins du roi appartenant à la susdite ville, à Texclusion de tous autres lieux, pour y être moulu pour un prix raisonnable et légitime, sous peine d’une amende de 20 shillings pour chaque semaine de refus ; une moitié de cette amende ira au roi, l’autre moitié au maire et à la communauté, « en vue du paiement de leur fermage pour les moulins susdits». — Oxford liecords^ 121. Pour des détails plus complets sur les Moulins du Château, à Oxford, et sur la contestation survenue en 1606 entre la ville et le Collège Merton sur l’usage du moulin de Holywell, voir Bogers, dans Oxford Citu Documeuts, 283. Cf. aussi Wodderspoon, Ipstrich, 283.

(2) Eden, State of the Poor, I, 21 note ; Wodderspoon, Ipswieh^ 284 et voyez supra, première partie, page é4, note 3 (Trad. fr.) Un autre exemple de propriété communale nous est fourni par le four à chaux de la ville à iiull ; Lambert, Two Thousand Years of Gild Life, 274,

Tuunauté sur les jachères (1); en même temps que les pâturages communs — ou « communaux » dans le sens ordinaire de ce mot, — sur lesquels les bourgeois pouvaient mener paître leur bétail, étaient d’un usage presque général (2). Parfois « la proportion et le maximum » de bétail étaient relatifs à la dignité de chaque bourgeois : ainsi, il fut décrété à Oxford, en 1365, c< que le maireaurait actuellement huit bêtes dans le communal de Port 3leade ; chaque alderman, six; chaque chambellan, deux, et chaque communiste, une (3) ». Des « maîtres de pâturages » ou des officiers analogues étaient préposés pour s’assurer que le maximum n’était pas dépassé ; et il y avait aussi parfois un pâtre communal (i). Les droits aux communaux constituaient un surplus non négligeable pour les ressources de la maison d’un bourgeois, spécialement dans les petites villes, et la jouissance de ces

fl) Davies, Southampton, 31, 32.

(2) Les terres d\ioût (Lammas Lands) de Colchester, il y a un siècle, contenaient, dit-on, 300 acres, sans compter Mile End Heath, sur lequel les hommes libres (freemen) avaient des droits de communauté tout le long de l’année ; Cuts, Colchester, 142. Pour un certain nombre d’autres exemples, voyez Maitland dans la Laie Quarterly lieview, janv. 1893.

(3) Records, 309, 327. Les registres d'Oxford éclaircissent quelques autres points importants. Ainsi, ils nous apprennent qu’il y eut une contestation entre les citoyens d’Oxford et les habitants des villages voisins : « Ceux-ci ordonnent de se soumettre conditionnellement, si Binsey et Wulvercott veulent accepter un arrangement raisonnable », page 307. Il y avait déjà du danger à la réunion des parts de communaux dans quelques mains, puisqu’une ordonnance de 1369 (abrogée plus tard) ajoutait : « qu’aucun homme ne réunisse entre ses mains les parts de plus de deux communistes », page 327.

(4) Au sujet des maîtres de pâture, voyez Drake, York, II, 38 (éd. in-8® en 3 volumes), cf. Oxford Record, 211 ; pour le pâtre. Oxford, 278-281. Dans la petite ville de Lydd un « hctail de ville» ( tou'ïi-flock) existait en 1374 ; probablement, pour fournir, comme les troupeaux de village, un revenu destiné à des secours pour les pauvres. Historical MSS, Commission, V, 3316.

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CH. I

— LA suprématie des VILLES

communaux était ce qui accentuait encore la düTerence entre le corps des bourgeois et les gens du dehors. Les citadins étaient aussi désireux que les habitants des manoirs ruraux d’empècher le peuple des villages environnants de participer à leurs communaux, et ils avaient un intérêt tout aussi évident à limiter à l’intérieur de la ville elle-même le nombre de ceux qui auraient le droit de partager leurs privilèges. C’est ce qui est nettement exprimé dans la remontrance du jury de « Mickletorn » à Nottingham en 1577, date à laquelle, selon toute apparence, l’ancienne économie urbaine était en train de se disloquer: « Nous enjoignons que le droit de bourgeoisie ne soit plus donné à des forains, à moins qu ils ne paient XII livres, sans aucune réduction, car il y en a déjà trop ; à la suite de la concession de ce droit les communaux des pauvres bourgeois sont dévorés pour le plus grand dommage de tout le monde ; c’est pour cela que nous voulons. Master maire, que les bourgeois ne soient pris que dans les occupations (c’est-à-dire, parmi ceux qui font partie d’un métier) et si quelqu’un est fait bourgeois sans avoir été apprenti, il paiera X livres, et il ne sera pas fait grâce (1) ».

Pour olfrir un tableau plus complet de la vie commune des villes et de la situation des magistrats municipaux qui en étaient à la fois les représentants et le centre, il convient de mentionner, avant de quitter ce sujet, un ou deux exemples de privilèges civiques qui appartiennent à peine à ce chapitre particulier. Dans plusieurs des grandes villes, les autorités municipales avaient le droitd’examiner et d’enregistrer les testaments de ceux qui mouraient dans l’étendue de leur juridiction ; il en était ainsi, par exemple, à Londres (2), Bris-

(1) Itccords, IV, 170.

(2) Voyez l’Introduction, par Sharpe, au licgister of Wills in Court of Ilutiting, imprimé par la ville de llusting pour sou compte particulier.

entreprises et propriétés urbaines

toi (1) et Ipswicb (2), et les testaments étaient insérés dans les archives municipales. En sa qualité de fonctionnaire chargé de veiller au maintien du droit et de la justice, le maire, à Bristol, à Exeter. et, sans doute dans quelques autres villes était le protecteur des veuves et des orphelins ; dans la première de ces villes, quand le maire entrait en charge, la promesse de « garder, maintenir et défendre les veuves et les orphelins dans la sécurité de leurs droits », faisait partie du serment qu il était tenu de prêter (3) ; et, dans la dernière, la charge était si lourde, qu’une fonction spéciale, celle de chambellan, fut créée en 1555 dans le but d’y pourvoir (l). La confiance que les magistrats inspiraient aux citoyens apparaît clairement dans le lait qu à Bristol, et probablement ailleurs, il était d usage pour les fondateurs de chapellenies, lorsque la dotation était très considérable, de placer le patronage de l’aumônerie dans les mains du maire, de lui demander de prêter son concours à l’administration des fonds et de pourvoir à la rémunération des officiers qui prenaient part à cette administration. Les « compositions », c’est-à-dire les engagements ou conventions établissant les diverses chapellenies avec leurs règles particulières, étaient inscrites dans les registres de la ville, et on dit qu’à Bristol « il fut d usage

(1) Voyez les Notex of Bristol Wills dans le Grand Orpltan BooU, par T. P, Wadley, Bristol and Glouc. Archæol. Soc. 1882 et années suivantes ; et la notice sur la Cour des Orphelins dans Drake, Ehoracwn, 198.

(2) Wodderspoon, 268, 273. Cf. avec les formalités d'Ips’nich, celles de Dublin, Calcndar, 491. Dans la petite ville de Fordwich (qui dépendait de Sandwich) le maire avait le droit d’administrer les biens des personnes qui mouraient sans avoir fait de testament. llistorical, MSS. Commission, 607.

(3) Bicart, 62.

(4) Freeman, Exeler, iM. Voyez aussi dans Cunningham, 11, 94, les détails sur la Cour des Orphelins, à Londres, Cour qui administra les parts des orphelins jusqu’à l’époque du Grand Incendie.

que le quatrième jour après la Saint Michel, le maire invitât tous les présidents des chapellenies dont les compositions étaient inscrites sur le livre rouge » ils étaient environ au nombre de onze au commencement du XVI® siècle — d à venir devant le maire au Counter pour prêter serment d’observer fidèlement lesdites compositions (1) ».

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Section XXIX. — Décadence du système urbain.

Au XVI® siècle, le système urbain du Moyen Age se disloqua en tous sens et sa place fut graduellement occupée par une organisation de commerce et dindustiie qui reposait sur les bases plus larges de 1 Etat national. Lorsque nous disons cela, il ne faut pas croire que le vieil état de choses disparut entièrement pour être remplacé par un autre entièrement nouveau, qu un système succéda à l’autre comme des images sur un écran. Le rapport qui relie une époque à 1 autre dans 1 évolution sociale est bien plus complexe. Pendant que dans chaque période successive il y a beaucoup de choses entièrement nouvelles, il y en a aussi beaucoup qui ne sont que le développement, qu une plus large application des anciennes. Encore une fois, beaucoup de choses vieilles continuent à survivre, quoique depuis longtemps elles ne soient plus en harmonie avec les tendances dominantes de cette époque, parce qu’il en est encore fait usage dans quelques sphères inférieures, ou même, en vertu de la simple force d’inertie et parce que les forces économiques ne sont pas assez puissantes pour les emporter. Nous verrons par exemple, que, dans 1 indus-

(1) liicartj 7G.

■Il

décadence du système urrain 63

trie, le système de la gllde imprima sur le système domestique qui suivit quelques-uns de ses caractères les plus remarquables. Il en est encore ainsi à notre époque. Dans certaines villes et pour certaines industries une partie importante du vieux système de monopole local s’est perpétué jusque bien avant dans notre siècle. Du temps d’Adam Smith, les corporations commerciales jouaient encore un rôle si important, qu’il crut nécessaire de consacrer plusieurs pages à la démonstration de ce qu’elles avaient d’injuste ; quoique, probablement, il ait commis la méprise, bien naturelle pour un homme de cabinet [bookish man), de croire qu’elles portaient à l’entreprise industrielle de celte époque une atteinte beaucoup plus sérieuse qu’elle ne le faisait en réalité. D’un autre côté, la vie de corps au Moyen Age était directement la source de ce qu’il y a de meilleur dans le patriotisme civique moderne. Cependant nous pouvons diviser en périodes la marche du phénomène social en déterminant les forces qui dominaient ou étaient prépondérantes dans chaque période et celles qui étaient secondaires ; et c’est dans ce sens que nous pouvons dire qu’au xvi® siècle l’organisation urbaine fit place à l’organisation nationale. La vie urbaine ne disparut jamais entièrement, elle demeura un élément important dans la vie de l’ensemble de la nation ; mais elle devint un élément subordonné et de plus en plus faible. Considérons quelques signes de cet amoindrissement dans les institutions municipales.

I, — Parlons, en premier lieu, du monopole commercial. Un grand nombre de Chartes royales octroyées aux villes depuis le règne de Henri H, avaient expressément concédé à leurs marchands une franchise de péage dans toute l’Angleterre. Ces concessions n’eurent cependant qu’un résultat immédiat peu important, car leur effet fut presque entièrement détruit par la règle légale en vertu de laquelle les bourgeois d’une ville ne pouvaient bénéficier de cette exemption dans une autre ville

04 ClI. I. — LA SUrRÉMATlE DES VILLES .

que lorsque celle-ci n'avail pas, de son côté, obtenu d’une Charte plus ancienne, la concession du monopole commercial (1). Et même, sous Edouard l®'", les tribunaux allèrent plus loin et ils reconnurent expressément que le seul fait d’avoir exercé un monopole de temps immémorial était par lui-mème une justilication suffisante, — même s’il n’était l’eflet d’aucune Charte, — pour exclure de la liberté du commerce les bourgeois des autres villes ; et, comme l’exercice d’un monopole commercial pouvait en réalité être donné comme immémorial dans la plupart des villes considérables, les mots par lesquels les (ffiartes conféraient la franchise de péage étaient en pratique dépourvus de signilication. La principale importance des Chartes à cet égard consistait en ce qu’elles donnaient continuellement naissance à cette idée : la possibilité d’un commerce libre, et l’existence, en dehors de la ville, d’un pouvoir qui pouvait légitimement prétendre à légiférer sur ce point. En elTet beaucoup plus immédiat était produit par les traités intermunicipaux de réciprocité. Avant la tin du IMoyen Age, l’Angleterre était couverte par un réseau de conventions intermunicipales qui exemptaient des taxes commerciales les bourgeois des villes contractantes ; cet état de choses conduisait incontestablement à une liberté plus complète. Il y a même dans cette période de développement économique un parallélisme exact avec les traités internationaux au moyen desquels les hommes politiques modernes espèrent arriver aune liberté commerciale universelle, llscommencèrent dès le xm® siècle ; Winchester et Southampton conclurent une semblable alliance en 12(35 (2), et Salisbury et Southampton en 1330 (3) ; ils devinrent dans la suite de plus en plus fréquents. Une série de « compositions »

(1) Gross, II, 174, 182. Ce que nous disons ici paraît plus exact -que ce que nous lisons dans Gross lui-même, I, 44

(2) Gross, II, 236.

(3) ilist. MSS. Corn. XI, partie III, 7.

décadence du système urrai.n 65

particulièrement intéressantes furent conclues entre Nottin«ffiam, Coventry et Lincoln dans la seconde moitié du xv®^ siècle (I). Naturellement, en se faisant ces concessions mutuelles, les villes agissaient dans leur propre intérêt immédiat ; mais, néanmoins, elles alTaiblissaient les fondements de la politique du Moyen Age.

Il L’organisation de l’industrie dans les villes fut,

en partie, alfaiblie par des changements internes dans les métiers eux-mèmes, en partie aussi, par 1 action croissante de l’autorité centrale, et, en partie enfin, par le développement de l’industrie « -domestique » des circonscriptions rurales. Nous examinerons plus loin chacune de ces causes en détail. Gomme exemple de la première, nous pouvons mentionner qu'à Londres (et probablement dans d’autres grandes villes) le monopole des compagnies moins importantes fut, dans une large mesure, détruit, au xvi® siècle, par la richesse prépondérante et par l’influence politique des compagnies plus puissantes. Les membres des grandes compagnies exerçaient des professions jusque-là réservées aux petites compagnies et, protégés comme ils étaient par les corps auxquels ils appartenaient, il devenait impossible pour les petites compagnies de se faire rendre justice (2). D’ailleurs, durant la même période, il devint d’usage que les apprentis, lorsqu’ils avaient fini leur temps, devinssent journaliers sans devenir hommes libres, soit de leur compagnie, soit de la cité (3) ; et, ainsi, le lien étroit qui rattachait la jouissance des droits de bourgeoisie à l’exercice d’une profession apprise, tendit à disparaître. L’empressement toujours croissant du Parlement,

(1) Notlimiliam lircords, II, 348, .362 ; III, 307. Cf. la convention entre Cambridge et Xorthampton dans Cooper, Aimais of Cainbridçfe, I, .302 (131!)).

(2) Clode, Eai'li/ llistorij of Marchant Taylors, 1, 204 et ss.

(3) Cela semble résulter de ce qui est dit dans ce même ouvrage de Clode, îàù/., 217.

bu CH. I. — L.\ SUPREMATIE DES VILLES

dès le commencement du xv® siècle, à promulguer des lois prescrivant certaines méthodes industrielles et applicables à tout le Royaume, nous apparaît à chaque page du Livre des statuts {statiUe book) (1). C’était là, en partie, un eiïort pour répondre à de nouveaux besoins et pour contrôler, — souvent dans l’intérêt des villes elles-mêmes, — les nouvelles industries du pays. Mais, souvent aussi, ce fait peut être donné comme le résultat de la présence d’un gouvernement fort, conscient de son pouvoir et influencé par le désir inconscient d’étendre sa propre sphère d’action. D’ailleurs, quelle qu’en ait été la cause, l’intervention d’une autorité extérieure à la ville, et le recours à cette autorité, ne pouvaient manquer de détourner les pensées du peuple de l’ancien centre de sa vie industrielle. Là même où, comme on en a des exemples, l’organisation d’un métier était utilisée par le gouvernement pour la surveillance d’une industrie particulière, c’est quelquefois avec l’intention de favoriser, non l’industrie particulière d’une seule ville, mais une industrie s’étendant sur une circonscription considérable. Ainsi le statut de 1468, concernant l’industrie du i^wrsted dans les Comtés de l’Est, donna à huit gardes de cette corporation (quatre de iNorwich et quatre du dehors) le pouvoir « d’inspecter toute sorte de worsted » sur toute l’étendue des trois Comtés de Norfolk, SulTolk et Cambridge (2). Et cet exemple au sujet de la fabrication du worsted nous révèle l’un des caractères les plus

(1) Voyez la liste dans Ochenkowski, 91 et cf. 131. üii e.xemple intéressant nous est fourni par la série des actes donnant pouvoir à ce que nous appellerions mainlenant une Commission Royale (ou peut-être plus strictement un comité du Conseil privé) de fixer les prix des vins quoique les officiers du bourg fussent chargés de l’exécution du règlement. 28 Henri VllI, c. lu, (lüSO); 3i-3.'>, Henri Vllt, c. 7 (1342-3); 37 Henri Vlll, c. 23, §g 2, 3 ; dans les Statuiez, III, 670, 903,

(2) 7 Edouard IV, c. 1; 8<aOde.s, 11,418.

décadence du système urbain

remarquables de l’extension à la campagne de l’industrie qui avait pris naissance dans les villes, extension qui a été mentionnée comme la troisième cause de décadence dans le système urbain. Dès son apparition, 1 industrie du worsted avait été confinée dans Norwicli et le pays environnant. Ainsi, maintenant, la nouvelle industrie lainière dans les circonscriptions rurales ne s étendait pas non plus sur tout le pays, mais, après une courte période d’essai, elle se concentra elle-même dans des districts particuliers, — spécialement dans les comtes de l’Est, Devonsbire, Somerset et Aorkshire. La concentration alla encore plus loin, car chacun de ces districts se bornait lui-même à la fabrication de quelques variétés des produits qui lui étaient propres. Durant le Moyen Age, les villes n’avaient pas seulement été les sièges de l’industrie, mais les mêmes occupations étaient exercées dans toutes les villes quelle que fût leur importance. En réalité, ces professions étaient celles qui répondaient aux besoins des habitants de la ville et du territoire environnant. Des avantages locaux avaient déjà provoqué quelque légère spécialisation (1) ; mais, pour s’apercevoir tout de suite combien ces dérogations étaient peu importantes, il suffit de comparer la liste des métiers de Londres, York, Coventry et Bristol avec celle des autres grandes villes (2). Mais, durant le xvi' siècle, il se produisit deux grands changements dans la grande industrie de l’Angleterre — industrie qui, à elle seule, lut bientôt plus importante que toutes les autres ensemble (3). Les villes cessèrent d’ètre les seuls sièges de 1 industrie,

(1) Voyez la liste des villes et leurs caractéristiques d apres <( le manuel d'uii homme de loi duxui® siècle » dans Th. Rogers,

ÿ,ix Cycntuvies of Work ami Wufjes, lOo.

(2) Cf. par exemple, les listes des métiers de Londres dans Herbert, Lirenj Companies, I, avec celles données par Miss Toulraiii

Smith dans York Plnys.

(3) Toynbee, Industrial llcvoluiion, 46.

et, en dehors des villes, celte division géographique du travail, qui est maintenant si caractéristique dans l’Europe ^ Occidentale, avait commencé à se produire sur une vaste

échelle (1).

III. — Le dernier témoignage et, à certains points de vue, le plus concluant, que l’on ait de la décroissance de l’activité municipale, nous est fourni par la cessation complète de toute tentative pour surveiller les « denrées alimentaires (2) » ; car il n'y avait rien dans la vieille administration qui fut plus fortement enraciné dans l’esprit du peuple que cette surveillance. Nous remarquons, d’un côté, que si la règle de tenir les badgers ou trafiquants hors du marché aux grains jusqu’à ce que les boulangers et les brasseurs aient fait leurs achats, existait encore, elle n’était plus mise en vigueur par le clerc du marché (3). A la Cour Leet du riche village de Manchester, le jury de loo9 « se ])laint de ce qu’on enfreint le règlement sans considération pour ceux qui brassent de la bière ou qui cuisent du pain (4'; ». A Nottingham, un jury analogue, en 1524 « supplie » le maire « d’être bon maître pour eux et de venir au secours des brasseurs dont les griefs sont ressentis par tout le peuple (5) ». Les représentants de Nottingham trouvaient qu’il était peu avantageux d’avoir des magistrats pour surveiller le commerce : Quis custodiel ipsos custodes? En 1507 ils mirent en accusation un des inspec-

(t) l.e caractère général de ce changement est admirablement mis en lumière par Schmoller ; « Es vollzog sich in den eingdncn Lündern eine goograpfnxche Arheitstheilung, luclche die altc Al -imd Vieheitigkcik der stâdtischcn Industrie anfhob ; nach Gegenden iind ÿtüdten gruppirte sicli hier die Tuchmacherei, dort die Linncnindustrie, hier die (ierberei, dort die Métal Iverabeitung », dans Studien iiber die Politik Friedrichs, dans son Jahrbuch, VIII, 41.

(2) Cf. Ilarrison, livre II, ch. vr.

(3) liecords of Nottingham, III, 304.

(4) Cour Leet Records, éd. Earwaker, I, 30.

(3) Records, III, 337.

décadence du système urbain 09

leurs des tanneurs pour vente de cuir insuffisamment tanné (1) ; en 1510 ils mirent en accusation les surveillants (les pêcheurs « parce qu’ils laissent vendre sur le marché du poisson corrompu et impropre à la vente (2) ». H était nécessaire de frapper plus haut, et

lesjurys populaires ne tardèrent pas à faire retomber la

responsabilité sur le maire lui-même. En 1524 « le maire » est dénoncé « pour ne s’être pas assuré de la grosseur des pains (3) » ; en 1530 « pour manquer de faire justice à nos boulangers, à nos bouchers et spécialement à nos brasseurs (4) » ; en 1556, parce qu il ne « veut pas faire condamner à l’amende la femme de Thomas Garth pour achat déraisonnable de farine d avoine, chose pour laquelle elle avait été plusieurs fois dénoncée », et le maire « n’a rien fait pour s’y opposer ». L infraction commise par celle femme consistait en ce qu elle avait acheté de la farine d’avoine et du sel, et qu elle avait revendu ces denrées dans le même marché (5). Il est évident que les magistrats n’étaient en aucune façon aussi empressés pour l’exécution des lois que les habitants des villes. Et cela pour divers motifs. Avec le relâchement général des restrictions imposées au commerce et à 1 industrie, il était naturel qu’il se produisît un relâchement dans les restrictions qui concernaient spécialement les métiers alimentaires. Il est possible encore que le commerce du xvi® siècle se fût, jusqu’à un certain point, élevé au-dessus des petites extorsions qui avaient marqué ses commencements et que les autorités municipales sentissent qu’elles pouvaient laisser un peu plus de liberté aux boulangers, brasseurs et marchands de blé sans dommage sérieux pour le public. De plus, le gou-

(1) Records, III, .327.

(2j Ibid., 343.

(3) Ibid., 337.

(3, Ibid., IV, 113.

vernement des villes était, à celle époque, tombé entre les mains de quelques « corps choisis (1) », — petits groupes de- familles riches par rapport à la masse des bourgeois et s’inquiétant peu du poids qui pouvait manquer « au pain d’un pauvre homme ». Mais il y a une autre cause qui ne doit pas être négligée. Lorsque le jury à Notlingham , en 1527, protesta contre la désignation aux fonctions d'aldermai^ d’un certain aubergiste et d’un certain boulanger, désignation qui était « contraire à la véritable signilication d’un statut des fournisseurs de vivres », et montra que durant toute l'année précédente, alors qu'un aubergiste était maire, « le règlement des comestibles n'avait pas été dûment exécuté (2) », on peut croire qu’il y avait entre ces faits une relation de cause à effet. Le vieux système fut détruit dans une large mesure par la seule force de l'intérêt personnel, par cette remarquable irruption de l’espirit d’initiative au XVI® siècle qui, de quelque façon qu’on l’explique, était tellement plus intense et plus largement efticace qu’auparavant, qu’il nous apparaît presque comme la manifestation d’une nouvelle force économique. En réalité ce n’était pas une nouvelle force que cet esprit d’initiative ; il a toujours influencé les hommes ; mais maintenant il devient apparent, il renverse bien des obstacles qui lui avaient été opposés et il cesse d’avoir honte d’user de sa propre force. Il n’est qu’un côté de ce que nous pouvons appeler l’individualisme de la Renaissance. Cet individualisme était à la fois bon et mauvais ; il est impos-

(1) Voyez l’articte de Colby sur The (iroieth of Oligarchy in English Towns, dans la English llisf. Jîevietv, V (1890), 633 ; où, cependant, la différence entre la première et la dernière période de l’oligarchie est peut-être insuffisamment indiquée.

(2) Notlingham RcconU, III, 338. Le jury paraît avoir ignoré que le statut des marchands de comestibles auquel il se réfère a été abrogé eu 1312 : voyez page 76 et note 3, ci-dessous.

PROSPÉRITÉ NATIONALE

sible de ne pas voir que le bien était prépondérant et que le vieux système de restrictions avait fait son temps. Mais dans cette destruction du vieil état de choses, il y avait beaucoup de sordide et de mesquin ; la poursuite éhontée du profit individuel était assez répugnante et, souvent aussi, elle était préjudiciable aux citadins pauvres. Les vers énergiques de Crowley, même si Ion tient compte des exagérations d’un auteur satirique, nous offrent un tableau qui n’est pas tout à fait inexact, au moins par un côté, du changement qui était en tram de

s'opérer :

C’est une ville

De nom ; mais en réalité C’est une masse de gens Qui cherchent leur prolit;

Car officiers et tous Ne cherchent que le gain ;

Quant à l’avantage de la Communauté Personne ne s’en met en peine.

On peut bien l’appeler Un enfer de désordre.

Où chacun e.it pour soi.

Et où personne n’est pour tous (1).

Section XXX. — Prospérité nationale

11 convient de remarquer, avant de quitter cette matière, que la décadence dont il est ici question était, en premier lieu, une décadence au point de vue de 1 administration municipale, et qu'elle n’en était pas une au

(1) Select Workü of Robert Crowley (Société des anciens textes anglais) (1872), p. 10. Crowley ajoute en marge la note suivante : « Examinez la définition d’une ville, vous qui êtes savants ». Il pense certainement à la Politique d’Aristote.

LA SUPnEMATlE DES VILLES

une inausine stagnante, n est corroborée par aucun témoignage suflisant. De temps en temps des désastres s’abattaient sur certaines localités, par exemple, de grands incendies, la peste ou la suette, toutes choses dont les localités ne se remettaient qu’après bien des années (I) ; le grand incendie de Norwich, en 1507, laissa « bien des emplacements vides sur lesquels s’élevaient auparavant de bonnes et solides habitations » ; et vingt-six ans après il en est parlé comme n’étant pas encore « réédifiées » (2). En outre, l’extension du commerce dans de nouvelles directions pouvait conduire à un progrès plus rapide dans une ville que dans une autre, et produire un changement, en rapport avec ce progrès, dans leur importance relative ; ainsi, pour prendre encore comme exemple la même ville, le développement du commerce dans l’Atlantique, pendant la seconde moitié du xvi® siècle, fut cause que la richesse imposable de Dristol dépassa considérablement celle de Norwich, tandis que jusque-là elle avait été très inférieure (3). Mais l’impression générale qui nous reste de 1 étude de la période qui s’étend de 1350 à 1550 est que, en somme, il y eut un fort et constant accroissement de la richesse dans les communautés civiques. Une impression de cette nature peut encore être augmentée par une preuve tirée de la statistique ; elle résulte d’un certain nombre d’indications concourantes. Parmi ces indications, il faut signaler le commencement d’un commerce extérieur anglais, dans le sens de commerce exercé par

PROSPÉRITÉ NATIONALE

limites de l’étape, c’est-à-dire le commerce des Marchands Aventuriers ; et, comme étroitement lié à ce commerce, le développement à fintérieur des villes de divers métiers de commerce, tels que ceux des drapiers et des épiciers. Nous aurons à étudier à la fois ces deux phénomènes dans une section ultérieure. Une autre indication peut encore être trouvée dans l’histoire de 1 architecture, car le xv« siècle et le xvf forment la période où l’architecture privée des villes atteignit sa plus haute ma-mificence et celle à laquelle nous devons la plupart de/é-lises des grandes villes. Un autre témoignage est encor^ii fourni par la législation somptuaire qui parle de l’accroissement du luxe et d’une plus large dilfus.on de la richesse. Les deux lois somptuaires de 1403 et 1482,— étant venues après une longue période durant laquelle aucune prescription semblable n avait été jugée nécessaire, car la dernière loi était de 1303,- sont particulièrement significatives à ce point de vue ; et on peut signaler, comme ayant bien aussi sa signification, la disposition de la loi’'de 1482, d’après laquelle toutes lesfemmes, à l’exception des femmes des travailleurs, n’étaient plus soumises à des restrictions et celles-ci, même, étaient autorisées à porter des coiffes d’une valeur de vingt pence le yard et un quart (ou environ l’aune), ce qui était une concession libérale (1).

On a invoqué deux arguments à 1 appui d une prétendue diminution de la prospérité civique. L un se fonde sur la pratique qui s introduisit dès 1^82 de permettre de déduire une certaine somme de la taxe connue sous le nom de « quinzième et dixième d pour « le soulagement et la décharge des villes pauvres, cités et bourgs dévastés, dépeuplés et détruits ou très considérablement appauvris ou autres que ladite taxe grevait à

(1) 37 Edouard III, cc. 8-14 (Slaf. I, 380, 381); 3 Edouard IV, c. 3 [Stal. II, 399) ; 22 Edouard IV, c. 1 [Stat. II, 4C8). Sur la législation somptuaire, voyez Kiiight, Pictorial Ilktory, 273.

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