‹ Histoire et doctrines économiques de l'Angleterre [microform]Chapitre 51 sur 114 · LE MOUVEMENT INDUSTRIEL · texte numérisé non relu

LE MOUVEMENT INDUSTRIEL

relatives; ce fut là une période qui dura plus de cent ans. Cependant, les forces modificatrices n’étaient pas entièrement au repos ; aussi, maintenant, il sera prudent de nous placer à un point de vue « dynamique », c’est-à-dire de regarder les métiers comme des corps qui se développent, se consolident et déclinent ; comme des corps, encore, qui changent de physionomie avec le temps, qui subissent un travail de différenciation interne et qui se meuvent selon le mouvement de ce qui les entoure.

Nous pouvons devancer la conclusion de ce chapitre •et de celui qui le suit en posant en principe que, pour la plupart des industries de l’Angleterre, la période est marquée non par le passage d’une forme d’organisation à une autre, mais par la consolidation de la forme déjà établie et par son extension à de nouvelles branches d’industrie au fur et à mesure qu’elles apparaissent. Cette forme est celle qui est généralement connue sous le nom de « système de la gilde » ; et le mot est assez «atisfaisant s’il reste entendu qu’il irnjdique les relations, — ejitre les diverses catégories de producteurs et entre les producteurs et les consommateurs, — que les historiens économiques décrivent habituellement sous ce nom. Il trouve encore une plus complète justification en ce qu’il nous indique qu’entre les compagnies du xv® siècle et les anciennes associations qui se désignaient ellesmêmes sous le nom de « gildes », il y avait une étroite ressemblance et, dans plusieurs cas, une véritable continuité. Mais l’usage exclusif du terme « système de la gilde » offre quelques inconvénients. Il tend à fixer l’attention sur des noms au lieu de la fixer sur des choses ; à faire croire que la chose n’existerait pas sans ce nom particulier (l), et à faire supposer que lorsque le nom disparut, comme après la Réforme, la chose disparut aussi. Mais le mot « gilde » n'est pas un mot qui

(1) Il semble que ce soit là le défaut du raisonnement de Ochenkowski. Cf. Première partie, page 100 (Trad. fr ).

apparaisse d’une manière marquée dans l’industrie anglaise après le xiu® siècle. Les premières associations vofonlaires d’artisans avaient, à la vérité, pris naissance sous ce nom, et quelques-unes d’entre elles conservèrent leurs désignations officielles jusqu’au xvi® siècle 0); mais les termes qui sont de beaucoup les plus usités pour désigner un corps de personnes exerçant quelque branche particulière de commerce ou d'industrie, — non seulement comme groupes d’individus mais comme corps organisés, — étaient ceux de mèlier (2) {misiery) et profession {craft)\ le mot art n’est pas rare non plus (3). Lorsqu’ils ont obtenu l’incorporation légale les membres sont désignés dans les documents olliciels sous les noms de « maître » , « gardes » (wardens) et « compagnons » de tel ou tel « métier » ou « état (4) » {mistery or craft) ; et, dès le commencement du xvi” siècle, on parle de ces associations comme de « corps constitués » ou « corporations » ; ce dernier terme est celui dont se sert habituellement Adam Smith en les étudiant (3). Bien avant la Réforme, le mot gilde était

(1) Par exemple, les tisserands de Londres : Madox, Hrma Burgi, 191-196.

(2) Ce mot, qui dans le latin du xiv' siècle était misteva (voyez Herbert, 1, 294, 366) et, en français, mestrcr, mxslerc et mesticr (Herbert, I, 480; 11, 118, 289 et alias) n’a en réalité aucun rapport avec le mot grec p.'JTTVîptov ; il dérive du latin ministerium. Voyez Ducange, V» Ministcrium. Pour ce qui regarde l’emploi que dans les premiers temps on faisait de ce mot en Angleterre pour désigner une gilde, voyez pour Londres, Liber Custumanim, 33 ; et pour Winchester, Pipe Rolls, 2-4, Henri II,

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(3) Par exemple. Liber Albus, trad. Riley, 461, 639.

(4) Par exemple, Henri VII, c. 7 (Statutes, II, 662) , 22,

Henri VIII, c. 4 (SlalMles, III, 321).

(5) Par exemple dans le passage suivant : « Le contrôle immédiat de toutes les corporations et des réglementations particulières qu’elles pouvaient juger bon d’édicter pour leur propre administration, appartenait aux villes constituées dans lesquelles elles étaient établies ; et la discipline à laquelle elles

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