LES FRATERNITÉS RELIGIEUSES
avait récemment fait bâtir à Castre, un collège composé de six hommes pieux, moines ou prêtres séculiers, et de six hommes pauvres », dans un but qui était essentiellement celui d’une chapelle, c’est-à-dire « pour prier à perpétuité pour son âme et pour les âmes de sa femme, de son père et de sa mère et autres personnes
dont il était l’obligé (1) ».
A ces chapelles était quelquefois attachée une certaine rente destinée à des aumônes. Ainsi, à Bristol, sur quelque vingt- cinq chapelles, quatorze furent déclarées, par les Commissaires de Henri VI, comme dépensant une partie de leurs fonds « en secours annuels donnés aux pauvres ». Parmi ces quatorze, on peut approximativement estimer qu’en moyenne une somme de six livres six shillings était payée au « titulaire » pour « son service », et seize shillings aux pauvres (2). L’objet primitif de cette fondation d’aumônes était exactement le même que celui de la chapelle elle-même — le salut de l’âme du fondateur. L’aumône, acte de miséricorde, était en elle-même considérée comme méritoire et ceux qui la recevaient étaient censes donner leurs prières en échange (3). Plus d’un testateur doit avoir exprimé le même désir que Fastolf, c’est-à-dire demandé que ses biens fussent distribués « en aumônes et œuvres chantables », afin d’obtenir « que son âme soit au plus tôt délivrée des llammes douloureuses du Purgatoire (4) ».
Nous axmns déjà fait remarquer que vers la lin du Moyen Age le mot « gilde » était presque exclusi^ ement attaché aux fraternités ou confréries, qui, quoiqu’elles fussent, dans certains cas, composées de personnes se rattachant à des métiers particuliers, axaient a l origine un but religieux. Quelques écrivains ont coutume de
(1) Paston Letten, éd. Gairdner, I, 460.
(2) Dans les Chantry Certificates, éd. Maclean.
(3) Bury Wills (Camden Society), 62.
(4) Paston Letters, 1, 459.
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faire une distinction entre les gildes « sociales » et les gildes purement « religieuses ». On a même soutenu que les gildes étaient, en général, « des corps laïques qui avaient un but laïque, celui de donner à ceux qui en faisaient partie le moyen de remplir droitement et intelligemment leurs devoirs d’hommes libres dans un lüat libre ». On reconnaît bien qu’il était d’un usage très général de tendre plus ou moins vers des buts religieux, mais ceux-ci, dit-on, « ne doivent être regardés que comme purement occasionnels (1) ». Mais si, au lieu de nous attarder exclusivement à <]uelques-uns de leurs règlements qui sont relatifs aux fêtes annuelles et à l’assistance des membres pauvres, nous essayons de voir leur activité dans son ensemble, et de la comparer à la vie de cette époque, nous arriverons à cette conclusion entièrement opposée, que toutes, ou presque toutes les « gildes » (dans le sens qu’avait ce mot à la lin du Moyen Age), étaient « religieuses », et que leur but primitif était un but religieux (2). Naturellement, elles avaient leurs assemblées périodiques qui étaient des occasions de boire et de se réjouir, bien que, souvent, l’on ne bût que pour se procurer des fonds pour des œuvres religieuses (3). Elles cherchaient aussi à venir en aide aux membres pauvres ; mais comme nous le montrerons plus au long dans une section suivante, ces secours étaient relativement peu importants et on les considérait plutôt comme une aumône faite par les autres membres, dans le but d’en retirer un profit spirituel, que comme un retour pour les dons qui avaient été faits autrefois par
(1) Toulmin Smith, dans Emjlish Gikh, XXVIII, .XXIX.
(2) Il est impossible de ne pas adliéier ici à la critique de Hrentano par Toulmin Smith, ib., LVIII, LXXXV-LXXXVII. Cf. Vox^Jhrchant Tanlon^of liristol, ü.
(il) 11 y a de nombreux exemples dans Englinh Gilds. Cf. Chnrcli Al/'ü, et aussi la Confrérie de Hridport dans Hist. MSS Coin. VI, 178, 479.