LES FRATERNITES RELIGIEUSES
les membres maintenant appauvris (1). Et même, cette aumône était exactement parallèle, — sauf qu’elle n’était donnée qu’aux membres de la gilde, — aux aumônes distribuées par les prêtres des chapelles; et il serait difficile d’admettre que les chapelles n’étaient pas à l’origine des institutions religieuses.
L’objet pour lequel une gilde était formée à l’origine était donc celui de procurer certains bénéfices spirituels. Dans beaucoup de cas, cela était même formellement exprimé dans leurs «points » ou « articles». Lorsque des enquêtes furent ordonnées par le gouvernement en 1389, — mesure qui fut, sans doute, en partie dictée par un sentiment d’aversion à l’égard des associations de journaliers qui cherchaient à s’abriter sous le couvert des gildes religieuses, et, encore plus, probablement, par le désir de limiter le nombre des terres qui passaient en main-morte, — quelques-unes des gildes déclarèrent expressément que leur but était l’entretien d’un cierge devant tel ou tel autel (2). D’autres avaient pour but « l’entretien d’un prêtre (3) ». Même lorsque leur but n’est pas clairement indiqué, les règlements qui
(I) M. Toulmin Smith, désireux de montrer que te but religieux n’était qu’un but secondaire, a appelé l’atlentiou sur la gilde de la Sainte-Vierge à Cambridge. Là, selon l'extrait de l’ordonnance qu'il cite, « si les fonds de la gilde tombent au-dessous de dix marks, on cessera d’entretenir un chapelain et tes biens de la gilde seront cmployôx à l’entretien d’un cienje et des frères pauvres ». English Gilds, ii.ll. 11 résulte très clairement d’une foule d’autres exemples donnés dans le même volume, què l’entretien d’un cierge n'était jamais abandonné ; de sorte que, dire avec M. Smith que « si les fonds descendent trop bas pour entretenir un chapelain et les frères pauvres, le chapelain est supprimé » (XXIX) et « qu’il y a un chapelain lorsqu’on peut le payer, mais que les frères passent avant lui » (271, note marginale), et omettre en même temps de mentionner le cierge, c’est risquer beaucoup de donner une idée inexacte.
(2^ Par exemple, English Gilds, 14, lu, 17, (i7, et passim.
(.3) Par exemple, ihid., 74, 271.
LA DESAFFECTATION RELICIEUSE 177
seul comté de Norfolk, une liste qui est évidemment incomplète (I), indique jusqu’à t)(l9 gildes (2).
Lorsque, au xv« siècle, la classe moyenne des villes devint plus prospère et que les plus anciennes fraternités lurent enrichies parles legs de leurs membres, les gildes les plus llorissantes devinrent plus semblables à des chapelles. Des fraternités furent quelquefois établies dans le seul but d’entretenir des chapelles (3) ; il arrivait souvent que les personnes très riches fondaient des chapelles et les confiaient aux soins des fraternités dont elles étaient membres. Dans ce dernier cas la fraternité devait assister aux services de la chapelle et devait avoir sa part de bienfaits qu’on en retirait (i). Il arriva ainsi que les gildes et les chapelles furent étroitement unies et qu’elles furent souvent confondues dans l’opinion publique. Si donc les commissaires d’Edouard Vf ne réussirent pas toujours à distinguer bien nettement les deux institutions, il est presque certain que les rapports qu’ils rédigèrent ne faisaient que réllécbir une certaine inexactitude de langage, et qu’ils peuvent difficilement être soupçonnés d’avoir commis une confusion volontaire (5).
.-.uieuueiie ues meniDres aux obsèques ji commandent de faire dire 10, 20, 30 ou BS pour Tàme d’un membre défunt (I), samment le caractère des fraternités, t résumer tous fes aspects sous lesquels se institutions qui étaient si étroitement de cette époque et qui variaient autant, ils, d’un lieu à un autre et d’une époque en somme, les dernières gildes peuvent jnnées comme des chapelles coopératives . ganisations qui visaient aux mêmes fins BS, mais qui étaient créées, pour la pluisses moyennes de la bourgeoisie, classes > pour établir des fondations pour leur
, ... , V...JUI11, oc icpdiiuii uans les campagnes où son progrès marque probablement la naissance de ce que l’on pourrait appeler une classe moyenne de village, composée de francs tenanciers, de tenanciers par copie et de tenanciers coutumiers plus ou moins prospères. L importance de ce mouvement ressort clairement de deux faits. Dans un grand nombre de paroisses de Somerset, — et nous n’avons aucun motif pour croire que ces paroisses différaient de celles des autres Comtés, il y avait de six à douze gildes ou fraternités, ayant chacune une « dévotion » distincte, avec ses « fonds » propres, son budget et ses jours de fêtes (3). Et dans le
Lorsque la Héforme commença en Angleterre, corps de métier renfermait ou s’était annexé des
chaque
usages
(1) .Nombreux exemples, dans Emjl. (ù7ds. Voyez 67, 69, 71, 74.
(2) Voyez les comptes des Confré résulte que l'assistance des membre très secondaire de leur activité, Uist. .1 les comptes de la riche hratermté de la Sainte Hedfordshire, ibUL, 111,2067 race de secours destinés aux pauvres
(3) Weaver, Wells Wills, Préface, VI
(1) La liste est évidemment incomplète, puisque, par exemple, elle ne renferme pas deux ou trois gildes de Scarning, données dans Carthew, llundred of Launditch, IIP partie (1879), page 308.
(2) V. Taylor, Index Monasticus (pour Norwicli) (1821), 71.
(3) Par exemple, llistorical MSS. Corn., VI, 411 bis.
(4) Sharpe, Wills, II, 333 ; Maclean, Chantry Certificates, H ; Rury Wills, 57, 62.
(5) Gomme le suggère ïoulmin Smith, Enylish Gilds, 259 note.
ries a Hridport, desquels il s pauvres est une partie MSS. Corn., VI, 478, 479 ; et
J Trinité à Luton en
comptes dans lesquels il n’y a pas
CIIAP. II
LA DESAFFECTATION RELIGIEUSE 1/9
l’importante Compagnie des Tailleurs, à Bristol ( 1 ). La succession desev’énements, dans tous ces cas, peut être décrite dans les termes dont se sert un historien du xvm® siècle à propos des cordonniers d'Edimbourg : « ils furent tout d’abord organisés eu fraternité par une Charte du Conseil de Ville d’Edimbourg..., en 1 Ü9, dans un but religieux ; car chaque maître de la corporation qui possédait une échoppe ou boutique dans l’intérieur de la ville, fut obligé de payer un penny écossais par semaine, et les divers serviteurs de la corporation un demi-penny pourl’entretien de leur autel de saint Crépin et saint Crépinien dans l’Eglise de Saint-Cille... et pour y maintenir un prêtre qui y ofliciait. Et par un second sceau..., 1179, il fut accordé à certains chefs et maîtres de la corporation, le droit de rechercher et de vérifier les différentes sortes d’ouvrages apportés au marché par les cordonniers, de peur que les gens du peuple ne fussent servis en marchandises de mauvaise qualité (2) ». Dans quelques-uns des rapports de 1889, nous apercevons des vestiges des premières phases de cette foi’mation ; par exemple, dans les rapports qui concernent les foulons (3), et dans ceux des tailleurs de Lincoln (i), où les principales obligations des fraternités sont encore incontestablement religieuses, quoiqu’elles commencent déjà à étendre leur action dans la sphère industrielle, comme, par exemple, lorsqu’elles exigent de tout nouvel arrivant dans la corporation, ainsi que de tout candidat à l’apprentissage, le paiement de certains droits.
De pareils faits cadrent parfaitement avec la théorie de Nilzsch, qui a attribué le .système de la Zunjt allemande à l’influence qu’exercèrent les uns sur les autres les anciens Aeniler séculiers, et les relativement plus récentes
ou des institutions ayant le caractère de fraternités religieuses. Nous pouvons, pour plus de commodité et moyennant des explications qui seront données plus loin, en parler comme de Yaspeet de fraternité qu’avait revêtu l’organisation des métiers ; et nous pouvons aussi, devançant les conclusions auxquelles nous arriverons bientôt, aller jusqu’à dire que ce qui fut alîecté parla législation d’Edouard VI, ce fut la forme de fraternité et cela seulement.
La façon dont les usages religieux se rattachaient aux corporations variait considérablement, quoique le résultat général fût presque toujours le même. De plus, l’origine de ces caractères religieux n’est pas entièrement exempte d’obscurité. Les anciennes corporations de métiers, — comme les anciennes gildes marchandes, — semblent, en général, avoir été entièrement séculières par leur objet et par leur administration ( I ), ressemblant en cela aux anciens Aemter et Officia du continent (2). iMais pour beaucoup de métiers auxquels on ne reconnut que tard une existence corporative, leur première forme d’organisation fut, comme nous l’avons vu, celle d’une confrérie religieuse ; et ce fut cette confrérie qui parvint plus fard à s’assurer des pouvoirs de surveillance sur le travail de ses membres, (’.e fut le cas pour beaucoup de Compagnies de Londres, telles que celles des Drapiers (3), des Tailleurs (i), des Marchands de soierie (ü), des Merciers (0), et des Armuriers (7) ; ce fut le cas aussi, comme nous le verrons, pour
(1) Une tiste en est donnée dans Gross, GHd Merchant, I, 114, note 3.
(2) Geering, liaact, 16, 26.
(3) Herbert, I, 482.
(4} Giode, Earty llistory, I, 110.
(5) Herbert, I, 204.
(6) Ibid., Il, 631, 632.
(7) Voyez StahIschmidt, dans .Ircèæo/. Journal, XLIII, 161, pour cet exemple et pour d’autres.
(1) Fox. Merchant Tai/lon^ of Itristol
(2) Maitland, Edinbiiiçih, .306.
(3) Enulish Eilds. 170.
(4) Ibid., 182.
Bruclerschaften (1), quoique celte généralisation embrasse (Jiflicilement la totalité des faits qui ont existé en Angleterre. Il y eut, comme nous l’avons déjà vu, deux forces organisatrices qui, à l’origine, n’avaient aucun caractère religieux. Il y eut, d’un côté, un certain nombre de métiers qui, dès une époque riîculée, avaient obtenu la reconnaissance de leurs gildes ; et, d’un autre côté, il y en eut plusieurs qui parvinrent à leur organisation industrielle, non à la suite d’une union indépendante comme gildes, ni à la suite d’une association en Iraternilés, mais en vertu d’une disposition légale et sous l’impulsion de leur intérêt personmd. Il est probable que toutes ces dernières furent entraînées dans le mouvement général et que, par l’adoption de pratiques religieuses communes, telles que l’assistance aux cérémonies funèbres et aux messes commémoratives pour les membres décédés, ou encore par la fondation d’autels ou autres œuvres analogues, elles tinirent par ressembler à ces organisations qui avaient été religieuses dès leur origine. Il y eut cependant de nombreux exemples où la Iraternité religieuse, quoique composée d’hommes appartenant à une profession particulière, se distinguait entièrement de l’organe qui avait pour objet là réglementation de la profession (2) ; elle s’en distinguait si bien qu’il pouvait y avoir deux fraternités ou même un plus grand nombre à l’intérieur du même métier (3). La même chose se re-
rassemblait ; et leur suppression n aurait nuuemeui alTecté, au point de vue de la forme, la constitution de la corporation organisée dans un but industriel. Même là où la relation était la plus étroite et où la Compagnie était issue d’une fraternité religieuse, les deux éléments, c està-dire le contrôle de la profession et le culte religieux, se distinguaient facilement l’un de l autre. Gierke a fait remarquer, à propos de l’Allemagne, et Levasseur, a pronos de la France, que vers la tin du Moyen Age, une se-
mème
parution entre les deux elemenis üe^ nu lorsque, à l’origine, ils avaient été confon les services religieux sont subventionn lions spéciales eton en a tenu une compta Il est probable que le même fait s’est pi terre ; et il est facile de voir combien : possible de désalîecter les Compagnies au point de vue religieux sans toucher au reste de leur constitution.
La situation des métiers par rapport aux dotations religieuses nous apparaîtra d’une manière plus claire, si nous examinons avec attention le langage des diveis statuts qui s’y rapportent.
L’acte de lüio s’occupait des « Collèges » (ce mot étant, sans doute, à l’origine, pris dans le sens de corporation de prêtres autres que ceux des Universités) (3), « des Franches-Chapelles, des Chapelles ou Chantreries, {Chantries), des Hôpitaux, des Fraternités, des Confréries, des Gildes, des Prêtres salariés à perpétuité (i) ».
lier, G shillings 8 pence. » Fifly Englixli W'dls, éd. Furnival [Société des Anciens Textes anglais), 113.
(1) Levasseur, op. cit., I, 4'0.
(2) Gierke, Genosseascltafirccht, I, 383; Levasseur, 1, 468.
(3) Sur ces « Collèges », voyez Jessopp, Visitation of the. IHoc. of y orwich tCiimden Society, 1888), lnteo(htction,\lU.
(/O 37 Henri VllI. c. 4 : Stat., 111, 1>88.
(1) Geering, 26.
(2) Cela semblerait avoir été le cas à Norwicli pour la gilde des barbiers, English Güds, 27 ; la gilde des a Pelletiers et autres » ibid., 2!( ; la gilde de Tailleurs, 33 ; la gilde des Charpentiers, 37 ; les Selliers et les Eperonniers, 42. Celles-ci, cependant, peuvent, dans la suite, avoir rempli des fonctions industrielles.
(3) .4.insi dans le testament d’un peaussier de Londres, en date de 1439, nous lisons : « Je lègue à la confrérie de mon métier du Corpus Christi, pour sa caisse commune, 6 shillings 8 pence ; et à la caisse commune de Notre-Dame dans mon raé-
CIIAP. 11. — LES COUPS DE MÉTIEltS
rv.»
182 CIIAP. 11. — LES COUPS DE MÉTIEltS
Il cüininen(;ait [lar alléguer que les richesses de plusieurs de ces etablissements avaient été dernièrement si mal employées, qu’en fait, ces fondations avaient été dissoutes ; et il attribuait au roi tous ces Collèges, Chapelles, etc., qui avaient, de cette façon, été dissous pendant les dix dernières années. Cette partie de l’acte pouvait ne pas se rapporter aux Fraternités de métiers, à moins qu’elles n’eussent aliéné leurs dotations religieuses et il n’y a aucune raison de croire que quelque chose de ce genre ait été fait. Mais l’acte continue en disant que non seulement il a été fait de mauvais emplois, mais que les Collèges, les Chapelles, les Fraternités étaient la plupart du temps mal administrés ; que des fondations qui avaient été créées « en vue de distribuer des aumônes aux pauvres et d’exercer d’autres fonctions salutaires, pieuses et charitables », étaient détournées de leur but et qu’en conséquence le roi avait maintenant résolu de les faire servir à des lins « beaucoup plus pieuses et plus efficaces ». C’est pourquoi le roi eut le pouvoir « durant sa vie naturelle » de désigner des commissaires ayant autorité pour sain?- entre les ?nai??s du ?'oi, les terres et autres possessions de toutes ces fondations, ici désignées, lorsque le roi les leur indiquerait.
Il ressort d une façon évidente de la teneur générale de l’acte, que toutes les institutions ainsi visées avaient, au tond, un caractère religieux. Les termes « F’raternites », « Confréries », « Gildes », quoique pouvant être employés pour désigner des associations primitivement industrielles, servaient bien plus communément, à cette époque, a désigner des sociétés religieuses, et, lorsque les termes étaient employés sans qualificatifs, comme ici, ils devraient, semble-t-il, être interprétés de cette dernière façon. Cependant, on ne saurait douter que ces Compagnies, lorsqu’elles étaient issues des fraternités religieuses et qu’elles portaient encore le nom de « F’ra-
LA DÉSAFFECTATION RELIGIEUSE
tertiités de tels ou tels saints», pussent être atteintes par racle, s1l plaisait au roi de le faire exécuter; et cela est encore plus évident pour les fondations en vue de chapelles ou de prêtres, lorsque ces fondations étaient administrées par des Compagnies. Mais rien n’indique que le gouvernement ait eu Tintention d user de son pouvoir pour supprimer toutes les fondations religieuses. Dans le premier cas, les Commissaires devaient envoyer un rapport sur toutes les Chapelles, Collèges, etc., qui se trouvaient dans chaque Comte, avec I indication du
but de leur fondation. Quelques-uns de ces rapports concernant des gildes strictement religieuses — étrangères aux métiers — ont été imprimés (l). Sauf quelques erreurs concernant la date de leur etablissement, et l'attribution gratuite de leur fondation aux rois qui leur avaient octroyé des lettres-patentes, les rapports paraissent avoir été laits avec autant d exactitude que les circonstances le permettaient (2). Les Commissaiies ne manquaient certainement pas de sympathie pour les œuvres charitables des corporations qu ils visitaient, et ils paraissent avoir fait au gouvernement un rap[)ort lidèle des observations de ceux qui étaient intéressés dans les diverses fondations. Ainsi, au sujet de la gilde
de la Sainte-Trinité dans TEglise de Saint-Nicolas, à
W orcester, ils rapportent que le revenu des terres et tenements était de 13 livres I7 shillings lO pence c< sur la-
quelle somme 6 livres 13 shillings 4 pence » ont toujours été employés, cV après la déclaration fade aux Commissaires de Sa Majesté le Roi^ a 1 entretien d un maître d’école pour y enseigner librement la grammaire ; et 107 shillings 4 pence ont été distribués à diverses personnes pauvres logées dans 24 cottages ou maisons de charité, autour de Irinity Hall; et ainsi il
(1) Cinq sont donnés dans Enghsh (yï7c/s,19(), 202, 221, 24 i, 259.
(2) Ces critiques de ïoulinin Smith, ihuL^ 197, 221, 247, semblent être d’une sévérité tout à fait inutile.
ne reste que 82 shillings 0 pence, somme, — affirment les déclarants, insuffisante pour réparer chaque année les cottages et maisons de charité dudit Hall ». A la marge du rapport est écrit ce que nous considérons comme la décision prise par le gouvernement sur le vu du rapport : « Contimiatur quausque aux pauvres; quant à 1 école, elle peut être supprimée, puisqu’il y en a une autre de fondation royale dans la ville et que celle-ci n est d’aucune utilité comme il est justement dit (1) ». Quelquefois les Commissaires déclarèrent que les chapelles des gildes permettaient aux gens qui se trouvaient éloignés des églises paroissiales d’assister facilement aux offices divins (2) ; et partout où les gildes faisaient quelque chose pour le soulagement des pauvres, on le mentionnait avec soin (3).
Quoique aucun rapport sur les corps de métiers n’ait été imprimé, nous savons qu’à Londres, les Commissaires demandèrent des informations à la Compagnie des Marchands-1 ailleurs et ils reçurent d’eux un « livre » contenant une liste des secours et des services funèbres qui se rapportaient à la Compagnie (4). Sans doute, il
(1) Toulmin Smith remarque {ibid., :>03 note) que « cela fut allégué parce qu’on avait l’intention de saisir la propriété de cette gilde ». et il montre que tandis que la vieille école instruisait 100 enfants, la nouvelle n’était faite que pour 40 garçons Mais on doit remarquer que la gilde avait supprimé l’école pendant quatre ou cinq ans afin de réparer les murs et le pont de la cité, ainsi que la propriété de la gilde, ihid., 205.
(2) Ibid., 221, 247, 260.
13) « Ainsi il y a divers pauvres gens qni sont nourris, secourus, entretenus aux frais de la dite gilde, en argent, en pain, en
boisson et en charbon, etc. » Gilde de Sainte-Croix de Birmingham, ibid., 247.
(4) Les dépenses qui furent faites pour ces formalités, y compris, « la viande et la boisson, pour ceux qui ont confectionné le hvre pour le certificat des Chantreries », ainsi que beaucoup
d autres dépenses, sont énumérées dans Glode, Eartu lUstory, 142, ^
LA DESAFFECTATION RELIGIEUSE
en fut de même pour les autres Compagnies. En ce qui concerne les Marchands-Tailleurs, le seul résultat immédiat semble avoir été que la Compagnie fut obligée de payer à la Couronne les arrérages (s’élevant à la somme de o2 livres 10 shillings) des paiements pour obils (ou messes funèbres) qui autrefois avaient été attribués à l’Etablissement des Frères Gris et qui, de l’avis des Commissaires, devaient avoir passé à la Couronne après la dissolution de cet Etablissement (1). Les exigences de cette nature furent simplement occasionnelles et de peu d’importance; mais, en somme, il devait sembler que les anciennes fondations avaient été gravement troublées lorsque la mort de Henri VIH annula le statut.
Toute action qui émana ensuite du gouvernement reposait non sur le statut de 1543, mais sur celui de 1347 (2). Ce statut débute en alléguant un nouveau motif pour s’occuper des fondations religieuses, et ce nouveau motif qui nous fait comprendre le progrès rapide de la Uéforme doctrinale après l’avènement d’Edouard VI, c’est que « les messes expiatoires dites pour les défunts » avaient conduit et maintenu dans la superstition le peuple ignorant de la vraie doctrine du salut ; et que les revenus consacrés à de telles lins seraient mieux employés à fonder des écoles de grammaire, à augmenter le nombre des Universités et à soulager plus efficacement les pauvres et les nécessiteux. On n’a jamais examiné d’une manière impartiale jusqu’à quel point tout cela fut réalisé et jusqu’à quel point aussi les revenus étaient gaspillés et distribués aux favoris de cour. Ce n’est pas ici le lieu de s'étendre sur ce sujet :
(1) Ainsi nous pouvons très bien interpréter Glode, 143, et note 2.
(2) 1 Edouard VI. c. 14; .SD</., IV, 24. 11 est inexact de parler, comme le font de nombreux écrivains (par exemple Ilibbert, Influence of Enylish Gdds, 67) de cet acte comme d’un « renouvellement de la concession » octroyée par l’Acte de 1545.
180 OUAr. II. — LES CORPS DE MÉTIERS
quoiqu’on puisse faire observer eu passant qu'on employa, dans un but d’utilité publique, une portion de ees revenus beaucoup plus considérable que plusieurs écrivains modernes ne le feraient supposer. Nous n’avons à considérer ici que ce qui arriva pour les métiers. L’acte re|>roduit le statut de 15io; mais il est digne de remarque que lorsqu’il arrive aux articles qui en concernent l’exécution, il lait une distinction tacite entre les Collèges, les Cdiajielles libres et les Cbantreries, d'un côté, et, d’autre part, le reste des fondations comprises dans la première législation. Tous les Collèges, Chapelles libres et Cbantreries sont déclarés être en la possession et saisie du présent roi. Mais ensuite, il pose comme applicables à toutes les londations les deux
règles générales suivantes : 1" que là « où des terres, etc., étaient données entièrement pour l’entretien de quelque - (messe) anniversaire ou service funèbre, ou dans quelqu’autre intention semblable, ou encore pour l’entretien d’une lampe dans quelque église, etc. », ces terres doivent être attribuées au roi; 2“ que « dans les localités où 7ine partie seulement des revenus de quelque terre a été assignée à de telles ceuvres, le roi recevra, pour en jouir à titre de renie annuelle, une somme égale à celle qui a été dépensée dans l’une des cinq dernières années ». Cet acte fait bientôt après une application s[)éciale de ces règles « à toutes sortes de corporations. Cibles, Craternités, (Compagnies ou Compagnonnages de métiers ou états ». Toutes les sommes que ces associations avaient l’habitude de payer « pour l’entretien d’un prêtre ou le maintien de quelque anniversaire, obit, lampe, cierge ou autre chose analogue », doivent passer au roi à titre de rente perpétuelle. Alors l’acte revient à « toutes les Fraternités, Confréries et Cildes autres que ces corporations, Cildes, b'raternités. Compagnies et Compagnonnages de métiers ou états », et il alti'ibue toutes leurs possessions au roi. Il est vrai que
LA DESAFFECTATION RELIGIEUSE
meme lorsqu’il s’agissait de ces autres fraternités, aussi bien que lorsqu’il s’agissait de cbantreries, les commissaires étaient chargés de rechercher quelles œuvres en faveur des pauvres, s’il y en avait quelques-unes, se rattachaient à ces diverses institutions, et de prendre des mesures pour en assurer le paiement régulier ; de désigner des terres pour des écoles ou pour subventionner des prédicateurs partout où l’acte de dotation en avait établis ; d’augmenter le nombre des vicaires dans les paroisses où le besoin s’en faisait sentir et de restituer aux divers corps, quand ils le jugeaient utile, une partie de leur dotation pour la conservation des digues et des jetées. Mais l’exécution de ces mesures libérales dépendait de la bonne volonté du gouvernement. En ce qui concerne les CiOmpagnies de métiers, il n’y avait de dévolu au roi que la portion de leur revenu déjà alîectée à des œuvres religieuses, et il n’était pas nécessaire, comme l’ont pensé quelques écrivains, de leur restituer les revenus qu’elles avaient coutume d’em[)loyer au soulagement des membres pauvres, pour l’excellent motif qu’ils ne leur avaient jamais été enlevés. La signilîcation du statut est parfaitement claire : partout où il y avait une fraternité composée de membres d’un métier, mais entièrement distincte du métier luimême, elle partageait le sort de toutes les fraternités religieuses ; partout où, dans une Compagnie, on trouvait des formes à la fois religieuses et industrielles, les revenus qui passaient aux mains du roi étaient seulement ceux qui avaient été légués ou désignés pour des œuvres exclusivement religieuses, (jomme M. Clode l’a très bien remarqué pour la Compagnie dont il s’est occupé : « Ce n’est qu’au point de vue du sentiment religieux que les hommes des gildes avaient quelque raison de dissimuler, puisque au lieu d’elîectuer, comme auparavant, divers paiements à divers prêtres dans diverses paroisses, ils n’avaient qu’à payer à la Cou-
ClIAP. II. — LES CORPS DE MÉTIERS
ronne, en une seule fois, une somme déterminée (I) ».
Le caractère de la modilîcalion etîecluée par l’acte a été obscurci par une interprétation erronée de l’action de la bourj^eoisie dans le l^arlement de l.oiT. On a supposé que le gouvernement se proposait de contisquer au profit de la Couronne tous les biens de toutes les gildes, y compris les Compagnies des métiers ; que les membres urbains, conduits par les représentants de Lvnn et de Coventry, protestèrent hautement contre ce dessein ; que pour éviter que le projet de loi fût repoussé, le gouvernement promit de restituer les terres des gildes ; que. les bourgeois cédèrent sur cette promesse, de sorte que les terres des gildes ne lurent abandonnées que pro forma et que ces mêmes gildes ne perdirent que leurs oflices religieux (2). Mais cette manière de voir ne saurait être adoptée si l’on étudie l’acte avec attention ; elle est due, en effet, à une imparfaite distinction entre les Compagnies de métiers et les « gildes », ce dernier mot étant pris dans le sens qu’il avait babituellement à cette époejue. En tant qu'il concernait les Compagnies de métiers, le projet ne manilestail d’autre intention que celle de prendre les revenus actuellement affectés à des œuvres religieuses. Les i‘evenus affectés à des œuvres sociales ou charitables demeuraient saufs ; ce que les bourgeois repoussaient, c’était la saisie des terres appartenant aux gildes religieuses. Cela ressort clairement de l’examen de deux autorités sur cette matière, — Burnet et un Mémoire tiès curieux de l’année L'>48 dans le Council Book {Livre du Conseil). Burnet nous dit que le projet « fut violemment com-
(1) Op. cit., lii. M. Glode décrit le changement, en ce qui concerne les Compagnies, comme étint « une désaffectation religieuse ».
(2) Ainsi Hibbert, up. cû, 71, suivant Dixon, Ilistorij of Church of England, II, 4()2 — passage cependant qui a été substantiellement moditié dans la seconde édition.
LA DÉSAFFECTATION RELIGIEUSE
battu par quelques bourgeois qui représentèrent que les bourgs auxquels ils appartenaient étaient dans l’<mpossibililé d'eulrelenir leurs églises et autres œuvres publiques des gildes et fraternités, si les rentes qui appartenaient à celles-ci étaient données au roi... Cette opposition provenait principalement des bourgeois de Lynn et de CiOventrv, et elle déployait tant d activité que l’assemblée entière devint jusqu’à un certain poini hostile à la partie du projet qui concernait les terres des gildes ; c’est pourquoi ceux qui représentaient la f^our à l assemblée les lîrent changer d’avis en leur assurant que leurs (de Lynn et de Coventry?) terres de gildes seraient restituées à celles-ci ; et ainsi les bourgeois se désistèrent de leur opjiosition, et le bill lut adopté sur cette promesse qui lut ensuite ratifiée par le Protecteur (1) ». 11 est clair que les gildes dont parle Burnet étaient surtout de nature religieuse. Et cela devient encore plus évident lorsqu’on considère les détails des négociations dans le du Council (conseil). Les hommes
de Coventry déclarèrent qu il y avait dans la ville « onze ou douze mille habitants et seulement deux églises... dont l'une, l’église du Corpus Christi, est spécialement entretenue par les revenus de ces terres des gildes..., terres qui avaient été données dans ce but par diverses personnes ». Les bourgeois de Ijynn, à la vérité, ne disent rien des œuvres religieuses, mais ils allèguent « que les terres des gildes appartenant à leur ville lurent données... pour l’entretien et la conservation de la digue et de la jetée ». Seulement, il en est parlé comme de « terres appartenant à la gilde de Lynn (2) », et cette gilde de Lynn était sans doute la « gilde de la Sainte- Trinité, ou Grande Gilde de Lynn », — forme que la gilde marchande de celte ville avait adoptée vers la lin du xiv® siècle. Quoique quelques-uns et peut-être une
(1) History of the Reformation, 11, 94,
(2) Cross, Gild Merchant, I, 161, 162; II, lo8 et ss.
LA DESAFFECTATION RELIGIEUSE i n
comprirent leur tâche. D’après Herbert, ils demandaient : « 1" S’il y avait, oui ou non, quelque confrérie particulière ou gilde dans leur corporation ? 2° S’il y avait quelque Collège, Chantrerie, Chapelle, Fraternité, Confrérie ou Gilde dans la même corporation? Ouel nombre de prêtres salariés ils payaient avec les biens légués? Quel était le montant de ces salaires? Quels étaient les donateurs, et dans quelle circonstance ces biens avaient été légués? La valeur de leurs revenus annuels ; l’indication des paiements et de ce qu’on doit en déduire. 3° S’ils possédaient des joyaux et de quelle nature ? des marchandises, des ornements, des meubles (chattels) et autre chose appartenant à quelque chapelle ou à quelque prêtre rétribué?... Et, enliii, s’ils avaient quelques autres profits et avantages annuels que 1 acte, comme ils le savaient, attribuait au roi (l) ». Des rapports détaillés, ou « livres de certilicats » turent préparés par les Compagnies (2), à l’aide de toutes les informations qu’elles purent recueillir (3) ; et, sans doute, les Commissaires acceptèrent ces livres sans y regarder plus minutieusement (4). Dans ce qui regarde la Compagnie des Marchands-railleurs nous trouvons peut-être l’indication delà portion de revenus que perdirent lesCompa-
l.tu CIIAF’. H. — LES CORPS DE METIERS
grande partie des revenus de cette gilde fût employée à des travaux publics, — et on peut remarquer qu’il serait aussi peu sur d’accepter, sans modilication, le renseignement fourni par les bourgeois que d’accepter celui du gouvernement, - elle avait, certainement, dans son ensemble, un caractère religieux. Dès 1389, la gilde entretenait treize chapelains. Ainsi donc, ici encore, il est question d’une gilde religieuse, — une gilde religieuse à la vérité d’une espèce particulière, une gilde qui, étant issue d'une gilde marchande, était étroitement liée à la constitution civique et qui faisait beaucoup plus que de veiller à des pratiques religieuses. Cependant, le fait appartient, dans son ensemble, à l’histoire des gildes leligieuses, et il est particulièrement intéressant, si l’on veut rechercher jusqu’à quel point les œuvres charitables du Moyen Age furent troublées par la Réforme en
(1) Slaliiles, 11, 27,
CIIAP. II. — LES cours DE MÉTIERS
gnies à la suite de cet acte. La Compagnie des Marchands-Tailleurs possédait à cette époque 29 héritages d'uii revenu total et annuel de UO livres 13 shillings
10 pence ; chacun de ces héritages contribuait plus ou moins à la charge de payer des messes ou des obits (I). Sur ces i-i-0 livres 13 shillings 10 pence, une somme de 98 livres 11 shillings 6 pence, seulement, fut portée par les Commissaires comme étant due au roi, c'est-à-dire environ les deux neuvièmes (2). Cn grand nombre de Compagnies moins importantes ou bien n’avaient pas de revenus alfectés à des œuvres religieuses, ou n’en avaient que pour une somme peu considérable. Ainsi les (diarpentiers de Londres ne devaient que pourvoir à un simple obit, et ils recevaient pour cela un revenu annuel de 8 shillings (3). La somme totale des rentes saisies dans les Compagnies de Londres s’élevait à 1 000 livres (i) ; et les diverses Compagnies payèrent leurs parts respectives chaque six mois au Bureau de l’Accroissement pendant les trois années suivantes, c’est-àdire jusqu’à ce que le gouvernement jugea nécessaire de faire un autre arrangement.
La récente publication de certificats de Chantreries pour quelques-uns des comités de l’Ouest, a montré d’une manière incontestable que les Commissaires qui fonctionnaient hors de Londres furent guidés par les mômes principes que ceux de la capitale (.3). Par un heureux hasard, il nous est donné de pouvoir com-
(1) Clode, 144.
(2) IbkL, 14a.
(:t) Juj3p et Pocock, op. cit, 29, .394.
(4) U’après Stowe, cité par Clode, 147. Celui des seules Douze Crandes Compagnies était, selon toute apparence, de 734,
11 sh. a 1/2 pence, d’après Herbert, I, 1.38 et ss.
(3) Chantnj Ccrtificates, pour Bristol et (îloucestershire, imprimés par Maciean dans Trans. liristol and Glouc. Archæol. Soc., VllI ; Somerset Chant ries, Survey and llental, éd. Creen, pour la 8o?nerset liccord Society, II (1888).
LA DÉSAFFECTATION RE’LIGIEUSE
parer le sort des marchands-tailleurs de Londres avec celui d’une Compagnie qui, par son histoire et par son caractère, lui est presque exactement parallèle, c’est celle des marchands-tailleurs de Bristol.
Comme la Compagnie de Londres, « la Fraternité des d'ailleurs de BrisUnve de la gilde de saint Jean-Baptiste » était à l’origine une conlrérie religieuse. )Mais on sentit le besoin, au commencement du xv® siècle, d’établir à Bristol « le même règlement » qui était établi à « Londres, ^'ork et autres villes du royaume » ; et, en conséquence, le maire et le Conseil de la ville décrétèrent « que désormais aucune personne appartenant au métier des tailleurs ne recevrait la franchise dans ladite viHe, à moins que le maitre et quatre gardes du métier de saint .Jean-Baptiste de Bristowe (Bristol) ne vinssent certifier devant le maire, le shérilî et toute la Cour que le postulant était un homme capable, de bonne condition, de nom honorable et parlaitement instruit dans son métier (1) ». Ainsi la gilde religieuse se changea en une organisation de métier. Mais l’association continua encore à se comporter comme une fraternité religieuse ; et lorsque quelque frère ou sœur mourait, les membres survivants étaient tenus de payer leur « sou de messe [mass-penmj) aux gardes, et les gardes le remettaient aux prêtres qui étaient chargés de dire la messe des frères ».
Avant l’existence de la Commission d’Ldouard, les marchands-tailleurs de Bristol avaient eu le désir qui animait tous les corps religieux et charitables du )Moyen Age, — c’est-à-dire le désir d’établir une dotation stable. Le « garde et la Conlrérie étaient autorisés » — ainsi s’expriment les Commissaires, — «à acquérir des terres et des tènements pour l’entretien d’un chapelain chargé de chanter à perpétuité à l’autel de saint Jean-Baptiste
(1) Fox, Merchant Taylors of liristol, 32.
dans l’Eglise paroissiale de Saint-Ewens » ; et le même plan avait été adopté « pour l’assistance, le secours et le confort des pauvres frères et sœurs de la même fraternité tombés dans le malheur », lesquels étaient assistés au moyen des revenus des terres et pttssessions « données » à cette intention « par diverses personnes (1) ». Cependant, dans le rapport, fait sans doute par la fraternité au sujet de la première œuvre, et ensuite envoyé à Londres par les Commissaires, il n'est pas dit un mot des revenus employés aux œuvres de charité. Il devient évident qu’ils ne tombaient pas sous le coup de l’acte. Le rapport se borne à indiquer les dépenses pour un prêtre et pour certains services funèbres, et à donner la valeur de l’argenterie :
« La nourriture du titulaire dudit service
M ou son salaire annuel fut toujours
« ex shillings IV pence; etil lui étaitalloué « pour certains obits VIII shillings IV « pence, ce qui faisait un total de CXVIII « shillings VIII pence, auxquels a droit « sa Majesté le Roi comme étant une « rente provenant des terres de ladite fra- « ternité soient, par an CXVIII sh. VIII p.
« Le nombre des onces d’argent et de joyaux « appartenant à la même, évalué XXXIV « onces et demie LXXVIII sh.
« Ornements appartenant à la même, éva-
« lués IV livres.
Quant à savoir si l’on avait raison de confisquer les revenus consacrés à des œuvres religieuses, c’est là une question que nous ne discuterons pas ici. Mais il importe de reconnaître que la confiscation ne frappa que ces revenus. Et les Commissaires, loin de ne tenir aucun compte de l’alfectation des revenus et de se montrer* seulement désireux de saisir les fonds de la charité sous prétexte qu’ils servaient à des usages supers-
(1) Maclean, Cluinlrn Cei tificalcs, 20.
LA DÉSAFFECTATION RELIGIEUSE
tilieux (1), se montrèrent au contraire empressés à rechercher la vérité, et à permettre aux personnes intéressées de s’expliquer librement, bien que les écrivains modernes leur aient rarement rendu justice (2).
Revenons à Londres. Un an après que les rentes des Compagnies de Londres furent tombées entre les mains du Roi, le gouvernement se trouva lui-même pressé par le besoin d’argent et il résolut de vendre la terre des • chantreries ou chapelles pour une rente annuelle de
0 000 livres ; dans ces 5000 livres étaient comprises
1 000 livres dues chaque année par les Compagnies de la ville ; en conséquence, il leur fut enjoint par le Conseil d’avoir à racheter cette rente par le paiement d’un capital de 20 000 livres et cela, dans un délai de huit jours (3),
Les Compagnies n’osèrent pas résister et comme elles n’avaient pas beaucoup d’argent à leur disposition, elles durent vendre pour réaliser cette somme une grande partie des terres qui leur restaient. La mise en vente si-
multanée d'une aussi grande étendue de terres obligea les Compagnies à se contenter de prix assez bas. Ainsi les marchands de poisson pour racheter leur part de rente s’élevant à 05 livres 1 shilling 4 pence, furent forcés de vendre des terres d’un revenu de 113 livres 9 shillings
(1) Cela a été établi à plusieurs reprises par Thorold Rogers, par exemple, dans Ecoii. Interprétation, lü : « Il n’y avait probablement que très peu de paroisses qui n’eussent pas des terres appartenant aux gildes, avec lesquelles celles-ci nourrissainet les pauvres et les vieillards, au moment où, sous prétexte que ces terres ne servaient qu’à entretenir des usages superstitieux, elles leur furent enlevées au moyen d'un acte du Parlement par le protecteur Somerset ». La plupart des écrivains récents ont accepté cette assertion sans la contrôler davantage. Cf. avec ce qui est dit dans le texte, les critiques sur Rogers et Cunningham publiées par l’auteur du présent livre dans Political Scicjtce Qiiarterhj (New-York, 188‘.) et 1801).
(2) Par exemple, Meclean, Chantrij Certificates, 33, ainsi que la note ajoutée à la pai'oisse (]ui suit sur la liste.
(3) Slowe, cité par Clode, 117.
4 pence, les marcliands-lailleurs pour mie rente annuelle de 08 livres 11 shillings ü pence (l) perdirent annuellement 122 livres, 14 shillings, 2 pence. iMuis, en somme, ce fut là une atl'aire avantageuse pour les Compagnies. La somme des rentes sacrifiées par les onze (h)iiipagnies sur lesquelles nous avons des renseignements exacts fut de 601 livres 14 shillings 6 pence et les rentes rachetées de 628 livres 4 shillings 10 pence (2). La somme totale que fournirent les Compagnies et qui fut, à la lin, acceptée par le gouvernement fut de 18 700 livres, en échange de quoi il fit abandon de son droit, non pas certainement de toute la rente mais pour une partie calculée au taux du denier vingt (3). 11 est difficile de considérer un pareil acte comme une extorsion, vu qu’un revenu multiplié par vingt représentait à peu près la valeur de la terre (4). Les lettres patentes octroyées de nouveau aux Compagnies furent signées en juillet 1330 (3), et le titre des
(1) Pour des détails au sujet des ventes des Marchands-Tailleurs, voyez Clode, lîil, .371 et Appendices, 17, 18.
Pour les autres Compagnies voyez la liste dans Herbert, 1, 113, note.
(2) Ceci est d’après Herbert, 1, 113 ; mais les chiffres qui y sont donnés semblent ne pas être absolument exacts si l’on compare ceux donnés pour les Marchands-Tailleurs avec ceux donnés dans Clode, 371.
(3) Ceci paraît être l’opinion de Herbert, I, 117 note.
(4) H en était ainsi, au moins au xv« siècle, Uogers, Ifist. Arjric. IV, .3. Cf. les tau.x des rentes donnés plus loin dans le chapitre sur la Doctrine Canonique, d’après Neumann, Gcschichte dm Wncfiers.
lo) Le préambule en même temps que toutes les lettres patentes se rapportant à la Compagnie des Quincailliers, se trouvent dans Nicholl, 67. Le caractère de la transaction apparaît très clairement. Le Hoi, en échange des 18 744 livres 11 shillings 2 pence qu’il reconnaît avoir reçu, nous octroie » toute notre contribution annuelle s’élevant à la somme de 7 livres 7 shillings 8 pence, provenant d’une maison appartenant au inaitre, aux gardes et à la communauté du métier des (juincailliers, située dans la Poultry (quartier de Londres) laquelle somme
lesdits maîtres payaient et avaient coutume de payer annuelle-
LA DÉSAFFECTATION RELIGIEUSE 197
Compagnies et fie tous les autres acquéreurs fie terres de chantreries lut confirmé par statut ultérieur (l).
Quant à savoir jusqu’à quel point les gilfies religieuses « remédièrent au paupérisme pendant le Moyen Age » (2) et jusqu’à quel point aussi la confiscation de leurs terres contribua à la misère sociale, ce sont là autant de questions dilliciles sur lesquelles nous reviendrons plus longuement dans le chapitre sur l’assistance des pauvres. Mais quant aux gildes de métiers — « les Compagnies de métiers ou états » — ce qui précède aura montré que la plupart des opinions que l’on se fait sur elles, sont dénuées de fondement. Le statut d’Edouard \ 1 n a ni « aboli », ni « dissous », (3) ni « supprimé », ni « détruit », (4) les Compagnies de métiers; il laissa subsister intacts tous leurs pouvoirs de collectivité ainsi que tous leurs droits, saut en ce qui concerne les pratiques religieuses. Il ne « confisqua pas l’entière propriété des gildes de métiers » (3), mais seulement cette portion qui était consacrée à subventionner des prêtres et à pourvoir aux ohits et au luminaire. Il ne toucha pas aux revenus destinés « à secourir les membres de la gilde tombés dans la misère, à taire donner l’éducation à leurs enfants, à doter leurs filles ou à faire vivre leurs veuves (6) ». Qu’on le loue ou qu on le condamne, on
ment pour le soutien d’un prêtre dans l’église de Saint-Olave, dans le Old Jury », et alors suivent quatre autres clauses de forme exactement semblable se rapportant à quatre autres paiements pour anniversaires.
(1) D'après Clode, 149, bien qu’il ne m’ait pas été possible de retrouver le statut.
(2| Rogers, Econ. Interp., .306.
(.3) Expressions de Cunningham, English Industry (Middle Ages), 336, et note 4.
(4) Expressions de Rogers, Six Centuries of Work and Wages, 346, et Index.
(3) Langage de Hrentano, English Gilds, CLXIll, copié texTuelement par Howell, Conflicts of Lahour and (Aipital.
(6; Rogers, llist. of Agriculture, IV, 6.
ilfeft :»rr
198 ciiÂP. II. — les cours le métiers
doit reconnailre qu il fut ce qu’il voulait être, une loi de conliscation pour certains revenus déterminés ; et en accomplissant cette œuvre, les « rapaces courtisans d Ldouard \ I » avaient pour eux une partie considérable de la population des villes (1).
Mais si l’opinion que l’on a généralement de cet acte est sans fondement, celle que l’on [u’ofesse sur le traitement des Compagnies de Londres n’est guère mieux établie. 11 est, a la fois, incorrect d afliimer que « Somerset n osa pas attaquer les gildes de Londres », désignant par ces mots les Compagnies (2) ; elles furent traitées, en effet, comme toutes les autres Compagnies de métiers. Lt de plus, quoique les Compagnies de Londres aient lait une très bonne affaire, lorsque trois ans plus tard le gouvernement se décida à échanger la rente pour une somme ferme, le gouvernement tira d’elles tout ce qu’il put. Il n’y a aucune raison de croire qu’elles furent traitées avec une laveur spéciale ; et l’on commet une erreur lorsque l’on considère les paiements qu’elles firent comme des faveurs. Hien ne prouve, non plus, que les Compagnies ou bien aient pétitionné pour obtenir de racheter leurs rentes, ou encore aient « représenté que leurs rentes seraient affectées à des œuvres d’éducation ou de charité dont elles seraient les ordonnatrices », ou, enfin, que te rachat ait été accordé! sous cette condition (3). Quant à savoir aussi s’il est possible de faire
(1) L argument de M. Froude n’est pas sans valeur, Pihjrim, Préface VI, \1I, au moins en ce qui regaide les mesures de désall'ectation religieuse.
(2) Rogers, llist. of Agricidtin-e, IV, Cf. Econ. Interp., 348 :
« Somerset ne se risqua pas a s’appropi ier les possessions des gildes^ de Londres, car il était au pouvoir de Londres de faire des révolutions ; aussi elles furent épargnées moyennant une
rançon. » Il serait diflicile de faire contenir plus d’incertitudes dans une phrase aussi courte.
(3) Il n est pas toujours facile d’adopter les opinions des historiens enthousiastes des grandes Compagnies de Londres ; mais quant à celle-ci qui n’est aussi qu’une question de fait, il
CONTINUITÉ DE LA VIE DE METIER to»
des revenus des âssociûtions de le. cite moderne un meilleur emploi qu’elles ne font elles-mêmes, et si alors une conv'ersion obligatoire dans ce but serait moralement justitiable, c’est encore une question qui peut très bien être discutée ; mais on ne fait qu’obscurcir les questions quand on y mêle des faits inexacts (1).
Continuité dé la vie de métier
Qu’il n’y ait pas eu une rupture violente dans la continuité du développement de la corporation de métier, que la vieille organisation de la gilde ait continué à exister dans les villes et dans beaucoup d’industries et
sa disparition ait été due à des issant d’une manière latente et
que, lorsqu’elle disparut, causes économiques agi non à l’acte de 1347, c’est là une chose qui ressort si clairement des documents du xvi® siècle, qu’il est à peine besoin d’en fournir des preuves plus précises. Mais, comme on se ligure souvent qu’un abîme immense sépare le système social de la période qui précéda la Réforme, du système social qui la suivit, il ne sera pas inutile d’indiquer quelques faits. A\ork (2), Ipswich (3), Coventry (4), Newcastle (3). Chester (6) et probablement dans quelques autres villes, les Compagnies non
est impossible de ne pas être d accord avec M. Clode lorsqu il examine les renseignements contenus dans le Report de la Commission des Compagnies à Livrée, 1884.
(1) Cf. avec le développement en Angleterre, l’action du gouvernement à l’égard des confréries (en français) en France, Levasseur, 11,113, IIO, 117. 119, 122, 129.
(2) Lisez Ravies, Extracts fruin the Municipal Records of York
(1843). Appendice.
(3) Wodderspoon, 17 et ss.
(4) Weavers Rageants (Abbotsford Club), 20.
(3) Walford, (iilds, 2ÜU et ss.; Hone, Miracle Plays, 213, 214.
(G) Hone, op. cit., VI; Chester Plays, XIX.
seulement survécurent mais elles continuèrent à célébrer leurs spectacles en public jusque bien avant sous le règne d’Elisabeth, et la disparition de ces spectacles ou fêtes lut due, d’un côté, au progrès de l’art dramatique, et d’un autre côté au développement du sentiment puritain (1). A Aork, la gilde du Corpus Christ i fut, en elTet, dissoute ; mais il ne se produisit aucun changement dans la représentation des pièces dans la période qui s’étend de l.o47 à 1550, si ce n’est qu’en 1548, le Conseil de ville enjoignit de supprimer trois épisodes qui avaient trait à l’bistoire traditionnelle de Notre- Dame. Les spectacles furent suspendus en 1550 et 1552, à cause de 1 invasion de la peste, mais ils furent repris dès que tout danger d’infection eut cessé. A Ipswich, dans la sixième année d’Edouard VI, il fut enjoint expressément aux « gardes des diverses Compagnies » d’être présents à la célébration de la fête. iMême là où il n y avait pas de telles manifestations de l’existence des Compagnies, les archives des villes portent des traces de leur continuation. Ainsi, au moins vingt-six Compagnies de métiers existaient à lîristol sous le rè‘>-ne d’Elisabeth (2). Dans un grand nombre de villes, les dernières ordonnances des Compagnies commencèrent à répéter les dispositions des ordonnances antérieures à la Réforme ; tel est le cas, par exemple, pour la « composition » des lisserands de llull, rédigée eu 156 i, qui ne fait que rééditer celle de 1490 (3).
Alors, également, le langage constant de la législation implique le maintien de la vieille organisation industrielle. Un acte de la première année du règne de Philippe et Marie interdit aux gens de la campagne de détailler des marchandises dans les villes constituées ou
(U Sur 1 influence du Puritanisme à Shrewsbury, voyez Hibberf,
(2) Hunt, Bristol, IH, 5)2.
(à) Lambert, Tiro Thoiisand Ycars, etc., 204, 207.