‹ Histoire et doctrines économiques de l'Angleterre [microform]Chapitre 69 sur 114 · ORIGINES · texte numérisé non relu

ORIGINES

Irumenls. — sans doute, des meiiers — pour la lam icution du drap, et ils avaient fait louer des tisserands et autres artisans. On ne dit pas que ces artisans étaient étrangers, mais la chose est grandement probable. Le bref continue en disant comment, en dépit du Parlement, le maire et les baillis avaient |)uni d’une forte amende 'l'homas et les autres au sujet de leurs métiers à tisser ; comment ils les avaient molestés encore d’une autre faimn, et il termine en ordonnant de cesser ces vexations et de protéger, comme il convient, Tbomas et les autres organisateurs d’entreprises ainsi que leurs ouvriers.

Ce bref est plus suggestif (ju’explicitc. Cependant, il résulte clairement d’une autre information que Tbomas Blanket n’étail pas un simple artisan ; il aiipartenait à une importante famille de lîristol qui, en la personne de Thomas et en la personne de ses frères, fut fréquemment .......Acnnièa p.piipi énouue daiis la maffislrature de la

-.’pS CHAP. 111, — l’industrie de la laine

A ÎNorwicli, les choses se passèrent probablement à peu près comme à Londres ; car, là aussi, les tisserands étranj^ers restèrent pendant un certain temps eu dehors de la gilde existante. Sous Henri IV, les tisserands indigènes adressèrent une pétition au Parlement en vue «l’obtenir l’incorporation, — probablement l’incorporation obligatoire, — des étrangers dans leur gilde, et il est probable qu’ils linircnt (lar avoir gain de cause (1).

11 ne nous est pas possible d’évaluer avec certitude la puissance de l’impulsion qui fut ainsi donnée à l’industrie anglaise. L n rapport imprimé pour la première fois par Misselden, en 1023, (sans autre explication au sujet de son origine que celle qui le donne comme un rapport «le 1 Echiquier trouvé dans l’ancien manuscrit d’un mai’chand), cherche a donner le chill're des importations et des exportations en 1334 (2). D’après ce document, plus «le 30 000 sacs de laine fuient exportés pendant cette année, ainsi que 4 774 1 2 pièces de drap, évaluées chacune 40 shillings ; 8 001 1/2 pièces de worsted, évaluées chacune 10 shillings 8 pence ; tandis que, parmi les im-

nary, et Dncanfje, V» Blunchetus. Dun autre côté, si le nom propre arrivait du nom du tissu, cette dérivation remonterait à une î^enération antérieure, puisqu'une famille de lîlankets a certainement habité le village de daines, dans le comté de Worcesterslnre, au commencement du règne d’E.touard I. et que cette iamille y possédait une hide (mesure de 2i à 10 hectares) de

terre connue sous le nom des « lîlankets ... Nash. Worcestcr-

(1) « De grandes querelles ont continuellement existé enti-e les tisserands originaires de Norwich et les tisserands flamands venus a Norwich..., mais maintenant ils commencèrent à se regarder d’un œil moins hostile et les Flamands adressèi-ent une pétition au Parlement afin d’obtenir l'incorporation des tissenmds etrangers dans la gilde des tisserands anglais » — James

V\ors/cd Manufactures, 72. MallieureusenienI, il n’indique aucun document.

(2) .Misselden, The Cirde of Vommerce, 11!), copié dans Macpherson, 1, lid;j ; Smith, Memoirs of W'oot, i.'l.

portations, on complail 1831 pièces «le drap fin évaluées chacune 6 livres. Le compte peut être entièrement faux ou il peut ne concerner qu’une mauvaise année; mais s’il pouvait être accepté comme vrai, il montrerait que, vingt ans après l’introduction des artisans étrangers, l’Angleterie exportait déjà une quantité de drap assez considérable, quoique probablement une grande partie «le ce iJrap ne fût pas entièrement fini, et fût destine à être façonné à l’étranger. La différence entre la valeur par pièce du drap importé et du drap exporté est excessivement frappante.

Cependant une preuve incontestable de l’importance nouvelle et croissante de l’exportation du di-ap, ce sont les nouveaux droits «le douane qu’on jugea opportun de leur appliquer (1). C’était en 1347, ou un peu plus tôt. En 1347, les Communes pétitionnèrent afin que ce droit « noumllement fait » fût supprimé, alléguant qu’il empêchait les marchands éti-angers d’acheter. La réponse est significative, car elle indique que le gouvernement devançait déjà le temps où l’exportation de la marchandise manufacturée remplacerait celle de la matière première : « C’est le plaisir de notre Seigneur le Hoi, des Prélats, des Comtes et autres Magnats que ce droit reste

(1) Rot. Pari., Il, 1(18. Cette taxe était certainement nouvelle à quelque point de vue, car la pétition des Communes parle de la taxe sur le dra[> (coutume) comme « ja de novel faite », et de la taxe sur le worsted comme « une novelle Custume ». Aussi, M. Dowell, Histury of Ta.mlion I, 1G7, admet que cet impôt était un impôt entièrement nouveau. M. Hubert Hall, cependant, soutient (Cnst oms -Revenue of Enyland, II, 120, 121) que rien « n’a jamais été admis à l’entrée du royaume sans autorisation et sans payer des droits .. ; et que le refus des marchands anglais, en 130'i, de payer la Nova Cusluma imposée sur les marchands étrangers (ce qui comprenait un droit sur les draps! lit qu'ils demeurèrent soumis à un droit ad valorem. Il est probable que ce qui fut fait alors, fut fait dans le but d’élever le montant de l'impôt et d’établir une échelle des dr-oits.

CIIAP. III. — l’lndustrie de la laine

en vi<juenr, car U est raisonnable que le Jtoi lire autant de j)rolil des dra[)s fabri(|ués dans le royaume el (jui sont exportés ensuite, <|ue des laines (|ui sont transportées hors (lu pays (l). »

Section XLIII. — La fabrication du worsted.

Cependant, avant l'introduction des tisserands étran- ^'^ers,une nouvelle industrie — celle du worsted (sorte d’estaine fahri(|uée primitivement à Worstedeou Worstead) — s était développée dans le comté de Norfolk el elle avait déjà atteint un développement considérable. Dès ldl,"> avaient a[)paru des manx qui étaient inséparables d’une industrie jeune et mal réglementée. En cette année 131.'), les commeiyants étrangers, unis à un certain nombre de marcbauds indigènes, se plaifiiiirent de la façon avec laquelle ils étaient trompés à Norwicb et généralement dans tout le comte de Norlolk, au sujet « des étoiles que l’on appelle communément W orthstedes ei Ai/Udiames {;!) ». t-euxde ces draps <jui étaient vendus comme mesurant 34 aunes en longueur n'en mesuraient, en réalité, que 20,

et ceux qui devaient en mesurer 30 n’en mesuraient que 23- Ils allribuaient cela à 1 absence de toute réglementation (assize) on système de contrôle ; et, en conséquence, ils

(1) f.es tarils étaient pour « les niarcliaiids anglais », pour chaque pièce de drap, 14 pence; pour chaque pièce de worsted, 1 pence ; pour chacjue lot. Kl pence ; pour les étrangers, 21 pence, 1,2 penny et itJ pence respectivement. Ouoiqn’on mentionne ces lieux sortes de droits, il est évident que l'exportation était principalement pratiquée par les étrangers, car on se plaint de ce que « luainlenant il ne vient aucun marchand étranger ». I.e tarit pour les étrangers, pour le drap ordinaire, avait été, selon la \ouvelh‘ ('oiiUitiir île l.‘l()2, de 1 shilling par pièce.

(2) Hot. rarl., 1, 2'J2 (i74ü).

LA FAURICATION DU WORSTED

priaient le Uoi de vouloir bien faire un règlement afin que les marcbandises défectueuses fussent conlisquées « comme toutes autres choses soumises à vérilicalion ». Ea réponse fut qu’une proclamation serait faite dans le comté de Norfolk, de Sulîolk, à l„ondres et partout où cela pourrait paraître utile, afin qu’on ne vendit aucune pièce de drap pour plus que sa mesure réelle et que chaque pièce fût d'une égale valeur dans toute sa longueur. Bientôt après, cependant, il fut décidé qu’on désignerait un aulnager de worsted dans le comté de Norfolk ; et celle fonction fut dévolue à un certain .lohn Peacock (1 j. En 1327, cet emploi passa à Robert de Poleye, un des fermiers du Roi (2). Mais la surveillance de ce nouvel officier ne fut pas bien vue des tisserands. Ils se plaignirent de ce que, ayant l’habitude de faire leurs pièces de drap de S ou DI aunes, Robert de Poleye les obligeait à les faire de 30, il), 30 ou 24 aunes au moins et exigeait un penny ou même davantage pour y apposer sou sceau. En 1328» l'Evèque de Norwich et trois autres commissaires furent désignés pour faire une enquête au sujet de ces réclamations ; comme Robert Poleye continua à exercer ses fonctions, nous pouvons en conclure que les commissaires lirent un rapport en sa faveur (3). Les artisans refusèrent de se soumettre, et, au commencement de l'année suivante, nous trouvons environ dix-sept personnes que Robert dénonça aux juges pour avoir tenté de s'opposer à l'exercice de ses fonctions (4). Sur ces dix-sept personnes, sept sont désignées comme appartenant à finît) HlomelieUl, Norfolk, II, 79, et la note suivante.

(2) Calendar of Valent Rolls (1327-1330), 31. On a soin de mentionner dans toutes les observations de cette nomination que ce fut « ad requisitionern Isabellæ reginæ ». Cela peut n’avoir été qu’un acte de favoritisme en ce qui regarde la personne ; mais la création de cet emploi était conforme à la politique générale du gouvernement.

(3) Ibid., 297.

(4) Ibid., 424.

ClIAP. III. — L INDUSTRIE UE LA LAINE

(lustrie du c< worsted ». La liste des localités dans lesquelles celte conspiration eut lieu, nous donne l’indication approximative du territoire occupé par celte industrie en 1329. C’était Xorwich, Hishop’s Lynn, Worstede, Walsham, Cation, Scothowe, Tonslede, llonynge « et autres lieux ». 1/opposition fut si forte, — les artisans refusèrent, dit-on, de continuer leur travail, — que, dans le courant de l’été de cette même année, le Roi révoqua complètement la concession faite à Robert Roleye et il autorisa les fabricants de worsted à fabriquer et à vendre cette étoile sans avoir à la soumettre à la vériticalion ( 1 ). Mais cette concession, quoique faite, ne fut probablement pas enregistrée (2), et, en 1318, les tisserands de worsted s’adressèrent de nouveau au l'arlement ; cette fois, nous dit-on, avec l’approbation de certains marchands.

Il peut se faire que Robert de Poleye ait demandé à être maintenu en charge jusqu’à la lin de sa vie conformément à la concession ; ou bien il se peut encore qu’une nouvelle concession fût sur le point de lui être faite, car les pétitionnaires disaient maintenant sur un ton de remontrance qu’une décision, celle de 1329, qui avait été prise après une longue délibération et d’après les sages avis du Roi et de son Conseil, ne devait pas être mise de côté à la légère en faveur du j)remier venu. L'assemblée crut bon d’accéder à la demande « pour le commun protit, à la fois, des grands et des petits (3) ».

Pendant le reste du siècle, selon toute apparence, l’industrie du worsted ne fut plus soumise à une surveillance

(1) D’après la « copie tle leurs vieilles lettres patentes » que les artisans produisirent en 1348. Rot. Pari., II, 201.

(2) Elle ne se trouve pas dans le nouveau Cniendar of Patent Rolh, 1327-1330.

(3) liât. Pari., II, 204. Bloinefield, II, 07, affirme que Robert « exerça encore l’e-ssai et Pavlnaiie et exigea que sa patente eut valeur pour foute sa vie ». 11 peut en avoir été ainsi, mais cela n’apparaît pas dans notre document.

LA FAimir-ATlON DU WORSTED

spéciale. Nous pouvons conjecturer qu’il existait une sorte d’organisation locale de celte profession à Norwich ■et dans les autres villes où l’industrie était établie ; nous pouvons supposer aussi que les autorités municipales exerçaient un contrôle général sur ce commerce (I). a En 1388, il fut rendu une ordonnance » par les bourgeois « afin que nul citoyen n’achetàt des worsteds aux tisserands de la campagne dans les circonscriptions de la ville, si ceux-ci ne portaient leur marchandise dans l'établissement... appelé ]Vorsted-Celde (magasin du worsted),sous peine d’une amende de 40 shillings à la première infraction, de t livres, à la seconde, et de la perte de la liberté, » — c’est-à-dire de la franchise, — « à la troisième ; William de Eaton et William Lomynour furent choisis comme gardes en vue de l’exécution de cette ordonnance (2) ». Il est évident que Norwich était en train de devenir un marché central sur lequel était mis en vente le worsted fabriqué dans tous les villages des environs ; et cette ordonnance avait sans doute pour but, non seulement d'assurer une juste surveillance, mais aussi de sauvegarder les intérêts des artisans de Norwich, en évitant qu’il n’y eût contact direct entre les acheteurs ile Norwich et les tisserands de la campagne que sur un marché spécilié. La politique de cette mesure était exactement semblable à celle qui poussa à construire à Londres l’établissement de RIackwell, dont nous parlerons plus loin. Cependant, lorsqu’au commencement du XV® siècle, Norwich obtint une nouvelle charte lui donnant, pour la première fois, un maire et des shérilfs, un

(1) Hlomefield, II, fi7, dit i|u'à l'occasion de la pétition de 1348, « les baillis en eurent la concession pour un temps ». Mais il n’eu donne aucune preuve, et son assertion semble difficilement conciliable avec la pétition de 11 10.

(2) Ibid., Il, 82. Les deux gaides appartenaient, comme cela ressort de la liste des baillis et des bourgeois au Parlement <Ionnée par Blomelield, à l’ai istucratie civique.

su

CIIAP. III. — L INDUSTRIE DE LA LAINE

des ])reniiers soins des nouvelles aulorilés fut de demander des pouvoirs plus complets. En l ilO, les Communes, dans le Earlemenl, représentèrent au Uoi, « au nom du maire, des sliérills el de la communauté de la cité de ISorwich », que « des vorsteds ont été fabriqués récemment par des ouvriers de cette ville avec Iraude^ à la fois au point de vue de la qualité et de la mesure, au ^rand scandale et pour le j^rand préjudice des loyaux marchands de la cité et de la contrée environnante; au [)réjudice, aussi, des lords, gentilshommes et autres personnes du royaume qui ont coutume d’acheter du worsted pour leur usage, et pour la ruine des marchands qui passent, avec ces worsleds, en Flandre. Zélande et autres places sur la mer. Car si les marchands étrangers venaient à mesurer et à vérilier tous les worsleds qui viennent de ce côté-ci, et à saisir tout celui qu’ils trouveraient défectueux, il en résultea-ait un grand scandale et un grand blâme pour le royaume et la ruine totale de tous les marchands de la cité de Norwich, puisque le commerce du worsted constitue leur seul comnnîrce ». « Qu’il plaise donc à notre Seigneur Roi, ajoutaient-ils, de considérer que les ouvriers en worsted sont venus séjourner et séjournent continuellement dans cette ville, liabituellement dans l’endroit appelé Worsted-Celde ». En conséquence, ils demandaient qu’à l’avenir le droit de vérification et d’aunage fût confié aux maire, shérilfs et communauté ou à leurs mandataires. Leur supplication fut écoutée : à partir de ce jour aucune étoile ne dut être vendue avant d’avoir été estampillée comme étant de due qualité et grandeur ; et il fut établi des droits modérés dont le produit devait servir à la réparation des murs de la cité (1). La concession fut originairement faite pour sept ans, mais elle fut ensuite renouvelée. Le maire et les baillis, cependant, n’exercèrent pas par eux-

(I) Hot. Pari., III, (KIT.

DÉVELOPPEMENT d’uNE CLASSE COMMERCA.NTE

mêmes le droit « de sceau et d’aunage », mais ils le concédèrent à deux citoyens qui payaient une rente à la corporation (I) (à la ville); ce fut là un état de choses qui persista, sans subir aucune modilication, pendant trente ans. La pétition de 1410 montre que cette industrie alimentait maintenant le principal commerce de Norwich, la seconde ville du royaume (2). L’industrie était depuis longtemps sortie de la période où elle ne produisait qu’une ou deux variétés ; car la pétition énumère jusqu’à vingt-et-une dilférentes sortes et grandeurs de worsted Oevant être soumises à la vérilication (d).

Section XLIV. — Développement d’une classe commer

çante. — Les Drapiers.

Les progrès de l’industrie du drap et du worsted, durant la seconde moitié du xiv® siècle, eurent pour résultat la •création d’un nombreux et riche corps de commerçants anglais faisant le commerce de l’article entièrement fini.

(1) IMomefield, II, 91,

(2) Des reptésailles de la part des étrangers, déclare cette pétition, seraient « la final destruction des Merchaiintz, corne ! venus] à la dite Citee, qui ne usent autre Merchandise en substance forsque soulement les detz Worstedes »,

(3) Ces variétés étaient 1° « les Draps de Worstedes appeliez Doltes, autrement appeliez Thretty Elnys » de deux dimensions, € Thretty Ehujs étroits », el « Thretty Elnys /tzri/cs » ; 2® « les Worstedes appeliez Mantelles », dont les variétés énumérées sont « les simples, les demi-doubles, et doubles, si bien les motles, paules, chekeres, raies, flores, pleines, monkes-clothes (draps de moine) et autres,.. Mantelles; 3® « les Worstedes appeliez Chanon CloÜies (draps de chanoine) », savoir; » les simples, demi-doubles et doubles » ; et 4® « les Worstedes appeliez Worsted-beddes », savoir : les doubles et simples de trois

CHAI'. 111. — l’industrie de la laine

DÉVELOPPEMENT d’UNE CLASSE COMMEHgANTE

A celte époque, l’état de l’indusli ie drapière, en Angleterre, si on le compare à celui des autres pays, était le suivant : comme l’industrie du Hliin et du Nord de la Krance elle gagnait du terrain sur celle des Pays-Bas ; elle n’avait pas encore dépassé en importance les industries réunies des Pays-Bas, de la Prance et du Bliin,. comme elle était destinée à le faire dans la suite des siècles. Le dévelojipement interne était, comme nous-

exactement parallèle à celui us frappant de ce dé-

au marché immédiat — c’est-à-dire aux besoins de It ville et de ses environs — que, si l’on taisait le commerct du drap, on le faisait en même temps que celui d’unt demi-douzaine d’autres denrées ; il y avait des marchands, mais il n’y avait pas de vendeurs d’un artich

spécial.

De nos jours, nous sommes tellement habitués à 1 apparition d’une nouvelle branche de commerce créée i l’aide d’un capital dont on est disposé à faire usage dani n’importe quelle voie lucrative qui peut être ouverte que la naissance du commerce du drap semble n avoi pas besoin d’explication. Mais, au xiv® siècle, il exis lait bien peu de ce qu’on peut appeler capital « libre ; ou « disponible » prêt à être employé dans n importi quel but avantageux. De là naît la question de savoi de quelle façon exactement se produisit cette nouvel! division des occupations. Il est, avant tout, probabl que le commerce du drap a été introduit principalemen par des hommes qui se rattachaient déjà à cette industrie. Parmi ces hommes, il existait deux groupes qu ont pu vraisemblablement donner naissance au nouveai corps : — les marchands de laine et les finisseiivs d' drap. Il ne semble pas qu’il y ait eu, avant cette époque

pouvions nous y attendre des autres contrées ; et le trait le pl veloppement fut l’apparition d'une classe distincte de commerçants anglais, celle des marchands de drap, une classe qui ne se confondait plus avec celle des fabricants, (i est là un fait de la plus grande importance.

Les Pays-Bas, seuls, avaient vu jusqu’ici se développer un tel corps. Là, la vente du drap avait pendant longtemps été aussi importante pour les marchands que 1 achat de la laine ; et toutes les deux étaient monopolisées par les petites oligarchies bourgeoises qui s’unissaient dans la Hanse de Londres.

L’esprit des Gildes Marchandes, en Angleterre, était le même que celui des sociétés analogues dans les autres pays; quel que fût le commerce, elles essayaient, sans doute, de l’accaparer. On a vu dans une section précédente que dès le règne de Henri 11 avait commencé le commerce des draps teints et que les classes dirigeantes dans les villes avaient essayé de s’en assurer le monopole. Cependant, durant les deux siècles qui suivirent, les artisans avaient réussi à conquérir les droits de cité, et les privilèges exclusifs d’une petite classe dirigeante avaient disparu. Tout citoyen pouvait maintenant faire, s’il le désirait, le commerce du drap. Mais ce ne fut que pendant la période à laquelle nous sommes arrivés maintenant qu’une nombreuse classe de marchands de drap lit son apparition (l). L’industrie se restreignait tellement

(1) Herbert, Livery Companies, 1, dit : « L’acte somptuaire.

CHAI', ni. — l’industrie de la laine

ployer dans son état brut ou, comme c’était souvent le cas, d pouvait le porter au finisseur de drap, \a pcivsuv |en français] ou, comme il fut ajipelé plus tard, le tondeur on raseur (lonsor, shearer), qui rasait le poil à raison de tant par pièce de drap (2). Mais le tisserand n occupait pas toujours cette position économiquement supérieure ; parfois, il recevait le (il du client ou du patron et il donnait en échange du draji, recevant tant par pièce pour sa rémunération ; quelquefois encore, le foulon achetait le drap du tisserand, ou payait le tisserand pour transformer le fil en drap et il le vendait lui-mème au public. Toutes ces branches cependant étaient susceptibles de donner naissance à la branche dominante. Mais les deux déjà mentionnées, savoir, les marchands de laine et les finisseurs de drap, avaient des avantages évidents. D’un côté, le marchand de laine, soit qu’il achetât simplement la laine brute pour la revendre à ceux qui voulaient la filer, soit que lui-mème payât pour la faire carder et liler, et qu il la vendît ensuite au tisserand, était déjà un commerçant à la tête d’un certain capital et il était habitué aux transactions commerciales. Les marchands de laine anglais et ceux des autres denrées importantes étaient, à cette époque, en train de devenir un corps très infiuent, et ils commençaient à disputer à la Hanse Teutonique, le monopole de l’exporlalion anglaise (d). 11 est, par suite, assez vraisemblable qu’ils

(1) La (jüda paiarionnn apparaît parmi les gildes bâtardes en 1180, (Madox, Exchcquer, .‘Î91) ; mais elle n’est pas mentionnée dans la suite. Voyez Ducange, V‘- Pararia, Paralu?- ; et Ullié, V** Ihirew\

(2) Exemples dans Uogers, Historij of Agriailture, IV, üC6; voyez aussi, infra, p. 2(5.3 note 1. 11 est probable que la plus grande partie du drap était porté sur le marché sans être tondu ; cf. Schmoller, Tiichrr-und Weberzuaft, il8.

(3) Pour les .Marchands de l'Etape, voyez Schanz, EnijHschr. Uandrlspolitik (jegcn Endr des Mittelallers, 1, 329-332. Foreign Commerce of England under the Tudors, de Williamson, (Oxford,

DÉVELOPPEMENT Il’UNE CLASSE COMMERÇANTE

aient fait le commerce de ce qui, en fait, élait une nouvelle denrée, c’est-à-dire du drap qui élait maintenant de meilleure qualité et en plus grande quantité qu’auparavant. Mais, de quelque façon que la chose se soit passée dans les autres pays, il n’est pas absolument certain qu’en Angleterre les marchands de drap descendent en ligne directe, et dans une large mesure, du groupe des marchands de laine.

L’autre théorie, d'après laquelle ce seraient les finisseurs i\o drap qui en auraient les premiers exercé le commerce, a certainement une plus grande probabilité en sa faveur, (iar c’était par leurs mains que le drap passait en dernier lieu ; au lieu d’attendre le client qui porterait une pièce de drap destinée à être tondue ou fi}iie, ils purent trouver avantageux d’acheter le drap du tisserand et de le préparer en vue de l’acheteur (1). Comme la demande augmentait, il leur en fallait de grandes quantités et quelques-uns d'entre eux s’adonnèrent probablement entièrement au commerce. 11 est vraisemblable que c’est là ce qui eut lieu à Paris et en France en général. Là, selon toute apparence, ce lurent les foulons qui firent subir au drap ses dernières préparations, soit en le tondant eux-mèmes, soit en employant des ouvriers qui le tondaient pour leur compte ; c'étaient ensuite les foulons qui le vendaient au public. Le mot « drapier » servait primitivement à désigner d’une manière générale quiconque se livrait à la fabrication

« Stanhope Essay » (1883), est un très utile extrait de l’ouvrage de Schauz.

(1) Lorsque, au milieu du xiv® siècle, les hommes de Poperinghe eu Flandre essayèrent de renverser le monopole de fabrication dont jouissait Ypres, et qu’ils échouèrent dans leur entreprise, un des articles qu'on leur imposa, fut qu’ils n'auraient jamais le droit de vendre du drap en délail. « Cependant s’il leur reste un coupon de drap fabriqué pour leur usage, ils pourront le déposer dans la maison du tondeur pour le vendre. » Diegerick, Inventaire d’Ypres, 11, 127. On peut faire remarquer

ClIAP. 111. — l’industrie de la laine

ou au commerce du drap (I), mais, évidemment, au xiii® siècle il devint synonyme de foulon (2). Hegardés, tout d’abord, comme les rivaux des tisserands dans la vente du drap (3), les foulons paraissent avoir rapidement accaparé celte vente; jusqu’à ce que, linalernent, vers le milieu du xiv® siècle, des lettres patentes royales distinguèrent les drapiers en deux classes : les manulacluriers et les vendeurs (4).

(’e que nous savons de l’Angleterre montre que les choses V ont suivi une marche analogue. Des « dra-

piers » isolés apparaissent au xiie^ siècle (o) ; mais rien ne prouve qu’il y ait eu, meme à Londres, un corps nombreux de commerçants en draj» avant ldü4, date de

aussi que Tacte 5 et 6 Edouard IV, c. (>, 9 {Slat,, III, 138), parle

de « Drapier, Marchand Tailleur, C/othworker, ou autre personne (jui détailleront quelque sorte de draps ».

(1) En particulier, pour les tisserands, voyez Statuts des Tisserands de Saint-Marcel, 1371, dans Fa^^niez, Etudes sur Tîndustrie et la classe industrielle à Paris au xiii“ et xiv® siècle (Bibl. de FEcole des hautes études, 1877), 339. L’ouvrage de Fagniez, utile à cause de ses références et de ses citations, perd de sa valeur pour ITiistorien économique à cause de sa méthode peu scientilique qui consiste à citer des documents séparés les uns des autres par des intervalles d\in siècle ou plus, comme s’ils appartiuiaient à une même période de développement industriel. Il a aussi emprunté à Depping le terme « Tisserands-drapiers » sans que rien justifie cette désignation. Les Drapiers n’apparaissent ni dans les ordonnances édictées par les Prévôts de Paris entre 1270 et 1300, ni dans le Livre des Métiers d’Etienne Boileau, de sorte qu’il est impossible de supposer qûTine classe de négociants en drap existait à cette date.

(2) Ihid., 100, note 1 ; 333, « ordonnances anciennement faictes sur le mestier des foulons drappiers de la ville et terre Sainte- (ieneviève ».

(3) Ihûl , 23i.

(4) 1302, d'après Depping, liègleinents sur les Arts et Métiers de i*aris, 113, note 2.

(3) « Pentecost le Draper », en 1222, liistoricai MSS, Com. 9““^ Rapport, l*'*’ livre ;« Gervais le Drapier #, fin du règne de Henri IID 3® Rapport, 339 ; » Rothard le Drapier», en 1289; //>/(/., 320.

DÉVELOPPEMENT d’UNE CLASSE COMMERÇANTE

la première charte octroyée à la Compagnie des drapiers. La même charte nous fournit la preuve que les drapiers étaient aussi /awewr.Ÿ de drap, c’est-à-dire lui donnaient son dernier apprêt, y compris le tondage\ car, dans h^ préambule, on se plaint de ce que « les teinturiers, les tisserands, les foulons qui s’etaienl jusqu ici conteuti's d’exercer leur état, sont devenus faiseurs de drap (t) ». De plus, vers la tin du siècle suivant, nous voyons que les foulons et les tondeurs sont dans un rapport de dépendance à l'égard des drapiers et qu’ils payent au Hall des drapiers une redevance pour chaque apprenti (2) ; situation qui s’explique facilement si l’on suppose que les drapiers étaient sortis de leur rangs. Les louions se formèrent en corps en 1 4H0 et les tondeurs avaient un compagnonnage et des gardes avec certains droits de surveillance ; mais les grandes Compagnies de drapiers et de- tailleurs obtinrent la promesse que les tondeurs ne seraient pas réunis en corps et ils ne le turent, en etîel, qu’en 13U8 (3).

Cette mention de l’étroite relation qui existait à Londres entre les drapiers et les tailleurs, fait penser a un détail accidentel qui est au moins curieux. Dans plusieurs villes, comme à York et Oxford, les drapiers et les tailleurs faisaient partie de la même Compagnie ; mais à Coventry la place des drapiers était prise par les tondeurs et le spectacle du métier était donné par « la Compagnie des tondeurs et tailleurs (4) ».

De quelque façon qu’on explique leur origine, les

(1) Herbert, Livery Companies, I, 480. Le préambule qui est très important est omis par Herbert ; mais il en est donné un extrait dans le Rapport sur la Compagnie des Drapiers, dans Heport of Livery Componies Cominiiisioit (1884), 11, ITO.

(2) Herbert, I, 426.

(3) Extraits de Chartes dans le Rapport de la Compagnie des Fabricants de drap, dans Livery Companies <'ommi>^sion. H, 674.

(4) Eboraeum (1788), 1, 222; lieconb of n.tford, 331 ; The P>iyeant of the Company of Sheremen and Taylora, Sharp (1817).

CIIAP. III. — l/lNDUSTIUE DE LA LAINE

drapiers formaient certainement, à I^ondres, de puissantes (^lompagnies, ainsi d'ailleurs que dans d’autres grandes villes, vers la lin du règne d’Edouard III et pendant celui de Richard 11. La Compagnie des drapiers de Londres ne fut [las longtemps sans obtenir d’importants droits do surveillance sur l’industrie de la capitale et même du pays tout entier. Leur première charte leur avait donné le monopole de la vente du drap en détail pour la ville de Londres et pour ses faubourgs; quiconque n’appartenait pas au métier et avait du drap à vendre, pouvait, sans doute, le vendre en gros aux lords et aux gens du peuple qui en avaient besoin pour leur propre usage, mais il ne pouvait jamais le détailler ou le vendre d’une manière générale qu’aux membres de la Compagnie des drapiers (I). Par l’achat d’un Hall, en 138i, la Compagnie se créa un centre administratil (2) ;le fait que ce Hall se trouvait dans Saint-Switbiii’s Lane(3), montre combien ils étaient en étroite relation avec les tisserands <le Cannon-Street ; et même, durant le siècle suivant, la vieille maison des tisserands lut m-cupée par les marchands ; dans London Lickpenny, la ballade bien connue <le Lydgate, un provincial montre comment,

l.ürsque je passais par la pierre de Londres (4) ;

A travers tout Canwyke Street ;

A chaque instaiil les drapiers m’oITraient beaucoup de drap (o).

(1) La traduction dans Herbert,!, 480, n’a aucune sif^nification. l.a clause est ainsi conçue : <' Oue nu! que eit drap’ a vendre en la dite cite, ou en les suburbs, ne tes vende forsque as drapers enfrancliiez en la dite mestier de draperie, s’il ne soit en ;,’ros as seigneurs, et autres du commune, qi les voille acbater pour tour oeps demesne, et nernie a rataille ».

(2) Livenj Companies Commission, H, 173.

(3) Saint- Swilbin's Lane conduisait hors de Cannon Street.

:4) Pour les diverses e.xplications qui ont été données sur la destination de la « grande pierre appelée pierre de Londres », que l’on peut voir encore dans Cannon Street, voyez Stowe, Siirveij of London, éd. Strype (1720), 193.

(3) Minor Coems of Liphiate, éd. Ilalliwell (Percy Society), lOG.

DÉVELOPPEMENT d’uNE CLASSE COMMERÇANTE

LTne caractérislique importante de la vie du Moyeu A^>-e, c’était la grande loire annuelle tenue ordinairement en dehors des murs des villes sur les terres des grands lords ou des communautés ecclésiastiques, qui tiraient une partie importante de leurs revenus de la redevance pavée par chaque marchand qui y établissait une tente.

Il y avait trois de ces foires dans les laubourgs de Londres ; une à Westminster, appartenant à l’abbé ; l’autre à Smitbiield, appartenant au Prieur de Saint- Barthélemy, et la troisième, que l’on appelait la foire de Notre-Dame, à Southwark, appartenant au Prieur de Sainte-Marie Overy. De ces loires, la première était la plus importante et durait trente jours, tandis que celles de Smilblield et de Southwark n'en duraient que trois. Le drap devint la principale denrée vendue dans ces réunions; la foire de Saint-Barlbélemy était spécialement connue sous le nom de foire du drap. Dès le commencement du xv« siècle, les drapiers et les Compagnies de marchands-tailleurs obtinrent le droit de véritier tout le drap mis en vente et de le marquer conformément à sa dimension (1). La vérilication annuelle à Westminster semble n’avoir pas duré longtemps; mais jusqu’en 1737, longtemps après que les conditions de l'industrie furent changées entièrement, les gardes se rendaient tous les ans à Smitbfield et à Southwark avec la « mesure étalon de la Compagnie » (2).

Les premiers renseignements sur l’importance de la Compagnie, ceux de 1413, montrent que c était déjà un puissant corps, comptant plus de 100 membres (3), par lesquels on ne doit entendre que les maîtres drapiers seulement, et non les journaliers ou les apprentis. A cette époque, cependant, un nombre considérable de drapiers avait fait son apparition dans d'autres villes ; et, tant

(1) Herbert, I, 427.

(2) Livenj Companies Comnnssionj 11, l'3.

(3) Ibid.

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CHAP. IH. — l'iNDUSTKIK IiE la laine

pour la vente de leur drap au peuple de Londres que pour l’exporter plus lacilenient, ils commençèrent à fréquenter la capitale. Il était impossible qu’il ne se produisit pas des froissements à cause du monopole des drapiers de Londres ; aussi, lut-il nécessaire que le gouvernement et les autorités municipales cherchassent un moyen d’éluder la difficulté. Le plan qu’ils adoptèrent, consista dans la création de rétablissement de Blackwell ou, comme on l’appelait à l’origine, Bakevvell Hall, qui était destiné à être de la plus grande importance pour l’industrie lainière anglaise pendant quatre siècles, frétait un vieux hall, autour duquel se trouvait un emplacement considérable dans Basinghall Street; il avait originairement appartenu aux Basings ; puis il avait été occupé par un certain Thomas Bakevvell sous le règne <r Edouard III ; il fut, en 13D7, acheté par le maire et par la communauté de Londres pour être transformé en marché pour les drapiers de la province (l). Avec la sanction du gouvernement, le maire, les aldermen et la communauté promulguèrent, en I3'.)8, des réglementations qui contenaient les prescriptions suivantes : les drapiers de la province ne devaient emmagasiner, exposer et vendre leur drap qu’à Blackwell Hall ; la vente devait avoir lieu chaque semaine du mardi, à midi, jusqu’au samedi, à midi; et les marchands — parmi lesquels les étrangers, c’est-à-dire les forains, sont spécialement mentionnés — ne devaient leur acheter leurs marchandises qu’au hall et aux heures indiquées ; la pénalité pour les infractions à ce règlement consistait, dans tous les cas, en la confiscation du drap (2). Dans le but <l’assurei' l’observation de ces réglementations, le Conseil municipal, en 1403, autorisa la Compagnie des drapiers à désigner chaque année un surveillant du

(1) Stowe, Suireij of London, premièio i dition, lKt)8, 227-221).

(2) Ordonnances de lîackwelt llatt, traduites dans Hüey, Me~ inoriah of London, îidO.

DÉVELOPPEMENT ü’UNE CLASSE COMMERÇANTE 255

Hall (l). Quoique cela ne soit pas dit dans les ordonnances, il est clairement indiqué par un statut de Henri IV que l’objet de ce règlement était d’empêcber les drapiers de la province de traiter directement avec les clients des drapiers de Londres et de leur vendre leur drap en détail. H est probable qu’à Blackwell Hall on ne pratiquait que la vente en gros. Mais les drapiers de Londres avaient si bien eu jusqu’ici les fav^eurs du gouvernement, qu’ils pensèrent qu’ils pourraient faire un pas de plus et forcer les drapiers de province à ne vendre leur marchandise qu’à eux seuls. Dermettre cela, c’était donner aux drapiers de Londres le monopole de la vente du drap dans le royaume, et leur donner la possibilité de vendre au prix qu’il leur plaisait; et c’est pourquoi le Parlement intervint et déclara par un acte de UOo-f) <}ue les « drapiers et vendeurs de drap, comme tous autres marchands », seraient libres de vendre leur drap, en gros, à tous les sujets du roi (2). Le développement, en Angleterre, d’une grande industrie drapière amena nécessairement à sa suite un changement complet dans le caractère du commerce anglais et dans les relations commerciales du pays, .lusqu’à cette époque l’Angleterre avait exporté de la laine et importé du drap ; maintenant elle commença à exporter du drap et à limiter et, môme, finalement, sous Elisabeth, à interdire entièrement l’exportation de la laine. L’histoire de l’exportation du drap est étroitement liée à celle de la société des Marchands Aventuriers, l’ancêtre de toutes les Compagnies de commerce qui, dans la suite, acquirent

{l)Livery Coinpanies i'om.. Il, I7à.

(2) 7 Henri IV, c. 9. Slalntes of llcalm. H, 153 ; On doit faire remarquer, pour ce (jui re^'arde les actes du xiv® siècle et du XV® siècle, que la traduction qui est d’une date postérieure et rédigée dans une langue plus récente ne peut pas faire foi. l/importance de Hackwell Hall, à partir de 1712, peut être mise en lumière par les passages qui s’y rapportent dans John linll, de Arbuthnot, chapitres 7 et 15.

CHAT. III. — l’industrie DE LA LAINE

à l’AngloteiTO sa suprématie commerciale. 11 n’est pas nécessaire d’en'rer ici dans le détail de leur liisloire, surtout depuis que ce sujet a été truité à fond par Sclianz (I), 11 suflit seulement de dire que leur nom leur venait de ce qu’ils s’aventuraient pour leur commerce dans des directions nouvelles avec de nouvelles denrées, et qu’ils ii’élaient jamais aussi étroitement reliés à un centre particulier que les marchands de l’Etape. Ce n’était pas seulement dans l’industrie du drap que la seconde moitié du xiv® siècle avait vu apparaître une classe de grands commerçants : les merciers, qui étaient, à l’origine, des colporteurs de menues marchandises, étaient devenus maintenant des commerçants, et faisaient surtout le commerce de la soie ; les poivriers étaient devenus les épiciers {(jrocers), c’e>t-à-dire des commerçants faisant en gros le commerce des épices. Armstrong, l’écrivain de sermons qui, en lol9, considère l’époque qui précéda la conquête du détroit de Calais comme un âge d’or, nous dit qu’alors « il n’y avait pas, comme aujourd’hui, de ces vendeurs et de ces acheteurs de toutes sortes de choses... il n'y avait ni merciers, ni épiciers, ni drapiers, ni aucune de ces professions (2) ». Os trois commerces avaient, dès la tin du règne d’Edouard III, conquis le premier rang parmi les Compagnies de Londres; dans d’autres villes, ils occupaient une position à [leu près analogue et c’était des membres de ces trois Compagnies que se forma le corps des marchands aventuriers vers la lin du même siècle. A l’origine, les marchands aventuriers étaient pour la plupart des merciers et leurs relations avec le corps des merciers de Londres étaient plus étroites qu’avec aucun autre corps. Mais bientôt, sinon tout d'abord, le drap devint

(1) Eiirjlisclte UandolspoUUh, I, .‘t.32 et ss.

(2) Pauli, t)rci volkswirthscftaflUehe Dciikschriften aux dcr /ril Heinrichx VII! (AbhamJl. der K. Gesellsch. d. W'issenscliaften). Güttingen, 1878, 44, 43.

DÉVELOPPEMENT d’uNE CLASSE COMMERÇANTE 207

le principal article de leur négoce. C’était si bien vrai, que, lorsque, en lüOl, le secrétaire de la Société écrivait son histoire, il la décrivait comme ayant la première fait naître chez les Anglais l’intention d’exporter le drap fin qui commençait à être fabriqué dans le pays. Sa description de la Compagnie mérite d’être citée : « Elle se compose d’un grand nombre de marchands riches et e.xpérimentés, résidant dans diverses grandes cités, villes maritimes et autres parties du rovaume, c’est-à-dire à Londres, York, Norwich, Exeter, IpsAvich, Newcastle, llull, etc. Ces hommes, au vieux temps, se groupèrent et se formèrent en Compagnie pour exercer le commerce et faire leurs voyages sur mer, trafiquant en drap, étoiles grossières et toutes sortes d’autres denrées, tant anglaises qu’étrangères, susceptibles d’être vendues au loin (1) ».

Pendant les trente années suivantes, ils créèrent un commerce important avec la France, l’Espagne et l’Italie. Mais le principal intérêt de leur histoire repose sur la lutte entre l’industrie drapière anglaise et celle de Flandre. La « ville d’Etape » des marchands de l’Etape avait été Bruges, de sorte qu’il était naturel que les Marchands Aventuriers en fissent aussi tout d’abord leur centre. iMais Bruges était ufte des tiois grandes villes drapières de Flandre — Gand, Bruges, Vpres — et toutes sortes de difficultés étaient suscitées aux commerçants anglais. A la suite de cela, les ^Marchands Aventuriers s’en allèrent à Anvers en Brabant (2), où l’industrie du drap n’était pas très considérable. Ils furent favorisés par les événements politiques ; le meurtre de Jean, duc de Bourgogne, en 1419, conduisit à une étroite alliance de la maison de Bourgogne avec l’Angleterre, alliance qui dura jusqu’en 1434. Mais à ce moment, le grand succès des Marchands Aventuriers empêchait les Flamands de croire plus longtemps que la

(1) John Wheeler, A Treatixe of Commerce (1001), 10, 19.

(2) Schanz, I, 9, 442.

cnAP. III. — l’industrie de la laine

concurrence anglaise ne pourrait leur nuire si seulement les commerçants anglais pouvaient être relégués dans une province voisine. Les princes de Bourgogne étaient disposés à écouter les plaintes de leurs sujets, surtout au moment où ils essayaient d’unir plus étroitement leurs provinces des Pays-Bas et où ils ne pouvaient s’empêcher d'apercevoir les désastreuses conséquences de la ruine de l’industrie flamande. Par suite, en 1434, l’importation du drap ^nglais dans les Pays-Bas fut interdite totalement (1). Le gouvernement anglais riposta en prohibant l’exportation des laines anglaises. Bien que, pendant le dernier siècle, des sources nouvelles pour la production de la laine se fussent ouvertes, — notamment en Espagne, — une telle mesure jeta les manufacturiers flamands dans un sérieux embarras (2). Une pareille décision, cependant, était à la fois contraire aux intérêts de la classe foncière en Angleterre — producteurs de laine, — aussi bien qu’à celle des marchands de l’Etape — exportateurs de laine. Partant, il fut difficile, soit pour les Anglais, soit pour la maison de Bourgogne, de suivreune politique constante; les nécessités changeantes de '’f'ork et de Lancastre, ou celles des princes de Bourgogne dans leurs hostilités avec la

(1) Ibid., 443.

(2) l.’auteur du Libel of Englhh Policij, écrit en 1436, a, sans doute, raison lorsqu’il dit aux Flamands :

La grande substance de votre drap,

Vous savez bien que c’est notre laine anglaise.

et aussi lorsqu'il dit de la laine d’Espagne :

Elle est de peu de valeur, croyez-moi,

A Coté de la laine anglaise

PoUticnl Ponm, éd. Wright, RoH’s Sériés, II, 161-2. Comme preuve delà supériorité de la laine anglaise sur la laine d'Espagne, jusqu'en 14.38 et 1441, voyez Macplierson, I, 634, 633. Voir aussi les références dans Ilildebrand, Jahrbuch fiir XalionalOkonornie , VI, l'J'J, note 34.

France, amenèrent de part et d’autre un relâchement temporaire. Mais, en 1496, par V Interczirsus Magnus, Henri Vil assura, de nouveau, l’entrée du drap anglais dans les Pays-Bas, quoique la vente directe en détail par les marchands anglais continuât à être prohibée (1).

Section XLV. — Passage au système domestique.

Les fabricants de drap.

En ce qui regarde l’histoire de l’industrie pendant les premiers soixante ou soixante-dix ans du xv® siècle, nous n’avons que très peu de documents. Uependant, pendant celte période, un changement complet était en train de se produire dans le caractère et dans les conditions de l’industrie. Le système de la gilde se mourait et il était remplacé par le système domestique, changement qui, par ses vastes conséquences, peut être comparé à la ruine du système domestique lui-même, dans notre siècle, par la puissance des machines et du grand capital.

Une méthode dominante d’organisation industrielle prend à tel point possession de l’esprit des hommes, que le mot même « système domestique », qui était encore passablement familier à tout le monde au commencement de ce siècle, est devenu étranger et peut nécessiter des explications. Mais afin d’indiquer clairement la nature du système domestique et de la transition à un nouvel ordre de choses, il sera nécessaire de laisser là pour un moment l’exposition des faits industriels pour entrer dans des considérations plus générales. Les his-

(1) Schanz, Eiujlischc llandehpolitik, chap. i. Les traités de 1496 et 1.306 sont donnés dans Rynier, Fœdcra (1727) XII, 378, XIll, 132.

CIIAP. III. — l’industrie de la laine

toriens économiques ont mentionné quatre époques dans le développement de l’industrie, époques que l’on a généralement coutume de désigner sous les noms de système de la famille, système de la yilde, système domestique et système de la fabrique (I).

Dans la première période, l’ouvrage était fait par les membres de la famille pour l’usage de la famille. Que la famille fût celle du vilain ou celle du grand noble ou de l’ecclésiastique, cela ne modiliail en rien le caractère essentiel de la situation qui consistait en ce qu’on ne travaillait pas en vue de satisfaire des demandes du dehors ; la vente n’existait pas.

Dans la seconde période, l’industrie était exercée par des maîtres pauvres, employant deux ou trois hommes (désignés plus tard sous les noms de journaliers ou d’apprentis). Très souvent les maîtres achetaient la matière première et vendaient les produits façonnés, c’està-dire qu’ils tenaient boutique, tout comme les artisans. Mais, même quand l’ouvrier recevait la matière d’un client et qu’il était payé à tant la [lièce pour son travail — • comme probablement c’était en général le cas avec les foulons et les tondeurs — il avait alTaire soit à des

ouvriers dans la même situation que lui, soit aux personnes qui se proposaient d’employer le produit auquel il avait travaillé. Il y avait un marché, c’est-à-dire qu’il y avait une demande émanant de personnes étrangères à la famille ; mais cette demande était peu importante et relativement stable.

A la troisième époque qui, en Angleterre, s’étend du milieu du xv“ siècle jusqu’au milieu du xviii®, bien des désignations restèrent les mêmes. Il y avait encore de petits maîtres artisans avec des journaliers et des apprentis ; le travail était encore lait dans la propre maison du maître ou du journalier, et les artisans étaient

(1) Thun, \)h' Iiuhislrie am ISicdervIirin , II, 24(i ; Held, 7al'cî Bûcher zur sucialen Gescinchte Enijlunds, titl et ss.

personnellement libres dans les actes ordinaires de leur vie. Mais le maître avait perdu son indépendance économique et il n’agissait plus comme boutiquier ou marchand. Il recevait souvent la matière brute — et toujours pour la rendre ensuite façonnée — d un marchand, agent ou intermédiaire quelconque, qui supportait le risque de la fluctuation des demandes sur ce marché plus important qui venait de prendre naissance.

A la quatrième époque, les ouvriers sont assemblés par grandes masses, ordinairement dans de vastes edilices, sous le contrôle immédiat de patrons capitalistes. L’habileté technique est maintenant bien moins importante que le capital ; le travailleur a complètement perdu son indépendance industrielle, et le marche devient à la fois plus vaste et soumis à plus de Iluctuations.

Ces périodes ne doivent pas être regardées comme «tant rigoureusement distinctes ; toutes sortes de modilîcations intermédiaires étaient possibles et peuvent se rencontrer. Les termes dont on se sert pour les designer, ne sont imaginés que pour la commodité du langage. Par exemple, une si grande proportion d’industrie fut organisée dans le système de lagilde, que ce terme peut «tre employé pour désigner l’industrie de la période qui s’étend du milieu du xii« siècle au milieu du xv*". Mais, tandis que dans quelques professions il y avait une demande suflisantc pour que certains hommes employassent tout leur temps à un travail particulier, il ne pouvait cependant y avoir une demande assez importante pour donner naissance, dans un district particulier, à un corps d’artisans assez nombreux pour former une gilde (1). Ainsi, la plupart des villages avaient des forgerons, mais ce n’était que dans les grandes villes qu’il pouvait y avoir une gilde des forgerons. H est probable que dans

(I) Même dans une ville comme Colchester il n’y avait en l.lOîi que huit (maîtres?) tisserands, six foulons et trois teinturiers. Itogers, Six Ccnluries of W ork and W a<jcs, 121.

ClIAr. III. — L IXDUSTRIE DK LA LAINE

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rindustrie lainière, des tisserands isolés et d’autres artisans demeurèrent pendant toute cette période en dehors des chemins battus, sans appartenir à aucune organisation , et cela en dépit des ellorts que les gildes lirent en Angleterre, comme dans d autres pays, pour empêcher l’exercice de leur profession dans les circonscriptions rurales (1). Dans ces cas, l’artisan individuel échappait au contrôle et à la protection de la gilde, mais les caractères essentiels de sa situation étaient les mêmes que ceux des membres de la gilde. Son (capital était très petit ; mais il était en relation directe avec le client ; il n’y avait aucun ahime social entre lui (;t les deux ou trois hommes, ou garçons, qu’il employait (2).

En partant de ces périodes on n’entend pas, non plus, vouloir dire que chaque industrie a dii, partant, traverser chacune d elles. Il est évident que les nouvelles industries sont liabituellement établies sous des conditions déjà atteintes par les industries plus anciennes. Il est presque tout aussi évident qu’une industrie peut, en un lieu particulier, franchir une etape tout entière, lorsque soit cette même industrie ailleurs, soit d'autres industries ont fait un progrès suflisant pour lui servir d exemple. Mais aucune de ces difficultés ne se jirésente quand il s’agit de l’industrie drapière anglaise, qui, loin de rester en arrière, tenait la tète dans le développement industriel. Il doit être fait observer aussi que, même lorsqu’une certaine organisation d’industrie domine, il existe souvent à ses côtés des dispositions appartenant à

(1) Ainsi tes tisserands de Aork avaient un monopole pour tout te comté ; ceux de Nottingtiam, pour un territoire de dix lieues autour de la ville ; ceux de Londres, dans les localités dépendant de Londres, terme qui, peut-être, depuis la Charte de Henri 1", est assez large pour comprendre tout le Middlesex.

(2) C est pourquoi on pourrait très bien imiter ces écrivains allemands qui se sont servi du terme llamiwerk, et parler du llandicraf-Si/strin (système du métier); mais cela pourrait amener quelque confusion de ce système avec 1 étal de choses qui suivit.

un type plus ancien. Ainsi, aujourd’hui, la plus grande partie, pour ne pas dire la presque totalité des principaux produits anglais sort des fabriques, lilatures ou « usines » {icorks ). Cependant on y rencontre encore, çà et là, des gens « travaillant seuls » et traitant directement avec le client, exactement comme au XIV® siècle. Tl arrive encore plus souvent que des hommes travaillent dans leur propre maison, mais « pour quelque atelier » ; et alors les conditions sont, en somme, celles du xvii® siècle. Mais ce sont là des survivances qui, avec l’emploi de plus en plus étendu des machines et la diminution croissante des frais de transport, diminution qui favorise les grands centres, tendent à disparaître (1).

(1) Le passage classique contenant une description du système domestique en Angleterre, au xyiii® siècle, se trouve dans le lirport from thc Commitec (de la Chambre des communes) on the Woullcn Manufacture of Enyland, 180G; nous le donnons ci-dessous. J’ai cru utile de l’imprimer avec une définition de l’œuvre des tondeurs (shearers) ou ouvriers en drap (clothworkers) ; et une description de la laineuse mécanique {fjiq mill). On remarquera que le comité regardait le système du Maître labricant de drap de l’Ouest de l’Angleterre comme se rapprochant plus du système de la fabrique que du système domestique. Une vue d’ensemble du développement qui suivit montrera, je crois, qu’il n’était qu’une variété du système domestique. Üans le système de rOuest de l’Angleterre, et aussi dans le système domestique proprement dit, les artisans travaillaient dans leurs propres maisons, ne dépendant que de leur libre volonté quant aux heures de travail et à la plupart des autres conditions du travail :

w En juillet 1802, des émeutes et des troubles considérables eurent lieu dans le AViltshire et le Somersetshire, à la suite d’une tentative faite par quelques-uns des maîtres fabricants de drap (clothiers) de ces comtés d’employer une machine pour préparer le drap, machine appelée (iiij Mill [laineuse mécanique]. Cette machine était, à plusieurs points de vue, préjudiciable aux ouvriers, et par crainte, croit-on, des troubles que sa première introduction pourrait produire, elle n’avait jamais été employée dans les comtés ci-dessus désignés, bien que, pendant un grand

CHAP. m. — l’iNDUSTÏUE UE LA LAINE

Nous pouvons conjecturer qu'une double transformation s opéra au xv® siècle dans la production des mar-

» ^ ; 1“ que dans les villes les gildes ou

nombre d’années, elle eût été en usage dans le (lloucestershire, ainsi, d’ailleurs, que dans d’autres comtés ; l’usage était assez répandu parmi les fabricants de drap du Wiltsbire et de certains autres districts où l’on ne s’en servait pas d’envoyer leur drap au loin pour le faire parer au moyen des laineuses mécaniques. Les troubles mentionnés plus haut ne furent pas ré-

primés sans dangers ; le mécontentement continua ; et les ouvriers apprenant qu’il y avait encore dans le livre des Statuts une ancienne loi qui défendait, sous des peines très sévères, d’employer la machine appelée Gig Mill (bien qu’il soit douteux que ce lut là la machine ainsi dénommée maintenant), formèrent le

projet d’empécher son emploi en invoquant le Statut susdit », page 3.

Quant au statut de « la et de la 6« année d’Edouard VI, statut interdisant l’emploi des Gig Mills, on invoqua des témoignages pour prouver que la machine employée maintenant sous le nom de Gig Mill, destinée, quand le drap est sorti de l’atelier du foulon, à rebrousser le poil du drap ou duvet (étant exactement la même machine visée par l’ancien statut) est grandement préjudiciable à l’industrie drapière au point de vue de la trame et de la qualité du drap ; que, par conséquent, la loi d’Edouard interdisant son usage devait, si besoin en était, être expliquée et mise à exécution, puisque c’était là un de ces statuts qui, pour employer le langage des pétitionnaires, ((uoique ayant été enreints par les maîtres fabricants de drap, sous prétexte de désuétude, sont établis pour la conservation et la prospérité de 1 industrie lainière, ainsi que pour la protection des personnes qui y sont occupées.

« Un témoignage d’une nature et d’une tendance analogues, fut fourni au sujet d’une autre machine, jusqu’ici peu en usage, appelée machine à tondre {Shearing Frame), destinée à couper le poil ou duvet lorsqu’il a été rebroussé ; c’était là une opération qui, jusque-là, avait été confiée à une classe spéciale d’ouvriers appelés raseurs, tondeurs, ou façonneurs de drap {croppers,

sitearers, clothworkers) Au point de vue de l’etfet produit sur

le drap par la Laineuse et la Tondeuse, votre comité croit de son devoir de déclarer, qu’il ressort des preuves décisives qui ont été fournies par des marchands et des manufacturiers dignes de foi et ayant la plus grande expérience de ces choses, que les

(compagnies devinrent de petites corporations fermées et perdirent tout contrôle sur Tindustrie ; '2° que l’industrie sortit des villes pour se répandre dans la campagne et

machines susdites et en particulier la laineuse mécanique, qui est celle dont l’usage est le plus ancien et le plus généralement établi, lorsqu’elles sont bien réglées et conduites avec soin. Unissent le drap de la manière la plus parfaite », page 6.

Quant au statut de la deuxième année et de la troisième du règne de Philippe et Marie : « Ce statut, communément appelé l’acte des tisserands,... limite le nombre des métiers que les personnes résidant dans les villages peuvent avoir dans une seule maison. Ce statut est hautement apprécié et son abrogation est fortement combattue par une autre classe de pétitionnaires. Mais il peut être utile pour votre comité d’établir

<iu’il y a trois façons d’exercer l’industrie lainière, celle des maîtres fabricants de drap de l’ouest de l’Angleterre, celle de la fabrique et celle du système domestique.

« Le maître fabrîcant de l’ouest de l’Angleterre achète sa

laine de l’importateur, si c’est de la laine étrangère, en toison ou du marchand de laine si elle est de production nationale ; après quoi, pour lui faire subir toutes les transformations nécessaires, il est dans la nécessité d’employer autant de classes distinctes d’ouvriers ; ouvriers qui travaillent tantôt dans leurs propres maisons, tantôt dans celle du maître fabricant de drap, mais qui ne sortent jamais de leurs attributions. Chaque classe d’ouvriers, cependant, acquiert une grande habileté en travaillant uniquement à une opération particulière, et de là, sans <loute, provient l’excellence reconnue, et, jusqu’à nos jours, la supériorité des draps de l’ouest de l’Angleterre.

« Dans le système de la fabrique, les maîtres manufacturiers, qui, parfois, sont à la tête d’un très grand capital, emploient dans un ou plusieurs édifices ou fabriques, sous leur propre surveillance ou sous celle d’un contre-maître, un certain nombre d’ouvriers, plus ou moins, selon 1 importance de leur commerce... Dans le système de l’ouest de l’Angleterre, comme dans le système de la fabrique, le travail est lait, en général, par des personnes qui ne sont pas propriétaires des marchandises qu’elles travaillent, et c’est là ce qui constitue la principale différence entre ces deux systèmes et le système domestique.

« Dans ce dernier système, ou système domestique, qui est celui du Yorkshire, la fabrication est exercée par une foule de

CHAI’. JII. — L’iNDUSTItli; DE LA LAINE

que là il se fornui une nouvelle classe d’artisans appelés

« faiseurs de drap » [clothiers ou clothmakers), disposant d’un capital assez grand par rapport aux conditions antérieures et rassemblant sous leurs ordres un

grand nombre de travailleurs (I).

C’est lorsque nous considérons les conditions indus-

trielles qui ont pris la place du système de la gilde, et les changements dans l’agriculture qui accompagnèrent

cette transition, ([ue nous commençons à comprendre le grand rôle que 1 industrie lainière a joué dans l’iiis-

raaîtres manufacturiers, qui généralement ne disposent que d’un très petit capital, rarement d’un capital de quelque importance. Ils achètent la laine du marchand de laine et, dans leurs propres maisons, assistés de leurs femmes et de leurs enfants, et de deu.x à six ou sept journaliers, iis la teignent (lorsque cela est nécessaire) et ils lui font subir toutes les transformations, jusqu'au drap non apprêté exclusivement », page 8.

«... Lorsqu’elle est devenue du drap non apprêté, il (le manufacturier) porte ce drap un jour de marché au Hall public ou marché on les marchands se rendent pour acheter.

«... Des milliers de ces manufacturiers se rendent sur le marché à Leeds où existent trois halls pour l’exposition et la mise en vente de leur drap ; et il existe d’autres halls analogues, partout où prévaut ce système de la vente en public, à Hradford, Halifax et Huddersfield...

« La majeure partie des fabricants du système domestique vivent dans des villages et dans des maisons isolées, couvrant tout un district de vingt ou trente milles de longueur et large de

douze à quinze milles Un grand nombre de manufactures

occupent chacune une superficie de douze ou quinze acres. Ils ont souvent un cheval pour transporter leur drap au moulin à foulon ou au marché », page 9.

« Ce qui recommande particulièrement le système domestique, c’est qu'il rend possible pour un jeune homme sérieux d’obtenir un crédit qui lui permettra de s'établir en qualité de petit manufacturier », page 10.

i l) Cf. un développement analogue pour le bas Hhin, dans ïhun, 1,1(5 18 : et sur les plaintes au sujet de l’extension de l’industrie dans les districts ruraux, jusqu’en 177o, cf. Schmoller, Zur Gcsc/iichtc (1er Kleiiii/eu-erhe in l)cutsclilan(l, V6.

toire sociale de l’Angleterre. Car le succès extraordinaire et rapide de celte industrie amena non seulement la ruine de l’organisation de la gilde dans ses rangs, mais aussi un vaste changement dans l’agriculture anglaise. Maintenant qu’il y avait pour la laine une demande constante et croissante, il devint de l’intérêt des propriétaires terriens d’élever des troupeaux plutôt que de produire du blé, surtout depuis que la grande augmentation du prix de la main-d’œuvre, à la suite de la peste noire, avait fait de la culture un travail non rémunérateur. Les écrivains du xvi® siècle et les historiens modernes qui les ont suivis, ont insisté sur les grandes conséquences de l’introduction du système des pâturages dans l’agriculture, système qui entraina un excédent de travailleurs, l’amalgamation des fermes, l’augmentation des rentes et la dépossession des tenanciers coutumiers {customarij tenants) (1). En ce qui nous concerne spécialement ici, il est certain que le développement de la nouvelle industrie, en procurant du travail à ceux qui étaient restés inemployés à la suite des changements survenus dans l’agriculture, contribua à alléger les maux qu’elle avait elle-même causés ; et, même au XVI® siècle, les riches éleveurs étaient eux-mèines fréquemment faiseurs de drap ; ils employaient des hommes et des femmes du voisinage pour transformer en drap la laine provenant de leurs propres troupeaux, et ils le vendaient ensuite aux drapiers de Londres ou à ceux qui se livraient à ce commerce (2). De plus, on ne doit pas

(1) Voyez, en particulier, Ulopia, de More et les Sennons de Latiiner. Une série de citations des écrivains du .xvi® siècle nous est donnée par Schanz, I, 4(50 et ss. Parmi tes écrivains modernes, voyez surtout Nasse, Agric. Communitg of Middlc Age ; Ochenkowski, Englands loirthschaflliclic Entivickclunrj, 355 et ss.

(2) Ainsi le Héraut français s’exprime ainsi dans le Drbate brlween the Heralds, de l’anglais John Coke, secrétaire de la Compagnie des Marchands Aventuriers : « En .Angleterre vos fabricants de drap habitent dans de grandes fermes perdues dans la

CIIAP. 111. — l'industrik de la laine

perdre de vue que là où la propriété paysanne et la petite culture se maintenaient, cela était dù en grande partie à l'industrie domestique qui suppléait aux revenus agricoles (1),

Nous n’avons que peu de renseignements au sujet de la nouvelle industrie domestique ; car, lorsqu’il en est fait mention dans les documents j)ublics, elle est depuis longtemps répandue sur toute la surface du pays. Dans les dernières années du xiv® siècle, et pendant tout le siècle suivant, l’industrie prit une extension considérable ; celte extension résultait de la production d’un grand nombre de variétés locales, telles que « les draps rayés et les draps de couleur » fabriqués à « Bristol et dans les comtés voisins (2) », le « drap de batelier », le « drap kendal (3) », les « draps de guildfort » faits dans les comtés de Surrey, Sussex et Soutliampton (4) et la « frise de Coventry (5) ». Toutes ces variétés existaient déjà avant la 4in du xvf siècle, et avant la Un du siècle suivant le nombre des variétés augmenta d’une façon tout à fait extraordinaire.

Ce fut probablement cette caust;, plus que toutes les autres, qui contribua à rendre hésitante la politique du gouvernement en matière à'aulnaye. Dès 1333, les règlements au sujet des dimensions du drap avaient été rapportées, et le vérificateur (aulnayer) avait été simple-

campagne, et là, se livrent à la fois à la fabrication du drap et à l’agriculture, menant paître et nourrissant des troupeaux de moutons et du bétail ». Débats (les Hérauts d’armes (Société c^es anciens textes français, 1877), p. lOo. Voyez aussi les citations dans Schanz, I, GOG.

(1) Cf. Toynbee, Industrial Révolution, Go.

(2) 12 Richard II, c 14 (1388); Stat., II, GO. .Nous trouvons plus tard « les draps et douzains de la Compagnie de l’Ouest » dans 11 Henri IV, c. G (1409-10); ihid., 1G4.

(3) 13 Richard III, c. 10 (1388-9) ; ihid., G4.

(4) lo Richard II, c. 10 (1391); iàà/., 81.

(G) 1 Henri IV, c. 19 (1399) ; ihid., 119.

(1) 27 Edouard III, Stat. I, c. 4 ; Stat., i, 330.

(2) « N’est pas lentent du Roy que les draps que pour vendre as meindrez genlz que ne seront fo soient-ils de tiel mesure », 47 Edouard III ; ibid., .

(3) Richard II, c. 27 ; 7 Richard II, c. 9 ; Stat., II,

(4) D. Murray, Dktionarij (sous ce mot) rapporte tions d’après lesquelles ces bateliers [conmcn) étai pages des vaisseaux connus sous le nom de cogs, chauds voyageant dans des cogs.

(o) 13 Richard H, c. 10 ; Stat., II, G4.

(G) 17 Richard II. c. 2; ibid., 88.

(7) 1 Henri IV, c. 19 ; ibid., 119.

CHAP. III. — L INDUSTRIE DE LA LAINE

De nouveau, en l iOo-6, les mesures prescrites furent rétablies (I) ; en 1407 encore, toute liberté fut rendue aux faiseurs de a raie» (2), c’est-tà-dire de drap non teint (3). j\Iais, a la lin, par un statut de li0!)-10 (4), confîrnié en 1411 (5), on revint cà l’ancien système de mesures déterminées par la loi ; et ce système se maintint à partir de cette époque. 11 fut même nécessaire, en 1433, de réglementer les dimensions des draps appelés « draps étroits» , qui étaient sans doute d’introduction récente (G) ; et, plus tard, mais dans le cours de ce même siècle, les statuts commencèrent à réglementer aussi une demidouzaine de produits importants (7). La grande difficulté que l’on eut à assurer l’uniformité ressort clairement du fait qu’eu 1383-84 le gouvernement revint de nouveau à son système d’exceptions ; ou, plutôt, en présence d’un nombre de variété

qui consiste à établir des prescriptions trop rigiues : u donna pour les dimensions une latitude considérable. 11 est probable que ce comité ne fit que donner force de loi à des usages locaux, observés déjà par la grande majorité des artisans honnêtes et par les marchands.

Une indication, au sujet de l’importance qu’avait prise récemment l’industrie de la laine, nous est fournie par la statistique des exportations et des droits de douane. Nous avons vu que l’exportation des draps de laine, en 1334, était inférieure à cinq mille pièces ; à l’avènement de Henri VIH, elle était d’environ quatre-vingt mille, et durant son règne, elle dépassa le chiffre de cent-vingt mille (1). Ces chiffres ne concernent que les draps teints, qui, cependant, formaient, sous le règne de Henri YHl, plus de 93 Vo de la totalité (2). La hanse des marchands en 1307, ne payait de droits que pour six espèces de draps seulement ; en réalité il n’y avait pas d’exportation. En 1422, elle paya des droits pour 41G4 pièces. Durant les quarante années suivantes, ce nombre ne s’éleva qu’à GI39 ; mais, vers 1300 il atteignit le chilfre de 21389 (3). Le drap prenait graduellement la place de la laine, et il devenait la source la plus importante des revenus de douane. En 1421, le droit de douane et les subsides de la laine représentèrent 7 i ®/o revenus de

(1) Scliauz, Handrhpolilil;, II, 18.

(2) Ihid., 17 et note 0.

13) Md., 28 et note 1.

dont la plupart, si nous en jugeons par leurs noms, étaient d’introduction récente, — le gouvernement renonça à imposer une règle invariable, et il ordonna seulement « que les draps seraient dûment et parfaitements faits, selon la nature et la fabrication de chacun des dits draps (8) ».

Enfin, afu'ès un nombre d’expériences dans le détail desquelles il est inutile d’entrer, la question fut réglée, au moins pour cette époque, en ayant recours à ce que nous appellerions aujourd’hui un comité parlementaire (9j. Le loi, « de 1 avis des Lords et des Communes

(1) 7 ItPiui IV, C. 10 ; d)id., 1.3î.

(2) !» Henri IV, c. (t ; ibid., 100.

(3) « Culorcs H raijés paraissent être des termes compi toutes tes variétés, par exemple dans Statntes II, 33, lOi-l

(4) Il Henri IV, c. 0 ; ihid., 103.

(3) 13 ll'’iiri IV, c. 4 ; ihid., 108.

(0) Il IL-nri VI, c. !» ; ihid., 284.

(7) 4 Edouard IV, c. 1 (liOo); ihid., 40.‘!. Pour Norfolk tolk et Es^ex, dans 8 Edouard IV, c. 1 (1408] ; ihid., 423.

(8) t Hicliard III, c. 8 ; ihid., 48!».

(9) 3 et 0 Edouard VI, c. 0 ; Stnt., IV, 1.30,

CIIAP. III.

L INDUSTRIE DE LA LAINE

douane; sous Henri IIF, ils descendirent à 33 »/,, tandis que les droits sur les marchandises en général s’étaient élevés à 3h Vo» et ceux du drap seul à 21 " „ (1).

Le progiès de 1 industrie lainière durant la seconde moitié du siècle fut stimulé par une ferme et vigoureuse politique. Cela commença avec l’avènement d’Edouard IV, qui, pendant tout son règne, s’appuya sur les classes industrielles et commerçantes. En 1463, l’importation du diap lut interdite en même temps (ju’un certain nombre d’articles manufacturés (2) ; et la prohibition qui dans cet acte était seulement temporaire, fut spécialement renouvelée et rendue permanente dans un acte de l’année suivante (3). De plus, l’échelle des droits fut établie, sinon alors, du moins bientôt après, de façon à encourager 1 expoitation du drap plutôt que celle de la laine; sous Henri \ H et Henri \H1, tandis que les droits sur la laine étaient de 33 de sa valeui' pour les marchands de l’Etape, elle était de 70 pour ceux qui n’étaient pas de 1 Etape , les droits sur le drap, pour les indigènes et pour les marchands hanseatiques, ne s’élevaient pas cà deux 7o et pour les autres étrangers, pas tout à fait à 8 V„^(4^

C’était le nouveau capital commercial créé par un commerce extérieur prospère, et en grande partie dans Texportation du drap lui-même, qui revenait, pour ainsi dire, sur l’industrie et, en cherchant à contrôler et à diriger les procédés de fabrication, amenait la substitution du système de la gilde par le système domestique. Les marchands sont l’objet d’une plainte continuelle chez les écrivains de l’époque qui s’occupent de l’industrie

(1) Ibid., a et note 1. Il en fut ainsi en dépit delà disproportion qui e.xistait entre les droits sur les draps et les droits sur la laine.

(2) .3 Edouard IV, c. i; Stat., II, 397.

13) i Edouard IV, c. I ; ihid., 107.

(4j Sclianz, I, ÜI.

PASSAGE AU SYSTE.ME DO.MESTIQUE

gnation populaire était surtout soulevee contre les étrangers, en particulier les Italiens, qui se livraient a

ce nouveau négoce (3).

Mais lorsqu’une fois le mouvement eut commence, il fut suivi par tous ceux qui y virent leur avantage, — par les lainiers de l’Etape, par les drapiers, par les propriétaires terriens, par les énergiques artisans des villes. La main-d’œuvre nécessaire fut bientôt trouvée chez les inoccupés des districts agricoles, et l’enseignement technique put être obtenu de ces journaliers, que la restriction des privilèges de la gilde, à l’interieur des Ailles, avait déçus dans leurs espérances.

Il semblerait, si l’on en juge par les nombreux statuts qui concernaient les manufactures de la « contrée de l’ouest » et des comtés de 1 est (l), que c était de ce côté que la nouvelle industrie domestique aA^ait pris une plus rapide et plus importante extension. Les manufactures de Yorkshire qui étaient destinées, en dernier lieu, à changer l’aspect delà contrée du nord, ne commencèrent

ntiii-pr l’attention une A’ers le milieu du xvi® siècle (5).

(1) Political Poems, edit. Wright (Hol

(2) Sermon d’Armstrong, dans Pa Uchc Dnikschrirten, 60, adresse ce Aventuriers.

(3) 1 Richard III, c. 9 ; Stat., II, 489.

(4) 12 Richard 11, c. 14; Sial., U, ihUL, 64. 11 Henri IV, c. 0 ; ibid., 164.

(3) 34-3d Henri VIII, c. 10. Ce statui cation des couvertures de lit à la vil la campagne environnante. 2-3 Philip] les trois comtés de Cumberland, Nor des règles relatives à l’apprentissage,

depuis le xvi° siècle, ont introduit une grande confusion dans la matière. Familiers eux-mêmes avec le rôle des drapiers {clothiers), ils ont employé ce mot lorsqu’ils traitaient des périodes précédentes pour désigner quiconque appartenait à l’industrie du drap, mêlant ainsi les tisserands, les finisseurs de drap, les drapiers proprement dits et les fabricants de drap {clothiers)

sans la moindre hésitation. Mais, précisément, de même qu’il n’y a rien qui indique l’existence d’un corps de commerçants avant le milieu du xv“ siècle, de même il n’y a rien qui indique l’existence d une classe de manufacturiers capitalistes jusque vers le milieu du xv® siècle (1). (iar les nouveaux fabricants de drap n’étaient pas primitivement engagés que dans une branche seule de l’industrie drapière ; ce n’était pas des artisans qui achetaient du drap dont la fabrication n’était pas achevée ou des marchands qui l achetaient lorsqu il était fini. Ils se rattachaient à toutes les périodes de la fabrication, et quoique le capital elTectif dont chacun, la plupart d’entre eux disposaient, ait dù être peu important, ils occupaient certainement la position de capitalistes par rapport aux artisans — qu’ils employaient en grand nombre et à qui ils donnaient de l’ouvrage à leur volonté.

L’établissement des nouvelles méthodes d’industrie était en même temps accompagné des petites difficultés relatives au détournement de la matière première, ce qui a partout été un inconvénient caractéristique dans le système domestique. De plus, il y avait, tout à fait de bonne heure, un certain nombre de procédés raqiaces, de

(1) Ceci est probablement vrai pour la France et aussi pour rAllemagne. Schmoller {Tuchrr-und Wcherzunft, 411), donne les réglementations de I30sî. à Amiens, comme montrant la dépendance, dès cette époque, des (ileurs, tisserands, teinturiers et foulons vis-à-vis des drapiers. Mais les drapiers (ou clothiers) ne paraissent pas être mentionnés flans ce document, dans lequel, même, on ne trouve rien qui indique l’existence d’une classe semblable.

L’est pourquoi nous sommes surpris de voir que les .nouvelles conditions, telles qu’elles sont révélées pour la première fois par un statut de 14fi5 (I), étaient semblables à celles qui, trois ceut quarante ans plus tard, sont décrites, par le comité parlementaire de 1806, comme « le système des maîtres drapiers de l’ouest de l’Angleterre ». Get acte parle de « faiseurs de drap » « remettant » les laines aux ouvriers « pour être travaillées », et il ordonne que les gages des cardeurs, fileurs et autres, seront payés en argent et non en nature. Un demi-siècle plus tard, un acte de 1511-12 donne une indication plus explicite (2). Il parle de la laine qui est remise « pour ou par le fabricant de drap » à certaines personnes « pour la démêler, la peigner, la carder ou la filer » ; de l’obligation du démêleur ou du peigneur & de rendre au fabricant la même laine ainsi démêlée et peignée » ; de l’obligation du cardeur et du lileur « de rendre au fabricant » la quantité de fil qui doit être donnée pour cette laine ; de l’obligation du « tisserand à qui on aura confié le lissage de n’irnporte quelle laine filée pour la transformer en drap », de « la tisser et de faire ce drap avec la laine même qui aura été remise au tisserand par le fabricant ou j»ar toute autre personne pour le compte du fabricant » ; et aussi de l’obligation analogue qui incombe au foulon de remettre en entier le drap qui lui a été confié.

De sorte que la figure qui forme le centre de la nouvelle organisation du travail, c’est le fabricant de drap. Il achète la laine; il la fait filer, tisser, louler et teindre; il paie les artisans à chaque phase de la fabrication et il vend aux drapiers la marchandise fabriquée. Les termes peu exacts dont se sont servis la plupart des écrivains

— l'industrie de la laine

(le l'industrie de la laine à Halifax remonte, dit on, à lüüG; Smith, Mcmoirs of Work, I, 98.

(1) 4 Edouard IV, c. 1 ; Stat., II, 40o.

{'2) 3 Henri VIH, c. 2 ; Stat., III, 28.

'ZJÜ CHAP, 111. — L INDUSTRIE DE LA LAINE

la nature du troc auxquels les fabricants de drap avaient recours et auxquels la législation était appelée à remédier (1). Mais, sauf ces petites et insigniliantes exceptions, les nouvelles conditions paraissent s’ètre établies sans opposition et sans restriction de la part de la législation jusqu’au milieu du xvi“ siècle.

Avant de revenir à la législation qui suivit, il sera intéressant de signaler une ou deux indications sur la grandeur et le caractère des nouvelles entreprises. L’une nous est fournie par l’impression produite sur l’esprit populaire par le succès « du laineux et habile fabricant de drap de l’Angleterre, Jack de Newbury » ou John Winchcombe. Jack de Newbury devint un des héros des livres populaires du xvii® siècle, et c’est là que Kuller puisa cette légende qui a été copiée par les écrivains modernes et, d’après laquelle, il aurait eu cent métiers à tisser dans sa maison et il aurait combattu à la bataille de Flodden-Field à la tète de cent ouvriers pris parmi ceux qu’il occupait (2). Cependant, on ne saurait douter

Assises et chantant d’une voix claire.

Et dans une chambre tout à côté,

Deux cents jeunes filles se tenaient,

En corsage d’étamine rouge,

Ayant sur leur tête des coifles blanches comme le lait

Ces jolies filles ne tissaient jamais,

Mais tout le jour elles restaient là, occupées à £ Et tout en filant, de leur voix douce Elles chantaient comme des rossignols.

Alors ils arri\èrent dans une autre chambre Où se trouvaient des enfants pauvrement vêtus Qui se tenaient assis, épluchant de la laine, Pour séparer la plus belle laine de la laine gro Ils étaient au nombre de cent cinquante,

Et tous étaient des enfants de pauvres gens.

Et pour prix de leur travail,

Ils recevaient Te soir chacun d’eux un penny Et, en outre, leur nourriture chaque jour, mii Mflit nour eux une belle rétribution.

(1) Voyez lesstatuts cites dans les notes 1 et 2, page 274,,s;/pra.

(2; Lysons, Magna Britannia (1806) I, 32Ü. La Bodléienne possède, dans la colleclion Douce, un exemplaire de The Pleasanf Jlistory of John Winchcomb, in his yonnger yeares callcd Jack of Neivhery, onzième édition, corrigée et augmentée par ï. D. (c’està-dire Thomas Deloney), 1630. Une note manuscrite de Douce nous apprend que la première édition fut probablement imprimée en 1397. Sur le frontispice il y a « une esquisse de la maison de Jack de .Xewbury, d’après J. Flaxman, Esq. par F. Douce ». Ce pamphlet contient un tableau de la prospérité de Jack, plus extravagant encore que celui dont s’est inspiré Fuller :

Dans une chambre large et longue

11 y avait deux cents métiers en bon état;

Deux cents hommes — ou peut m’en croire —

Travaillaient à ces métiers en une seule rangée.

Auprès de chacun d’eux un petit garçon

Se tenait assis faisant des navettes, avec un air joyeux;

Et dans un autre endroit, tout près,

Cent femmes joyeusement Cardaient la laine, empressées.

Dont on voyait l’adresse et l’habileté;

11 avait encore une maison où l’on teignait.

Dans laquelle il y avait bien quarante hommes;

11 avait également un moulin à foulon Qui occupait jusqu’à vingt personnes.

(1) Extrait du testament dans HiMory and Antiquities of New bury (1839), 76.

(2) Ibid., 149. Son descendant fut fait baronnet en 1671 ; Lysons I, 321.

278 CHAP. 111. — l/lNlJUSTniE DK I.A LAINE

étant le meilleur moyen de rembourser un emprunt, d envoyer là-bas « un milier de crézeaux de Winchcombe (1) ». Si nous acceptions l’assertion de Herbert, d’après lequel les Winchcombe de Aewbury seraient issus d’un certain Simon de Winchcombe, riche drapier de Candlewick Street dans les dernières années du XIV® siècle (2), nous aurions une raison de pins pour croire que la transformation des conditions de production fut l’œuvre du capital amassé dans le commerce.

Dans la légende de Jack de .\ewbury, l’importance de ses opérations est sans doute exagérée. Mais il est certain que des essais furent faits, i;à et là, pour rassembler un certain nombre d’ouvriers sous le même toit, comme dans un atelier moderne. Dans plusieurs cas, les vieilles constructions monastiques furent utilisées dans ce but. Ainsi Leland, qui écrivait en 1512, nous dit « que tous les bâtiments de l’abbaye de Malmesbury appartiennent maintenant à un nommé Stump, fabricant de drap excessivement riche, qui les a achetés du Koi ». « Ln ce moment, dit-il, tous les coins des vastes dépendances de l’abbaye sont remplis de métiers sur lesquels on tisse du drap; et ce Stump se propose de faire une rue ou deux pour les fabricants de drap dans les terres vacantes de l’abbaye (d). » Ainsi encore, à Ciirencester, il fut bâti une usine pour la fabrication du drap (4). Vers loiü, Stump de Malmesbury entra en négociations pour louer l’abbaye d’Osne}', près d’Oxford, moyennant une rente annuelle de 18 livres; et, entre autres conditions, il fut proposé que Stump « s’engagerait

(1) Burnley, History of Wool and Wool Cuiitbiny, (îü.

(2) Livery Conipanirs, I, .“igi et iOl, note.

(3) Itincrary, éd. Hearne (éd. 17ü9), II, 33.

(4) I.e passage qui se trouve dans Leland (V, 63) n’est pas exempt d ol)scurité : « Près de l’endroit où la très belle Manufacture de drap fut établie, une vieille Tour fut démolie pour construire la Manufacture. » Leland ne mentionne pas l’Abbaye d’une manière expresse.

à procurer, de temps en temps, de l’ouvrage à deux mille personnes, si on pouvait les trouver, qui seront employées à la fabrication du drap, pour le grand avantage de la ville d’ Oxford et de la contrée environnante (l) ». Sans doute les négociations n’aboutirent pas; mais il ressort clairement de tout cela, que les grands ateliers d’Osney devaient être le centre d’une industrie domestique considérable pour tout le pays environnant. La proposition seule nous montre qu une pareille entreprise était généralement considérée comme une chose parfaitement faisable (2).

L’histoire des troubles de 1527, comme dit l’historieii contemporain Hall, nous fait encore mieux connaîtie r.^rirîinisafirm indiislrielle oui prit naissance à cette

(1) Oxford liccords, 184.

(2) La chanson de nourrice « (Md Kiny Cote » a proba été suggérée par la richesse de quelque autre riche fabr drap. Voyez l’extrait de Deloney, au sujet de « (dd Coi n istory of Popular Manie, de Chappell, II, 633.

(3) L’importance de l’exportation en Allemagne appar une remarque de Luther en 1324 : « L’Angleterre serai riche si l’Allemagne ne lui achetait pa§ ses draps ». Wis

2M0 CHAI'. III. — l’industrie de la laine

sente pour acheter. Lorsque la vente ne marchait pas, alors les fabricants congédiaient les lileurs, les cardeurs, les plieurs, etc., et tels autres qui vivaient de la fabrication du drap, ce qui soulevait de grands murmures parmi le peuple, particulièrement à Suffolk (l). L'Angleterre fabriquait déjà pour un marché extérieur, et un arrêt subit dans la demande mettail sans emploi des masses d’artisans. Les relations qui existaient entre les « fabricants de drap » et « ceux qui vivaient en travaillant au drap » étaient évidemment analogues « au système du rnailre drapier de l’ouest de l’Angleterre » décrit dans le rapport de 1800. Les documents officiels de l'époque montrent combien était grave cet arrêt*dans la demande. W oisej' essaya par des menaces de pousser les marchands à acheter, et le Gouvernement leur offrit même de leur prêter de l’argent pour cela; les membres du Conseil Privé se rendirent dans divers comtés et ils s’etforcèrent de persuader aux fabricants de continuer à employer des ouvriers. Mais une crise économique ne saurait être atténuée par la volonté, lors même que cette volonté serait celle d’un gouvernement absolu. Le peuple commença à se soulever, en particulier dans le sud et dans l’ouest, dans Berkshire, Hampsbire et AViltshire; et ^V olsey se vit lui-même obligé de céder devant les nécessités économiques (2).

Maintenant nous sommes peut-être en mesure d’interpréter la législation d’Edouard et de Marie. Mais, auparavant, il convient d’examiner les dispositions qu’elle renferme. Ln acte de 1051-1552 (3) ordonne que personne, « passé la Saint-Michel prochaine, ne tisse ou ne fasse, ne fasse tisser ou faire aucune sorte de drap fin ou drap

(1) Hall, Chronkh (éd. 1809), 743.

(2) Les renseignements que l’on peut trouver dans le Calcndar of State Papera ont été rassemblés par Sclianz, I, 71, notes 6, 7; et 72, note 3.

(3) 3 et G Edouard VI, c. 8; Stat., IV, 142.

woollen cloth) a moins qu u n an eie s la profession de la fabrication ou du fin; ou qu’il n'ait été employé dans la dans le tissage du drap tin pendant sept

Un acte postérieur, mais appartenant à la même

laineuses mécaniques », ble à l’industrie de est cause de la mauvaise qualité

large » {uroad apprenti « dam tissage du drap fabrication ou ans »

session, interdit l’emploi des « sur le motif que leur emploi est nuisi

ce royaume, parce qu’il « du drap et de sa fabrication défectueuse (I) ».

En 1554, l’acte d’Edouard, relatif à l’apprentissage et que nous avons cité plus haut, fut rapporté pour tout ce qui avait trait aux habitants des villes constituées et des villes de marché (2). Il ne ressort pas clairement des termes de l’acte s'il s’applique aux entrepreneurs [en français], «aux fabricants de drap (c/o//uerA) » proprement dits, ou aux hommes auxquels ils procuraient de l’ouvrage, ou encore aux uns et aux autres. Mais il semblerait, d’après la teneur du dernier acte, qu’il était réellement applicable aux fabricants eux-mêmes. « Plusieurs bons fabricants de drap », demeurant dans Worcester et autres cités et villes, « lesquels avaient fabriqué du drap pendant l’espace de cinq ou six ans et quelques autres qui ont épousé des veuves de fabricants de drap, ont été obligés d’abandonner et de cesser la fabrication du drap pour leur grand appauvrissement et pour la ruine complète d’un grand nombre de pauvres gens e1 artisans qui gagnaient chaque jour leur vie chez leidil^

fabricants ».

Mais le plus important de tous les statuts, c est celu de l’année suivante, 1555, généralement connu dans l; suite sous le nom d’ « Acte des Tisserands (3) ». Dans 1 préambule sont exposées les conditions qui nécessiten

(1) C. 22; ibû/., 13G. Voyez aussi .supra, page

(2) 1 Marie, Stat., 3, c. 7; ihid., 232.

(3) 2 et 3 Philippe et Marie, c. Il; ihid., 28G

L INDUSTKIE DE LA LAIAE

une intervention législative. « l’uis(|ue les tisserands de ce Royaume se sont plaints de ce que les riches et [)uissants fabricants de drap les oppriment de diverses façons, » l°«lesuns, en établissant et en ayant dans leurs maisons des métiers a tisser (|ui sont conliés à des journaliers et autres personnes inhabiles dans la profession, au détriment d’un grand nombre d’artisans et autres personnes qui ont été élevées dans ledit art du tissage ainsi que leurs familles et leurs serviteurs; » 2° «d’autres, en accaparant un grand nombre de métiers et en les louant à des prix tellement déraisonnables que les ])auvres artisans ne peuvent vivre et encore moins faire vivre leurs femmes, leurs familles et leurs enfants; » 3“ « d’autres encore» en donnant pour le tissage des salaiies bien au-dessous de ceux que l’on donnait autrefois » ; il est ordonné comme il suit : 1“ ,\ul fabricant, hal)itant en dehors de la cité, ville constituée ou marché, n’aura dans sa maison ou habitation plus d un métier à tisser la laine; il lui sera interdit de louer des métiers ou des maisons en renfermant. 2“ Aucun tisserand en laine, de la campagne, n aura plus de deux métiers à tisser la laine et ne pourra tirer proüt de plus de deux métiers. 3“ \ul tisserand n’aura de moulin à foulon et il lui sera interdit de travailler comme foulon ou comme teinturier. 4“ Nul foulon n’aura de métier à tisser dans son habitation, o" Nul n’ayant jnécédemment exercé le commerce ne fera ou ne tissera, ne lera faire ou tisser aucune sorte de drap lin, en dehors des villes constituées ou villes de marché, ou autres places dans lesquelles on se sera livré à la labrication du drap pendant les dix dernières années. 0“ Les tisserands de la campagne ne pourront avoir plus de deux apprentis. 7" Nul ne pourra (à l'avenir) exercer le métier de tisserand sans avoir fait un a[)prentissage de se])t ans.

8“ Les dispositions précédentes ne seront pas applicables aux Lomtés de York, Cumberland, Nortliumberland et YN’estmoreland.

La teneur d’un acte plus récent, de l’acte de 1337-58(1), est également très significative et nous montre un côte de la vie industrielle ditlérent de celui que nous avons examiné. Il nous montre que les labricants de drap se recrutaient non seulement parmi les commerçants, mais aussi parmi les artisans ambitieux des villes, lorsqu’ils voyaient quelque chance de faire fortune en s’établissant à la campagne. L’acte expose que « durant les années passées, les personnes qui se livrent à la fabrication du drap, non contentes de vivre en artisans dans le commerce pour lequel elles ont été élevées, vont s établir dans les voilages et villes qui ne sont ni des cites, ni des bourgs, ni des villes constituées, et là, menant la vie et occupant la place d’un agriculteur, non seulement acca- ]»arent diverses fermes et pâturages, mais encore enlèvent aux cités toutes sortes d’artisans. »... De plus « les tisserands et les ouvoôers des fabricants, lorsqu’ils ont travaillé trois ou quatre ans dans la profession de fabricant de drap ou de tisserand, quittent leurs maîtres et deviennent fabricants et employeurs pour leur compte sans avoir ni fonds, ni talent, ni connaissance, au grand détriment des véritables fabricants de drap ». En conséquence, il est ordonné que dorénavant nul ne fabriquera ou ne tissera pour les vendre des draps longs ou courts, ou des ciézeaux, en dehors des villes constituées ou des voiles de marché dans lesquelles cette industrie a ete exercee durant les dix dernières années. Par une autre disposition, était exigé, en outre, un apprentissage de sept ans. Mais, aux termes de plusieurs autres clauses, tous les fabricants de drap, tisserands, etc., qui exeiçaient actuellement, étaient autorisés à continuer l’exercice de leur profession; et quant à la règle concernant les villes constituées, les districts suivants en sont exemptés : Galles du Nord et du Sud, Cheshire, Lancashire, West-

(1) 4 et 5 Philippe et Marie, c. ;i, § 21; ihid., 32o.

ciiAP. III, — l’industrie de la laine

monlaiid, Cumberland, Norlhumberland, Durham, Cornouaille, Sulîolk, Kent, Codalmen en Surrey, Yorkshire, en dehors d’un rayon de dix milles autour de York, ainsi que les villes et Alliages à proximité de Water of Strand dans le Gloucestershire (1). L’apprentissage ou exercice du métier pendant sept ans était, en général, une règle commune à tous les districts.

11 peut être bon de signaler, en passant, le sort qu’eut cette ordonnance relative aux villes constituées. En l.o5S-59, certaines places dans le comté d’Essex furent ajoutées à la liste des districts exceptés (2) ; en 157o-70 on excepta dans Wiltshire, Somersetshire et Gloucestershire, toutes les localités où l’industrie avait été exercée pendant dix ans (3) ; et l’ordonnance fut finalement rapportée en 1023-24 (l).

Si nous considérons maintenant l’ensemble de ces ordonnances, nous nous apercevons qu’elles peuvent être divisées en trois classes. La première se compose de celles qui essayent de limiter le développement de l’industrie dans les districts de la camjiagne. Il n’est guère probable que nous commetlions une erreur en attribuant la réglementation relative aux villes constituées et les autres réglementations analogues en Angleterre, — comme c’était incontestablement le cas dans les autres pays, — à l’intluence de l’industrie urbaine organisée sur le plan de la gilde et luttant contre les nouvelles industries domestiques (o). La seconde classe se compose des réglementations qui visaient ostensiblement à assurer une bonne exécution technique du produit manufacturé, spéciale-

(t)§§ 22-26; ihûL, ,326.

(2) 1 Elisabeth, c. 14; ihid,, ,376. D'autres localités dans Essex, y fuient ajoutées en 1684-1683; 27 Elisabeth, c. 23; ihüL, 73,3. 18 Elisabeth, c. 16; ibid., 626.

(3) 18 Elisabetli, c. 16; ddd., 626.

(4) 21 Jacques I, c. 28; ibid., 12,39.

(6) Voyez supra, page 266, note 1.

PASSAGE AU SYSTÈME DtIMESTIQUE 285

ment par la règle concernant la durée de l’apprentissage. Et lorsqu’on demandait qu’une telle restriction lût imposée aux ouvriers de la campagne, à l’intérêt personnel des artisans des villes devait s’ajouter aussi la foi que l’on avait généralement en la nécessité d’une surveillance de la profession, .lusqu’ici l’historien se meut sur un terrain entièrement battu et il ne fait que répéter ce qui a déjà été dit par Ochenkowski et par d’autres. Mais c est à peine si l’on a remarqué qu’il y a, parmi ces règlements, une troisième classe qui a une autre et plus importante signification. U s’agit de la réglementation qui concerne la propriété des métiers à tisser et leur location (1). Il est probable que de nombreux exemples de cette exaction dont se plaignait le peuple des travailleurs n’étaient que des cas de petite extorsion usuraire ; que^ par exemple, les maux qui se rattachaient à la location de métiers à tisser étaient souvent de même nature que ceux qui sont associés, de nos jours, à la location de.s machines à coudre. Mais le langage de l’acte des tisserands, au sujet de ceux qui établissent et gardent dans leurs maisons plusieurs métiers à tisser, si on le rapproche des exemples de AYinchcombe et de Slump, nous suggère une conclusion nouvelle ; c est qu il se produisait un mouvement accentué vers 1 établissement des manufactures, ce mot étant pris dans le sens d un vaste établissement dans lequel un certain nombre de travailleurs sont réunis et exercent leur état conlormement à des règles établies par V employeur ou patron, au heu de l’exercer dans leur maison et de la façon qu’il leur plaît (2).

(1) Cf. la défense d’avoir plus de deux métiers a Strasbourg, Schmoller, TMc7/er-î<)((/ Webei -uuft ; et sur la prohibition semblable qui était en vigueur dans le district d Ulm pour les tisserands de futaille, voyez l’article de Rïibling, dans le Jahrhuch de

Schmoller, XIX, 273.

(2) Cf. avec le statut et les exemples de \Ainclicombe et de Stump, la proposition faite sous le règne de Henri N III, « que tout fabricant de drap qui, dans sa jeunesse, n’ aurait pas travaille

LA SECONDE IMMIGRATION

intérieur et pour l’exportation fut le résultat, au moins <lans une large mesure, de l’immigration d’un certain nombre de tisserands étrangers sous le règne d’Edouard 111, de même l’apparition sous Elisabeth des belles étoffes qui permirent aux producteurs anglais de rivaliser avec les producteurs étrangers dans toutes les branches de l’industrie lainière, fut le résultat d une seconde immigration. L’histoire de « la nouvelle draperie i> sort du sujet de ce chapitre et, de plus, elle demanderait à être examinée dans tous ses détails; mais nous pouvons mentionner ici quelques-uns des faits essentiels qui s’y rapportent. Pour aussi importante que lût l’augmentation dans la production du drap, spécialement dans la seconde moitié du xv® siècle, presque toutes les pièces exportées étaient encore non finies et non teintes ; et plusieurs tentatives furent faites pour interdire, par voie législative, l’exportation du drap non teint et non tondu (1), et, aussi, pour surmonter les difficultés résultant de l’absence de connaissance technique et du manque d’habileté. A la vérité, f infériorité des ouvriers anglais à cet égard ne disparut pas avant le xvu® siècle, ainsi, d’ailleurs, qu’il ressort clairement des divers projets préconisés sous le règne de Jacques I et ayant pour but d’assurer l’avantage de finir et de teindre le drap à 1 intérieur du royaume (2). En outre, les étrangers avaient encore une supériorité incontestée dans la production des étoffes de qualité supérieure. Ce furent les troubles religieux dans les Pays-Bas et en France qui, comme les dissensions politiques du xiv® siècle, en poussant des ouvriers habiles à passer en Angleterre, lurent une cause de progrès dans fhabileté technique. Eue tentative lut même faite à Norwicli, en 1554, par un certain nombre do r.it.nvpns inlluents nour v encourager 1 industrie des

LIIAP. III. — L INDUSTRIE DE LA LAINE

Ce mouvement reparut, de nouveau, à la lin duxvii* siècle et durant le siècle suivant, lorsqu’un certain nombre de fabriques furent établies, — même avant que l’introduction des machines donnât la dernière impulsion vers Idgiegalion des travailleurs. Si on le compare au système domestique, le système de la fabrique a l'avantage de permettre une plus grande division du travail et une plus grande rapidité de production due à un contrôle plus eflîcace. 1) un autre côte, le système domestique était celui qui convenait le mieux au fabricant qui né disposait que d’un capital peu considérable, et il lui epaignait la peine et la responsabilité de la surveillance. 11 a été soutenu, par suite, que, jusqu’à l’introduction des machines, les avantages économiques de la fabrique ne sont pas suffisamment grands pour lui permettre de supplanter l’industrie domestique (1). Que ce fût ou non le cas, durant les siècles précédents, lorsque le système domestique était solidement établi, il est certain qu’au .\vC siècle, il n’était pas du tout impossible que la grande fabrique devînt une forme importante, — sinon la plus importante, — du commerce de la laine en Angleterre. L’obstacle qui s’opposait à un tel développement était dû en premier lieu à l’action législative.

La seconde Immigration

^ i.ic.ut. que 1 apparition en Angleterre au xiv® siècle il une grande industrie de di'ap anglais pour le marché

deux ans dans le métier de tisserand, ne pourrait avoir pour s’en servir ou à son commandement de métier à tisser dans sa maison» ; voyez Schanz, flandcispolitik, II. (ifiO.

(1) Cf. sur ce sujet lleld, Zar/ iUkhvv znr socialen Geschichln Enylandfiy o78.

ar exemple, iienri mu, c. uk oyez sur ces projets, Smith, Mrmoirs

CIIAP. III. — l’industrie de la laine

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« bures {russeis), satins et futaines de Naples », « à leurs grands frais et charges tant en faisant venir des étrangers des pays d’outre-mer qu’en faisant confectionner des métiers et en se pourvoyant de toutes autres choses nécessaires dans cette industrie » ; ils avaient été organisés en compagnonnage par acte du Parlement (1), et ils avaient reçu pouvoir de se choisir des gardes pour rechercher les produits défectueux. C’est là, qu’on le remarque en passant, un exemple intéressant de la transition entre la vieille organisation des métiers en fraternité et la forme plus récente des Compagnies réglementées. Mais le changement le plus réel dans les conditions anglaises lut dû à l’immigration volontaire et non encouragée des réfugiés. L’immigration en Angleterre des rélugiés étrangers, — principalement des Français, des \\ allons et des Hollandais, — commença en 154i ; une Eglise à la fois hollandaise et wallonne fut fondée à Londres en lo.oü et elle obtint une charte d’Edouard VI, avec concession, pour son usage, de la vieille église des hrères Augustins. La reine Marie ordonna aux réfugiés de quitter le pays et plus de quatre cents d’entre eux obéirent à cet ordre (2). Un grand nombre reparurent, cependant, à l’avènement d’Elisabeth et, avec un certain nombre de nouveaux venus, ils s’établirent à Londres et

(1) 1 et 2 Philippe et Marie, c. 14; Stat. IV, 260. M. Cunningham fut le premier parmi les écrivains de ces derniers temps à appeler l'attention sur cette remarquable expérience. Cependant dans le tableau qu’il fait de l’organisation de l’entreprise dans Englifth Induxtry (2® éd.), I, 467, il semble y avoir une légère inexactitude. Les « vingt-et-une personnes » dont il est parlé dans l’acte, étaient le maire, six aldermen, six marchands (ces treize ayant fait les démarches pour procurer le capital) avec huit « des plus discrets et dignes hommes du métier des worsteds, tissant dans la dite cité. »

(2) La chronologie de ces événements est parfaitement établie dans les notes de Ilessel au Ecclcsiæ Londinu-liatavæ Arcinrum, tom. II M88!)), 4, 3.

LA SECONDE IMMIGRATION

à Sandwich où ils obtinrent de la reine l’autorisation « de fabriquer des produits de Flandre, en laine, dans les Etats de sa Majesté (1) ». Six ou sept ans après, il vint à l’idée du maire et de la ville de Norwich que l’introduction des nouvelles industries pouvait remédier à la stagnation commerciale qui semblait peser sur cette cité, et, grâce à l’influence du duc de Norfolk, ils obtinrent, en 1505, par lettres patentes, l’autorisation pour un certain nombre d’étrangers de résider et d’exercer leur profession à Norwich. L’autorisation fut limitée à « trente Hollandais des Pays-Bas de Flandre », avec leurs familles et serviteurs, pourvu qu’ils n’excédassent pas le nombre de trois cents, en tout ; il leur fut donné « la faculté de faire des Baies (Bays), des Arras, des Saies, de la tapisserie, des Mockados, Etamines, Crézeaux et telles autres variétés étrangères que l’on n’avait pas faites jusqu’ici dans ce royaume d’Angleterre (2) ». Mais quoique les magnats commerciaux de la ville désirassent vivement de les voir arriver, le peuple se montrait mal disposé pour eux et le Conseil municipal refusa d’apposer son sceau aux autorisations nécessaires ; sur quoi, le maire prit la chose sur lui, et il accorda des autorisations à vingt-quatre « maîtres Hollandais » et à six « maîtres Wallons (3) » ; une église fut, en même temps, mise à leur disposition pour leur servir de hall pour la vérification et l’estampillage de leurs draps ; et ils acquiescèrent à des « règlements » qui leur donnaient la constitution ordinaire des Compagnies de cette époque.

Le renouvellement de la persécution par Alva, en 1507, amena de nouveau en Angleterre un certain nombre de Protestants. Une intéressante série de lettres conservées

(1) Moens, The Walloom and thcir Church at Nomich, 18.

(2) Le texte de ces lettres patentes a été imprimé selon toute apparence pour la première fois par M. Moens dans son Walloons at Noru'ich.

cnAP. III. — l’industrie de l.\ laine

jusqu’à nos jours, et écrites cette année-là par ceux qui étaient réfugiés à Norwich à leur amis demeurés encore dans leur pays, à \ près, nous donne quelques renseignements sur la situation des nouveaux venus. L’un écrit à son père et à sa mère, à son frère et à ses sœurs, les invitant à venir tous ensemble en Angleterre et il ajoute : « Mon frère et moi nous vous fournirons ce dont vous aurez besoin ici comme tisserands, car on v travaille beaucoup ». Un autre annonce à sa femme et à ses enfants son heureuse arrivée et l’accueil cordial qu’il a trouvé chez les amis arrivés avant lui. Elle fera bien de vendre la propriété et de venir avec lui, mais « qu’elle porte tous ses vêtements, car tout le monde est bien vêtu ici ». « On y fait, ajoute-t-il, beaucoup de bmjs et je cherche à trouver une maison le plus tôt possible pour m’y établir, car alors il me serait facile de gagner de l’argent ; en vue de votre arrivée je préparerai ce qu’il faudra pour faire des bays (1). »

A Norwich, dès l.o68, il n’y avait pas moins de \ 132 étrangers parlant flamand et 339 parlant wallon ; il y avait des colonies semblables àColchester, Sandwich, Uarlerbury, Southampton, Londres, Southwark et ailleurs (2). L’année suivante, il y en avait presque trois mille à Norwich. Cela produisit dans le « bas peuple » un grand mécontentement et il fut même organisé, dans le but de les expulser de la cité, une conspiration, à laquelle prirent part quelques personnes de la noblesse, de la ville et du comté. En outre, même les citoyens riches qui leur firent bon accueil cherchaient à tirer profit de leur présence d’une façon que les nouveaux venus n'aimaient guère. On essaya, par exemple, de les empêcher de vendre leur marchandise à d’autres qu’aux citoyens (freemen) de la ville ; et lorsque les étrangers invoquèrent l’appui du Conseil privé et lui demandèrent

(1) Ibid., 22Ü-221.

(2) Ibid., 23, 27.

LA SECONDE I.MMIGRATION

l’autorisation de vendre librement leurs marchandises, comme leurs frères à Sandwich et à Colchester, ils provoquèrent une vive irritation (1). La liberté réclamée par les étrangers était en opposition évidente avec la manière de voir du peuple en ce qui concernait « l’achat etranger et la vente étrangère », sur lesquels nous avons déjà appelé l’attention du lecteur (L. II, chap. i). Une transaction, cependant, fut inscrite en 1371 dans le « Livre de Règlements pour les Etrangers ». A partir de ce moment, les étrangers purent « vendre les produits de leur propre fabrication à toute personne anglaise ou étrangère, sans empêchement ni interruption, pourvu que ce soit dans le hall de vente seulement ». « Les étrangers achetant leurs denrées aux dits Hollandais... ne devront pas être inquiétés pour achat étranger et vente étrangère,... pourvu que les dits étrangers ne revendent pas à l’intérieur de la Cité les marchandises par eux achetées, mais au hall de vente seulement. Et il sera permis aux dits étrangers d’emporter et de vendre leurs denrées dans la Cité de Londres ou dans toute autre Cité du Royaume ou de les transporter au-delà des mers,... mais non de les vendre dans les villages, villes de marché ou foires de l’Angleterre (2). » Pour ce qui se rapporte à la période suivante, l’histoire des étrangers à Norwich doit être renvoyée à une autre section. D’après ce que l’on peut voir, leur organisation industrielle était une forme relâchée du système de la gilde ; ou peut-être, mieux encore, du système domestique avec certaines formes empruntées au système de la gilde. Ce qui est certain, c’est que, dans l’espace de quelques années, ils dotèrent l'Angleterre de manufactures florissantes. « Ils y apportèrent une grande aisance », dit une note anonyme en parlant des profits que Norwich retira du séjour des étrangers, durant l’espace de dix ans. « Us y appor-

(1) Ibid., 2!

(2) Texte complet, //nV/., 21>7.

3VH

ClIAP. 111. — L INDUSTRIE DE LA LAINE

LA SECONDE IMMIGRATION

'fi

tèrent une grande prospérité en y fabriquant des bays^ des mockados, des yoyroynes e\ toutes sortes de lainages, choses que l’on n’y fabriquait pas auparavant et à la fabrication desquelles ils employaient non seulement les personnes de leurs pays, mais aussi des habitants de notre ville et même des personnes habitant dans un rayon de vingt milles autour de la ville, pour le grand soulagement des classes pauvres du pays (1). » Camden qui était lui-même presque un contemporain et qui n’est, sans doute, que l’écho de l’opinion publique, déclare « qu’ils furent les premiers à importer en Angleterre l’art de faire ces étoffes légères appelées bays et saies et autres tissus de laine du même genre (2) » . Comme disait le distique :

Le houblon, la Réforme, les bays et la bière.

Sont arrivés en Angleterre en même temps (3).

La distribution des diverses branches de l’industrie drapière au commencement du xvii® siècle est succinctement indiquée par le tableau bien connu de Fuller, par lequel nous terminerons ce chapitre.

Norfolk. — Futaines de Norwich.

SulTolk. — Baies {haijs) de Sudbury,

Essex. — Baies de Colchester.

Kent. — Draps Uns de Kent.

Devonshire. — Crézeaux.

Gloucestershire. ) ^

» U- i Drap.

Ouest

Worcestershire. ) ^ ‘

Galles. — Frises du pays de Galles.

(1) IbkL, 262.

(2) Selon Camden, sub anno, 1368, cité par Smith, Memoirs of Wool, 1, 108.

(3) Smith, op. cit.^ rernarque que nous trouvons deux fois les saies et les baies mentionnées parmi les marchandises anglaises quelques années avant la grande immigration. Mais la fabrication de ces denrées devait être peu considérable à Torigine.

f Wesmoreland. — Drap Kendal.

) Lancashire. — Coton de Manchester.

( Yorkshire. — Drap de Halifax.

iSomersetshire.— Serges de Taunton.

Hampshire. \

Berkshire. V Drap (1).

Sussex. '

(I) The Church History of Britain, entreprise par Thomas Fuller (édition de 1633, 141). Il ajoute ; « Région du centre : — Northamptonshire, Lincolnshire et Cambridge, qui ont le plus de laine et le moins de drap » (c’est-à-dire de manufactures de

drap.

Sources et Itibliographie. — La littérature du xvi' siècle est pleine de références sur les clôtures. Les livres que l’on consultera le plus utilement sont les suivants : Utopia de More, traduction de Ralph Robinson, éd. de Arbor (1809) ; Select Works of Croieley, édition publiée par la Société des anciens textes anglais (1872; Lever, Sermoiis, Réimp. de Arber (1870); Recon, Works, Parker Society (1844) ; les pamphlets dans Drei volkswirthschaftliche Denkschriften, éd. Pauli (1878;. Pour ce qui regarde le cèté juridique et agricole du changement, les Jiook of Surreying et Book of llusbarulry de Fitzherbert sont de la plus haute importance. 11 est facile de se procurer la reproduction qui en a été donnée dans les Ancient Tracts on Ihisbandry (1707), et la Umbandry a été éditée par Skeat pour la Englisli Dialect Society (1882). La même société a publié (1878) les Fivc Hundred Points of Good Httsbandry, de Tusser (107.3), dont il avait déjà été publié en 1812 une édition moins critique par Mavor et une autre dans les British Poets, de Southey, en 18.31. Pour BebeUion de Ket il faudra consulter le livre de Russel (18o9) et aussi G. H, Cooper, Annals of Cambridge, II (184.3). Les Heturns de la Commission de 1017 sont sur le point d’être publiés par la Royal Uistor. Society, sous la direction de M. Leadam qui a déjà imprimé dans ses Proceedings pour 1892 un important extrait statistique sur les clôtures qui y sont désignées ; un grand nombre de documents concernant la Commission de 1048 sont imprimés dans Strype, Ecclestastical Memorials (1822), II, 2® partie. Un volume de E.rtracts from the Court Rolls of Wimbledon, depuis la première année d’Edouard IV jusqu'à 1804, publié en 1800, sera

LA PÉVOLUTiO-N AGRAIRE

aussi de quelque utilité. Parmi les écrivains modernes, ueux seulement méritent d’être mentionnés. Un tableau admirable, quoique très bref, delà substitution de la « culture en vue du bénélice « a « la culture pour la culture «, nous est présente dans le chapitre II de Pioneers and Progress of English Farmmg (1888) de R. E. Prothero ; on trouvera aussi quelques renseignements complémentaires dans English Industry and Commerce, vol. II, de W. Cunningham, Modem Times, livre VI, chap. v, enivre VII, chap. V, ouvrage qui, cependant, a paru trop tar pour que l’auteur du présent livre ait pu s en servir.

Les matériaux pour déterminer Vétendue des clôtures peuvent

être rangés dans les groupes suivants : . , - •

(a) Les renseignements généraux que nous donnent les écrivains contemporains. Le plus connu parmi ceux-ci est 1 auteur de Briefe Conceipt of English Poliey, publié par « W. S. » en lo81. réimprimé par la IVeir Shakespeare Society (1870) et publie encore de nouveau, avec le texte original, par Miss Lamond, sous le titre de A Discourse, of the Commonweal of tins Realm of Engl and 11893'. Miss Lamond a donné, tout d’abord dans la English Ihst.. Review, et ensuite dans la préface de son édition, d’excellentes • miû PO frnitp fut écrit par John Haies, et

infatigable du Conseil et d’Arthur Young, William Marshall, a pris la peine de réunir en cinq volumes une lleview and Comphte Account ofthe Reports ta the Board of Ayidcnlture, pour la contrée Nord en 1808; pour l’Ouest, en 1810; pour l’Est, en 1811 ; pour le Centre, en 1815 ; et pour le Sud et la Péninsule, en 1817. Dès 1796, le Conseil décida de réimprimer les rapports oiiginaux, et la nouvelle série, quoiqu’elle ne soit souvent que la reproduction des premiers rapports, contenait souvent un grand nombre de matières additionnelles, en même temps que plusieurs Comtés étaient confiés à d’autres « arpenteurs » ou recenseurs plus compétents. Il vaut donc la peine de consulter les réimpressions aussi bien que les rapports originaux. Malheureusement les données de ces études topographiques sont purement négatives. Lorsque, par exemple, ils parlent de certaines clôtures comme étant « anciennes ces indications peuvent concorder avec des témoignages du xvi” ou du xvii« siècle ; mais lorsqu elles ne concordent pas, elles peuvent se rapporter a n importe quelle époque antérieure à 1700.

(dj Des renseignements spéciaux relatifs aux districts et aux paroisses particuliers encore non clos dans les dernières années du siecle dernier. On trouve de nombreuses informations de cette nature dans les Tours, de Arthur Young - le Siæ Weeks’ Tour through the Southern Counties (1768) ; le Six Months’ Tour through the ^'orth of England (1770), et le Farner's Tour through the^ East of England (1770), On doit y joindre les ouvrages descriptifs de William Marshall — Rural Econumy of Norfolk (1787) ; »f Yorkshire (1788) ; of Gloucestershire (1789) ; des Midland Connues (Comtés du Centre) (1790) ; of the West of England (1796) ; of the Southern Counties (1798). Mais la méthode qui est de beaucoup la plus satisfaisante pour arriver à connaître l’étendue du pays encore non close au commencement de la période Hanovrienne, consisterait à examiner les Prhmte Enclomre et de marquer toutes les clôtures sur une série de cartes des Comtes. Malheureusement, il a été impossible d’utiliser pour le présent chapitre les Actes postérieurs à 1770.

Les chercheurs de l’avenir apprendront, sans doute, beaucoup de choses d une comparaison entre les changements anglais du XVI* siècle et ceux de l’Est de l’Allemagne durant « l’affranchissement des paysans » au xviii' et au xix« siècle. C’est ce qui a fait l’objet d’une série d’ouvrages importants du professeur C. F. Knapp, de Strasbourg, et de ses élèves (1877 et années suivantes) dont les résultats principaux sont indiqués dans une série de leçons populaires par le professeur Knapp, réunies en

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