ASSISTANCE PAR LES MONASTERES
L ASSISTANCE DES PAUVRES
croûte à un chien importun ». ht un des plus celehres théologiens de l*aris au Moyen Age enseigne que donner à (jiielqu’un ([ui n’est pas dans le besoin, non seulement ne constitue pas un mérite, mais, au contraire, constitue un démérite (1). De plus, on peut prétendre ajuste titre que la doctrine des bonnes œuvres ne saurait être rendue responsable d'une aumône qui a pour résultat de produire des pauvres ; car, pour qu’une œuvre soit bonne, elle doit être conforme aux règles de la sagesse chrétienne (2). On doit reconnaitre qu’en ce qui concerne la théorie de l’aumône, l’hglise du Moyen Age était exempte de la faute qu'on lui a imputée ; mais on peut, néanmoins, remarquer qu’en enseignant le mérite spirituel de l'aumône sans enseigner en même lem[)s quelles limitations elle comporte et sans -donner l'exemple d’une administration prévoyante, on était certain de provoquer la charité sans discernement, ht il résulte clairement des écrits de latin du Moyen Age que, si la prudence dans les dons de la charité était parfaitement enseignée, on n’insistait sur rien aussi fiéquemment et avec tant de force que sur la pure obligation de l’aumône. Nous reviendrons sur ce sujet dans une autre
qu’un semblable manque de discernement devait imman- ({uablement produire les résultats auxquels l’injonction fait allusion.
Mais en formulant cette conclusion, il convient de prendre quelque [)récaution et de faire quelques restrictions. hn premier lieu, il doit rester bien entendu que l’assertion que les aumônes étaient faites sans discernement par ces agences ecclésiastiques et sous des intluences ecclésiastiques, n’implique nullement quel’I^glise enseignât la doctrine de la ciiarité sans discernement. I.,es écrivains modernes qui ont traité de l'organisation de l’assistance des pauvres, égarés par une réaction excessi\œ contre le système du catholicisme romain moderne,sont allés quelquefois jusqu’à soutenir que l’hglise elle-même a favorisé la charité aveugle ; qu’en attirant l’attention, non sur le bien que l’on peut faire aux pauvres et à la Société, mais sur le profit qu’en retire individuellement l’àme de celui qui fait l’aumône, elle a fait naître l’idée que la charité était généralement méritoire, quelle que fût la situation de celui qui la reçoit. Il n’est pas dillicile de citer une longue suite de passages, extraits des hères et des Canons des Conciles, qui déclarent de la façon la plus explicite qu’il est du devoir de celui qui veut faire l’aumône, de s’assurer de sa nécessité (1). Saint Basile, dès le iv® siècle, prit le soin d’expliquer que, dans les œuvres de diarilé, il faut une grande expérience pour distinguer le mendiant parasite du vrai pauvre : « Celui qui donne à celui qui est réellement dans le besoin donne à Dieu (û son acte sera récompensé ; celui, au contraire, qui, sans faire aucune distinction, donne à quiconque se piésenle à lui, ne fait pas, en réalité, l’aumône à la suite de la compassion que lui inspire le besoin, mais il la jette comme on jette une
(1) Klu’le, Brilriigc znr Geschichte, etc., (1er Aniienpflege, parvient. de cette façon, à répondre d’une manière satisfaisante aux e.xagérations de Einrningliaus.
3()4 CHAP. V. — l’assistance des pauvres
Nous venons de dire que c’était une erreur de supposer que l’abolition des monastères a créé le paupérisme anglais; mais il est nécessaire, même au risque de fatiguer le lecteur, de montrer quel est le véritable sens dans lequel cette proposition est soutenue. L’abolition rendit plus apparent et aussi, en réalité, accrut le fardeau du paupérisme ; car les mendiants et les quêteurs de pain qui, jusque-là, étaient parvenus à trouver leur subsistance en allant de monastère en monastère, visitant aussi les autres nombreux établissements de bienfaisance que nous décrirons bientôt et qui distribuaient des vivres et de l’argent, se trouvèrent privés de leurs ressources babituelles et devinrent, plus que jamais, bruyants et troublants pour la paix publique : beaucoup, malheureusement, durent aussi mourir de misère. Et, à ce moment, le passage des terres appartenant aux monastères entre les mains de propriétaires privés élargit fortement la misère, augmentée ])ar ces cbangernents agraires qui furent une des grandes causes de la misère au XVI® siècle, et qui font l’objet du chapitre précédent. L’introduction d’un loyer égal au revenu [rackrent), la disparition des tenanciers coutumiers, les clôtures, l’extension des troupeaux, — tout cela laissa un grand nombre de familles sans abri et sans emploi. Mais ces changements formaient seulement un parallélisme exact avec ceux qui se produisirent dans les propriétés qui avaient ôté pendant longtemps entre les mains des particuliers. Ils avaient déjà commencé sur les terres de l’Eglise quelques années avant l’abolition (1) et, selon toute probabilité, ils se seraient produits tôt ou tard, même si les terres de l’Eglise étaient demeurées entre les mains du clergé, quoique probablement la transition se fût alors opérée plus graduellement et plus pacifiquement. Les corporations, soit religieuses, soit laïques, sont tou-
(1) Cf. Gasquet, I, ItO, ,31.
assistance par les hôpit.aux
iours lentes à modifier la méthode d’administration de leurs biens ; mais ces méthodes sont habituellemen emportées par le Ilot économique au bout d un certain temps. On trouve un cas à peu près parallèle dans la lente adoption par les collèges d’Oxford et de Cambridge du système de tenure annuelle au heu des baux a lon„
l0rinô <
Mais lorsqu’on dit que l’aboimon des monastères a
rendu nécessaire le Droit des Pauvres, ce que on veu
dire c’est que les inonaslères avaient piece eiiime
trouvé une organisation capable de remédier à cette ini-
sère que le malheur avait produite dans la populaüon
laborieuse. 11 n’y a aucun témoignage a 1 appui d u
semblable théorie. L’abolition des ordres monastiques,
mesure pour laquelle on ne saurait cire trop '
eut au moins pour résultat d’abolir un certain nom
de centres de paupérisme.
Section LV. - Assistance par leç Hôpitaux.
U V avait cependant une autre classe de fondations charitables qui suivit une meilleure voie que les monastères et que l'on pourrait croire eitemple des maux nui résulteraient d’une méthode imprévoyante. Ces institutions turent les hôpitaux. Les hôpitaux ont ele singulièrement négligés par les historiens modernes qui ont été induits en erreur par la tardive association de c mot avec les soins donnés aux malades. Mais les hôpitaux du Moyen Age étaient des fondations destinées non seulement à recevoir des malades, mais aussi a fournir un abri aux déshérités et aux vieillards inlirmes. 1 our nous servir d’un ternie moderne, ils étaient, a la rms,des hôpilaux et des hospices. Quelques-uns, a la vente.
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CHAI*. V. — l’assistance DES l'AUVRES’