‹ Histoire et doctrines économiques de l'Angleterre [microform]Chapitre 79 sur 114 · ASSISTANCE TAR LES HOPITAUX · texte numérisé non relu

ASSISTANCE TAR LES HOPITAUX

étaient principalement destinés aux soins des malades et plus spécialement des lépreux ou lazaj'es, mais le plus grand nombre étaient destinés à renfermer, à la fois, des malades et des indigents ; beaucoup aussi, comme les hospices modernes, étaient seulement pour les « mendiants accablés par la vieillesse ». Les règlements de chacune de ces « maisons » é'ablissaient habituellement un maitre ou gardien, deux ou trois prêtres pour l’assister dans les oflices divins, ainsi qu’un certain nombre de frères, religieux et laïques, et quelquefois aussi des sœurs, pour donner des soins aux malheureux qui y étaient admis (I). Dans beaucoup de cas, les assistés étaient eux-mèmes connus sous la désignation de « frères pauvres » (2).

Les institutions ayant ce caractère, quelle que fût leur importance, depuis la petite hutte sous la surveillance d’un seul prêtre, jusqu’au riche établissement rivalisant de magnilicence avec un grand monastère, étaient dispersées par centaines sur toute l’Europe Occidentale. En Angleterre il y avait au moins quatre cent-soixante fondations charitables (d); dans York seul, il y en avait jusqu’à seize à l'époque de la Réforme (4). 11 est vrai que

(1) Voyez, par exempte, l’énumération concernants. Léonard, dans Drake, VorA: (éd. in-8'>), II, .‘}05 ; et l’éraunération de Stow, pour S. Harthélemy, S/n-try (éd. Morley), :nii.

(2) Comme les Frères Pauvres de la Chartreuse dans la dernière fondation de Thomas Siitton (IGll). que le touchant tableau de Thackeray dans Netvcoincs a rendus familiers à tout le monde.

(3) Tanner, yodtia Monastka, donne une liste de dOl) ; tandis (jue le Monusticoii (éd" 18.10) donne ifii. Les deux nombres sont rapportés par Creighton, Hist. of Epidémies, 8IÎ.

(i) Drake, op. cil., II, 103. II y en avait au moins sept à Londres dès 1371, en plus de diverses « léproseries » ou « lokes ». Sharpe, iVills, 1.3!). Une liste incomplète de vingt-huit hôpitaux écossais se trouve dans Keith, Scottish lUshops éd Itussel (1824).

c’était là la forme la plus caractéristique de la charité au Moyen Age; car la charité de cette époque est marquée par une tendance constante à prendre la forme de « fondations », c’est-à-dire d'institutions fondées volontairement ou par nécessité et employant à un usage spécial les revenus tirés de certaines terres ou provenant d’autres sources (1). Parmi ces fondations, les hôpitaux étaient de beaucoup les plus importantes, et ils formaient une sorte de chaîne qui reliait les grands monastères à la charité privée. Pendant que quelques-uns d’entre eux, en raison du nombre et de l’appui du clergé qui s’y rattachait, ressemblaient à des chapitres ou à des communautés religieuses, un grand nombre, dont les revenus étaient peu importants et dont les prêtres étaient obligés de prier pour l’àme du fondateur, se distinguaient à peine des chapelles ou chantreries (chantries).

Et maintenant, quel fut le sort de ces institutions? Ici, de nouveau, nous pouvons résoudre approximativement la question en examinant les conclusions de Ratzinger au sujet de ce qui existait sur le tiOntinent. En Allemagne, nous dit-il, le cours naturel des événements, bien longtemps avant la fin du Moyen Age, fut le suivant : l'hôpital destiné originairement aux pauvres fut, dans la suite, considéré par ses administrateurs comme une source de revenu et, tinalement, il fut considéré presque comme un riche bénélice (2). Cette dégénérescence s’opéra d’autant plus facilement qu’à partir du xii' siècle, les hôpitaux furent exemptés de tout contrôle de la part de leur évêque diocésain (3). Ces hôpitaux, qui étaient soumis au général de l’Ordre du Saint-Esprit, étaient toujours attribués à des prélats Romains pour être tenus in comniendam (l). En France les choses étaient peut-

(1) Ce « Stiflimiswesen » est signalé par Itatziuger, .300.

(2) Ratzinger, 31!).

(3) Ihid., et 300.

(4) Ibid., 323.

ClIAP. Y.

l’assistance des pauvres

être pires. « L'iiistoire des hôpitaux français au xiii® et au XIV® siècle est l’iiistoire d'un abus continu. Dans quelques cas, l’abus était dù à l’usurpation des chefs de ces établissements, chefs qui gaspillaient les biens appartenant aux hôpitaux ou qui s’en servaient pour leur usage personnel ; qui laissaient les subordonnés sans aucun moyen d’existence et qui refusaient d’admettre les pauvres manquant de pain et les malades. Dans d’autres cas, c’étaient les subordonnés qui dépensaient les revenus dans l’oisiveté et dans la dissipation (1). » Il lut donc heureux pour « l’humanité soulfranle » (et il ne pouvait non plus rien arriver de meilleur pour ces institutions), que ces fondations soient tombées, — comme cela arriva au xiv® siècle et au xv®, pour celles qui existaient encore, — entre les mains des bourgeois des diverses villes et sous la direction des magistrats; ce fut là un état de choses qui fut confirmé par une ordonnance de Louis XI, en U63 (2).

Il y a lieu de croire que la marche des événements en Angleterre ressembla à celle de l’Europe Occidentale, en ce qui concerne l’histoire des hôpitaux aussi bien qu’en ce qui concerne celle des monastères. Tout d’abord, ils remplirent très bien leur rôle. L’ascendant qu’ils acquirent ainsi sur la sympathie populaire, leur amena une série de dons, chacun de peu d’importance sans doute, mais dont la somme contribua à rendre puissamment riches certaines fondations, en particulier dans les grandes cités. Dendant longtemps, presque chaque citoyen aisé de Londres mentionna les hôpitaux dans son testament; et, au XIV® siècle, les legs faits à chacun des sept hôpitaux les plus importants de Londres, ou même à un plus grand nombre, constituèrent une « clause de style » dans tous les testaments, côte à côte avec les legs « à la vieille

(1) Ihid., .T60.

{!) Hutzinger est d’avis (421)) qu’il n’en fut pas ainsi

eu Angleterre, mais cela est très peu probable.

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