‹ Histoire et doctrines économiques de l'Angleterre [microform]Chapitre 80 sur 114 · ASSISTANCE PAR LES HOPITAUX · texte numérisé non relu

ASSISTANCE PAR LES HOPITAUX

et nouvelle œuvre de l’Eglise de Saint-Paul, aux cinq ordres de frères, aux prisonniers de Newgate et au Marshalsea [prison et tribunal du maréchal du roi], ainsi qu’à chaque anachorète à Londres et dans les faubourgs (1) ». Mais avec la richesse arriva la décadence; et, après 140Ü, le courant des bienfaits commença sensiblement à se dessécher. L’état de choses existant en 1414 est ainsi décrit par un statut de cette année : « Un grand nombre d’hôpitaux, fondés tant par les nobles rois de ce royaume et les lords et ladies (dames), à la fois spirituels et temporels, que par d’autres de diverses conditions, en l’honneur de Dieu et de sa glorieuse mère, en vue d’acquérir aide et mérites aux âmes de leurs fondateurs, et auxquels ces mêmes fondateurs ont donné largement de leurs biens meubles pour les faire construire et largement aussi de leurs terres et domaines afin d’assister les vieillards et les femmes, les lépreux de tout sexe, privés de leur sens et intelligence, les femmes pauvres, chargées d’enfants et autres personnes nécessiteuses, pour les y secourir, nourrir et rendre à la santé, (un grand nombre de ces hôpitaux) sont maintenant en grande partie déchus et les biens et profits qui leur ont été donnés par diverses personnes tant spirituelles que temporelles, ont été détournés et employés à d’autres usages, à cause de quoi des hommes et des femmes sont morts dans une grande misère, faute de secours, de nourriture et d’assistance. » En conséquence, il fut ordonné que les ordinaii'es devraient s’enquérir des usages de la fondation et de son administration, afin d’apporter à tout cela des réformes et des améliora-

(1) Sharpe, Calendar of Wills, 2' partie, 24a. Dans le même registre it y a de nombreux exemples de legs faits à des hôpitaux ; parmi les exemples les plus intéressants, citons ceux des pages 139, 219, 23a, 3G1. Hors de Londres, voyez, par exemple, le cas de 140ti dans Furnival, Fifty EngUsk Wills, 12.

370 CHAP. V. — l’assistance des pauvres

lions (1). Mais cette ordonnance parvint à peine à enraver le mal. Nons trouvons encore, en effet, pendant plus d’un siècle, de nombreux cas où les revenus des hôpitaux furent accaparés, dépensés et aliénés par leurs administrateurs. Même quand il n’y avait pas de scandale notoire, et qu’un certain nombre de pauvres et de malades y étaient encore secourus et soignés, il y avait souvent disproportion enire le revenu du directeur, — et, bien qu’à un moindre degré, — des autres prêtres^ de la fondation, d’une part, et, d’autre part, les sommes dépensées dans un but réellement charitable (2). Le pamphlet bien connu intitulé : « Supplication pour les mendiants » (.1 supplication for tlie Beggars), écrit vers 1529, bien qu’étant une œuvre bouffonne, n’était probablement pas tout à fait injuste : « Comment, y est-il dit en parlant au nom des mendiants, comment nous portezvous secours à nous, vos pauvres malades, vos boiteux, vos estropiés et vos paralytiques? En créant beaucoup d’hôpitaux où seront soignés les pauvres gens? Non, certes; ce serait pire que tout, car toujours la graisse de la fondation s’attache à la barbe des prêtres (3). »

C’était là une manière agressive et tout à fait inutile d’exposer la chose; mais l’état des choses peut être très bien mis en pleine lumière par un exemple moderne. Les lecteurs du roman de Trollope, The Marden (Le Supérieur), se rappellent que jusqu’à certaines réformes récentes, il existait encore, dans l’ancienne institution connue sous le nom d’Ilôpital d’iliram, douze mendiants

M) 2, Henri V. c, 1 ; Siat., Il, lïü. Cf. les actes écossais

auxquels se réfère John .Mackintosh, Hi!>lory of ('inilhaiion iii Scotlawl, I, VJl.

(2) Ainsi la Direction de la Maison de Diea à Southampton (fondée à l'époque de Richard I) était devenue une sinécure importante dés le régne de Edouard Itl. Hislttrirnf MSS. Com^ mission J VI, o\\2.

(lî) Four Snpiiiiculions (Société des anciens textes anglais,

assistance par les hôpitaux

{bedesmen) qui recevaient, d’après le testament du fondateur, un shilling quatre pence. Ils se souviennent aussi que le revenu de cet établissement avait tellement augmenté que le Supérieur (the Warden) recevait le joli traitement de 800 livres sterling. Avec le temps, il s était introduit ainsi une pratique qui n'était guère conforme à la volonté du fondateur. La charité ainsi comprise ne contrihuait que fort peu au soulagement des pauvres et, cependant, il était possible à un homme •d’honneur et de probité de jouir des commodités de la maison du Supérieur sans aucun remords. Il en était, sans doute, de même pour la plupart des administrateurs des hôpitaux pendant le xvi® siècle. « Les hôpitaux, dit Fuller, sont généralement des rachitiques, dont les têtes, c’est-à-dire les directeurs, deviennent extraordinairement riches, tandis que le reste du corps se dessèche et dépérit. » Mais, de même que la suppression soudaine de l’ilôpital d’iliram, sans affecter d’une façon sensible la somme de misère de cette partie de l’Angleterre, a, cependant, nécessairement rejeté dans le monde le petit groupe de mendiants que l’Ilôpital abritait, de même la confiscation et la suppression d’un certain nombre d’hôpitaux à l’époque de la Kéforme augmentèrent certainement le nombre de ceux qui étaient dépourvus de moyens d’existence. « Quoique », ainsi que le dit un autre pamphlet contemporain, les « mendiants vigoureux» (c’est-à-dire le clergé) « attirassent à eux tous les secours des gens charitables, néanmoins, les pauvres impotents parvenaient encore à recueillir quelques miettes (1) ». On éprouve la même impression en lisant les épigrammes du poète satirique Crowley :

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(I) Dans sa réponse aux SfibtiltOjs (Cavih) les hospices, Wovlhiesy 1, 47.

CHAP. V- — l'assistance DES PAUVRES

Un marchand qui pendant lonfîtemps Avait voyagé en des pays lointains,

Revint dans sa patrie située en^Europe;

Et, à son retour,

Suivant son chemin qui passait autrefois Devant un hApital Non loin de. sa maison,

Il chercha cet hôpital,

Mais il ne le vit pas;

Car une maison seigneuriale était bâtie A Tendroit même où était l'hôpital autrefois (1),

Grand Dieu! (dit le marchand)

Mon pays esl-il donc devenu bien riche Que, même les maisons des pauvres Sont si somptueusement construites?

Alors il vit par hasard à côté du chemin Un pauvre homme qui lui demanda l’aumône.

Quoi! (dit le marchand)

Que signifie cela?

Vous allez mendier sur la route

Et vous avez une maison digne d’un roi? »

Hélas, Sir, répondit le pauvre homme,

Nous sommes tous sortis,

Et nous couchons et nous mourons dans les coins,

Çà et là tout autour : 2).

On doit cependant remarquer (jue, autant que cela paraît résulter de ce que nous savons, la plupart des hôpitaux qui accomplissaient la bonne œuvre de soigner les malades et de secourir la misère, furent épargnés lors de la dissolution (3) des communautés religieuses et confiés, — suivant en cela des précédents français, — aux

(1) A supplication of the Poor Gommons (1346), dans tour Supplications, 78.

(2) T/ie Select Works of Robert Crowley (Société des anciens textes anglais, 1872), 11, 12* Les Epiyrams furent écrits eu

(3) Cf. le cas de l’hôpital à Greatham, comté de Durham, dans Surtees, llist. of Durham, III, 134. Pour les hôpitaux supprimés et les hôpitaux qui survécurent à Exeter, voyez Freeman, Eæeter, 173-177.

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