‹ Histoire et doctrines économiques de l'Angleterre [microform]Chapitre 83 sur 114 · ASSIST.ANCE PAR LES MÉTIERS ET FRATERNITÉS · texte numérisé non relu

ASSIST.ANCE PAR LES MÉTIERS ET FRATERNITÉS

la plus communément adoptée pendant une couple de siècles, et ces établissements étaient si nombreux que Fuller, publiant ses Worl/iies en 1GG2, crut qu’il valait la peine de dresser un état en forme des arguments pour et contre leur maintien. Nous avons peine à supposer qu’on aurait continué d’en rencontrer encore pendant tout le xvi® siècle, si une confiscation en masse avait eu

lieu sous le règne d’Edouard VL

Quelques gildes, dans les villages et dans les villes de province, avaient possédé des dotations en terre , et (qu’on l’explique comme on pourra) une partie considérable de ces terres fut laissée après la Réforme entre les mains des autorités de ces diverses villes et villages. Elles formaient la plus grande portion des « toicnlands » (terres urbaines) de la dernière période, et leurs revenus continuèrent à être perçus dans un but charitable par des dépositaires ou fidéicommissaires (1). La Maison d’Eglise (Church Ilouse) ou hall de la gilde devint quelquefois l’atelier paroissial (2). De plus, pour tout ce qui concerne les dons hebdomadaires ou périodiques des plus petites confréries, le fait qu’ils étaient, en général, fournis par contribution dans chaque cas particulier, et non par des fondations, indique que la saisie des fondations, dans les endroits où elle fut pratiquée, n’alTecta pas les gildes de la façon qu’on croit ordinairement, c’est-à-dire qu’elle ne dépouilla pas les sociétés mutuelles du Moyen Age des fonds au moyen desquels elles soulageaient la misère, pour la bonne raison qu en general ces « fonds » n'existaient pas ; tout au plus elle conduisit à la dissolution des fraternités et, par suite, à la discontinuation de cette forme particulière d aumône. Ainsi, encore, nous arrivons à cette conclusion que le

(1) Par exemple, à Chipping Sodbury, Trans. Bristol and Glouc. Archæol. Soc., XIII (1438-9), 8.

(2) Taylor, Index Monasticus (pour le diocèse de Norwicli), XVII, note d.

ASSISTANCE PAR LA CHARITE PRIVEE OO l

quiconque venait implorer sa charité » ; le même Stowe nous (lit aussi que West, évêque de Ely « donnait chaque jour à sa porte, outre le pain et la boisson, de la viande chaude à deux cents personnes » ; et il ajoute : (( J’ai moi-même vu souvent, dans ce temps où la cha-

la porte de Lord Cromwell, à Londres,

recevant deux fois par

;î80 CHAP. V. — L ASSISTANCE DES PAUVRES

Droit des pauvres fut appelé non pas à remédier aux maux produits par l’abolition — si même il y eut abolition, — des institutions charitables du Moyen Age, mais pour lutter contre des maux qui avaient fait leur apparition en dépit de ces institutions. Cela apparaîtra d’une manière bien plus claire lorsque nous examinerons la législation sur cette matière et son développement parallèle dans le reste de l’Europe occidentale.

rité s’en va, a

plus de deux cents personnes y jour du pain, de la viande et de la boisson en quantité sufüsante ; car il suivait cette ancienne et charitable coutume comme l’avaient suivie avant lui tous ses prédécesseurs, prélats, nobles, ou gens d’honneur et de dignité (1) ». Une bienfaisance de cette sorte doit avoir eu toutes les mauvaises conséquences qui découlaient de la charité des monastères.

Les Anglais des classes moyennes, cependant, alors comme aujourd’hui, réservaient pour leur mort leurs œuvres charitables les plus considérables. Les legs en vue de diverses œuvres charitables donnent une physionomie commune à tous les testaments du Moyen Age, quoique les testateurs parcimonieux essayassent parfois de ne pas contrarier l’avarice de leur famille et de sauvegarder en même temps leurs interets spirituels en laissant leurs legs de charité pour un avenir si éloigné qu’ils

Section LVII

Il ne nous reste plus maintenant qu à parler de cette assistance directe des pauvres par la charité privée, sans l’intermédiaire de corps constitués. Il y avait, grande somme de bienfaisance de l’espèce plus certainement que de nos laquelle l’Eglise accomcharitables, et à cause de l’absence de

passer par en effet, une la plus apparente, — jours, à cause de l’emphase avec plissait ses œuvres toute considération, ce qui est rare même aujourd’hui, pour les conséquences de la charité pratiquée sans discernement. Avec les grands prélats et les nobles, cette bienfaisance prit des proportions énormes et rivalisa avec celle des grands monastères et des hôpitaux. Il arrivait souvent qu’ils distribuaient en un jour la nourriture à des vingtaines et même des centaines de personnes, et ces aumônes étaient doublées et triplées aux jours de grandes fêtes ; plusieurs d’entre eux avaient « leur jour » deux ou trois fois par semaine, jour où des aumônes étaient distribuées à leur porte à tous ceux qui venaient en demander. Stowe nous dit que « Edouard, dernier comte de Derby, donnait à manger aux personnes âgées, au nombre de soixante et quelques, deux fois par jour, et, en outre, trois fois par semaine à

(1) Surrei/, éd. Morley, 114, 113. Cf. l’e.xemple de Winclielsey cité par Uatzinger, 423.

CIIAP. V. — L ASSISTANCE DES PAUVRES

mières années du xv® siècle. On rencontre un cas où un testateur, en même temps qu’il léguait, exprimait le désir que, s’il lui était arrivé de faire tort à quelqu’un de ses tenanciers ou s’il s’était « mépris » sur leurs droits, ils lussent dédommagés par ses exécuteurs testamentaires (l). Un pareil langage jette un jour considérable sur les relations entre les classes agricoles et leurs lords.

Parfois le legs était destiné à l’éducation des enfants pauvres ou au mariage des enfants sans fortune (2) ; et c’était aussi là une forme de charité qui ne pouvait faire que peu de mal. D’autres lois, les citoyens riches laissaient de l’argent qui devait être distribué aux pauvres des paroisses qu’ils avaient quittées pour venir à Londres (3) ; et, comme la situation de ces « paroissiens » devait habituellement être connue du curé qui distribuait le secours^ il était au moins possible d’éviter ainsi de susciter des pauvres. La même chose est vraie, dans une mesure moindre, quand le legs était destiné aux pauvres de quelque paroisse particulière de la cité (4). Et si la distribution n’offrait aucune de ces ga-

(1) Testament de lil7, dans Fifty English Wilh, 27. Pour d’autres legs à des tenanciers, voyez, ibicL, (i (1395) 09 (1 426 ; 20 schillings « pauperibus meis tenentibus », et 40 shillings « tenentibus meis in Comitatu Suffolkia? » ) ; 94 (vieilles robes) ; Sharpe, Wills, 2‘- partie, 393 (1411); Wills in Ihctors Gommons (Camdeii Society), 28, legs de 100 livres aux tenanciers pauvres en 1544 par Charles lîrandon, duc deSulTolk. Dans le testament de Sir Roge Solwayn de York, en 1430, nous trouvons ce qui suit ; — « Si quelque tenancier est pauvre au point de ne pouvoir payer sa ferme, qu’on ne lui demande que ce qu'il pourra payer et qu'il lui soit fait grâce du reste ». — Hfty Enylislt Wills, 52.

(2) Sharpe, Wills, 2« partie, 132, 101, 172, 187, 205; Fifty Englisli Wills, 14 (1408 ; « ma volonté est que les jeunes Mlles de nom honnête et de bonne renommée reçoivent 10 marks de mou bien à Tépoque de leur mariage »).

(;{) Sliarpe, op cil., m, 107, 2S:5, ;ï!)2, :î98, ;>09.

(i) tbid., l\12, i'12. Un legs aux femmes pauvres et

aux veuves habitant une cei taine rue, Lime Street, en U170, est cité ibid., 189,

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