ASSISTANCE PAR LA CHARITÉ PRIVÉE
Les conséquences qui résultaient de tout cela nous sont dépeintes dans un récit qui, s’il a été inventé, a au moins eu l’intention de nous représenter une chose possible. A l’enlerrement « d’uii homme de grande dignité, dans le comté de Kent, il y eut un tel nombre de mendiants, en outre des pauvres gens du voisinage, qu’ils ne pouvaient trouver place autour de la maison. Alors on leur prépara une vaste grange et on fit bouillir pour eux un bœuf gras dans de la bouillie de froment ; on y joignit du pain et
de la boisson en abondance et chaque personne avait
deux pence, car telle était la portion. I.orsque la nuit approcha, les pauvres du voisinage regagnèrent leurs demeures ; les autres, hardis mendiants de grande route, passèrent toute la nuit dans la grange ; on parle de trois cents personnes, hommes ou femmes, qui y furent rencontrées ». Ainsi « les funérailles se transformèrent en orgie, le deuil en réjouissances et les pleurs eu débauche (l) ». Ce serait une erreur de croire, bien qu’un savant historien comme Dullinger l’ait cru (2), que ce fut la Réforme qui créa en Angleterre une classe de mendiants.
Des conditions qui sont à bien des égards exactement parallèles à celles de l’Curope occidentale au .Moyen Age, se retrouvent aujourd’hui en Turquie. 11 y a des fondations pieuses ou marels qui paraissent correspondre à peu près aux hôpitaux et aux chapelles du Moyen Age et, comme ceux-ci, « ils ne font (ju’encourager la mendicité et ils ne servent qu’à accroître le nombre des mendiants ». I,a charité forme un des cinq piliers du ^lahométisme. Parmi les musulmans le mot charité est
synonyme d’aumône « H est probable que chaque
Turc croirait commettre un péché s'il empêchait un homme, une femme ou un enfant de mendier ». C’est ce
(1) liarniaiiii, dans Hnnurs and Va<ialjoinls, 22.
(2) « Sctiuf dort die ttefornialioii zuersl eine liilllose Belllerbewülkerung » ; Düllinger, cité par Ratzinger, 431.
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ciiAP. V. — l’assistance des pauvres
qui tait que « l’aumône est la plupart du temps faite sans aucun discernement », et qu’il y a « un grand nombre de mendiants professionnels ». Néanmoins, il est vrai de la Turquie, comme il était vrai de l’Angleterre au milieu du xvi® siècle, qu’en dépit de toute la charité si négligemment éparpillée, « il existe une somme considérable de pauvreté non assistée (I) ».
Section LVIII. — Législation concernant le
vagabondage.
Les conclusions auxquelles nous sommes arrivés par l’examen des diverses institutions qui avaient pour but le soulagement de la misère, nous aident à comprendre parfaitement la législation de cette période ; et cette législation nous explique encore mieu.x le caractère de la pauvreté au Moyen Age. Le Droit des Pauvres le plus récent est issu de la longue série des Statuts des Travailleurs, série qui commença en 1330. Les lois sur les pauvres parlaient le langage des statuts sur le travail et elles étaient appliquées par les mêmes magistrats, les juges de paix. Et cependant elles ditïéraient des statuts par l’introduction de principes si complètement nouveaux qu’elles peuvent être regardées comme avant, en réalité, commencé dans l’acte de 1530, et ces
nouveaux principes étaient eux-mêmes provoqués par la survenance de conditions nouvelles.
Pour le but que nous nous proposons actuellement, la signilication des Statuts des 'Pravailleurs peut être ainsi indiquée : ces statuts cherchaient à assurer l’abondance des ouvriers agricoles partout où il en était besoin,
(1) Uibtoii-ïurner, îiTt, 572.