‹ Histoire et doctrines économiques de l'Angleterre [microform]Chapitre 89 sur 114 · LÉGISLATION CONCERNANT LE VAGABONDAGE · texte numérisé non relu

LÉGISLATION CONCERNANT LE VAGABONDAGE

Il faut remarquei', cependant, rpie ce à quoi le gouvernement visait, et visait ouvertement, c’était non seulement de pousser au travail, mais encore d’obtenir que ce travail fût à bas prix. Un travailleur qui demandait un salaire très élevé était plus mal vu que celui qui refusait entièrement de travailler et qui cbercliait à vivre d’aumônes (I); nous ne poux'ons pas nous empêcher de rappeler que les parlements qui édictèrent ces mesures et qui, aussi, dans les dernières années, forcèrent lleni i II à rapporter ses chartes d’alfranchissement, étaient des parlements de seigneurs terriens. 11 est possible, cependant, que les statuts des travailleurs doivent être interprétés de très ditférentes manières. Ils peuvent être considérés comme faisant partie d’une noble organisation du travail qui fait honte à notre moderne chaos de la concurrence (2) ; ou bien encore, comme une tentative hypocritement voulue dans Uintérèt des employeurs et destinée à empêcher les travailleurs de tirer avantage des forces naturelles de l’otfre et de la demande (3). Le « mendiant valide » était, à un premier point de vue, un coquin oisif qui méritait d’être forcé à travailler; à un autre point de vue, un rustre courageux et indépendant qui était simplement à la recherche du meilleur placement pour son travail.

peslilentia est defiincta nonnulli videntes necessitatem dominol'uiu et paucitatein servientiuin servire iiolunt nisi salaria recipiuiit excessiva, et alii mendicare malentes in ocio quam per laltoreni querere victum smnn, nos, » etc. {Stat., I, .'107).

(1) Ceci ressort clairement des statuts. Le chroniqueur contemporain, Knifi;hton et ss.), est tout à fait clair. « I.es

travailleurs, nous dit-il, étaient si montés et si obstinés qu’ils ne voulurent pas écouter le commandement du Roi ; mais si quelqu’un désirait les avoir, il était obligé de leur donner ce qu’ils demandaient, et il se voyait dans la dure alternative de perdre ses fruits et récoltes ou d’accéder aux convoitises des ouvriers. »

(2) Froude, Hist. of Englnnd, I, 13.

(3) Rogers, llist. of AyricuUure, I, 299, et passim.

Aucune de ces théories ne pareil, non plus, s adapter à la réalité des faits. La vérité semble se trouver entre les deux et, même, être plutôt du côté du gouvernement ; c’est là, au moins, la conclusion à laquelle paraît conduire la littérature de l’époque (1). William Langiand, l’auteur de Piers Ploivman, était certainement un homme dont les sympathies étaient pour le travail honnête, et il se détourne souvent de sa route pour reprocher leurs exactions aux seigneurs des manoirs (2). Mais ()ar lui nous apprenons aussi qu’une certaine oisiveté inconsciente était le vice le plus répandu de son temps parmi les classes inférieures. Un de ses épisodes les plus connus est celui dans lequel les pèlerins qui l’ont aidé à labourer sa demi-acre refusent de continuer

Au plus beau matin Perkin laissa là la charrue,

Afin d’observer lui-ineme celui qui travaillait le mieux,

Pour le louer ensuite au temps de la moisson.

liOS hommes sont assis, ils boivent et chantent, ne montrant aucune disposition pour retourner à l’ouvrage. Perkin, en colère, leur dit que, s’ils ne veulent pas travailler, « le grain qui pousse ne les réjouira pas dans le besoin », et qu’ils mourront de misère (3).

La ligne de démarcation qui sépare le vice de la vertu n’était pas aussi nette qu’elle est aujourd’hui. Le travail, quoiqu’il fût en abondance à certaines saisons, était, après tout, irrégulier et c’était là de quoi décourager la grande industrie. La ligne qui séparait le travailleur entreprenant, voyageant en quête de salaires élevés, du vagabond oisif, était très facile à franchir et les circons-

(1) Voyez Gower, cité par Stubbs, Const. lUst. (F.dition de Ribliülhèque), 11, 494.

(2) Par exemple, Passas IX, 37, 42 (Texte A.).

(3) Passas VII, 93 et ss. (Texte A.).

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prenait la forme de l’aumône : aumône des magnats laïques et ecclésiastiques, des monastères, des hôpitaux, des gildes, des particuliers; et aumône qui, dans la plupart des cas, était faite, en pratique, sans considération d’aucune sorte, de quelque façon d’ailleurs qu’on la comprit en théorie. Aucune autorité, soit séculière, soit ecclésiastique n’essaya de se faire une idée de la situation et de coordonner ces divers organes. La distribution inconsidérée des aumônes ne peut avoir manqué d’exercer une influence funeste et d’avoir suscité le paupérisme dans bien des localités, en facilitant la vie oisive à ceux qui ne voulaient pas travailler. Mais on a fait remarquer avec raison que si, au Moyen Age, l’assistance des pauvres fit trop sur certains points, sur d’autres elle fit trop peu (1). La charité volontaire a toujours le défaut d’ètre surtout plus abondante dans les pays qui en ont un moins grand besoin et beaucoup moins abondante dans les pays où elle est le plus nécessaire. Les villes ont plus que leur part, les circonscriptions fertiles et prospères ont des fondations richement dotées, tandis que les régions stériles et malsaines en sont entièrement dépourvues. Ainsi, en Italie, où les conditions du Moyen Age se sont conservées plus longtemps que dans aucune autre contrée, grâce à l’influence de l’Eglise, des districts contenant à peine un quart de la population recevaient jusqu’à nos jours les trois quarts des revenus des fondations charitables ; tandis que (pour en donner une autre preuve) les provinces riches ont le plus grand nombre d’hôpitaux (dans le sens moderne de ce mol), les provinces désolées par la malaria et la pellagre n’en ont presque pas (2). Il est hors de doute qu’il en était de même en Angleterre (3). Des mendiants sans vergogne

(1) Uhltiorn, dans Uanüwôrterbuch, I, 827è.

(2) N'itli, dans Kcon. Review, tl, 20.

(3) Il a depuis été montré par M. Pearson {National Life and Character, 203), que dans l’est du Hampsliire, dans un district

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L ASSISTANCE DES PAUVRES

tances de 1

époque augmentaient énormément la tentation. Avec les aumônes faites à tort et à travers à la porte des monastères et des demeures des grands lords et l’absence de discernement que les idées religieuses encourageaient, il n’était pas très difficile de vivre sans travailler. On ne peut s’empêcher do penser que la Peste Noire fit plus de mal à la moralité des peuples que de bien à leur avenir matériel. Elle les obligea à changer leur manière de vivre et les usages de leur village ; elle leur donna l’idée que l’on pouvait obtenir des salaires plus élevés, si l’on refusait de travailler au taux accepté jusque-là ; et quelques semaines d’oisiveté pendant lesquelles ils avaient toujours devant les yeux leur force en présence des autorités constituées, suffisaient pour changer des gens honnêtes en des vagabonds.

Section LIX. — Mouvement vers la réforme en Europe

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qui erraient de place en place à la recherche des aumônes avaient une vie assez douce; les pauvres travailleurs honnèles, qui étaient frappés par le malheur et qui ne pouvaient pas ou n’osaient pas quitter leur maison, ne recevaient aucun secours autour d’eux.

La misère véritable parmi les pauvres nécessiteux pouvait donc très bien subsister côte à côte avec un essaim toujours croissant de vagabonds. Cependant toute la législation du ■Moyen Age cherchait à remédier au second mal sans se préoccuper du premier. II y avait une loi sur les vagabonds et non une loi sur les pauvres. Et il y avait une faiblesse essentielle, même dans les plus sévères dispositions des lois sur les vagabonds. Elles interdisaient de donner aux mendiants valides, mais Jamais aux pauvres impotents (1). Avec les idées généralement reçues sur le caractère méritoire des aumônes, il aurait paru impie de défendre aux chrétiens de mériter la récompense promise a la charité. Mais tant que l’aumône aux impotents fut regardée comme une vertu, il est certain que beaucoup obtinrent des secours sans être impotents. On ne pouvait guère s’attendre à ce que le particulier ayant des dispositions charitables se livrât à des investigations sur les inlirmités des quémandeurs qu’il rencontrait à chaque pas.

Le progrès vers des idées plus saines était très lent, et il apparait tout d’abord dans l’ouest de l’Europe d’une façon bien sensible vers la fin du xv® siècle. Il est clair que le besoin le plus pressant, c’était de mettre fin au vieux et démoralisant systèrhe de charité sans discernement. On ne pouvait y parvenir qu’en confiant l’assistance des pauvres aux autorités publiques qui seules

qui mesurait .'10 milles sur 20, il n’existait pas une seule fondation par laquelle les pauvres pussent être secourus, tandis que de riches Comtés, comme Norfolk et Lincolnshire, étaient parsemés de riches maisons à peu de distance les unes des autres.

(t) Cf. Ratzinger, 39 i.

étaient capables de s enquenr uc cuaque pan.......-.,

et qu’en enfermant la charité privée, au moins pour un temps, dans des limites étroites. Les deux principes qui devaient être reconnus étaient : le devoir de l’Etat de prendre à sa charge ou de surveiller l’assistance des pauvres, et la nécessité d’une sévère prohibition de la mendicité (par des mendiants, soit infirmes, soit valides)

s’adressant aux particuliers.

La première manifestation de ces principes est venue du côté des théologiens nominalistes dans les derniers temps de la Scolastique. Les nominalistes étaient portés à exalter les fonctions de l’Etat au détriment de celles de l’Eglise, et la longue suppression de leur enseignement à l’Université de Paris les disposa probablement, lorsqu’ils arrivèrent à la prédominance académique, à remettre en question un grand nombre de principes acceptés durant les siècles précédents (1). Parmi ces nominalistes de Paris, le plus distingué, au commencement du XVI® siècle, était l’Ecossais John Major. Dans d’autres directions. Major se montra ouvert aux enseignements de la vie pratique; ainsi il était presque le seul parmi les théologiens distingués à accepter 1 audacieuse tentative de Eck pour justifier le droit à « désintérêts », dans le sens actuel du mot (2). Et dans son Commentaire sur les Sentences de Pierre Lombard, publié, selon toute apparence, avant 1510 (3), Major s’est exprimé ainsi : « Si le Prince ou la Uommunauté décrétaient qu il ne <lnit ni ns V avoir de mendiants dans le pays et s ils pre-

reK Ueberweg, WiM. ttf Philoet sur Major, voyez sa \ #V‘ Briiiiiu (Scollish. Hist. Soc.,

(1) Sur le nominalisme a rans sophy (traduction anglaise), 1 fLi/fîîVpar Mackay en tete de satii 1892).

(2) Voyez ce qui est dit de Eck l'article qui le concerne dans Economy*

(3) Il semble que ce soit la b chichte des kirchlkhen Zinseerbote

eree par rutiK, et Ehrle, 39, note I

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L ASSISTAJNCE DES PAUVRES

liaient à leur charge 1 assistance des inlirmes, leur action serait de tous points juste et digne d’éloges (!) ». Nous pouvons connaitre l’impression que fit celte opinion en voyant l’usag-e qu’en lirent les magistrats d’Ypres dans l’appel à la Sorbonne auquel nous allons nous référer. « Que la liberté de la mendicité puisse être restreinte par les lois d’une communauté, cela ressort clairement, disent-ils, de ce qu’enseigne ce parfait théologien et ce maitre incontestablement très savant, John Major (2) ».

Le principe qui doit soutenir toute l’œuvre de la réforme ne saurait guère être indiqué plus nettement que par ce représentant de l’une des dernières phases de la Scolastique. Mais dans l’espace de dix ou douze ans, le sujet que 31ajor n’avait traité qu’incidemment, attira tout à coup l'attention spéciale des théologiens, des publicistes et des hommes d’Etat de tous les pays d’Europe. Tl est facile de voir jusqu’à quel point il en fut ainsi avec les chefs du l^rotestantisme. Leur opposition à la doctrine des œuvres méritoires, les conduisit naturellement à e.xaminer la question de l’aumône et leur hostilité à 1 égard du système ecclésiastique existant les rendait plus clairvoyants pour les abus auxquels ce système avait conduit. D’un autre côté, les nouveaux savants humanistes, même lorsqu’ils continuaient d’adhérer au système de la vieille Eglise, étaient vraisemblablement en train d adouter une oitlninn rvi.,,.

(1) « Si princeps vel corainuiiitas statuai ne sit mendicus sua patria, et provideatur iinpotentiLus, probe agit et quod q dem licet »,

(2) « PublictB niendicatiouis licentiani posse civiuin legibus hiberi. ad liquidum ostendit ille absolutus Theologus,'’sine i controversia doctissimus Magister, loaniies Major, qui in caf de eleemosyna ait », etc., dans Forma Siihventionis f*aunpn

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