V.AGABONDAGE ET MISÈRE EN .ANGLETERRE
dans la ville et qui y habitent et y séjournent pour le «•rand désagrément de la ville ; car la ville est dans 1 impossibilité de les assister (1) ». Dans les districts ruraux, les invasions de mendiants ressemblaient à ces invasions de tranijjs (vagabonds) qui ont lieu de nos jours dans certaines parties de l’Amér'.que. « S ils demandent 1 aumône, dit un contemporain, chez un yeoman ou chez un fermier, ils y vont au nombre de trois ou quatre, et ils obtiennent plutôt par la crainte qu’ils inspirent que par la libre volonté des gens (2) ». Une vieille chanson de nourrice nous a conserve 1 expression du sentiment qu’ils inspiraient :
Ecoute! Ecoute! tes chiens aboient ; les mendiants viennent à
[ta ville.
Et ensuite :
Les uns leur donnent du pain blanc, les autres du pain noir : D’autres, un bon coup de cravache pour les chasser de la ville.
Il nous est facile d’indiquer quelques-unes des causes auxquelles étaient dûs le vagabondage et la misère. Les principales étaient les changements agraires. Pour aussi incertaine que soit leur nature, il ne saurait y avoir de doute au sujet de leur résultat; ils privèrent un grand nombre de ceux qui appartenaient aux classes laborieuses, — les petits tenanciers coutumiers et les cottagers (3), — de leurs moyens d’existence dans le pays qu’ils habitaient, et ils le- obligèrent à se répandre dans la campagne. Les conséquences inévitables nous sont
(1) lbid.,,iV, 110.
(2) Harman, dans Itogues and Vagabonds, 33.
(3) l.a classe des cottagers, descendue des cotarii et des bordarii des premiers siècles, a certainement donné naissance, pour une large part, à la classe des travailleurs agricoles. En Angleterre. on a, jusqu’ici, prêté trop peu d’attention à leur histoire. I.’histoire de cette même classe, en Allemagne, est maintenant fouillée par un certain nombre de savants, dont un des plus connus est le professeur Hasbach.
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CHAI». V. — L ASSISTANCE DES PAUVUES
très bien décrites par des observateurs contemporains parfaitement compétents. More, qui écrivait en 1516, nous décrit ainsi le résultat des évictions qui eurent lieu à ce moment : « 1} une façon ou d’une autre, de gré ou de force, il faut qu’ils s’en aillent, pauvres âmes désolées, hommes, femmes, maris, épouses, enfants orphelins, veuves, malheureuses mères avec leurs enfants à la mamelle, et toute leur famille, petite par ses ressources et grande par son nombre, car le labourage demande beaucoup de mains. Ils s’en vont, dis-je, péniblement, hors de leurs maisons connues et familières dans les-
(1) Utopia, traduction de Robinson, 41, 42 (Réimpression
de faim et de froid (I) ». Harritard, répète les mêmes lamenlaie qu’en cela llarrison se soit ue ancien commentaire que des 1 débute, en effet, en dia pas longtemps, une note...
« Les mendiants ar suite, de leur mauvaise la faute des autres hommes. Par la
pie), lorsqu’un homme font chaque jour assez recherchant leur
son, quarante ans pius tions, quoiqu’il semhl plutôt inspiré de quelq conditions de cette époque; i sant : « .l’ai trouvé, il n’y qui est encore exacte aujourd’hui »
oisifs sont devenus tels, soit p disposition, soit par faute des autres hommes (par exem rapace (c’est-à-dire un de ceux qui de mendiants pour remplir le pays, en plus grand avantage dans leurs communaux, possessions et tenures), se met en quête d un motif pour expulser la plus grande partie de ses tenanciers, et les leduit à leurs seules ressources. Et à la suite de cela, quoique ceux qui sont honnêtes et bien intentionnés puissent etre rangés en toute justice parmi la seconde classe [les pauvres par occasion], cependant il en est beaucoup qui n’ayant rien pour subsister, deviennent des mendiants paresseux ou, niême, se mettent à voler jusqu à ce que la potence. les saisit. » Et le vieux curé se demande alors : « Qui sera responsable du sang de ces hommes ? (2) ».
A côté de cette révolution agraire, les autres causes de la misère méritent à peine de fixer notre attention. Mais on peut faire observer que les difficultés du temps étaient encore accrues par l’expansion de la principale manufacture de l’Angleterre, c’est-à-dire, de l’industrie Jran On n déià montré oue « le svstème de la gilde »,
CHAI*. V. — l’assistance des PAL’ vues
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transforment pour satisfaire à la demande relativement stable du pays environnant, nous trouvons les «drapiers», cest-à-dire des commerçants disposant d’un certain capital et procurant du travail aux maîtres artisans et à leurs serviteurs, puis donnant leurs marchandises aux Marchands Aventuriers pour être vendues dans les Pays-Bas et ailleurs. Mais avec chaijue nouveau pi'ogrès dans lextemion du marché, arrive aussi un plus grand danger de surabondance et de cessation du travail, par suite des fluclualions plus grandes de la demande, — soit que ces fluctuations proviennent de causes économiques, soit qu’elles proviennent de causes politiques. C’est ce qui arriva en lo28. Wolsey, dans un but politique, interdit tout commerce avec les Pays-Bas. Aussitôt s’élevèrent les protestations des marchands qui se ()laignaient de ne pas trouver de « débouché » pour leurs marcbandises. En même temps, il ne fut plus possible aux drapiers d’employer les artisans et un grand nombre de personnes se trouvèrent sans travail. W olsey céda devant les récriminations du jieuple.et, par crainte d une révolte, il rapporta la prohibition, mais non sans qu elle eût ete cause de grandes soiilîrances. Le manque temporaire de travail était, à la vérité, beaucoup moins désastreux qu’il ne serait de nos jours, car un grand nombre d’artisans possédaient quelques lopins de terre et, ainsi, ils n’étaient pas dénués de toute ressource (1) ; mais, néanmoins, les maux nouveaux qui s’attachaient à la nouvelle organisation de l'industrie ne peuvent pas être entièrement passés sous silence.
Parmi les autres causes de la misère, il faut aussi compter toute une série de mauvaises récoltes amenant à
(1) Il faut rappeler que, même en I77(i, Adam Smith faisait lemaïquei au sujet des artisans anglais que « la plus grande partie de ces ouvriers sont occasionnellement employés au.v travaux des champs ». Wea/t/i of Salions, livre IV, cliap. 2 (éd. Rogers, II, 43).
leur suite la disette, pendant les années l.^2i-iodO. durant le siècle précédent, le prix ordinaire du quarteron de blé avait été de 4 à o shillings. Pendant quelques années seulement il s’était élevé à 8 shillings (1409, li28, 1437, 1438, 1482) ; pendant deux années à
10 shillings (1438, 1482) (l). Après la famine de 1348 (2),
11 y avait eu plus de cinquante années d’abondance et de bon marché. Les récoltes des cinquante années suivantes furent d’importance très variable ; les prix s’élevèrent au-dessus de 8 shillings en l.jOI, 1*)02, lol2; mais la plupart des autres années furent des années d’abondance. Mais en 1527, le prix du blé aussi bien que celui du seigle — qui était probablement la nourriture ordinaire du neunle dans une grande partie de l’Angleterre (3), —
(1) Uisl. of Agriculture, IV, 270.
(2) Ibid , 233 234.
(3) Quant à l’usage de l’orge, voyez, Eden, I, 117 note ; et pour l’usage du seigle, llarrisoii (édition Camelot), 90, 98, et Denton, Fifleenth Centurg, 317.
(4) Sur « la terrible disette de dix ans » à l'étranger, voyez Schrnoller, Ansichten, 74-77.
cnAP. V. — l’assistance des pauvres
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Nous devons ajouter encore un autre détail à ce tableau. Les écrivains contemporains sont unanimes à nous dire que les classes de vagabonds et de criminels se recrutaient parmi les nombreuses suites « de serviteurs paresseux et oisifs » que les riches gentilshommes « traînaient à leurs talons ». «Jamais, dit More, ils n’apprenaient aucun état qui put leur permettre de gagner leur vie. Ces hommes aussitôt que leur maître est mort ou
qu’eux-mèmes sont malades, sont chassés sans délai
Bien souvent l’héritier du mort n’est pas capable de mener si grand train et de garder un aussi nombreux personnel que son père. Alors ceux qui sont ainsi chassés du service sont exposés à mourir de faim à moins qu’ils ne deviennent voleurs (1). » L’action énergique de Henri VH et de la Chambre Etoilée, en faisant exécuter la loi sur la « livrée », doit avoir fait renvoyer du service un grand nombre d’hommes qui vécurent de mendicité ou de rapines (2).
Si nous tenons un compte sufQsant de chacune de ces considérations, nous pourrons nous faire une idée du nouvel état de choses existant lorsque le nouveau droit des pauvres commença à se dessiner. Il fut un temps où les anciens maux de la mendicité et du vagabondage, tels que le Moyen Age les avait produits, vinrent s’ajouter dans le pays à toutes les misères de la population honnête et laborieuse. Ce fut cette union de la pauvreté méritée et de celle qui ne l’était pas qui préoccupa les hommes du temps. Starkey dans son Dialogue, écrit probablement en lo3t), fait discuter ses personnages sur la question de savoir s’il y avait alors plus de misère qu’autrefois ou s’il y en avait moins ; et s’il y en avait moins, quelle en était la raison. L’un d’eux soutient que le nombre des mendiants est dû entièrement à l’oisiveté ; l’autre, qu’il est dù à la pauvreté. A la lin, ils finissent
(1) Utopia, 38.
(2) 3 Henri VII, c. 1 ; Stat., II, 309.
développement du droit moderne des pauvres 417
par convenir que la pauvreté doit y être pour quelque chose, car ils trouvent peu probable que tous ceux qui paraissent être dans la misère soient des simulateurs ; il leur semble qu’en réalité, il y a plus de misère qu’autrefois (1) . L’éloquent et sensible Lever, prêchant devant le roi en loH, nous donne la véritable note lorsqu il dit: « O Seigneur miséricordieux ! que de pauvres, infirmes, estropiés, aveugles, boiteux, malades, confondus parmi des vagabonds et parmi des fourbes, gisent et rampent dans les immondices de la rue (2) ».
Section LXII. — Développement du droit moderne
des Pauvres
L’acte de 133(3 (3) commence par indiquer les obstacles qui s’étaient opposés à la mise en vigueur des premiers statuts. Ces statuts avaient, à plusieurs reprises, ordonné que les mendiants fussent forces a travailler \ mais, cependant, il n’avait rien été édicté au sujet « du moyen dont on devrait se servir pour les forcer à travailler et pour leur procurer du travail ». L’acte de 133(1 avait autorisé les magistrats à accorder des permissions de mendicité aux personnes incapables de travailler ; mais la subsistance qu’ils pouvaient ainsi se procurer était souvent insuflisanle ; et l’expérience montra bientôt l’inutilité de toute espèce de mendicité publique. Les échos de la controverse qui s’éleva sur ce point parmi les écrivains et les théologiens du continent, doivent naturellement être arrivés jusqu’en Angleterre. Le nou-
(1) Englaml in the lleign of Henry Vf/f, Starkey, Dialogue,