‹ Histoire et géographie de Madagascar (volume 2)Chapitre 4 sur 16 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

GÉOGRAPHIE PROPREMENT DITE DE l'iLE DE MADAGASCAR.

Sommaire. — Situation géographique de l'ile de Madagascar. — Son étendue. — Sa position comme point maritime. — Sa superficie à peu près égale à celle de la France. — Sa distance de Bourbon et du port de Brest. — Sa division politique et ethnographique.

— Orographie ou étude de ses formes extérieures. — Montagnes.

— Des théories et des systèmes émis à ce sujet. — Opinion raisonnée de l'auteur. — Des principales chaînes de l'île. — Hydrographie ou étude des eaux. — Description des côtes, baies, havres, ports et mouillages. — Iles de la côte nord-ouest. — Étude des rivières. — Description des principaux cours d'eau. — Lacs de l'île. — Lacs de la côte. — Lacs de l'intérieur. — Route de Tamafave à Andévourante. — Climat de l'île de Madagascar. — Météorologie. — Saison sèche. — Saison pluvieuse ou hivernage. Insalubrité de la côte orientale. — Caractère des fièvres. — Traitement de ces maladies. — Vents. — Orages. — Ouragans. — Razde marée. — Histoire naturelle de l'îlede Madagascar. — Productions du sol. — Botanique. — Zoologie. — Ichthyologie. — Minéralogie. — Pierreries. — Cristal de roche. — Mines d'or, de cuivre, d'argent et de fer. — Fin du chapitre premier.

L'ile de Madagascar, située parallèlement à la côte orientale d'Afrique, dont elle n'est séparée

que par le canal de Mozambique, est la plus importante île du monde après Bornéo et l'Angleterre.

Comprise entre les il" 57' et 25° /|5' de latitude sud, et les /lO" 50' et 48° 10' de longitude est, elle se trouve ainsi placée, comme la clef des deux routes de l'Inde, à l'entrée de l'Océan Indien d'où elle domine à la fois le passage du cap de Bonne-Espérance, le canal de Mozambique et le détroit de Bab-el-Mandeb.

L'île de Madagascar a 1 ,600 kilomètres, 360 lieues de long du nord au sud et IxlO kilomètres, 105 lieues de l'est à l'ouest, dans sa largeur moyenne. Sa superficie d'environ 25,000 lieues carrées, est à peu près égale à celle de la France. Elle est éloignée de l'île Bourbon d'une distance de 150 lieues, de 85 lieues de la côte orientale d'Afrique, et de 3,380 lieues du port de Brest, en touchant à Bourbon.

Avant d'aller plus loin, qu'on nous permette d'exposer succinctement les différentes divisionsdel'île.

Depuis que les Hovas dominent l'île entière, elle est divisée en 22 provinces, dont la disposition se présente sur notre carte, en allant du nord au midi, telle que nous la donnons ici :

Dix s'échelonnent le long de la côte orientale.

Cinq occupent la côte occidentale.

Sept occupent le centre.

Côte occidentale. Centre. Côte orientale.

Vohimarina.

Bouéni { | Maroa.

Ivongo.

Ménabé.

Féérègne.

Mahafaly.

Cùte orientale.

Mahaveloiia.

Tamatave.

Bétanimena.

Anteva.

Malitanana.

Vangaïclrano.

Anossy.

Cùle occidentale. Centre.

Ambongo. Antscianac.

[ Ankaye.

Ancove.

Betsileo.

Ibara.

Tsienimbalala.

Androy.

Mais à cette division toute politique répond une division ethnographique plus vraie, et surtout plus intéressante, parce qu'elle se rattache à l'histoire même du pays. La voici ;

A l'est, les deux provinces de Vohimarina et de Maroa sont habitées par les Antankars qui occupent l'extrémité la plus septentrionale de l'île. Ivongo répond au pays des Antanvarts, Mahavelona et Tamatave à celui des Belsimsaracs ; les Bétanimènes n'ont pas été dénationalisés. Mais Anteva cache les Antalchimes, Matitanana les Antaymours, et Vangaïdrano lesAntaray. Au centre, deux noms politiques ont été superposés à deux noms de peuples, Ibara à celui des Voimmes, Tsienimbalala à celui des Machicoreso Ancove est la patrie adoptive des Hovas ; sa partie centrale, oii s'élève leur capitale Tananarive, est connue sous le nom d'/merma, Imernc, ou vulgairement Emirne. Ankaye est occupée par des Bétanimènes et des Betsimsaracs. A l'ouest, Mahafaly est le pays des Mahufales, Féérègne celui des Andraivoulas ; Ménabé, Ambongo et le Bouéni sont occupés par le grand peuple des Sakalaves.

L'île cle Madagascar, résultat de soulèvements probablement contemporains de ceux des chaînes de l'Afrique orientale, est, comme ces dernières,/lirigéedans le sens des méridiens, c'est-à-dire du nord au sud. Cette direction n'est cependant pas d'une exactitude strictement rigoureuse , et l'axe de l'île incliné du N. N.-E. au S. S.~0., fait avec la méridienne un angle d'une vingtaine de degrés. Si l'expérience a démontré dans quelles erreurs on pouvait tomber en établissant des points géographiques par déduction, elle a montré aussi, qu'en s'appuyant sur les théories géologiques, sur l'étude des eaux et sur celle de la végétation , il était possible d'arriver à se faire une idée assez exacte de l'ensemble d'une région sur laquelle, comme celle qui nous occupe, on ne possède pas de données suffisantes pour asseoir une appréciation absolument complète.

De tous les faits acquis jusqu'à ce jour à la science par ceux qui nous ont précédés dans l'étude géographique de l'île de Madagascar, il résulte pour nous que cette grande île est un immense massif en forme de cône tronqué surbaissé, formant un vaste plateau limité, à l'est et à l'ouest, par des chaînes plus ou moins élevées, traversé par d'autres chaînes et descendant vers la mer par des terrasses successives qui s'appuient elles-mêmes sur des chaînes parallèles aux premières et au rivage. La région du cap de Bonne-Espérance est un type presque parfait de cette disposition des formes extérieures, qui se reproduit aussi sur quelques autres points du globe.

GÉOGRAPHIE DE l'iLE DE MADAGASCAR. 217

La plupart dés cartes et la plupart des livres ont montré les choses tout autrement, en ce qui concerne l'île de Madagascar. Trompés par la théorie sans consistance de Buaclie, qui a eu une influence si fatale sur les études géographiques , les cartographes et les écrivains se sont plu à créer, vers la tête des eaux, une chaîne qui se tenant en équilibre à égale distance des deux mers et qui traversant l'île dans toute sa longueur, en constituait l'épine dorsale, ainsi qu'on l'a beaucoup trop répété depuis.

« Thej'e does not appear to he any clia'm of moiuitains exlcnding north and south throtigh tlie Island. » « Il ne paraît exister, dit Ellis ' , aucune chaîne de montagnes s'étendant du nord au sud à travers l'île entière. » Et , en effet , elle n'existe pas, car personne jusqu'à présent ne l'a vue, quoique l'on ait voyagé de manière à la rencontrer , tandis que le plateau central avec ses gradins a été reconnu par la plupart des voyageurs qui ont visité Madagascar.

Mais si la présence de cette chaîne centrale est due àlapoursuite, jusqu'aux limites de l'impossible, d'une idée systématique, il n'en est pas de même des chaînes qui, à l'est et à l'ouest, limitent le plateau, bien que le nombre de renseignements que nous possédions à leur égard soit peu considérable. La chaîne orientale avec la seconde chaîne qui lui est parallèle a été traversée par tous les Européens

^ William Ellis, Histonj of Madagascar, t. II, p. 13.

se rendant de Tamatave à Tananary/e. Voici ce que dit l'un d'eux', qui eût dépeint d'une manière complète les formes extérieures de la Grande Terre, s'il ne se fût laissé dominer par l'idée de la chaîne centrale. « Le versant occidental de cette chaîne a une pente très-douce qui se régularise en un immense plateau :1e versant oriental est escarpé, mais, après s'être subitement abaissé de 1000 à 1500 mètres , une assise horizontale succède à cette pente rapide et forme un autre plateau également d'une grande étendue dont l'escarpement, du côté de l'est, vers la mer, descend aussi très-rapidement. Ces deux plateaux, par leur inégalité de hauteur au-dessus du niveau de la mer, peuvent se désigner par les dénominations de supérieur et d'inférieur , et , par suite, les montagnes qui les couronnent, se classer également en deux chaînes distinguées entre elles par les mêmes dénominations caractéristiques de supérieure et d'inférieure. De la base de cette dernière se détachent, en se ramifiant vers le littoral, des chaînons et contre-forts qui, d'abord très-élevés, s'abaissent graduellement jusqu'à la zone des marais qui règne sur toute l'étendue de la côte orientale. » Quant à nous, pour tacher d'être mieux compris encore, nous ajouterons aux dénominations de supérieures et d'inférieures, celles de chaînes orientales ou chaînes occidentales pour désigner celles des parties est et ouest de l'île. En insistant

• De l'Établisscmpnt français de Madagascar, pendant la Restauration, par M. Carayon, page 8.

GÉOGRAPHIE DE l'iLE DE MADAGASCAR. 219

autant que nous venons de le faire sur le véritable caractère de la physionomie orograpliique de Madagascar, notre but était d'amener l'explication toute simple de faits relatifs aux climats , à l'agriculture, à la politique et dans lesquels la nature de cette physionomie joue un rôle fort important.

Les indigènes ont caractérisé l'individualité naturelle des lignes de sommets les plus saillantes par des noms particuliers, mais nous ne citerons que les plus remarquables. Depuis l'extrémité la plus méridionale de l'île, jusque vers la latitude de Tamatave, les indigènes désignent sous le nom d'^mboliitsmènes « les montagnes rouges, >- la chaîne supérieure orientale. D'après Ellis \ ce nom serait tout à fait inconnu à Madagascar , mais des voyageurs, dignes de créance en matière scientifique , assurent de leur côté que les renseignements les plus sérieux ne permettent pas de partager ce doute. Autour d'Ancove , de ce plateau élevé d'où les Hovas dominent l'île entière , s'élèvent comme pour en faire une forteresse , les monts Ancaratra au sud, d'Angavo à l'est, d'Andringitra au nord, d'Ambohimiangara, dite Bongoulava, « la longue montagne, » vers l'ouest.

Nous n'avons aucun renseignement bien positif sur la hauteur des montagnes de Madagascar. Les chaînes que nous venons de citer en dernier lieu sont mises au nombre des plus élevées ; elles ne paraissent pas dépasser 8,000 à 12,000 pieds. D'après

' History of Madagascar, t. I, p. 13.

des observations barométriques faites à Tananarive, cette ville serait à environ 7,000 pieds anglais, c'est-à-dire à 2,133 mètres.

On conçoit, du reste, facilement qu'une région aussi vaste que Madagascar doit offrir les aspects les plus divers, les sites les plus variés, les panoramas les plus grandioses. Vue de la mer, cette île magnifique offre à l'œil de celui qui arrive un vaste amphithéâtre de montagnes superposées , qui sont comme les échelons des chaînes principales. Ces échelons gigantesques forment une sorte d'escalier colossal de verdure, où la pensée émerveillée monte involontairement de marche en marche, des bords de la mer jusqu'aux plateaux supérieurs de l'île, en passant par toutes les nuances propres aux montagnes, depuis le vert vif ou sombre de la végétation jusqu'aux teintes azurées des sommets les plus élevés qui se confondent avec le bleu plus foncé du ciel.

A l'exception de cette partie des côtes sud-est qui avoisine le fort Dauphin, la côte est en général plate, très-souvent basse et marécageuse. Elle forme une sorte de zone de 10 et 80 kilomètres de largeur à l'est, de 80 à 160, et quelquefois plus vers l'ouest. Sur la côte orientale , le pays devient tout à coup montagneux à quelques lieues du rivage. Au delà de ces plages, la contrée est entrecoupée de montagnes boisées, de collines, de plaines, tantôt désertes, tantôt cultivées, d'immenses forêts, de savanes couvertes de hautes herbes.

Si l'on suppose Madagascar coupée en deux parties par une ligne tirée de Tamatave au cap Saint- André, toute la partie de ses côtes, tant à l'est qu'à l'ouest, située au midi de cette ligne, et comprenant près des trois quarts de leur développement total qui est de Zi,000 kilomètres ou 850 lieues, offre peu de bons mouillages, quelques rades foraines seulement, tandis que la partie qui resterait au nord, l'extrémité septentrionale, contient surtout au nord-ouest , les baies les plus vastes, les ports les plus beaux , les mouillages les plus sûrs. L'importance de ces différents points pour les relations commerciales nous engage à en dire quelques mots. Dans ces observations, pour plus de précision et de clarté, nous conserverons la division pratique de ses côtes en côtes de l'est, du nord-ouest, et de l'ouest.

La première baie que l'on trouve après avoir doublé le cap d'Ambre pour descendre le long de la côte orientale est celle d'Antombouc ou de Diego- Suarez, qui offre d'excellents mouillages ; elle se compose, à proprement parler, de trois baies appelées par les Malegaches Douvouch-Foulchi, la baie des cailloux blancs, Douvouch-Varats, la baie du Tonnerre, Douvouch-Vasa, la baie des Français, et enfin d'une quatrième baie moins praticable à laquelle on parvient par un canal sinueux qu'Owen, qui explora le premier Diego-Suarez en iS'iû, dénomma Welsh-Pool, et qui, reconnu depuis par la corvette la Nièvre^ en a pris le nom de port de la

Nièvre. Rapprochée des autres mouillages sous le rapport de la salubrité et de la commodité des approvisionnements, la baie de Diego-Suarez présente des avantages qu'on chercherait vainement ailleurs. Aussi le gouvernement songea-t-il plusieurs fois à y former un établissement français colonial?

Un peu plus au midi se trouvent le Port Louquez, la baie de Manghérévi , puis celle de Vohémar (Vohimarina), puis beaucoup plus loin la vaste baie fTAnîongil, occupée longtemps par la France. A 90 kilomètres, au midi de la baie d'AnlonoiL s'étend, parallèlement à la côte, l'île Sainte-Marie, dont l'extrémité nord forme, avec la Pointe-à-Larrée, la haie de Tintingiie,o\\ peuvent mouiller les vaisseaux de haut bord. De l'autre côté de la Pointe-à-Larrée et de l'île Sainte-Marie, mais un peu au sud, se présente la baie de Fénériffe^ réputée la plus mauvaise de la côte de Test. Le mouillage est très-loin de la terre, les courants y sont si violents que les bâtiments y sont sans cesse ballottés, la communication avec la terre y est difficile et, à la moindre apparence de mauvais temps, il faut prendre le large. Un peu plus loin que la baie de Fénériffe est Foidepointe, en Malegache Marofolotra, station commode à cause de son voisinage de Tamatave, de Sainte-Marie et d'Antongil. Tamatave. qui n'était autrefois qu'un petit village de pêcheurs, était reconnu, avant les derniers événements, pour le principal marché de la côte orientale. Aussi sa rade spacieuse et sûre était-elle la plus fréquentée

GÉOGRAPHIE DE l'iLE DE MADAGASCAR. 223

par les bâtiments de Maurice et de Bourbon. A partir de Tamatave jusqu'à la baie de Sainte-Luce, à 800 kilomètres ou 180 lieues de là, il n'existe aucun abri pour les navires, et ceux qui fréquentent cette côte, obligés de mouiller au large ou dans des rades foraines peu sûres, sont souvent dans la nécessité de faire leur chargement sous voile. Cependant les chargements de riz y sont tellement profitables, que quelques points, comme Mananzar'i, et Matatane n'en étaient pas moins très-fréquentés autrefois. La baie de Sainte-Luce, qui a environ 6,000 mètres de développement, est le premier point de Madagascar où la France ait eu un établissement, mais il ne tarda pas à être abandonné à cause de son insalubrité, ainsi qu'on l'a vu dans la partie historique de cet' ouvrage.

La côte méridionale de Madagascar ne présente aucun mouillage remarquable. En s'en éloignant, la première anfractuosité de la côte occidentale que l'on rencontre, est la haie de Samt-Aïujustin, nommé Isalaré par les indigènes et, dans la partie septentrionale de laquelle se trouve le Port de To- Ua, ainsi appelée à cause d'une rivière qui y débouche. Beaucoup plus loin, au nord, on mouille quelquefois dans le chenal compris entre les îles du Meurtre et la côte. Ce sont là les trois seuls points de la province de Féérègne, où puissent séjourner de grands navires. D'octobre en avril, le mouillage est plus sûr à Tolia qu'à Saint-Augustin. Tout près des îles du Meurtre est l'embouchure de

la rivière il/aH^o»/.i, qui est avec celle du Sizouboitnghi^ le seul point de la côte visité aujourd'hui dans un but commercial. Mouroundava, nommé Andakabé par les naturels, et qui est placé entre les deux rivières, était le mouillage fréquenté par les boutres et les navires de traite, ù l'époque où les rois de Ménabé avaient leur résidence dans les envivirons. En dedans de Nossi-Marouantali, une des îles stériles, en vue des terres de Kivinza, est un mouillage vaste et le plus sûr pour les bâtiments destinés à séjourner sur cette côte.

La branche sud de la rivière Sambaho,.par 10" 57, offre un tirant d'eau assez considérable pour les boutres du plus fort tonnage, et, dans les grandes marées, des navires calant 9 et 10 pieds y entreraient avec un bon pratique.

Au nord de cette rivière et de l'île qu'elle forme, INossi-Valavou, s'avance le cap Saint-André, l'un des points les plus remarquables de ceux qui jalonnentles rivages de Madagascar. Après l'avoir doublé, on rencontre successivement les plus beaux mouillages, baies larges et sûres qui offrent l'abri de leurs eaux magnifiques à des flottes entières : les baies de Bàli, Cagembi, Bouéni, Bombetok, Matzamba, Mouramba, Narrinda, Mourounsang, Saumalaza (le Port Radama d'Owen), et la baie de Passandava, en face de Nossi-bé. Bâli, que les plans anglais et quelques cartes, désignent sous le nom de lioyanna est la seule baie de la province d'Ambongo. La baie de Cagembi, qu'Owen désigne sous le nom deJioteler's

river (rivière de Boteler) du nom d'un de ses officiers, est presque complètement barrée à son ouverture par un banc de sable, et d'après le plan qu'en a fait dresser ce capitaine, elle serait difficilement praticable pour des bâtiments de moyen tonnage, mais avec un bon pratique ou en se donnant la peine de baliser un chenal, on pourrait, dans une marée de syzygie, y faire entrer une corvette. Au fond est le village de Kiakombi.

La baie de Bouéni, la Rivière Malumba d'Owen, a son entrée aussi obstruée de bancs et de récifs qui laissent entre eux un chenal d'une profondeur suffisante pour les plus grands navires et qui doit être compté au nombre des excellents havres de la côte nord-ouest. Vis-à-vis de son entrée est située l'île Makambi. C'est à quelques lieues seulement du port de Bouéni, que s'ouvre la baie dite de Bombetok, corruption bizarre du mot indigène Ampampalouka ainsi altéré par les Européens. La baie s'étend dans une direction moyenne N. N.-O. etS. S. -E., à environ 18 milles de 1,854 mètres dans les terres. Sa largeur est, à l'entrée, de 3 milles 1/2, mais en dedans elle varie de 3 à 6 et 7 milles. Les terres qui circonscrivent ce magnifique bassin présentent un aspect agréable et varié, où tout accuse la présence et l'activité de l'homme. En 1842, à l'époque où M. le capitaine de corvette Guillain visita ces parages, les baies de Matzamba et de Narrinda étaient inhabitées. Cet officier ne s'y arrêta pas. Quant à la baie de Mourounsaug ou de Rafala , ce n'est, à

bien dire, que la partie septentrionale d'un immense bassin qui comprend, en outre de cette baie, celle de Saumalaza et une troisième qu'Owen a nommée Raminitok. Le mouillage de Mourounsang est entièrement ouvert au nord-ouest et ne doit pas être très-bon dans la saison d'hivernage. La baie de Saumalaza est un bras de mer qui, sur une largeur de 2 à 5 milles et avec des profondeurs inégales et très-irrégulières, s'avance à environ 25 milles dans les terres. Avec vent sous vergue, il serait praticable d'une extrémité à l'autre pour les plus grands navires, mais les bancs et les récifs dont il est parsemé, surtout dans la partie nord, leur rendraient les mouvements de louvoyage fort difficiles.

Nossi-bé commande l'entrée de la grande haie de Passandava, dont les bords sont aujourd'hui déserts. Dans la partie S.-O. gît un petit groupe d'îles appelé Nossi-Télou, les Trois îles. Entre ces îlots et la Grande Terre il y a un excellent mouillage et sur le côté occidental du plus grand de ces îlots, se trouve une anse où l'on pourrait établir à peu de frais un excellent quai de carénage. Non loin de l'entrée occidentale de cette baie, à 15 milles dans le S.-O. de Nossi-bé, est la baie de Bavatouhc, qui offre un excellent mouillage pour les navires de tout rang et dont on pourrait faire une position nautique et militaire importante. A l'est de Nossi-bé, est la baie de TchimpaijhioiiV on a 20 à 30 mètres d'eau et enfin près du cap d'Ambre, Ambavaui-bé, nommé, par l'Anglais Owen , Porl-Liverpool.

GÉOGRAriIIE DE l'iLE DE MADAGASCAR. 2i27

Des plateaux qui embrassent les parties élevées de Madagascar, des chaînes boisées qui les couronnent, réservoirs inépuisables d'eaux toujours abondantes, s'échappent un grand nombre de rivières qui s'en vont aux deux mers, à Test et à l'ouest. A l'est ce sont : la Timjbale qui a son embouchure au fond de la baie d'Antongil, la Manahar, la Manan- (joiirou, la Voiiibé, la Mangourou, la Mananzari, la Nttmow\ la Faraon, la Matalane, la Manauijhare ; au midi : la Mcmdrère, la Ménérandre; à l'ouest : VOngiilahé, qui se jette dans la baie de Saint-Augustin, et la 2o/ia, dans la province de Féérègne, la Mangouki ou rivière Saint- Vincent qui la borne au nord, la Sango, la Mandéloido, la Ranouminti, VAndahangJd [Paraceyla d'Owen), la Sizoubowighi , la Maneniboule, la Douho qui arrosent le Ménabê; VOunara, la grande rivière de VAmbongo ; la Mandzaraï, la Betsibouha qui débouche dans la baie de Bombetok et reçoit Ylkoupa, la rivière de Tananarive ; la Sou fia dont les eaux se perdent dans la baie des Matzambas, toutes rivières du Bouéni.

Nous dirons quelques mots des plus remarquables la Manan gourou, la Man gourou, la Mananghare, l'Ongn'lahé, la Mangouki, la Sizoubounghi, rOunara, la Betsibouka, et l'Ikoupa La Mangouvoii est probablement la seconde des rivières de Madagascar. Son cours est d'environ /lOO kilomètres ou 90 lieues; elle descend, ainsi que la Manangourou, du point culminant du plateau inférieur et leurs sources paraissent être voisines. Elles se dirigent

22(S LIVRE II. ClIAPITRK I.

d'abord dans un sens opposé, l'une au sud, l'autre au nord, tournant ensuite brusquement vers l'est, pour couper la chaîne inférieure et se rendre à la mer. Elles forment ainsi en quelque sorte un arc immense, dont la corde, ou la distance qui sépare leur embouchure de la mer, peut être de 355 kilomètres ou 80 lieues. Tous les cours d'eau qui se trouvent entre elles, quelque considérables qu'ils soient, ne viennent ainsi que de la chaîne inférieure. Tous les renseignements puisés sur les lieux s'accordent pour faire venir ces deux rivières de la province d'Antsianak, et, selon les uns, la Mangourou sortirait du grand lac qui se trouve dans cette contrée, tandis que selon les autres, ce serait seulement la Manangourou. Quoi qu'il en soit, la première de ces deux rivières, dont les eaux sont si impétueuses dans la partie inférieure de son cours, parcourt d'abordaveclenteur l'immense plaine d'Ancayedans toute sa longueur; déjà même, quoique non loin de la source, elle y serait susceptible de porter bateau, si les cascades qu'elle forme en coupant la chaîne inférieure, dont elle couronne à peu près le sommet, n'étaient un obstacle à ce qu'on l'utilisât pour la navigation. Le lieu où elle forme son coude se trouve à quarante lieues de la mer environ. Là, cette rivière reçoit un affluent considérable venant du sud et que les naturels assurent être navigable, pour les pirogues, l'espace de deux journées \

* Histoire de r Établissement fraiiçais de Madagascar,^. i3, 14.

GÉOGRAPHIE DE l'iLE DE MADAGASCAR. 229

De toutes les rivières de la côte orientale la plus importante après la Mangoiirou est la Manangliare, dont les sources se cachent dans les hautes vallées de ribara, chez les Vourimes, et qui peut avoir une centaine de lieues ou 450 kilomètres de développement.

La rivière Ongn'lahé sert de limite aux pays de Féérègne etdeMahafali. Elle paraît venir, ainsi que la Mangouki, du pays des Vourimes. Leur cours peut être de 350 à /lOO kilomètres.

La Sizoubounglîi, ainsi que la plupart des rivières de la partie septentionale du Ménabé, descendent, comme l'Ounara, de cette chaîne qui longeant la frontière orientale du pays, a reçu le nom de Bongoulava, la longue montagne. Si l'on regarde l'Ikoupa comme la partie supérieure de la Betsibouka, cette dernière rivière sera la plus considérable de Madagascar, car elle aurait alors 500 kilomètres ou 115 lieues de cours, l'Ikoupa ayant à elle seule plus de hOO kilomètres, depuis sa source dans les montagnes d'Angavo jusqu'à son confluent avec la Betsibouka, à une centaine de kilomètres de l'embouchure de celle-ci dans la baie de Bombetok. Nous avons déjà fait observer que l'Ikoupa passe à Tananarive : elle reçoit toutes les eaux de la province d'Ancove.

Au nom de quelques-unes de ces rivières se rattachent des légendes quileuront donné auxyeuxdes populations riveraines un caractère particulier. La Matitanana, sur la côte orientale, est aussi sainte

pour les Malegaches que le Gange pour les Indous, et elle a même donné son nom à la province qu'elle arrose. Matitanana dans la langue du pays, est un mot composé de 3Iati, mourir, mort, et de Tanana, main, littéralement la main morte (rivière de). Les traditions locales racontent, sur l'origine de cette dénomination étrange, que deux géants d'une stature extraordinaire et séparés par la rivière, se querellaient. Durant leur contestation, l'un d'eux saisit la main de l'autre d'une étreinte si violente qu'elle se détacha et tomba dans la rivière, qui depuis en a gardé le nom.

Du reste les sources, les fontaines, les eaux en général, abondent à Madagascar. Ainsi Tananarive est approvisionnée par ce que l'on nomme Ranoii-vélona, les eaux éternelles, qui surgissent de tous les points de son territoire.

D'après le nombre des rivières, il ne faudrait pas conclure que les communications fluviales soient, à Madagascar, étendues et commodes. La constitution physique de l'île le défendait, et c'est un des graves inconvénients qu'elle présente. Il tient à ce que le sol commençant à monter très-rapidement à quelques lieues du littoral, les rivières y forment des chutes plus ou moins élevées ou sont embarrassées par des blocs ou bancs de rochers, que les petites pirogues peuvent seules contourner. Quelques-unes de ces cataractes sont fort belles et il en est qui sont même célèbres pour les gens du pays. Les rivières d'ailleurs, quoique profondes

pour la plupart avant d'arriver à la mer, ont généralement leur embouchure obstruée par des hauts fonds et par des barres qui en rendent l'entrée difficile et souventdangereuse. Beaucoup d'entre elles sont fermées par les sables qu'amoncellent les vents battant en côte et par le mouvement de la mer. Il arrive alors que ces sables ainsi entassés arrêtent le cours de ces rivières jusqu'à ce que leurs eaux soient assez fortes pour s'ouvrir de nouveau un passage dans la direction de la mer.

Mais quelquefois ces opérations spontanées delà nature n'ont pu avoir lieu et il s'est formé à droite et à gauche de ces rivières des lacs ou des marais souvent très-étendus. D'autres fois, la double influence des vents et des flots sur le sable des grèves a aussi produit le même résultat, de sorte qu'en certaines parties des côtes, telle par exemple cj[ue celle qui s'étend de Tamatave à Sakallion, sur un développement de 290 kilomètres ou 65 lieues, on voit en arrière du rivage une chaîne de lacs qui lui est parallèle. Les uns sont isolés, et séparés par des isthmes appelés pangalane, (littéralement: où l'on fait son chemin), les autres communiquent entre eux ou avec les rivières voisines. On a mis à profit cette disposition des eaux pour faciliter les communications, et la première partie de la route de Tamatave à Tananarive jusqu'à Vobouaze se fait au moyen de ces lacs. Après avoir quitté Tamatave, on remonte pendant quelque temps la rivière d'Ivondrou. Elle est séparée du premier lac, le lac de

Nossi-bé (de la grande île) par une pangalane surlaquelle on traîne les pirogues, aussi faut-il une heure pour le traverser bien qu'il n'ait pas 200 pas de longueur. Le lac Nossi-bé, qui a 35 kilomètres de tour est très-beau et très-di versifié par de pittoresques îlots couverts de plantes et d'arbres remplis de milliers d'oiseaux. L'un d'eux fut, suivant les Malegaches, le séjour d'une sorcière Maliao, fameuse dans les traditions du pays et qui leur inspire une telle frayeur que les rameurs n'ouvrent jamais la bouche en traversant le Nossi-bé dans la crainte de la voir apparaître.

Du lac on gagne le village de Fitanou près du second lac, celui d'Iranga. La terre qui les sépare est appelée Tanfoutchi, terre blanche. Il existait dans ce lieu, disent les Malegaches, un serpent monstrueux, un fangane terrible qui dévorait les hommes et les bœufs. Ses dimensions étaient telles qu'il pouvait entourer dans ses replis jusqu'à des villages de trois cents familles ; les habitants investis de cette façon étaient atteints par les sept dards dont sa langue était armée et périssaient d'une mort affreuse. La désolation était à son comble quand Dérafif, le bon principe, parut dans le canton et résolut de se délivrer de ce fléau destructeur. A cet effet, il ordonne qu'on lui fabrique une serpe proportionnée à lataille du monstre. Muni de cette arme gigantesque, il épie l'instant où le fangane se livre au sommeil, Fattaque, le dompte, divise son corps en tronçons qu'il disperse dans toute la con-

trée. La caverne où se retirait le fangaiie, l'étang où il se baignait, se voient encore à Tanfoutchi, langue de terre qui n'a pris, disent les naturels, cet aspect argileux et blanchâtre d'où lui vient son nom, que parce qu'elle étaitle passage habituel du dragon.

Le lac Iranga est beaucoup plus petit que le lac Nossi-bé, et l'on n'y trouve que /i à 5 brasses de fond. Mais le lac Rassouabé qui lui succède est beaucoup plus grand. Il peut avoir 50 à 55 kilomètres de tour et abonde en poissons et oiseaux aquatiques. D'après les indigènes, le géant du feu y commande ; aussi a-t-on soin, pour le traverser, en toute sécurité, d'apporter de Tamatave des faufoudis, ou charmes protecteurs. Ce lac communique au lac Rassoua-massaye par un canal étroit où l'on trouve à peine assez d'eau pour les pirogues. On a bientôt rencontré alors le village de Vavoune. La route traverse une forêt pendant plusieurs lieues. On arrive à Andevourante , d'où l'on peut remonter vers Tananarive.

Outre ces lacs côtiers, il en existe d'autres dans l'intérieur, mais ils ne sont connus encore que trèsimparfaitement. Les plus étendus sont Vlhotry, dans la partie nord du pays de Féérègne, V Imanangora et le Nossi-Vola (lac de l'île d'Argent) dans l'Antsianak, le lac Ima ou Imania, au nord du Sizoubounghi (Ménabé), le lac Safé, dans le Milanza (Ambongo), celui que les Malegaches ont nommé Saririaha, image de l'Océan, à l'est de la forêt de

Bemarana, dans la partie occidentale del'Ancove, ritasy, fameux par l'excellence de son poisson ; enfin à l'ouest de la baie de Bombetok, le lac Kinkoiini qui verse le tropplein de ses eaux dans la Mandzardi. C'est dans une île duNossi-Vola, que s'élevait l'ancienne capitale de l'Antsianak, Bahidranou. Le lac//»aa31 kilomètres de long, sur 15 à 16 de large, le Kinkoimi dans la partie sud-ouest du Bouéni, est assez large pour que de l'un des bords on ne puisse apercevoir le bord opposé, sa profondeur vers le milieu, et en certains autres endroits, va jusqu'à dix brasses ou vingt mètres ; l'eau en est belle et le poisson y est très-abondant, ses bords sont très-peuplés et au milieu il y a trois petites îles dans lesquelles les habitants cherchent un refuge en temps de guerre.

On ne devra pas s'étonner si nous disons que le climat d'une terre aussi vaste, aussi diverse dans ses formes que l'est Madagascar, est très-varié. Pendant que l'on supporte à peine sur la côte une chaleur parfois étouffante, les plateaux et les hautes vallées de l'intérieur dans les provinces d'Ancove, des Betsiléos et d'Antsianak, d'Ibara (Vourimes), jouissent d'une température généralement peu élevée, souvent même très-fraîche. Le froid y est assez vif dejuin cl septembre, souvent très-piquant en décembre et en janvier. Les cimes des monts Ankaralra se couvrent alors de glace et la grêle y tombe avec abondance.

Les côtes et les deux versants de l'île sont sou-

GÉOGRAPHIE DE l'iLE DE MADAGASCAR. 235

mis au régime climatériqiie des contrées intertropicales. L'année s'y divise en deux saisons, nommées par les Européens, l'une saison sèche ou bonne saison, l'autre saison pluvieuse ou mauvaise saison, la hors-saison de Flacourt. Cette dernière époque pendant laquelle ont lieu les pluies d'orage, les bourrasques et les ouragans, est communément désignée sous le nom cVhivernage. La première commence en mai et finit vers le milieu d'octobre. La chaleur est alors tempérée ; de .très-fortes brises soufflent pendant le jour, renouvellent et purifient l'air. La saison pluvieuse commence vers la fin d'octobre et continue jusqu'à la fin du mois d'avril. C'est dans les mois de janvier et de février que la chaleur atteint son maximum, et que le climat est le plus malsain dans les endroits marécageux.

Les vents soufflent à Madagascar à des époques fixes, suivant des directions connues. Ils se divisent en ïuousson de nord-est et de sud-ouest. Depuis le fort Dauphin jusqu'au 22" degré de latitude, les vents régnent presque constamment du nord-est. En mer, leur action ne se fait pas sentir régulièrement à plus de dix lieues de la côte. Les vents du sud-est sont rares dans ces parages.

Sur la côte occidentale de Madagascar, la brise du N.-E. règne perpétuellement d'octobre en avril, le reste de l'année elle varie du S. à l'O., depuis midi jusqu'au soir, pendant la nuit, elle passe du sud à l'est et se fixe au matin dans cette dernière aire de vent.

236 LIVRE n. CHAPITRE I.

C'est déterre que viennent la plupart des orages. Les nuagesrefoulés dans le jour par la brise de nordest sur les montagnes de Madagascar, y forment, vers, le soir une large bande bleue bien connue des navigateurs; puis, violemment repoussés vers le large, dans la nuit et quelquefois avant le coucher du soleil, ils laissent échapper de leur sein la pluie, les éclairs et la foudre. Quant aux ouragans, ils n'exercent jamais leurs ravages sur une grande étendue de territoire. Ils paraissent moins à craindre dans le nord que dans les autres parties.

L'insalubrité reprochée, de tout temps, au climat des côtes de Madagascar lui est commune avec celle de toutes les régions de terres basses situées entre les tropiques où les mêmes causes amènent les mêmes effets. Elle est presque exclusivement due aux pluies diluviales qui inondent chaque année le pays et surtout au débordement des rivières dont les eaux, fréquemment arrêtées par les sables qu'y accumulent les vents généraux et l'action des flots, se répandent sur un sol bas et plat qu'ils envahissent. Cette observation est surtout applicable à la côte orientale de l'île , du fort Dauphin à la baie d'Antongil. En janvier et février, lorsque les fortes chaleurs arrivent et dessèchent une partie de ces marais, où beaucoup de matières végétales et animales sont en décomposition, il s'exhale de leur sein des miasmes délétères que les vents, arrêtés par les montagnes et les forêts du littoral, ne peuvent emporter au loin et qui, maintenues ainsi dans

GÉOGRAPHIE DE l/iLE DK MADAGASCAR. 237

les lieux mêmes où ils croupissent, engemirent, notamment cl Manghafia, à Angontsy, à Tamatave, à Foulepointe et à Sainte-Marie, les fièvres meurtrières qui y régnent particulièrement à cette époque. C'est à ces miasmes mortifères qui régnent le long delà côte orientale, surtout pendant six mois de l'année, que cette côte doit le funèbre surnom qui lui a été donné par les blancs effrayés de Cimciièrc (les Européens. Les indigènes de l'intérieur n'en sont pas plus à l'abri que ces derniers. Il a été reconnu, du reste, que ces fièvres ne sont pas différentes de celles de la Zélande et de Ilocliefort. Elles sont surtout bilieuses et ne deviennent putrides ou malignes que lorsqu'on les néglige ou qu'on emploie dans leur traitement des médicaments contraires ou insuffisants. Elles cèdent assez ordinairement à d'abondantes transpirations, à une forte dose de sulfate de quinine. Des douleurs aux articulations, une pesanteur de tête insupporta])le annoncent la présence du fléau.

La côte orientale de Madagascar ne cessera d'être insalubre que lorsqu'on aura détruit les causes qui la rendent telle ; opération gigantesque sans doute, mais qui n'a rien d'impossible avec les procédés de dessèchement que la civilisation européenne pourrait mettre aux mains des naturels.

Le littoral occidental et surtout le littoral nord de Madagascar, sont complètement exempts de l'insalubrité reprochée à la côte orientale. On trouve sur la côte nord des plateaux élevés, parfaitement

exposés aux brises de la haute mer. Les forêts y sont éloignées du rivage qui ne présente que des arbres disséminés parmi lesquels l'air circule librement. Les marais y sont rares et peu étendus, les pluies moins fréquentes et la température plus sèche que dans l'Est. Les marins qui ont visité ces parages et qui y ont séjourné quelquefois, pendant toute la durée de l'hivernage , s'accordent à dire qu'il n'y règne ni fièvres ni autres maladies endémiques ou épidémiques, à aucune époque de l'année '.

Il y a parfois quelques ouragans à Madagascar ; mais ils n'exercent jamais leurs ravages sur une grande étendue de territoire et méritent tout au plus le nom de rafales, si on les compare à ceux qui désolent, de temps à autre, les îles Bourbon et Maurice. Les ouragans paraissent, du reste, moins à craindre dans le nord de Madagascar que dans les autres parties de File. Les raz de marée sont assez fréquents sur les côtes de l'île ; mais sur toute la côte orientale qui s'étend du fort Dauphin à la baie de Diego-Suarez, la mer ne s'élève guère de plus d'un mètre dans les plus fortes marées, tandis qu'à la côte occidentale, la mer monte de deux à trois mètres.

Du reste, les miasmes morbides des côtes de Madagascar, lorsque ces côtes sont peu salubres, n'é-

' Xotices statistiques publiées par le Ministère de la marine , 18iO, 4<= partie, page 27.

tendent leurs influence qu'à dix lieues à peine dans l'intérieur des terres. A cette distance de la mer, le sol est déjà plus élevé, l'air y est généralement plus frais et le pays devient de plus en plus sain, à mesure qu'on y pénètre. Si, au delà des côtes, on observe quelques maladies, elles sont dues à des causes tout à fait étrangères au climat. La salubrité des plateaux de l'intérieur, habités par les Hovas est même renommée. Des voyageurs ont été jusqu'à dire que, sous ce rapport, le climat de la province d'Ancove était supérieur au climat de la France.

Les caractères géologiques de Madagascar sont aussi remarqualiles que variés, mais ils n'ont été jusqu'à présent que très-superficiellement étudiés. Les formations primitives apparaissent dans un grand nombre de localités où l'on voit le granit, la syénite et des blocs d'un quartz singulièrement pur, souvent accompagné d'un quartz rose trèsbeau. On y rencontre aussi fréquemment un cyst entrecoupé de larges veines de quartz et une substance ressemblant au grauwacke. Les formations schisteuses y sont étendues, et on y a observé le silex entremêlés d'une belle chalcédoine, le calcaire primitif, ainsi que différentes espèces de grès. De superbes cristaux de scliorl se rencontrent fréquemment dans le pays des Betsiléos, où l'on a trouvé aussi des fossiles nombreux de serpents, de lézards, de caméléons et de végétaux revêtus d'une enveloppe calcaire. Quelques indices, des exploi-

talions même, signalent la présence du terrain carbonifère sur plusieurs points. La pierre à chaux ne paraît pas exister dans les parties orientales, où les divers coraux la remplacent d'une manière avantageuse.

On voit quelquefois dans le Betsiléo, sur une étendue de plusieurs milles, des masses d'une lave terreuse homogène ; d'autres laves y abondent en beaux cristaux d'olivine ; les scories et les pierresponces se montrent sur plusieurs points. Mais cette partie de l'île n'est pas la seule où l'action violente des anciens foyers volcaniques ait été signalée. Sur la route d'Andevourante à Tananarive , dans la vallée des Bezonzons (Bezanozano) , des crevasses considérables, des pierres noires et brûlées annoncent que des feux aujourd'hui éteints ont bouleversé jadis cette contrée. Au N.-E. de la capitale du Ménabé et à quelque distance, se dresse la cime noirâtre du mont Taugounj aux flancs arides. Un cratère ouvert à son sommet, plusieurs cavités considérables d'où jaillissent les sources du Ranouminti (l'eau noire), des éboulements de terre et des laves ne permettent pas de douter que ce ne soit un ancien volcan. La tradition du pays vient du reste confirmer cette assertion. « Tu vois, disait un indigène à un voyageur, en indiquant les cavernes de la montagne, la demeure de celui que les Sakalaves appellent l'ennemi des hommes; c'est sous ces voûtes ténébreuses qu'il a bâti son palais ; il est le maître du feu qui dévorerait, s'il le voulait, les

GÉOGRAPHIE DE l'iLE DE MADAGASCAR. 241

Malegaches et leurs troupeaux. La terre elle-même ne pourrait résister à son intensité. Aussi le roi Ramitrah a-t-il soin, pour apaiser ce génie, de lui sacrifier des taureaux, à toutes les nouvelles et pleines lunes; car ce sont les époques où il a soif de sang. Les Ombiaches et les Ampaanzares disent que plusieurs générations des Sakalaves ont existé avant celle que tu vois et que toutes ont été ensevelies dans l'estomac de feu du géant. Cependant depuis plusieurs siècles, il reste enfermé dans son palais, couché sur des monceaux d'or, qui lui servent de lit. »

Aujourd'hui l'action volcanique paraît avoir entièrement cessé à Madagascar. Des voyageurs ont assuré à Dumaine qu'il existait un volcan au nordouest de la baie de Diego-Suarez, auprès de l'ile que les Anglais ont nommée Woody Island, l'île boisée. Toutefois, les voyageurs qui ont le plus récemment exploré ces parages ne signalent rien de ce genre.

Les terres des provinces du nord de Madagascar sont noires et vigoureuses , aussi le Bouéni est-il une des plus fertiles contrées de l'île. Celles du milieu de la côte de l'est sont sablonneuses jusqu'à une ou deux lieues des bords de la mer. Plus loin, la végétation devient très-riche. Dans le Sud, c'est-à-dire vers Sainte-Luce, le terrain est mêlé de sable, mais il est supérieur aux terres qui avoisinent le cap Sainte-Marie. Celles des environs du fort Dauphin sont excellentes. La partie peu mon-

tagneuse du pays des Sakalaves du Nord (le Bouéni) est fertile, surtout près des rivières et des marais et abonde en fataka et en esquine, fourrages excellents. La plus grande partie des plateaux de Tintérieur est au contraire rocailleuse et stérile; le terrain y est en général ocreux et ferrugineux. Dans la province d'Andrantsaï, qu'habitent les Betsiléos, les terres sont noires, brunes, rouges, jaunes et blanches. Le sol rouge y est le plus commun et il est extrêmement productif. Tels sont les champs rougeâtres des Bétanimènes.

On se ferait difficilement une idée de la richesse et de l'abondance des productions végétales de Madagascar, et elle a de tout temps excité l'étonnement et l'admiration des voyageurs qui l'ont visitée. Les botanistes surtout en ont été ravis. « Quel admirable pays que Madagascar ! écrivait Commerson à Lalande en 1771. Il mériterait seul non pas un observateur ambulant, mais des académies entières. C'est à Madagascar que je puis annoncer aux naturalistes qu'est la terre de promission pour eux. C'est là que la nature semble s'être retirée comme dans un sanctuaire particulier pour travailler sur d'autres modèles que ceux dont elle s'est servie ailleurs : les formes les plus insolites, les plus merveilleuses, s'y rencontrent à chaque pas. Le Dioscoride du Nord (Linnée) y trouverait de quoi faire dix éditions de son Système de la nature et finirait par convenir de bonne foi qu'on n'a soulevé qu'un coin du voile qui la couvre. »

géograpiiib: dk l'île de Madagascar. 243

Plusieurs naturalistes ont , depuis lors, exploré quelques filons de cette inépuisable mine et se sont toujours retirés en avouant qu'elle lasserait Tactivité des hommes les plus ardents pour la science. Nous ne saurions donc avoir la prétention de donner ici la nomenclature définitive de toutes les plantes, de tous les arbres et arbustes connus de Madagascar. En nous bornant aux plus remarquables et à ceux dont l'homme a su tirer parti, notre nomenclature sera encore assez longue. Voici une énumération succincte qui peut en être faite : le fotabe {barringtonia speciosa), le filao (casuarina equiselifoUa) , le baobab (adansonia) qui abonde sur la côte occidentale ; le rofia, espèce de cyrus précieux pour les indigènes ; l'ampaly, espèce de moriis dont la feuille rugueuse est employée à polir le bois; Vavoha (dais Madagascanensis) avec lequel on fait, sur la côte de l'est, une sorte de papier grossier; le tapia ediills, qui sert de nourriture aux vers-à-soie indigènes ; l'amiena (urtica furialis), Taviavy, espèce de figuier indien, l'aniontana et le voara, autres variétés du môme arbre ; le bétel indien; le foraha, callophijllum inophijlliim ou dragonnier, le vakoa (vaqiioi) ou Pandanus, dont il y a trois espèces : P. hofa, P. sylvestris, P. longifolius Ijymmidalis, la dernière qui fleurit à la baie d'Antongil, et le bambou [bamhusa arnndinacea) assez abondant pour avoir donné son nom, do/o, à ce pays appelé I-volo-ina.

L'azaina (azign de Chapelier) est regardé comme

im des arbres les plus utiles de ^Madagascar ; c'est le cJirysopia dont il y a cfuatre espèces et qui appartient à la famille des guttifères. Il vient très-droit, ne pousse de branches qu'à son sommet en forme de couronne, atteint 60 pieds et assez de grosseur pour donner 2 pieds d'équarissage. Les indigènes en extraient une résine ou suc jaune appelé Litsy, cjui leur sert à fixer leurs couteaux et autres objets dans leurs manches. On emploie le tronc de cet arbre pour la construction des pirogues, à laquelle sert aussi singulièrement \e rounoutre ou arbre chevelu. Lliymcnwa verrucosa fournit une abondante quantité de gomme copal. Le vouhéma, qui donne la gomme élastique, y abonde, ainsi que le roindambo, espèce de smilox,- Favozo, laurus sassafras, le cubèbe, le bélahy, espèce de simaroiiba, mais il ne paraît pas y exister de salsepareille. Le zahana, bignonia articulata, et le voankitsihity, le bujnonia telfaria de Boyer, fournissent les zagaies ou javelots, les cannes, etc. Le zozoro est le papyrus de Madagascar. On y voit plusieurs espèces dliibisciis et de mimosa; ce dernier arbre appelé fano, se voit fréquemment auprès des tombes des Vazimbas, l'autre sert à fabriquer des cordages et un feutre grossier. Les bords delà Sohani, de la Manamboule, de la Maramouki et d'autres rivières du pays sakalave, surtout au sud, abondent en bois de sandal.

Il faut ajouter à cette liste un nombre prodigieux d'orchidées et de fougères, Torseille, très-commun sur les roches des bords de la mer ; le seva, buddleia

Madcuj. ; V arivou-taon-vélou (mille ans de vie) , la panacée des Malegaches ; le cylisus caja, ou pois à pigeon (en malegache Ambarivatnj); le songosongo une belle espèce d'euphorbe, dont on environne souvent les terres cultivées; le laingio, sophoniciis lingiim, dont les indigènes se servent pour nettoyer leurs dents, enfin le tanghiniaveneniflua qu'un usage terrible a rendu célèbre. Nous en reparlerons avec détail en étudiant les mœurs et les coutumes des peuples de Madagascar.

Un arbre dont il est fréquemment question dans les relations est le ravinala [Uranisas peciosa) connu des Européens et des créoles des îles de France et de Bourbon sous le nom d'arbre du voyageur, parce que l'on trouve entre les aisselles de ses feuilles de l'eau très-fraîche et très-bonne à boire; il a le tronc d'un palmier et les feuilles d'un bananier avec cette différence que, plus épaisses et plus fortes, elles se redressent vigoureusement et se disposent en éventail régulier au sommet de l'arbre. Le bois du ravinala sert à former la charpente, les feuilles les parois extérieures, les cloisons et le toit des cases. On emploie sa feuille à d'autres usages domestiques. Le ravinala croît près des ruisseaux et dans les marécages, et non dans des lieux secs et arides, comme on l'a prétendu pour colorer d'un peu de merveilleux la propriété qu'il a de fournir au voyageur altéré une boisson rafraîchissante, qui n'est autre que de l'eau de pluie.

Madagascar possède de riches épices; VagatJio-

plujUum aromaticinn, traduction de l'appellation indigène ravintsara, la feuille excellente, ainsi nommée à cause de sa délicieuse odeur; le longoza, curciima zedoaria, le gingembre, le poivre sauvage, le capsicum , le tantamo, ciirciima lomja. On extrait de différents arbres douze espèces d'huiles, dont la plus connue est celle de palma-christi.

Le riz est aujourd'hui la plus importante production agricole du pays. On n'en distingue pas moins de onze variétés, qui toutes donnent des produits considérables dans les terres propres à la culture de cette céréale. Il y en a plusieurs espèces qui se cultivent dans les terrains secs, et qui, sans être aussi productives que celles des terres humides, donnent cependant des récoltes abondantes et d'aussi bonne qualité. Le riz de Manourou est le plus beau de l'île ; on lui préfère cependant, à Bourbon, un riz rouge qui vient des environs du fort Dauphin. Les vieillards s'accordent à dire que l'introduction du riz à Madagascar est récente ; mais il est probable qu'ils entendent par là son introduction dans l'intérieur, car Flacourt, il y a déjà plus de deux siècles, donne la description des différentes espèces de riz cultivées dans l'île. On pense aussi qu'il n'y a pas plus de 150 ans que le cocotier a commencé à croître à Madagascar, où sa noix, selon quelques naturalistes, aura été jetée sur le rivage par les vagues. L'arbre à pain y est d'une origine encore plus moderne, mais la patate et la banane y sont connues de temps immémo-

GÉOGRAPHIE DE l'iLE DE MADAGASCAR. 247

rial. On y recueille différentes espèces d'ignames appelées par les naturels ovy, du manioc (mangahazo), du maïs, du gros millet, plusieurs espèces de fèves, des concombres, des melons, des pommes de pin, des noix de terre, des choux, des ognons, des girauraonts. Les citrons, les oranges, les limons, les pêches, les mûres, y croissent merveilleusement, et on voit encore au voisinage du fort Dauphin la plantation d'orangers qu'y firent jadis les Français. La base de la nourriture des Sakalaves du Sud est l'arrow-rout. Le sagoutier est un arbre indigène à Madagascar et la canne à sucre y est cultivée sur un grand nombre de points.

Beaucoup de racines et de plantes potagères venant pour la plupart du cap de Bonne-Espérance ou d'Europe, y ont été introduites, dans ces derniers temps, par les voyageurs ou les missionnaires anglais. L'île doit à ces derniers plusieurs variétés de la vigne du Cap, le figuier du Cap, les grenades, et seulement comme essai, les noix et les amandes. Le pays d'Ancove est du reste le seul endroit où l'on trouve du raisin, qui pourrait être bon, si l'on attendait pour le cueillir qu'il eût atteint sa maturité. Les vignes y viennent sans culture et produiraient assez pour faire du vin, mais les Hovas ne savent pas en tirer parti. Le froment, l'orge et l'avoine sont peu estimés des indigènes et semblent du reste ne se plaire que médiocrement dans le pays. Il n'en est pas de même de la pomme de terre qui y est très-recherchée.

Dans les différents lieux de la côte orientale, à Tamatave, à Mananzari, où l'on a planté le café, il a parfaitement réussi. Son produit était comparable aux meilleures sortes de Bourbon.

Le tabac de Madagascar est d'une qualité supérieure ; il réussit également bien dans l'intérieur et sur les côtes. Le coton dont les importations annuelles vont en France à près de cent millions de livres, réussit admirablement bien dans les basses terres comme sur les plateaux du centre, dans l'Ancove. Dans toutes les terres légères de l'île, on voit croître spontanément trois espèces d'indigotier et les naturels sont depuis longtemps en possession de moyens plus ou moins perfectionnés d'appliquer le principe colorant de cette plante à la teinture de leurs vêtements.

Le bois d'ébène que l'on a tiré jusqu'à présent de Madagascar, est ordinairement d'une qualité inférieure. Cela vient de ce qu'il est coupé dans les forêts marécageuses, où l'exploitation en est bien plus facile ; mais dans l'intérieur et dans la partie nord de l'île, entre Yohémar et Diego-Suarez, on trouve des forêts en terrain sec où la qualité de ce bois est de beaucoup supérieure, et égale à celui de Maurice ; c'est là que croît la plus belle espèce d'ébène, le diospyrus ebenaster.

Quelques espèces de bois d'aigle, de benjoin et de rose se trouvent dans les forêts de Madagascar, qui abondent aussi en une foule d'autres arbres donnant les matières premières nécessaires aux

GÉOGRAPHIE DE l'iLE DE MADAGASCAR. 249

ateliers de teinture, de marqueterie et de tabletterie. On y trouve encore des écorces fort estimées, telles que le quinquina rouge. Elle renferme un nombre considérable de copalliers. L'étendue de ses forêts est immense et elles traversent l'île dans toutes les directions, se développant surtout le long des plateaux inférieurs, comme pour défendre l'approche de la région centrale. Là, au milieu d'une solitude qui n'est pour ainsi dire jamais troublée, sous la double influence d'un soleil tropical et d'une atmosphère humide, la plante naît et meurt en revêtant sans cesse les formes infinies et inépuisables d'une spontanéité que rien n'arrête. Depuis la création , il s'y produit dans le silence des phénomènes admirables, rare privilège d'un petit nombre de régions de ce globe, et dont l'imposante grandeur n'a pu être explorée encore par aucun œil humain doué d'intelligence et de sagacité comparative. En présence de ce monde d'une richesse si merveilleuse, ne doit-on pas déplorer amèrement les difficultés qui depuis si longtemps en séparent la civilisation, et la science sa compagne? Des taillis presque impénétrables, traversés dans tous les sens par des lianes et des plantes parasites sans nombre, s'y opposent incessamment à la marche du voyageur qui, pour prix de son courage, se trouve parfois exposé à l'influence funeste d'un air vicié que les courants ne peuvent renouveler, aux dangers des éboulements subits et des précipices inconnus ; car la plupart de ces grands

bois courent à perte de vue sur le flanc des chaînes qu'elles transforment en un vaste amphithéâtre d'éternelle verdure.

Les quatre principales forêts de Madagascar sont Alamazaotra, Ifoliara, Bémarana et Betsimihisatra, qui n'en font pour ainsi dire qu'une seule traversant, semblable à une immense ceinture, toutes les provinces de l'île sous des noms d'ailleurs différents. Ainsi sur la route d'Andévourante à Tananarive on l'appelle foret de Fanghourou et le chemin de cette dernière ville à la baie de Bombetok la traverse en un point où, sous le nom d'Anghala-Vouri, elle sépare le Bouéni de l'Antsianac. La vaste forêt de Magnérineri, qui couvre toute la partie orientale de l'Ambougou n'est encore qu'un morceau de cet immense cordon. Les productions végétales de Madagascar sont du reste peut-être bien moins remarquables encore par leur nombre que par leur variété , et si l'on a bien saisi ce que nous avons dit plus haut de la nature de sa surface , on comprendra facilement cette vérité. En effet, sur les plans inclinés qui conduisent de la mer à plusieurs mille pieds au-dessus de son niveau on rencontre pour ainsi dire, toutes les températures. Aussi les cultures intertropicales et celles des régions tempérées s'y trouvent-elles dans d'admirables conditions, selon les zones dans lesquelles les y ont placées la main de l'homme ou la main de Dieu ! Toutes les productions qui font la richesse des différentes nations du monde pourront se cultiver à Madagas-

car le jour où cette île magnifique sera clans les mains d'un peuple civilisé, actif et intelligent.

Le détroit qui sépare Madagascar de la côte d'Afrique est trop large, pour que les grands quadrupèdes de ce continent aient pu venir s'y fixer. Aussi n'y rencontre-t-on ni éléphants , ni lions, ni tigres, ni aucun des hôtes de nos forêts du continent. Madagascar a seulement des bisons, ou bœufs sauvages, des sangliers, des chats et des chiens errants, échappés à la domesticité et revenus à l'état sauvage. Quant aux animaux qui n'y ont pas été importés, tels que les makis (le Lcmnr de Linnée, en malgache Varik), les aye-aye, les tendracs, ils ont leur place propre dans l'échelle zoologique. Les sangliers sont de deux espèces ; la plus nombreuse est de la grosseur des nôtres. Leurs soies sont d'un brun foncé et deviennent très-dures, quand ils sont âgés; ils ont les habitudes du sanglier d'Europe, mais la structure de leur tête est différente ; celle de la laie est beaucoup plus allongée que celle du mâle. Elle aauxjouesdes os saillants qui laissent à peine apercevoir ses yeux dans les cavités profondes qui existent entre ces os et ceux du front. Mais si la tête de la laie est singulière, celle du sanglier est hideuse. Les sangliers de la petite espèce sont assez rares ; leur conformation est la même. Ces deux sangliers ont du reste plus de peine que les nôtres à se faire à la vie domestique. Les naturels les chassent aux chiens et armés de la zagaie. A Madagascar, on a tant de vénération pour ceux qui

252 LIVRE ir. — CHAPITRE I.

chassent le sanglier, que, partout où ils passent, on leur offre des bœufs en cadeaux. Les chasseurs sont même autorisés parla coutume à disposer, dans un pressant besoin, des choses qui sont nécessaires à la vie. C'est un privilège que Ton est convenu de leur accorder pour les récompenser des dangers qu'ils courent et reconnaître les services qu'ils rendent aux agriculteurs. En effet, dans les contrées où les chasses ne sont pas fréquentes, ces animaux sont très-nombreux, dévastent les rizières et détruisent une partie des récoltes. Le bison, appelé par les Malegaches ombé-hala (bœuf du bois), est encore plus terrible à chasser que le sanglier.

Le chien malegache ressemble au renard; il a le poil fauve, les oreilles droites, le museau allongé, la queue longue etfourrée. Un grand nombre vivent sauvages dans les forêts. Lorsqu'ils mènent la vie domestique, ils paraissent avoir moins d'instinct que les nôtres. Ceux d'Ancaye sont renommés dans l'île pour la chasse au sanglier.

11 y a plusieurs espèces de makis ; les plus petites et les plus jolies sont de la grandeur d'un chat ordinaire, mais plus minces. Leur fourrure tachetée de gris, de blanc et de noir, ressemble à celle de l'hermine et pourrait avoir de la valeur en Europe, s'il était possible delà conserver : on pourrait s'en procurer par milliers. La plus grande de toutes les makes est noire et blanche ; elle a à son cou une sorte de fraise noire qui contraste singulièrement avec l'extrême blancheur du reste du corps.

GÉOGRAPHIE DE l'iLE DE MADAGASCAR. 253

Ses pattes sont, en outre, couvertes jusqu'aux genoux de poils noirs disposés exactement comme des gants de Crispin. Sa queue est d'un noir luisant; elle est grosse comme un angora et de mœurs trèsdouces.

Le tendrac n'est pas un des animaux les moins curieux qu'il y ait à Madagascar, où il remplace les fourmilliers d'Amérique ; il est gros comme un lapin domestique. 11 dort en terre pendant près de sept mois, s'engraisse et devient excellent à manger; ses formes et son organisation ne diffèrent pas ])eaucoupde celle du hérisson. Ce dernier animal appelé sora est très-commun. L'écureuil ou voun-lsira est plus gros, plus court et plus gracieux que le nôtre, sa queue est moins grande et moins touffue, son poil est d'une couleur plus agréable. Le nombre des rats est quelquefois prodigieux. Le caméléon est commun et est devenu , par suite d'une tradition superstitieuse , un objet d'effroi pour les femmes malegaches. Aux troncs et aux branches des arbres on voit souvent suspendues des chauves-souris grosses comme des poules et dont la chair est aussi bonne que celle du lièvre. Les petites chauves-souris ressemblent à celles d'Europe. On nomme babakoute (père-enfanl, en malegache) une espèce de singe. Lesplus grands ont trois pieds de haut; ils sont presque toujours par troupes et n'habitent que les grands bois ; leur poil est ras et de la couleur de celui de la souris ; ils n'ont pas de queue. Ces animaux qui ont physiquement du rapport avec l'orang-ou-

Lang, ont, comme lui, plusieurs des habitudes de l'homme.

Les espèces ailées sont très-variées à Madagascar. Les forêts sont peuplées de colibris au plumage brillant, de pintades, de merles, de faisans, de perdrix , de veuves au dos noir et au ventre orange, de perruches noires babillardes, de perroquets noirs, de ramiers verts, de pigeons bleus ou hollandais à la crête rouge. Les perroquets sont plus gros que ceux que Ton voit en Europe et parlent plus distinctement. Souvent, en longeant une rivière , on aperçoit tranquillement posé sur une feuille de songe (plante aquatique), un oiseau gros comme un pigeon, au plumage roux, que les Malegaches appellent vouroun saranoun (l'oiseau de bon augure), et qui, selon eux, étant le protecteur des hommes, leur annonce toujours la présence du caïman. Aux bords des rivières et des lacs apparaissent sans nombre le sirira, sarcelle à la tête rouge, le vouroun-kouik, au plumage brillant, la spatule, remarquable par sa couleur de feu, le ka- ])ouk, sorte de cygne gris orné d'une crête bleue et rouge, la bécassine, la poule d'eau, le héron. Audessus des rivages des mers planent le courli en corbigeau au cri mélancolique, l'alouette de mer, la frégate, le fou, qui doit son nom à la facilité avec laquelle il se laisse prendre. Parmi les oiseaux de proie, on remarque le vom'oun-mahère, ce qui, dans la langue malegache, signifie oiseau fort, courageux. 11 est beaucoup plus grand que l'épervier

GÉOGRAPHIE DE l'iLE DE MADAGASCAR. 255

auquel il ressemble , et ne se trouve que sur les hautes montagnes d'Ancove, où il fait son nid dans les cavités des rochers les plus sauvages et les plus escarpés. Radama, roi des Hovas, en avait fait un Oiseau Royal qu'il plaçait, entouré de brillants, sur la décoration qu'il avait fondée , comme une sorte d'ordre de la Légion-d'Honneur , pour récompenser les services et le mérite de ceux de ses sujets (|ui savaient se faire distinguer de lui.

La volaille est abondante partout. « Le coq blanc, disent les Betsimsaracs, est l'oiseau chéri du géant Dérafif, fils de Zanaar (le bon génie), le protecteur des habitants de celte terre. Le coq blanc a le pouvoir de nous soustraire aux embûches des mauvais esprits ; il exerce sur les chefs des villages où nous passons une influence favorable et les dispose à nous bien recevoir; enfin, lorsque l'on traverse la forêt, il préserve les chiens de la dent meurtrière du sanglier, qui, frappé de vertige, vient lui-même se précipiter sur le fer aigu des zagaies. » Aussi se met-on rarement en route à Tamatave sans emporter un coq blanc qui doit d'ailleurs être toujours bien nourri ?

La mouche phosphorescente se trouve par milliers à Madagascar , surtout pendant les chaleurs de l'hivernage , et les papillons y sont magnifiques. Il y a dans l'île quelques insectes malfaisants et même dangereux, tels que le scorpion et une araignée noire, grosse comme un petit crabe, qui vit sous terre et dont la piqûre est mortelle ; elle est

256 HVRK II. CHAPITRE I.

heureusement assez rare. Les sauterelles se montrent quelquefois clans l'air par masses noires et compactes, pour s'abattre sur les champs de riz. Elles ressemblent à la cigale d'Europe, ont le corps gris, et les ailes d'un brun foncé. Le ver-à-soie est particulier aux environs du fort Dauphin, et on y voit, dans les bois que l'on traverse en marchant vers l'orient, des cocons aussi gros que des concombres. Les Malegaches en cardent la soie et la filent avec des fuseaux de bambous. On trouve dans les ruisseaux de grosses sangsues comme les nôtres, et dans les prairies humides beaucoup de sangsues de la grosseur d'une aiguille et très-vivaces. Les premières ne prennent pas; les autres piquent, au contraire , douloureusement et ne tirent que très-peu de sang, ce qui oblige à les poser en nombre considérable. Il y a, à Madagascar, des serpens de diverses espèces et de grosseurs différentes; un voyageur en a tué un de seize pieds de long, dont la morsure était inoffensive. Les côtes sont fréquentées sur plusieurs points parle caret {testudo omhricata) qui ne diffère de la tortue de mer que parce qu'il est moins gros, et que sa carapace donne de l'écaillé travaillée dans les arts. Un autre amphibie, qui n'est d'aucune utilité, est le caïman , la terreur des eaux. Il y en a qui ont jusqu'à i!x pieds de longueur.

Les Malegaches prennent les caïmans à peu près de la même manière qu'on le fait en Egypte, c'està-dire au moyen d'un émerillon de bois très-dur

GÉOGRAPHIE DE l'iLE DE MADAGASCAR. 257

semblable à ceux dont on se sert pour pêcher les requins. Ils y accrochent, pour appât, un morceau de bœuf et le déposent sur le bord des eaux. Plusieurs hommes cachés dans les joncs tiennent une corde à laquelle cet appareil est fixé et attendent que l'animal l'ait avalé, puis deux ou trois d'entre eux résistent aux efforts qu'il fait poifr s'en débarrasser pendant que d'autres l'attaquent et le tuent à coups de zagaie. Du reste, malgré l'effroi général qu'inspirent les caïmans, les Malegaches prétendent qu'ils ne sont pas tous dangereux. Dans quelques endroits, ils s'opposent même à ce qu'on les tue et les Antarayes les regardent même comme leurs dieux protecteurs. A Matatane, chez les Anta'ymours, ils jouissent d'un singulier privilège; on leur laisse, nous le verrons plus tard, le soin de rendre la justice.

Le mulet, (en malegache zompou ou rompou) la carpe et le gourami [osphroncmus olfax de Commerson) sont les meilleurs poissons d'eau douce de Madagascar. Ils sont abondants et très-gras après l'hivernage. Le mulet est plus gros de corps que celui d'Europe, mais sa tête, terminée en pointe, est beaucoup plus petite ; il a le goût du saumon ; les plus gros ont trois pieds de long. Le gourami est un poisson plat qui devient plus grand que le turbot ; sa chair est blanche et délicate. La carpe ne diffère pas de la nôtre. On trouve à Madagascar un poisson monstrueux qui ressemble à la vieille; sa chair est insipide et dégoûtante, tant elle est hui-

leuse. Il devient aussi gros que les plus forts marsouins et dévore quelquefois les enfants qui se baignent. La mer, à la hauteur d'Andévourante, est fréquentée par des baleines ; mais les Malegaches ne harponnent que les baleineaux.

La minéralogie de Madagascar n'est guère mieux explorée que les autres branches de son histoire naturelle. On y a nié l'existence de l'or, annoncée d'une manière positive par d'anciens voyageurs dignes de foi, mais des indices certains ne permettent plus de douter de la présence de ce précieux métal. D'ailleurs, s'il nous était permis déjuger de ce fait par ce qui a lieu dans le voisinage, nous nous déciderions pour l'affirmative, car les chaînes de l'Afrique orientale qui sont parallèles et d'une formation semblable à celle de Madagascar, offrent ce métal, mêlé au cuivre et au fer en très-grande abondance. On n'a pas signalé le cuivre dans la grande île malegaclie ; mais nous verrons que le fer y est répandu également à profusion. C'est là, d'ailleurs, un phénomène qui se répète à une bien plus grande distance, dans les montagnes du Brésil et les Andes du Chili, chaînes également méridiennes, c'est-à-dire parallèles aux chaînes africaines et malegaches, et dont les unes abondent en fer, les autres en cuivre. « J'ai appris, dit Flacourt, que vers le nord de la rivière d'Yonghe-lahé (VOngnlahé de la baie de Saint-Augustin) il y a un pays où l'on fouille de l'or. Et j'ai toujours ouï dire parles grands d'Anossi (province du sud) que

GÉOGRAPHIE DE l'iLE DE MADAGASCAR. 259

c'est vers ces pays-là qu'est la source de l'or. » Quelques Français qui avaient parcouru le sud de l'île virent de la poudre d'or entre les mains des indigènes. Nous avons rapporté la nature des croyances sakalaves au sujet du mont Tangoury. Ces traditions parlent de l'or qu'il recèle, et ce métal est si abondant sous ces rochers, que souvent pendant l'hivernage les pêcheurs de la Ranou-minti en trouvent des morceaux dans leurs filets. Les devins disent que le géant qui garde ce riche dépôt sera vaincu un jour par les Ombiaches venus de l'Orient, et qu'alors les Sakalaves pourront disposer des richesses du Tangoury. C'est dans l'espoir de reconnaître ces mines que M. Hastie, le célèbre agent anglais à Tananarive, poussa Radania à faire la queue au roi Ramitrah, grand chef des Sakalaves du Sud. Les Malegaches assurent que leur île possède des mines d'argent, et d'anciens voyageurs affirment en avoir reconnu le minerai. Les Antscianacs sont surtout riches en argent ; c'est le peuple de l'île qui en possède le plus , mais on ne sait s'ils le tirent de leur sol. Toujours est-il que l'île où s'élevait leur capitale, au milieu d'un grand lac, se nomme A^ossil'o/a, l'île d'Argent.

Le enivre paraît n'être l'objet d'aucune exploitation, mais il n'en est pas de même du fer, dont les riches, on pourrait dire les inépuisables minerais sont mis à profit sur un grand nombre de points. Le plateau central, le Retsiléo, l'Ancôve, l'Antscianac sont surtout remarquables à cet égard, et avant

d'être les maîtres de Madagascar, les Hovas avaient acc{uis une grande réputation relative comme forgerons de fer. Les monts Ambohimiangara, à l'ouest de Tananarive, en renferment de telles masses, que les indigènes les ont surnommés montagnes de fer. Dans le Ménabé(côte occidentale), le minerai de fer est très-abondant et d'une extraction facile. Les gites les plus riches sont entre leSizouboungbi et la Mouroundava. Une vaste forge, située à Andavi, près de la capitale des Hovas, paraît être alimentée par la houille que l'on tire des environs. A 80 kilomètres au sud-ouest de Tananarive, on a découvert de l'oxyde de manganèse, et certains districts possèdent un grand amas de carbure de fer (mine de plomb) avec lequel les indigènes vernissent leur poterie. Les ocres et terres colorantes sont également abondants.

Les pierres précieuses, trouvées jusqu'à présent à Madagascar, ne sont ni très-belles ni très-variées; ce sont des améthystes, des aigues-marines, des opales. Mais le cristal de roche y est en monceaux d'une abondance et d'une beauté extraordinaire. Fressange va jusqu'à donner aux plus gros blocs vingt pieds de circonférence, exagération qui peutêtre ne doit donner qu'une idée de leur dimension démesurée. Une des montagnes de Béfourne, sur la route de Tamatave à Tananarive, en est parsemée et brille d'un éclat magnifique, lorsque le soleil y darde ses rayons.

Le sel gemme paraît exister près de certaines par-

GÉOGRAPHIE DE l'iLE DE MADAGASCAR. 261

ties de la côte, et on y a observé des pyrites contenant une grande quantité de soufre. Le nitre, appelé sira taïuj, sel de terre, se montre à la surface des escarpements et d'autres endroits saillants.

Tel est l'exposé des richesses naturelles de Madagascar, ainsi que le donnent les rares explorateurs qui, jusqu'à ce jour, ont pu étudier, du point de vue de la science, la grande île africaine.

En un mot, le riz, le blé, le maïs, le coton, le safran, le tabac, l'indigo, la canne à sucre, la vigne, tous les arbres à épices et à fruits des climats intertropicaux, toutes les racines nutritives poussent spontanément dans cet admirable sol, où la croûte végétale profonde et vigoureuse n'a besoin que d'être remuée avec le pied et de recevoir des semailles pour les rendre, en quelques mois, au centuple. D'immenses savanes nourrissent des troupeaux innombrables de bœufs. Les vastes forets de l'intérieur offrent des arbres gommeux et résineux d'un précieux rapport et les plus beaux, les plus solides bois de construction. Enfin, si vous fouillez la terre, vous y trouverez les métaux les plus recherchés et les minéraux les plus utiles, l'or, l'argent, quelques pierreries, le fer, le cuivre, l'étain, le plomb, le mercure, le cristal, le sel gemme et la houille ellemême, ce produit qui joue aujourd'hui un si grand rôle dans notre industrie et dans notre navigation, comme si la nature prévoyante avait voulu ménager à nos vaisseaux à vapeur, àmoitiéchemin de l'Inde, un dépôt de cet indispensable combustible. Les cô-

tes, échancrées de baies spacieuses et de ports excellents, présentent à nos navires de guerre et de commerce toutes les ressources imaginables, les plus riches cargaisons, les vivres les plus abondants et les plus variés.

Tel est Madagascar, telle est cette île qui a toujours excité la convoitise des Européens, et si à tous les avantages du sol, à la facilité de ses abords, à la sûreté de ses mouillages, vous ajoutez celui de sa situation géographique; si vous songez qu'elle est là, jetée entre le cap de Bonne-Espérance et la presqu'île asiatique, comme pour dominer et interrompre au besoin la voie de l'Océan entre l'Europe et l'Inde , vous vous rendrez parfaitement compte de l'importance que la France paraît avoir sans cesse attachée à la possession de cette redoutable position militaire et maritime.

Page 1