FI.N DU CHAPITRE PREMIER
GÉOGRAPHIE DE l'iLE DE MADAGASCAR. 263
Ethnographie, Moeurs et coutumes.
Sommaire. — Population de l'île de Madagascar. — Chiffre approximatif de cette population. — Des trois classes principales. — On compte vingt-cinq tribus ou peuplades, à Madagascar. — Distribution de cette population sur la surface de l'île. — Trois zones générales. — Zone orientale. — Les Antankars. — Les Antavarts. — Les Bctsimsaracs. — Les Bétanimènes. — Les Ambanivoules. — Les Bezonzons. — Les Antancayes,
— Les Affravarls. — Les Antatchimes. — Les Anta'ymours. — Les Tsavouaï. — Les Tsafati. — Les Antarayes et les Antanosses.
— Zone occidentale. — Les Sakalaves. — Les Sakalaves du Bouéni, de l'Ambongou , duMénabc. — LeFéercgne. — Les Mahafales. — Zone centrale. — Les Antscianacs. — Les Hovas. — Les Betsiléos. — Les Vourimes. — Les Machicores. — Les Androuy,
— Les Antarapates et les Caremboules. — Caractères physiques et moraux des différentes tribus et des Malegaches en général.
— Leurs habitudes. — Leur origine. — Leurs préjugés. — Habitations. — Costumes. — Ablutions journalières. — Polygamie. — Naissance. — Funérailles. — Cérémonies qui les accompagnent.
— Musique et instruments de musique. — Le Fifanga. — Les Kabars. — Chant, danses et fêtes. — Eloquence des Malegaches.
— Le Fattidrah ou Serment du sang. — Hospitalité malegache. — Vie intérieure des naturels. — Religion. — Circoncision. — Devins. — Fanfoudis. — Lois pénales et jugement. — Epreuves judiciaires par l'eau, par le feu, par le tanguin, par les caïmans.
— Gouvernement. — Système militaire. — Organisation de l'armée. — Combat. — Retraite. — Retour au foyer. — Le Malagasy.
La population de l'île de Madagascar est trèsdiversement évaluée. Les uns, tels que les anciens
voyageurs, ne la portaient qu'à un million et demi d'habitants, les autres l'évaluent à 2,800,000 habitants, d'autres enfin, à quatre et à six millions. En réalité, il n'existe aucune donnée sérieuse qu'on puisse assigner comme base certaine à ces évaluations purement hypothétiques.
Les naturelsde Madagascar, quelles qu'en soient la tribu et l'origine, sont communément désignés sous le nom de Malegaches, corruption probable du mot Malagazi dont ils se servent, dit EUis, pour se dénommer eux-mêmes. Chacune des tribus a, en outre, un nom particulier.
Les tribus malegaches se partagent généralement en trois classes : les princes ou grands chefs, les hommes libres et les esclaves.
On reconnaît, à Madagascar, l'existence de vingtcinq tribus ou peuplades principales.
Nous avons déjà indiqué, en termes généraux, la disposition des principales d'entre elles sur le sol de l'île; nous allons reprendre cette énumération pour la compléter; mais en lui conservant toutefois la môme forme méthodique, afin de permettre au lecteur de se faire une idée précise de la situation relative de ces différentes tribus.
Les tribus malegaches se présentent naturellement, suivant trois zones bien tranchées; une de ces zones à l'est, comprenant tout le versant oriental, celui qui regarde Bourbon et f Océan Indien; une à l'ouest, tournée vers le continent africain ; une au centre, entre les deux autres, toutes trois disposées
dans la longueur de l'île. Voici les peuplades que comprend chacune d'elles , en allant du nord au sud.
Dans la zone orientale se trouvent les Antankars, les Antavarts, les Betsimsaracs, les Bétanimènes, les Ambanivoules, les Bezonzons, les Antancayes, les Affravarts, les Antatchimes, les Anta'ymours, les Tsavouaï ou Chavoaïes, les Tsafati ou Chaffates, les Antarayes et les Antanosses.
Dans la zone occidentale on rencontre les Sakalaves qui embrassent les trois quarts de sa longueur totale, et qui se divisent en Sakalaves du Bouéni ou du nord, en Sakalaves de l'Ambongou, du Ménabé ou du sud ; les Andraïvoulas du Féérègne, puis les Maliafales.
Dans la zone centrale sont les Antsianacs, les Hovas, les Betsiléos, les Vourimes, les Machicores, et les Androuy, qui comprennent les Antampates et les Caremboules.
Tous ces peuples sont d'origines diverses, ainsi que le montrent la différence de leurs types et celle de quelques-unes de leurs coutumes.
Les premiers hommes qui peuplèrent Madagascar vinrent naturellement de l'Afrique dont elle est voisine. Les caractères propres aux races ' de ce continent sont encore empreints sur la face de ses plus anciennes tribus. L'Arabie fournit aussi à plusieurs reprises aux émigrations qui s'y firent. Du reste, ces deux faits ne diffèrent pas de ceux qui ont été observés ailleurs et rentrent dans les phénomè-
' Le mol race est pris par nous dans le sens de variétés.
lies généraux sur lesquels s'appuient les grandes lois ethnographiques. Madagascar n'offre, quant à cette observation, rien de plus extraordinaire que la Grande-Bretagne, en Europe, que Formose, en Asie, que toutes les grandes îles peu éloignées des continents. Aussi n'est-il pas nécessaire d'insister sur ces faits. Mais là ne s'arrête pas ce que l'on peut avoir à dire de l'origine des peuples de l'île malegache. Ce qu'elle offre de singulier est la présence, au milieu de la population, d'individus appartenant à la race malaise dont le foyer est si lointain vers le nord-est, phénomène aussi extraordinaire que l'est, en Amérique, la présence des races européennes; plus extraordinaire encore peut-être , parce que celles-ci possédaient pour envahir le vieux monde des moyens d'une puissance bien supérieure à celle dont pouvaient disposer les navigateurs des grandes îles de l'Océanie occidentale.
Les trois races ainsi juxtaposées finirent par se rapprocher, et il en est résulté deux types principaux: l'un, caractérisé par un teint cuivré ou plutôt olivâtre; l'autre, par un teint noir ou brun foncé et des cheveux crépus. Cependant il est encore aujourd'hui assez facile de reconnaître, à Madagascar, laquelle des trois, chez chacune des peuplades de l'île, a laissé le plus de traces de son individualité.
Les Antankars ressemblent beaucoup aux Cafres; comme eux, ils ont les cheveux laineux, les lèvres épaisses et le nez épaté. Ils sont plus sauvages que
leurs voisins. On ne tronve pas chez eux cette vivacité, cette adresse, cette intelligence des populations Betsimsaracs.
Parmi les peuples de la côte de l'est, les Betsimsaracs et les Bétanimènes sont les plus connus des Européens qui ont avec eux, depuis plus de deux siècles, des relations suivies. Ils sont comme leurs voisins les Antavarts et les Ambanivoules, grands et bien faits ; leur couleur est le marron plus ou moins foncé ; leurs cheveux sont en général crépus. Ceux qui les ont légèrement ondulés ont une constitution moins vigoureuse avec des traits plus réguliers et plus délicats; leurs yeux ont une expression de douceur et de bonté qui inspire immédiatement aux blancs une confiance dont ils savent fort bien tirer parti. Les Betsimsaracs ont tous les vices de la civilisation, sans en avoir encore toutes les qualités. Cinquante Hovas suffiraient pour les mettre tous en fuite, tant ils sont indolents, paresseux et lâches ; ajoutez à cela que les Hovas sont en général porteurs de sabres et de fusils anglais à l'aide desquels cette petite tribu menace incessamment ses victimes désarmées et les frappe de terreur. Menteur par habitude et rampant par intérêt, le Betsimsarac se prosterne aux pieds du premier Blanc qui possède une bouteille d'arak, ou une aune de toile de coton. Il lui prodigue les épithètes les plus adulatrices ; il l'appelle son maître, son roi, son Dieu, et promet de le servir jusqu'à la mort. Les Bétanimènes diffèrent des Betsimsaracs en ce qu'ils sont moins
forts, moins actifs, moins bavards et aussi moins poltrons.
Les Bezonzons (Bezanozano), peuplade peu nombreuse qui se trouve entre les Bétanimènes et les Antancayes, sont des hommes de haute taille, gros et robustes ; leur cou est court, leur peau est noire ou brun foncé, et leurs cheveux généralement crépus. Le gouvernement deTananarive les utilise en les faisant travailler comme hommes de peine (Maromites).
Les Afîravarts sont une petite peuplade de guerriers, dont la bravoure et l'intrépidité ont été souvent redoutables à leurs adversaires.
Les Antatchimes, leurs voisins, sont grossiers et superstitieux, et, bien qu'ils n'aiment point voir les étrangers s'établir chez eux, ils accordent au voyageur la plus généreuse hospitalité.
Telles sont les tribus chez lesquelles domine encore le sang noir.
LesHovas, dont le nom est devenu célèbre, habitent, ainsi que nous l'avons déjà dit, les stériles vallées du centre de l'île. La tradition rapporte que leurs ancêtres arrivèrent à Madagascar sur une flotte nombreuse de prahos et qu'ils dépossédèrent, ou exterminèrent une partie de la race indigène. La tradition, du reste, est d'accord encela avec les faits, car les Hovas ont conservé d'une manière assez frappante les traits de la race malaise. Leur taille n'est pas haute, quoique assez bien prise. Leur teint estolivàtre,et,chez quelques individus, il est moins foncé que celui des habitants du midi de l'Europe.
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Les traits de leur visage ne sont pas saillants, et leur lèvre inférieure dépasse la supérieure, comme chez quelques peuples de la race caucasienne. Ils ont les cheveux noirs, droits ou bouclés, les yeux de couleur foncée ; ils sont agiles et vifs : mais ils manquent de force et se laissent facilement abattre par la fatigue. L'inteUigence des Hovas est assez développée et ils montrent à ces égards, sur la race noire, cette supériorité relative, qui est propre à la race jaune non mélangée. Leur habileté dans plusieurs genres d'industrie est aussi à remarquer. Malheureusement leurs qualités morales sont loin de mériter les mêmes éloges. Le peuple hova réunit en lui tous les vices des autres peuples de Madagascar. Les mauvais penchants de l'humanité semblent enracinés dans leurs cœurs, et ils étendent autour d'eux un cercle affreux de relations et d'exactions infâmes où dominentla haine, l'orgueil, l'insolence et la rapacité.
Les Betsiléos ou Hovas du sud sont, comme les Hovas proprement dits, élancés, agiles et très-libres dans leurs mouvements; ils ont les cheveux noirs et longs, mais le teint quelquefois cuivré, plus souvent d'un bistre foncé. Leurs mœurs sont douces et ils ont une prédilection marquée pour les travaux de l'agriculture. L'absence de l'énergie, de l'adresse et de la ruse, qui ont rendu les Hovas souverains de la plus grande partie de l'île, fait d'ailleurs des Betsiléos une race différente des Hovas du centre.
Deux peuples, les Antanscianacs et lesSakalaves,
le plus nombreux de l'Ile, tiennent à la fois de l'Africain et des Hovas; ils sont petits et forts sans être corpulents; leurs membres sont musculeux et bien conformés; leur teint est d'un noir foncé; leurs traits sont réguliers ; leur allure est libre et engageante. Ils ont les yeux noirs et le regard pénétrant. Au moral ils paraissent turbulents , vaniteux , insouciants de l'avenir, défiants par ignorance et souvent cruels par superstition. Mais ils ont beaucoup d'aniour-propre, une imagination vive, une intelligence assez facile , ils sont sobres, vigoureux, agiles, durs à la fatigue, capables d'enthousiasme et peu vindicatifs. Instruits et bien commandés, ils feraient d'excellents soldats.
Les Anla'ymours sont d'après leurs traditions originairesde laMekke etils conservent en effet des manuscrits fort anciens en caractères arabes. Ils ont le teint cuivré, les yeux vifs, les cheveux crépus; ce sont les plus superstitieux d'entre lesMalegaches, mais aussi les seuls qui, jusqu'à l'époque de la fondation d'écoles chez les Hovas, aient su prêter une attention suivie à l'instruction de leurs enfants.
On trouve encore d'autres Malegaches d'origine arabe dans le nord et dans l'ouest de l'île. Ils ont pour aïeux des Arabes mahométans attirés à Madagascar par le commerce et qui se sont mêlés avec les indigènes ; on les nomme les Antalotches.
Tels ont été les résultats du rapprochement des deux races immigrantes des Arabes et des Hovas
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avec les races africaines. Mais si la race indigène s'est généralement fondue avec elles , il y en a une petite portion , cependant, qui se tenant obstinément à l'écart, montre encore dans quelques cantons de l'île, la première population de Madagascar pure de tout mélange. Ces individus portent le nom de Vazimbas qu'on a ingénieusement rapproché de celui de Zimhas d'Afrique, en signalant ceux-ci comme leurs anciens frères.
Les Vazimbas sont trapus et forts ; leur peau est d'un rouge foncé, leurs lèvres sont larges et pendantes; ils ont le visage allongé, le front aplati, et, comme les nègres d'Afrique, des dents aiguës, qu'ils liment exprès. Leur croyance est à peu près la même que celle des Africains. Ils adorent un grand nombre de divinités et de génies malfaisants qui sont, disent-ils, occupés sans cesse à torturer les hommes. Les Vazimbas n'ont aucune industrie. Les produits de lâchasse et d'une culture grossière suffisent à leurs besoins. On assure que, quand ils formaient une nation, ils mangeaient leurs prisonniers et sacrifiaient des hommes. Ce fut cet usage féroce qui arma contreeux leursvoisins, et les fit exterminer. Aujourd'hui ils diminuent incessamment et ils finiront par ne plus même exister. Il y en a encore actuellement deux groupes dans la partie occidentale de l'île, l'un entre la rivière Manih ouSizoubounghi et la rivière dite Manamboule \
* Les Vazimbas sont peut-èlre les plus anciens habitants de Madagascar, mais ce ne sont pas les seuls qui soient venus d'Afrique
Les Sandangoiiatsis, que l'on a confondus à tort avec les Vazimbas, sont, au dire des anciens du pays, d'autres indigènes. Leur pays, comme celui de ces derniers, porte bien le nom de Miari , mais ils n'ont jamais été confondus avec eux par les indigènes et ils ont des coutumes tout à fait particulières.
On conçoit facilement que les Européens ne se sont pas montrés à Madagascar sans y laisser des traces de leur passage. Leur nom est étalâtes, altération probable du mot Mulâtres. Il y avait à Madagascar deux sortes de Malates ; les premiers enfants du pirate Tom, ont été puissants dans le nord ; mais leurs vices et leurs excès finirent par les faire détester.
Les autres Malates, issus de Français et de filles de chefs, exerçaient le pouvoir avec plus de modération et de justice à Tamatave et à Yvondrou, où ils avaient su se faire aimer. Simandré, célèbre dans les chants des indigènes de cette partie de l'île, était le petit-fils d'un Français nommé Laval, chef de traite à Madagascar.
Bien que la fusion entre les diverses races qui peuplent Madagascar soit loin d'être achevée, le
antérieurement aux Cafres ; seulement ils sont les seuls dont une partie se soit conservée pure de tout mélange. Leurs caractères physiques et entre autres la couleur de leur peau se retrouvent dans une partie seulement de la population actuelle. Cette même coloralion de la peau et leurs dents limées les rattachent aux populations rouges du Haut-Nil. Plusieurs peuples différents de l'Afrique ont incontestablement fait irruption sur la Grande-Terre.
climat, des rapports continuels, une organisation politique peu difTérente, ont donné aux habitudes, aux mœurs et aux coutumes de tous les Malegaclies un caractère de similitude si prononcé qu'il est possible de formuler à cet égard une description qui leur soit commune.
Ainsi on peut dire que, sauf quelques exceptions à cet égard,lesMalegaches,comme tous les peuples dans l'enfance, sont curieux, superficiels, superstitieux, ambitieux, vindicatifs, sensuels, crédules, prodigues. Leur aversion pour tout exercice, soit corporel, soit intellectuel, est assez prononcée. Ils sont paresseux, et, s'ils travaillent, ce n'est que par force; leur jeunesse se passe dans l'oisiveté et les divertissements, puis leur vieillesse s'écoule dans une indolence qui n'est jamais troublée par les remords. Ils ne regrettent point le passé et n'appréhendent pas l'avenir, nul projet de fortune ne les occupe. Vivant au jour le jour, le présent est tout pour eux, et ils passent leur vie à dormir, à chanter ou à danser, dès qu'ils ont du riz, du poisson ou des coquillages. Le travail pour eux consiste à construire des cabanes, abattre des arbres et nettoyer un peu la terre qui doit recevoir le riz ; ils ne se fatiguent jamais. Quand ils sont malades, ils boivent et mangent comme à l'ordinaire, sans se soucier de la vie ou de la mort.
Le désir de la domination a seul dévoilé aux princes hovasles avantages de l'éducation pour le peuple. Ce fut un des principaux motifs qui les poussa à accueillir les missionnaires anglais et a favoriser
l'enseignement clés éléments de la science parmi les habitants de leur royaume.
La dissimulation, le mensonge, la fourberie, loin d'être considérés par les Hovas comme des vices, sont, au contraire, les objets de leur sincère admiration. Dans leur opinion, la mauvaise foi et la ruse sont des signes de capacité, d'habileté, de talent. Aussi s' efforcent-ils de favoriser chez leurs enfants le développement de ces penchants funestes. On conçoit quels avantages ce système d'éducation joint à leur puissance matérielle , doit procurer aux Hovas dans toutes leurs transactions commerciales ou politiques avec d'autres peuples. Leurs diplomates, dignes élèves du prince Coroller, sont doués d'une finesse et d'une astuce dont les Européens ont peu l'idée.
La sensualité est générale à Madagascar. Chez la femme, la chasteté n'est point considérée comme une qualité. Jusqu'à l'époque de leur mariage, les fdles s'abandonnent aux impulsions énergiques de leurs sens. L'ivrognerie n'a aucune borne chez quelques tribus, et la passion des Malegaches pour l'arack dépasse tout ce que peut se figurer l'imagination. Mais, à côté de ces défauts, lesMalegaches ont des qualités précieuses. Ils sont bons, affectueux, complaisants, hospitaliers, et ces qualités se manifestent d'une manière si marquée que tous les étrangers qui ont vécu quelque temps avec eux en gardent un vif et précieux souvenir.
Les liens de la famille et de l'amitié sont très-res-
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pectés parmi eux ; l'animadversion publique vengerait l'oubli dans lequel uu parent ou un ami laisserait son parent ou son ami malheureux et le fattidrah, ou serment du sang, dont nous parlerons plus au long, serait un témoignage le plus évident de la bonté de leur âme, si la manière généreuse dont ils exercent l'hospitalité ne la mettait de suite à découvert. L'amour des femmes malegaches pour leurs enfants est extraordinaire, et prouve en même temps l'attachement qu'elles portent à leurs maris. Une mère ne quitte jamais son enfant pendant les travaux de la campagne. Dans les voyages, elle le porte sur la hanche ou sur le dos au moyen d'une pagne. 11 existe à Madagascar une coutume touchante qui ordonne aux enfants de présenter dans certaines occasions à leur mère, une pièce de monnaie que l'on nomme le Fofomi'damoiissi, c'està-dire le souvenir du dos, en reconnaissance de l'affection qu'elle leur a montrée en les portant si longtemps dans la pagne ; car quelquefois cela se prolonge jusqu'à l'âge de six ans. Mais cette affection dégénère en faiblesse, à mesure qu'ils grandissent, et les enfants ne tardent pas à prendre tous les vices qui peuvent résulter de l'oisiveté et de''la dissipation. Pour se justifier de cette coupable condescendance, les parents s'appuient sur un raisonnement dont il est difficile de leur faire comprendre la fausseté. « Dans l'enfance, disent-ils, l'homme n'a pas assez de raison pour être corrigé, et, dans l'âge de raison, il doit être maître desesac-
lions. » Leur autorité est pourtant immense, car ils ont jusqu'au droit de vendre un enfant désobéissant'.
La vénération des Malegaches pour les tombeaux est profonde; annuellement, à un jour fixé, chaque famille visite le tombeau de ses pères et y renouvelle les sacrifices qui ont accompagné les funérailles. La superstition, la crainte des revenants, se mêlent bien à ces hommages solennels , mais il y a néanmoins dans le cœur du Malegache un grand et pieux respect pour ses ancêtres, dont la volonté, soigneusement accomplie, passe comme une loi qui se lègue dans la famille de génération en génération.
Les Malegaches habitent tous dans des cases, espèces de chaumières composées d'une carcasse en charpente et revêtue de feuilles de ravinala. La construction d'une case chez tous les peuples Malegaches, occupe beaucoup de monde, parce qu'alors la besogne se fait vite. Les naturels manquant de persévérance pour les travaux qui demandent du temps, se réunissent ordinairement par centai-
* JNous devons une grande partie des détails reproduits dans ce chapitre à l'intéressante Notice placée parM.de Froberville en tète du Voyage aux îles Comoves et à Madagascar, de M. Leguevel de Lacorabe. Nous avons également consulté avec fruit cotte même Notice pour certaines parties du premier livre de notre ouvrage. Le voyage de M. Leguevel contient, notamment sur l'histoire naturelle de Madagascar, des données assez neuves que nous avons cru devoir recueillir, parce qu'elles nous ont paru fondées en général sur des observations faites avec intelligence et méthode.
nés dans ces circonstances, de sorte qu'en quatre jours ils achèvent une case complète avec son entourage en pieux. La charpente est extrêmement solide et ingénieuse ;ils ne dégrossissent pas les troncs d'arbre qu'ils emploient pour cet objet, et se contentent seulement d'en enlever l'écorce. Les traverses de la case d'un homme puissant doivent se faire remarquer par leur grosseur. Les murs sont formés par un entrelacement de joncs et de feuilles; les portes et les fenêtres sont composées d'un cadre en bois tamien garni ainsi de feuilles ; elles sont placées dans une rainure et s'ajustent parfaitement. Le toit est de feuillage ; les quatre extrémités des pièces de bois qui le supportent le dépassent de deux à trois pieds en se croisant après leur jonction. Le tout est souvent élevé au dessus de terre de quelques pieds, précaution nécessaire à cause des inondations.
La case entière se compose d'une ou de deux pièces ; l'une est la chambre à coucher, l'autre la salle où l'on mange, où l'on fait la cuisine ; au milieu de celle-ci est un objet important pour les Malegaches, le salaza, châssis en gaulettes, espèce de gril élevé de terre d'environ quatre pieds et de quatre à cinq de long et de large, sur lequel on fait boucaner la viande. Plus un homme est riche et plus son saleza doit être grand et malpropre, car aux yeux des naturels c'est un signe qu'il traite souvent ses amis et qu'il est très-généreux. L'intérieur des cases est quelquefois garni de nattes ; mais
c'est un objet de luxe; le plancher se compose de lattes de bois léger ou de bambou posées les unes à côté des autres et consolidées par de la terre glaise et du sable. Les meubles ne sont pas en grand nombre ; un lit grossièrement formé par un tamien posé sur quatre petits pieux enfoncés en terre, pour s'asseoir un ou deux tabourets de nattes rembourrés avec des feuilles sèches ; un billot qui sert au même usage, un ou deux traversins, un oreiller en bois, des paniers en joncs de diverses grandeurs que l'on appelle lanle ou s'uon-kell, tels sont les objets que l'on rencontre ordinairement dans la case d'un Malegache. Les ustensiles de cuisine et de ménage se composent de pots en terre. Sur la côte orientale on se sert de feuilles de ravinala qui remplacent les cuillers, de plats et de verres ; un long bambou ; dont les séparations intérieures ont été brisées, renferme l'eau. Chez les Hovas, les plats en bois, les cuillers et les gobelets encorne sont d'un usage général, ainsi que les jarres pour contenir et conserver l'eau.
Le principal et souvent l'unique vêtement des habitants de la côte orientale de Madagascar est le sadik ou séidik, pièce de toile large d'une demiaune et longue d'une aune. Us l'attachent négligemment autour des reins, en ramenant les deux bouts entre leurs jambes, et, après les avoir fixés dans les plis de la ceinture, les laissent pendre l'un en avant, l'autre en arrière, sans dépasser le genou; quelquefois les deux extrémités du séidik sont réu-
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nies en avant comme un tablier. Les chefs s'en entourent ordinairement le corps sans en relever les bouts entre les jambes. Le simboii ou simébou est la toge des Malegaches; c'est une pièce d'étoffe d'environ quatre aunes de long sur trois de large. Ils s'en drapent à la manière des Grecs et des Romains, ou le portent roulé en ceinture au-dessus du séidik, lorsqu'ils veulent avoir leurs mouvements libres.
Tous les Malegaches des castes guerrières de l'intérieur, ont le corps couvert de cicatrices qui représentent diverses figures. Elles sont le résultat des tatouages qu'on leur fait dans leur enfance avec une sorte de bistouri.
Les femmes portent le séidik,mais plus long que celui des hommes. Elles se drapent aussi du sim'bou ; souvent aussi elles s'en enveloppent entièrement jusque sous les bras. C'est ainsi qu'on les voit sortir le matin. Vers une heure après midi, elles se revêtent de leur kanezou, espèce de corsage dont les manches descendent jusqu'au poignet, et qui leur serre tellement la poitrine et les bras qu'il est très-difficile de l'ôter, sans le déchirer : elles le jettent lorsqu'il est sale, préférant en faire un neuf que de prendre la peine de le laver. Le séidik ne se joint point au kanezou, et leur laisse tout le tour du corps à découvert sur une largeur d'environ un pouce ; le sim'bou se porte alors comme un chàle. Les satouks, coiffure commune aux deux sexes et assez semblable aux bonnets de nos avocats, sont
des toques en jonc. Elles sont toujours plus larges que la tête et par conséquent fort incommodes ; aussi ne s'en coiffe-t-on que pour se préserver du soleil.
Depuis Angontzy jusqu'à Mananzari seulement, c'est-à-dire sur les points de Madagascar les plus fréquentés par les blancs, les femmes dans l'aisance et les élégants barapip\ espèces de fats aimés de la population féminine, portent aux oreilles de grands anneaux d'or et des colliers en cheveux que l'on expédie des îles Maurice et Bourbon. Les bokhs ou broches en or, de la dimension d'un écu de trois francs, et légèrement bombés, se placent sur le devant du kanezou et suivant une ligne verticale.
Tous les Malegaches, à l'exception des Hovas, se rendent chaque jour, matin et soir, sur les bords d'une rivière, y restent accroupis pendant quelques minutes, et se lavent avec soin le visage, les bras, les oreilles, et surtout la bouche et les dents.
Le riz forme la base de la nourriture des Malegaches comme le pain chez les Européens. Ils y joignent des légumes, des fruits, de la volaille, de la viande de bœuf, quelquefois de sanglier et de babatouke (espèce de singe). On appelle roJi un mets composé de poulets coupés en très-petits morceaux etbouillis avec du piment et des feuilles de citrouille et de more lie. Après le dîner on boit le ranou'pangh' que les Malegaches croient très-salutaire et dont ils ne peuvent jamais se passer. Cette boisson n'est que de l'eau bouillie dans la marmite où l'on a cuit le
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riz, et aux parois de laquelle la croûte brûlée (ampangh') de ce grain s'est attachée. Les Malegaches sont très-friands de veaux à l'état de fœtus, et, à Imerne, les grands personnages font toujours tuer plusieurs vaches pleines, quand ils donnent à dîner à leurs amis.
La polygamie est usitée dans toute l'île. Le moindre chef de village possède au moins trois femmes; la première par le rang et l'autorité qu'elle exerce, est nommée Yadi-hé , c'est-à-dire littéralement femme n° 1. Elle est chargée de la direction de la maison, et ne suit son mari ni en voyage, ni dans les promenades. La Vadi-massé est une femme libre et ordinairement jolie; c'est comme une maîtresse, et il est d'usage de la répudier aussitôt que sa beauté commence à se flétrir. Enfin la troisième, dite Vadi-sindramjou, est une esclave à laquelle on donne la liberté dès qu'elle est devenue mère.
A Madagascar, la naissance des filles ne donne lieu à aucune réjouissance. Cet événement paraît produire, au contraire, un sentiment pénible pour tous les membres de la famille. Si c'est un garçon, l'allégresse est générale, après toutefois que les parents ont consulté l'ombiache, astrologue ou médecin qui décide s'il doit vivre ou mourir ; car s'il était venu dans une heure et un jour réputé malheureux, il serait, ou précipité dans une rivière, ou exposé dans une forêt, ou enterré vivant ; malheureusement pour les Malegaches, leurs astrologues reconnaissent un grand nombre d'heures et
de jours malheureux. Cette coutume n'est cependant pas générale, surtout chez les peuplades de la côte orientale occupée autrefois par la France.
On dépose l'enfant à sa naissance sur une natte, à la tête de laquelle le père plante en terre sa plus belle zagaie qu'il orne de guirlandes de feuillages, puis l'ombiache s'en approche avec son mampila, planchette recouverte de sable fin sur lequel il trace des caractères, tire l'horoscope, et la famille attend avec anxiété le résultat de ses calculs cabalistiques. Cependant on suspend au cou du nouveau-né des fanfoudis pour le préserver des mouchaves que les agents du mauvais génie devaient répandre autour de sa natte.
Après que l'ombiache a annoncé l'arrêt du destin, lorsqu'il est favorable, les assistants s'empressent de féliciter le père de l'enfant sur le sort heureux que l'ombiache lui a prédit. Ils sont tous invités au banquet qui se termine par des danses guerrières exécutées par les jeunes gens du pays. Plusieurs champions, simulant un combat, feignent de se porter des coups de zagaie qu'ils parent avec leurs boucliers ; ces boucliers ne sont pas employés cl la guerre, excepté par les Zafferaminians, et ne servent que dans la danse guerrière nommée milava, La fête se prolonge bien aA^ant dans la nuit.
Lorsqu'un Malegache meurt, ses proches parents lavent le cadavre avec une décoction d'aromates. Après l'avoir orné de colliers de racines et d'amulettes qui devront en éloigner les génies malfaisants,
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on le transporte clans un lieu solitaire de la maison, où il n'est plus permis à d'autres qu'à eux d'approcher ; quelques vieux esclaves dévoués à la famille sont chargés, chez les gens riches, d'entretenir un grand feu dans le lieu où le corps est déposé. Puis tous les amis du défunt se rendent au pied d'un arbre voisin et tout le monde se met à manger un bœuf que l'on fait rôtir.
Le soir, des chants funèbres accompagnés par le bobre africain, préludent à des danses qui ne finissent qu'au jour; des chœurs de jeunes filles répètent le refrain des chansons improvisées pour l'événement, en frappant en mesure sur des bambous.
Lorsque le mort laisse beaucoup de bœufs, on en sacrifie le lendemain et les jours suivants. L'assemblée ne se sépare que lorsque ces bœufs sont presque tous consommés; c'est ainsi qu'on honore le défunt : quelques parents enlèvent alors presque furtivement le corps et lui rendent les derniers devoirs, car il n'est pas permis à d'autres d'en approcher et de l'accompagner au lieu de la sépulture. Il est triste d'ajouter que les Malegaches ne s'occupent pas plus des femmes à leur mort qu'à l'instant de leur naissance.
Comme tous les peuples indolents et sensuels, les Malegaches aiment passionnément la poésie etlamusique. Le soir, dans les villages, on les voit s'assembler pour écouter les chansons que l'un d'entre eux improvise sur une mélodie connue ; ils répètent en chœur le refrain, ou l'accompagnent en frappant
dans leurs mains pour marquer le rhythme. Les paroles de ces chansons se composent en général de phrases courtes et sans trop de liaison entre elles. Elles ont quelquefois un sens moral et satirique , le plus souvent elles contiennent une simple image. Ces mélodies sont en général monotones. Elles ont cependant un certain charme qui provient, comme dans presque tous les chants primitifs, de leur étrange tonalité.
Les instruments de musique sont très-imparfaits, ce sont l'erahou, le bobre, le marouvané etl'azonlahé que nous décrirons en parlant de la circoncision. Le plus commun est le marouvané, l'instrument de prédilection des Malegaches. Le marouvané est fait avec un bambou gros comme le bras. Au moyen d'un couteau on détache, dans l'écorce filandreuse de ce roseau des filets qui soutenus par de petits chevalets, forment les cordes.
Verahou consiste en une seule corde tendue sur une moitié de calebasse et que l'on met en vibration au moyen d'un archet ; il n'a presque pas de son.
Le bobre est simplement un long arc, fait d'une lige de bambou ou d'une gaule d'un autre bois. La corde qui le tend est ordinairement en fil de fer ou en laiton ; vers le tiers inférieur de la longueur du bois, est attachée la moitié d'une calebasse, espèce de table d'harmonie recevant les vibrations de la corde par un lien, également en métal qui l'attire dans le sens de la calebasse. Le bobre se joue avec une petite baguette de bois ; on frappe alternative-
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ment sur l'une et sur l'autre section de la corde. Le son est très- faible, en sorte que le rliythnie paraît être le principal objet de cet instrument.
Il existe à Madagascar des hommes qui se livrent spécialement à la culture de la poésie et de la musique ; ce sont les sekatscs ou ménestrels. Ils voyagent sans cesse et chantent leurs compositions chez les chefs qui en retour leur font des présents considérables.
Le fifanga est l'unique jeu des Malegaches. C'est un carré long en bois rouge dans lequel il y a un grand nombre de trous régulièrement disposés, on y met des espèces de noix de galle qui servent de pions, et que l'on prend comme au jeu de dames. Les hommes et les femmes y jouent également.
Le mot Kabar, qui s'applique généralement à une assemblée dans laquelle on discute les affaires publiques, sert aussi à exprimer l'échange premier des relations entre deux ou plusieurs personnes qui se rencontrent. Les nouvelles se propagent de cette manière avec la plus grande rapidité. Dans les détails dont l'usage exige un compte rendu exact, on ne doit omettre aucune des moindres circonstances. Par exemple, deux voisins se quittent en sortant de leur village ; l'un va chercher son troupeau dans la prairie située à une petite distance de sa maison ; l'autre va puiser de l'eau à la rivière , qui n'est guère plus éloignée delà sienne; s'ils se rencontrent à leur retour , ne fût-ce qu'un quart d'heure après , ils se croient obligés de s'arrêter
et de se dire tout ce qu'ils ont vu sur leur chemin, n'eussent-ils rencontré qu'une poule , un oiseau ou un papillon. Aussitôt que les rameurs des pirogues entendent quelqu'une leur portée, ils cessent de pagaier pour entendre son kabar. 11 y a chez un tel peuple des éléments certains de civilisation. Les nations les plus loquaces de l'antiquité, les Gaulois, par exemple, se sont montrés les peuples les plus perfectibles, parce que, par besoin d'expansion , ils étaient les plus communicatifs.
Le rapprochement que nous faisons ici, tout bizarre qu'il peut paraître , n'en est cependant pas moins digne d'attention. En effet , les hommes de la Gaule devinrent les premiers avocats de Rome, les maîtres même de Cicéron. Tous les voyageurs parlent avec enthousiasme de l'éloquence des Malegaches. L'art oratoire est très-cultivé chez eux , et ils s'appliquent, dès leur jeunesse, à acquérir une éloquence qui égale relativement , en grandeur et en force , celle de nos plus célèbres orateurs. Il faut dire que l'idiome malegache se prête à l'expression des sentiments. Les images, les cilliances de mots y abondent, les nuances les plus délicates s'y font sentir. Et puis l'orateur a la liberté de composer ses mots; à tous moments, suivant l'impulsion de son génie ou les mouvements de son âme , il peut créer ceux qui lui manquent. De cette mine inépuisable de signes verbaux , naissent pour lui des désignations ingénieuses, pittoresques, variées,
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qui revêtent son style des plus brillantes et des plus riches couleurs.
On appelle fattidrah ou serment du sang , à Madagascar, l'engagement que prennent deux personnes de s'aider réciproquement pendant la durée de leur existence , et de se considérer comme s'ils avaient une origine commune. Voici la manière dont on contracte cet engagement.
Un vase contenant de l'eau est apporté ; l'officiant, qui est ordinairement un vieillard, y plonge la pointe d'une zagaie, dont les deux néophytes tiennent la hampe à pleines mains ; puis un autre individu jette alternativement dans le vase de la monnaie d'argent, de la poudre, des pierres à fusil, des balles , plusieurs petits morceaux de bois et quelques pincées de terre prise aux quatre points cardinaux ; en même temps, celui qui dirige la cérémonie , accroupi auprès du vase , frappe à petits coups, avec un couteau la hampe de la zagaie , rappelant le sens attaché à chacun des objets cidessus mentionnés; l'argent, emblème de la richesse , signifie que les deux contractants devront partager leurs biens présents et futurs ; la poudre, les pierres à fusil et les balles , emblèmes de la guerre, indiquent que les dangers doivent leur être communs ; les fragments de bois et de terre ont aussi une signification particulière. Quand tous ces objets ont été mis dans le vase, le même individu demande aux deux futurs parents s'ils promettent de remplir les engagements imposés par le ser-
ment , et sur leur réponse affirmativ e, il les prévient que les plus grands malheurs retomberaient sur eux, s'ils venaient à y manquer. Puis il prononce les conjurations les plus terribles, en évoquant Angatch, le mauvais génie. Ses yeux s'animent par degrés et prennent une expression surnaturelle , lorsqu'il adresse, d'une voix forte et sonore, cette imprécation : « Que le caïman vous dévore la langue ; que vos enfants soient déchirés par les chiens des forêts ; que toutes les sources se tarissent pour vous et que vos corps abandonnés aux vouroundoules (effraies) soient privés de sépulture, si vous vous parjurez! «
Cette première partie de la cérémonie terminée, le vieillard fait à chacun des impétrants , avec un rasoir une petite incision au-dessus du creux de l'estomac, imbibe deux morceaux de gingembre du sang qui en coule et donne à avaler à chacun des deux le morceau de son vis-à-vis. Il fait boire après, dans une feuille de ravinala, une petite quantité de l'eau qu'il a préparée. En sortant, on se rend à un banquet de rigueur servi sur le gazon et on reçoit les félicitations de la foule. La cérémonie du fattidrah , bien que la môme dans toute l'île, subit quelques modifications dans la forme, selon la peuplade chez laquelle elle a lieu. Ainsi ({uelquefois le sang, au lieu d'être reçu sur un morceau de gingembre, est mêlé de suite avec l'eau , que dans le premier cas, l'on prend après.
Quoique le serment du sang ne soit pas toujours
observé religieusement par les Malegaches, il peut être utile à un étranger; bien qu'il ne soit pas toujours agréable pour celui-ci, qui devient en butte aux importunités de son frère fictif. Les liens, ainsi contractés, sont, aux yeux des Malegaches , aussi sacrés et souvent plus respectés que ceux de la fraternité matérielle, dont le fatlidrah impose d'ailleurs tous les devoirs. Deux frères de sang doivent partager leur fortune , se soutenir dans le danger, mettre en commun tous les biens et tous les maux de la vie , enfin se prêter assistance en temps de guerre, quand même ils appartiendraient à des tribus ennemies. Dans ce dernier cas, ils doivent non-seulement éviter de se faire du mal ; mais encore , si l'un des deux tombe entre les mains du parti ennemi, l'autre est obligé de le préserver de la fureur de ses compagnons, qui s'abstiennent ordinairement d'attenter aux jours du prisonnier, dès qu'ils connaissent le lien qui l'unit à son protecteur.
Une femme peut faire le serment du sang avec un homme, deux femmes peuvent aussi le faire entre elles, et rien ne s'oppose à ce qu'un étranger le contracte avec un indigène. Nous avons vu les agents anglais échanger ce serment avec Radama. Ceux qui veulent voyager à Madagascar ou s'y livrer à quelque opération de commerce trouvent avantage à le faire; cette formalité facilite beaucoup leurs rapports avec les habitants , à qui il inspire tout d'abord une confiance plus grande.
Dès que deux Malegaches se sont liés par le fatlidrah , les parents de chacun d'eux prennent à l'égard de l'autre le même titre de parenté qu'ils eussent eu si la fraternité, selon le sang, avait existé naturellement entre les deux contractants. Il y a plus, les effets de cette alliance s'étendent aussi dans le même sens aux membres des deux familles, les uns par rapport aux autres. De cette coutume résulte pour l'Européen qui visite ce peuple et l'observe superficiellement , une très-grande difficulté à reconnaître les véritables liens de parenté qui existent entre les individus ; et c'est pour lui une source d'erreurs fréquentes.
Cette coutume par laquelle , suivant l'originale comparaison des indigènes, ils deviennent l'un pour l'autre «comme le riz et l'eau, » c'est-à-dire inséparables , cette coutume honore un peuple à peine sorti de la barbarie \ Elle s'allie parfaitement avec la généreuse hospitalité qu'il exerce envers tous les étrangers. Un voyageur européen arrive dans un village , il est immédiatement accueilli par le chef qui lui cède sa plus belle case, lui envoie du riz, des poules , des fruits , et lorsque sa suite est nombreuse un ou plusieurs bœufs. Le Malegache pauvre qui voyage entre sans en être prié dans la première
* Nous avons vu non sans élonncraenl des voyageurs traiter celte coutume de ridicule. Elle pouvait être qualifiée tout au plus d'incommode , à cause de la perturbation apparente qu'elle apporte dans l'état public des individus. Mais, à coup sur, elle est noble et louchante.
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case qu'il rencontre ; le propriétaire est-il à prendre son repas auprès de sa famille, l'étranger s'assied auprès d'eux. Le kabar, ou récit de ce qu'il a vu, est le seul écot qu'il ait à payer, encore n'est-il pas tenu de dire son nom ni ses desseins. L'hospitalité est une qualité tellement inhérente au caractère malegache, que, dans tous les grands villages, on trouve toujours une espèce de hangar public où les voyageurs viennent se mettre à l'abri du soleil ou de la pluie , en attendant qu'on leur ait préparé un logement gratuit.
La religion des Malegaches est un mélange de polythéisme et de fétichisme dans lequel domine la croyance, généralement admise dans l'Orient, des deux principes, l'un qui est Zanahar (le bon génie), et l'autre Angatch (le mauvais). C'est surtout à ce dernier, dont l'essence est de nuire , qu'ils adressent leurs prières et leurs sacrifices. Ils invoquent encore d'autres êtres supérieurs, esprits ou génies qui , selon eux , comme dans l'antiquité classique, président à la guerre, à la pêche, aux cultures, à la garde des troupeaux. Ils leur attribuent le pouvoir de les protéger ou de leur nuire et leur offrent aussi des sacrifices. Sans avoir des idées bien définies surràme, comme principe immatériel survivant à l'enveloppe charnelle de l'être humain, ils admettent cependant pour l'àme une autre existence. Ils parlent souvent d'une longue corde d'argent , au moyen de laquelle les esprits descendent sur la terre , et par laquelle aussi ceux des morts
remontent dans l'air auprès du Dieu de la vie, où ils attendent qu'il les renvoie dans d'autres corps. Cette sorte de métempsycose est le sujet des croyances différentes. Par exemple, chez certaines tribus , les âmes des chefs prennent la forme de crocodiles, tandis que les sujets vont animer le corps des makis ou des chiens cerviers. Leur croyance à une vie extra-mondaine se manifeste encore par l'habitude qu'ils ont d'invoquer les âmes de leurs ancêtres, en les suppliant d'intercéder pour eux et de les inspirer. Leur respect pour les sépultures est très-grand. La violation des tombesestpuniedemort. Quelques ethnologues ont avancé que l'on retrouvait chez les Malegaches beaucoup de coutumes judaïques. Cette assertion est loin d'être justifiée par les faits. Dans les provinces où des colons arabes sont venus jadis s'établir, et où il existe encore de leurs descendants, on observe bien quelques pratiques défigurées de la religion de Mohamed, comme , par exemple , la circoncision , l'abstinence de porc , et l'usage de ne manger que des animaux tués par des individus de leur caste , mais les indigènes ne se conforment pas à ces deux dernières règles, et, quant à la circoncision, qui est, il est vrai, pratiquée dans toute l'île , ils ne la rattachent, du moins maintenant , à aucune tradition religieuse ou historique , bien qu'elle remonte très-probablement à l'arrivée des Arabes dans l'île. Les habitants de Sainte-Marie et de la côte voisine , qui ont été regardés, par quelques voyageurs, comme issus
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de Juifs, n'ont, à part cette dernière coutume, aucun usage particulier qui puisse donner quelque crédit à une telle conjecture ; on ne trouve chez ces habitants , quoiqu'on l'ait prétendu , ni les traditions de Noé, d'Abraham ou de Moïse, ni la solennisation du sabbat. Il n'y a pour eux, de même que pour tous les Malegaches, entre les jours, aucune autre distinction que celle des jours heureux et des jours malheureux, dont la répartition est aussi variable dans le temps que leur influence l'est , en apparence du moins , sur les divers ordres de faits.
Chez quelques peuplades, l'idée que se font les indigènes des êtres auxquels ils consacrent leur culte n'est représentée par aucune image, ni par un signe quelconque; chez d'autres, il existe des idoles dont la structure est des plus bizarres, fétiches informes où l'on chercherait vainement à découvrir un symbole. Les Sakalaves ne paraissent pas avoir d'idoles nationales. Mais les Ho vas en ont une que l'on promène en certaines occasions en processions avec d'autres moins puissantes.
La circoncision est une coutume qui, comme nous l'avons dit, est répandue dans toute l'île et qui est probablement d'origine arabe. Elle a toujours lieu vers la pleine lune. Lorsque le moment est arrivé, on transporte sur la place des villages un mât d'environ 25 pieds d'élévation, "que les charpentiers du pays se mettent en devoir d'équarrir, pendant que d'autres individus s'occupent de faire un trou en terre pour l'y planter.
Le chef, avec ses ampitakli (ministres) et ses femmes, s'asseoit près du mât sur des nattes, autour desquelles on a rangé un grand nombre de calebasses et de jarres pleines de toak et de bessabess ; les parents, dont les enfants doivent être circoncis dans l'année, apportent longtemps avant la fête le miel, les cannes à sucre, les bananes, et le simarouba qui servent à faire les liqueurs.
Lorsqu'on a creusé le trou et dégrossi le mât, deux hommes et deux femmes se mettent à danser à l'entour pendant plus d'une demi-heure; ensuite le maître du village prend une calebasse de toak, en boit une gorgée, puis en verse dans le creux de sa main, et le répand dans le trou, en prononçant à voix basse quelques paroles mystérieuses. Un ombiache vient ensuite jeter des racines dans le trou ety répand aussi lesang d'un coqblanc qu'il sacrifie.
Aussitôt après la foule s'empare du mât et le dresse.
La danse recommence bientôt, mais, cette fois, tout le monde y prend part, môme les enfants que leure mères portaient sur leur dos. On allume ensuite des feux autour du mât et les jeunes gens, armés de zagaies et de boucliers, simulent des combats en dansant au son de plusieurs tambours malegaches. Cette espèce de tambour que l'on appelle azonlahé est simplement le tronc creusé d'un jeune arbre. L'une des extrémités est recouverte d'une peau de bœuf avec son poil, l'autre d'une peau de cabri. Les indigènes se servent de cet instrument
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comme d'une grosse caisse ; ils frappent d'un côté avec une baguette, de l'autre avec la main. Le son de l'azonlahé est sourd et monotone.
Les champions, comme dans un tournoi, se portent de terribles coups de lance qu'ils parent avec beaucoup d'adresse; Ces combattants sont si agiles que quelquefois l'un d'eux s'élance entre les jambes de son adversaire et, se relevant précipitamment, l'enlève sur ses épaules aux cris d'admiration des assistants. Les danses durent toute la nuit, mais personne ne s'enivre comme aux raloubas (orgies), car la coutume prescrit d'être sobre et chaste, la veille de la circoncision.
Le lendemain, dès que l'on aperçoit le soleil à l'horizon, les Malegaches se rendent à la rivière voisine ; les femmes y portent leurs enfants qu'elles obligent à passer la nuit éveillés; après les avoir baignés, elles leur mettent des colliers et des bracelets de mas-sirira (yeux de sarcelle) et de ravines (feuilles) et des séidiks neufs de toile de coton blanc; ensuite, elles les rapportent au pied du mât, où l'on vient d'attacher le taureau du sacrifice. Bientôt le plus vieux des ombiaches, armé d'un petit rasoir et un séidik de toile blanche sur l'épaule gauche, se lève pour recevoir les enfants des mains de leurs mères et procède à l'opération qui est plus ou moins longue, ^elon le nombre des enfants. Quand elle est terminée, l'ombiache égorge le taureau, qui est coupé en une infinité de petits morceaux et partagé entre les assistants. La tête
est plantée au bout de la perche, la face tournée vers l'ouest. C'était aussi de ce côté que l'opérateur s'était tourné pour circoncire ; le reste de la journée se passe en réjouissances.
Ainsi que chez tous les peuples sauvages, les coutumes superstitieuses sont très-nombreuses à Madagascar ; mais il est impossible à un Européen de les connaître toutes, parce que les Malegaches se cachent ordinairement des étrangers pour les accomplir. Dans toutes les provinces , on trouve des individus qui, outre le métier de médecin, exercent aussi celui de devin ; les Sakalaves les nomment Ampisikidi. Ils ont la plus grande influence sur l'esprit des autres indigènes et obtiennent tout par la crainte qu'inspire leur pouvoir supposé. Il n'est guère d'afîaires qu'on entreprenne sans les consulter. S'agit-il, par exemple, de livrer une bataille, de conclure un traité, de faire un voyage, ou d'accomplir tout autre acte, même peu important, soit général , soit individuel , ce sont eux qui décident de l'opportunité et de la convenance de la chose projetée, en indiquant si tel jour est heureux ou malheureux, c'est-à-dire favorable ou non pour l'exécuter. Ils prédisent l'avenir, jettent des sorts et vendent des talismans, auxquels ils attribuent des efl'ets surnaturels.
Les Malegaches font un grand usage d'amulettes ou talismans qu'ils nomment fanfoiidis. Ils leur croient toutes sortes de vertus, même celle de faire connaître ce qui doit arriver. Ces talismans sont
portés au cou au moyen de colliers et de cordons, et quelquefois suspendus à d'autres parties du corps. Ils n'ont aucune valeur intrinsèque : ce sont des morceaux de jeunes bambous ou de petits sachets de peau renfermant divers objets, tels que des graines, de petites pierres, des papiers couverts de signes cabalistiques. Les uns préservent de la foudre ou bien de telle maladie ; d'autres garantissent des maléfices des sorciers, que les indigènes craignent beaucoup ;iil en est aussi pour se faire aimer des femmes, pour voyager sans accident. Les amulettes de guerre, nommées sampé, sont des bouts de cornes de bœufs, quelquefois artistement travaillées et garnies en argent, suivant les moyens ou le rang des propriétaires. Ces bouts de cornes contiennent des drogues auxquelles ils croient la propriété de rendre invulnérables ceux qui s'en servent. Quand les Sakalaves ne portent pas leurs talismans sur eux, ils les placent soigneusement dans une petite boîte, et les graissent de temps en temps avec une huile aromatique. Un homme absent est-il inquiet de ce qui se passe chez lui, il met un fanfoudi sous sa tête, pendant son repos, convaincu qu'il en apprendra ce qu'il désire savoir. Son imagination, frappée de cette idée, travaille dans la nuit ; les soupçons jaloux ou les craintes qui étaient en lui, font le sujet de ses rêves, et il s'éveille, le matin, persuadé de la vertu de son talisman et de la réalité de toutes les visions qu'il a eues pendant son sommeil.
Au nombre des pratiques superstitieuses des Sakalaves, il faut mettre l'habitude qu'ils ont de se barbouiller avec une pâte blanche faite d'une terre crayeuse très-commune à Madagascar, et à laquelle on attribue, dans toute l'île, une propriété médicale. Ils s'en servent, eux aussi, comme d'un topique; mais l'usage qu'ils en font a souvent une autre cause. Craignant singulièrement l'esprit mauvais, ils cherchent, par tous les moyens qu'ils peuvent imaginer, à se mettre à couvert de sa malice, et quand ils se persuadent qu'ils doivent le trouver sur leur passage, ils tracent sur leur visage trois lignes de cette pâte blanche, une au milieu du front et une autre, de chaque côté, entre la joue et l'oreille.
La croyance aux jours heureux ou malheureux, répandue chez tous les Malegaches, porte les Sakalaves à s'abstenir de toute affaire pendant certains jours qu'ils nomment fàll; ils n'oseraient alors sortir de leurs cases ni entreprendre la moindre affaire, et si un étranger se présente à l'entrée d'un village pendant l'un des jours que le chef de l'endroit regarde comme fàli, on le prie de rester en dehors et à quelque distance jusqu'au lendemain.
L'industrie est, comme on le pense bien, encore très-arriérée chez les Malegaches. Le petit nombre de leurs besoins n'a pas dû naturellement les porter à lui donner un grand développement. Mais dans le peu d'objets sur lesquels elle s'est exercée, ils montrent cette intelligence et cette adresse dont ils
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sont naturellement cloués. Leurs constructeurs de pirogues sont éminemment habiles, leurs procédés pour la fabrication du fer très-ingénieux, bien qu'imparfaits, et il faut toute leur patience, cette immuable patience orientale, pour qu'ils achèvent leurs beaux lambas (pièce d'étoffe qui tient une place importance dans le costume). On serait étonné en Europe de l'activité et de l'adresse des Malegaches pour les travaux de bâtisse de tous genres.
Il y a chez eux plusieurs sortes de pirogues, les pirogues en planches, les pirogues d'une seule pièce, les pirogues à balancier et celles que construisent les Anta'ymours.
Les pirogues en planches que les Malegaches appellent lakan-drafitcli ou /a/. rt«'-;;a/a?i' (traduction littérale de la dénomination française) , sont composées de dix-sept pièces sans compter les bancs dont le nombre varie suivant les proportions de l'embarcation. Il y en a sept, huit et jusqu'à neuf, placés à une égale distance les uns des autres. Dans le milieu et sur le devant, on en met deux l'un sur l'autre; on les perce pour y placer les mâts, dont le pied repose dans une carlingue pratiquée à cet effet sur la quille. Les bancs se nomment sakan (largeur) ; celui de derrière, qui forme une espèce de tillac et qui sert de siège au timonier, s'appelle sahanpoiilan (banc qui n'a rien derrière lui).
La forme du bateau a assez de ressemblance avec la moitié d'une noix de coco : c'est un ovale allongé et plus relevé sur l'arrière que sur l'avant.
Une pirogue de sept bancs doit avoir en longueur 18 pieds, et 12 dans sa plus grande largeur. Elle porte 3,000 pesant avec son équipage composé de six hommes et d'un patron. La pirogue de 8 bancs a 20 pieds sur 13 1/2 et porte 5,000, H rameurs et un patron; la pirogue de 9 bancs porte 10,000 et;15 personnes; elle a 30 pieds sur 20. En 177/i l'interprète Moyeur se rendit de Foulepointe à la baie d'Antongil dans une pirogue de ce genre avec 160 personnes.
Les voiles sont faites de rabane et gréées comme celles de nos chaloupes ; il y en a deux à chaque pirogue. Ces sortes de bateaux portent bien la voile, vont très-vite et font quelquefois 30 lieuesd'un soleil à l'autre ; mais on couche tous les soirs à terre.
Les Anta'ymours ont des pirogues moins grandes que les lakan-drahtch' , mais construites avec plus de soin encore. Néanmoins, même avec du lest, elles sont trop légères et trop rases pour porter la voile, mais elles sont on ne peut plus commodes pour naviguer sur des côtes à mer houleuse, et surtout pour franchir les barres qui existent à l'embouchure des rivières; on ne peut se faire une idée de la vitesse avec laquelle elles effleurent l'eau.
Les lakcni-an-komjoiUclie (littéralement jnroguejambe), sont faites d'un seul arbre, très-longues, trèsétroites, mais si vacillantes qu'une longue habitude n'empêche pas que l'on y chavire ; cependant elles portent quelquefois 8,000 avec 8 rameurs et un patron.
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Les pirogues de la cote de l'ouest, sont beaucoup plus petites que les précédentes, mais aussi légères et aussi commodes pour franchir les barres ; elles sont aussi faites d'un seul arbre. Comme elles sont trop étroites pour tenir à flot, elles sont soutenues par un ou deux de ces appareils si souvent représentés dans les paysages des îles de la Polynésie (Océanie orientale) ; c'est un petit radeau assez semblable à la charpente d'un tabouret et tenu à une certaine distance de la pirogue par une gaule en bois léger, attachée sur le plat bord.
Les forges malegaches sont bien différentes des nôtres ; leurs soufflets surtout sont très-curieux et de la plus grande simplicité ; ils se composent de deux troncs d'arbres percés d'un bout à l'autre à l'exception d'une petite portion de l'extrémité inférieure qui forme le fond et au-dessus duquel est un trou. Ces cylindres ont environ 1 pied de diamètre et 3 pieds et demidelargeur; ils ressemblent à deux pompes réunies par une mortaise pratiquée dans la longueur de l'une d'elles; deux tuyaux en fer d'un pied environ de longueur et d'un pouce de diamètre sont placés à quelques pouces au-dessus du fond dans les trous dont je viens de parler. Les deux tuyaux, en se rapprochant, entrent dans des trous ronds que l'on pratique dans un massif de maçonnerie consolidé avec de la terre glaise. Ce foyer a la forme d'un chapeau chinois; au milieu s'élève un tuyau en fer plus large que les premiers par où sort la fumée ; chaque pompe a un piston garni d'étou-
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pes que le souffleur, placé au milieu, tient à chaque main, et qu'il fait aller alternativement; ces soufflets produisent beaucoup de vent. Comme les forges ordinaires n'ont pas besoin de concentrer autant de chaleur que celles qui servent à fondre le minerai, les Malegaches ne se donnent pas la peine de faire d'ouvrages en maçonnerie, et les tuyaux placés près du fond des cylindres sont seulement fixés dans une grosse pierre percée d'un trou où ils entrent.
Nous avous parlé plus haut des séidiks et des sim'bous qui forment le costume des Malegaches de la côte. Lesalakaei le lamha sont les deux parties principales et généralement les seules des vêtements des îlovas. Le premier est une pièce d'étoffe en soie, en coton ou en fd de rafia dont ils s'enveloppent la partie inférieure du corps; après avoir fait plusieurs tours au dessus des reins, son extrémité libre est arrêtée à la ceinture. Le lamha est une espèce de manteau dont ils se drapent et dont l'étoffe et la richesse varient selon le rang de celui qui le porte. Leurs toiles sont connues des Européens sous les noms de pagnes et de rabanes suivant leur finesse.
Les pagnes sont faites avec des fils retirés de l'épiderme des folioles de la feuille du rafia (palmier très-commun dans le pays), prises sur le bourgeon terminal , pendant que couchées sur le pétiole commun et se recouvrant les unes les autres, elles ont cette belle couleur paille qui les distingue, et qu'elles perdent aussitôt que, par le
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développement, elles sont exposées au contact de l'air. Les pagnes en couleur écrue sont principalement destinées aux étrangers ; celles en usage parmi les naturels sont rayées, de couleurs diverses, et prennent différents noms.
Les métiers avec lesquels on fabrique ces tissus sont simples et ingénieux. Sur de petits piquets enfoncés dans la terre sont posés des montants de bambou ou d'autre bois léger ; les fils sont liés au bout du métier sur une traverse de bambou ; cette traverse, attachée sur les montants, repose sur d'autres traverses placées de distance en distance. Le tisserand se sert d'une aiguille de bois évidée couverte de fil dans sa longueur, et d'une espèce de lame de sabre en bois qui lui tient lieu de peigne ; à mesure qu'il travaille il roule sa toile autour d'une pièce de bois carrée, dont les deux bouts sont percés et la fait entrer dans deux forts pieux de bois ferrés par le bout. Les fils qu'ils emploient n'ont pas une aune de longueur, et ils sont obligés de les nouer à chaque instant, mais ces nœuds sont faits avec tant de soin qu'ils ne paraissent pas dans la toile ; les pièces de pagne qui ont ordinairement îi à 5 aunes de longueur sur oj[i de large se vendent 4 et 5 piastres d'Espagne, quand elles sont très-fines; il faut au moins trois mois pour en'faire une.
Outre ces différents produits, les Malegaches font encore de la poterie et diverses pièces d'orfèvrerie. Mais, en général, ils sont plutôt pasteurs, laboureurs et pêcheurs que fabricants. Du reste, la propriété
n'y est pas constituée comme en Europe. Celui qui veut faire un taré (cultiver un champ), choisit un endroit à sa convenance et met le feu aux arbustes et aux plantes qui y croissent ; il attend, pour cette opération , un jour où la brise souffle avec force. C'est en cela que consiste la prise de possession; mais le terrain brûlé ne lui appartient que jusqu'à la récolte. Si, après cette préparation, un autre venait le cultiver, un troisième l'ensemencer et un quatrième récolter, la moisson appartiendrait au premier, c'est-à-dire au laboureur.
On trouvera, dans l'un des chapitres qui suivent celui-ci, les détails relatifs au commerce de Madagascar.
Les faits considérés comme crimes ou délits, ainsi que les lois qui servent à leur répression, sont à peu près les mêmes pour toutes les peuplades de l'île, et se conservent par la tradition orale. Chez les Sakalaves, les individus, particulièrement chargés de ce soin, sont nommés ampiassij-firazanga, et les lois ou coutumes elles-mêmes fitera.
Les principaux faits que la loi sakalave reconnaît comme crimes ou délits sont : la sorcellerie, la profanation des tombeaux, le meurtre sous toutes ses formes, le vol, les voies de fait envers un homme libre, la calomnie, l'adultère et l'insolvabilité.
Les peines applicables aux délinquants sont la mort, l'esclavage et l'amende.
Les causes, soit civiles, soit criminelles, sont jugées en kabar (assemblée) par un jury de notables
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pris dans la classe même de l'accusé. L'information s'établit ordinairement par témoignage et par serment. Le témoignage est une déclaration pure et simple, relative aux faits du procès. Le serment est une imprécation portée conditionnellement contre une personne qu'on cite, et par laquelle on rend en quelque sorte cette personne responsable de la vérité de ce que l'on avance. La formule usitée est celle-ci : « Si ce que je dis est faux, que tel individu soit foudroyé ! » ou bien « qu'il soit changé en tel animal! » Le serment a d'autant plus d'influence sur les juges, que la personne sur laquelle porte l'imprécation est plus puissante ; car il doit alors attirer bien plus de dangers sur son auteur. S'il est reconnu que celui-ci a fait un faux serment, il devient l'esclave de la personne par laquelle il a juré. Les parties sont tour à tour entendues devant le jury, toutes les fois que l'une d'elles affirme une chose par serment, l'autre, si elle nie, doit aussi jurer pour appuyer sa dénégation. A chaque preuve évidente fournie par l'accusateur, à chaque témoignage en faveur de l'accusé, les juges mettent dans un vase un petit morceau de bois ; puis les débats étant clos, on compte le nombre de preuves pour et contre, représenté par celui des morceaux de bois contenus dans chaque vase, et le jugement est rendu à l'avantage de la partie pour laquelle ce nombre est le plus grand.
Si l'information faite par témoignage et par serment n'a pas suffi pour édifier complètement la con-
viction des juges et que l'accusé nie absolument le fait qu'on lui impute, on en vient alors aux épreuves judiciaires, assez analogues, quant au but, à celles employées au moyen âge en Europe, sous le nom de jugements de Dieu. Ces épreuves sont faites chez les Malegaches, par l'eau, par le feu et par le poison. L'épreuve par le poison s'accomplit au moyen du tanguin.
Quand l'accusé est soumis à l'épreuve du tanguin, l'accusateur, s'il n'est d'une classe supérieure à la sienne, doit aussi subir cette épreuve, et, dans ce cas, le jugement est rendu en faveur de celui des deux qui a le moins souffert du poison. Dans le cas contraire, l'opinion des juges se forme d'après la manière dont le patient supporte l'épreuve, appréciation qui est sans doute influencée par les préventions existant déjà pour ou contre lui dans leur esprit, à la suite de l'information préliminaire.
Si l'innocence de l'accusé demeure prouvée par le témoignage et le serment seuls, l'accusateur doit lui payer une forte indemnité, mais lorsque c'est par l'épreuve judiciaire, et que l'accusateur est d'une classe inférieure à celle de l'accusé, il devient l'esclave de ce dernier. S'ils sont tous les deux de la même classe, l'accusateur est condamné à la peine qui aurait atteint l'accusé, au cas où celui-ci aurait été reconnu coupable. Enfin, si la culpabilité de l'accusé est reconnue, le jury lui applique la peine assignée par la loi au crime ou délit qu'il a commis.
La sorcellerie et la profanation des tombeaux entraînent toujours la peine de mort.
L'individu coupable de meurtre ou d'empoisonnement est ordinairement livré aux parents de la victime, qui peuvent ou le tuer, ou le réduire en esclavage, ou le forcera payer une forte somme en argent ou en bœufs, selon qu'il est d'une classe inférieure, égale ou supérieure à la leur.
Le vol est puni par l'esclavage, s'il est de quelque importance, et par une amende du double de l'objet volé, si cet objet est de peu de prix.
Un Malegache surpris avec la femme d'un autre, devient l'esclave du mari ou lui paie une forte amende. Le délit est considéré comme bien plus grave, si la conversation criminelle a eu lieu sous le toit conjugal, et, alors aussi le mari a le droit de tuer l'offenseur, s'il le prend en flagrant délit. Si l'adultère a été commis avec la femme d'un chef, le coupable est punissable d'une très-forte amende en esclaves ou de la perte de la vie.
Le débiteur qui ne s'acquitte pas au terme convenu est condamné à payer le double de sa dette, et l'on fixe un nouveau terme pour l'acquittement total. S'il ne peut ou ne veut alors payer son créancier, celui-ci s'empare de lui onde l'un de ses proches parents, ou d'un certain nombre de ses esclaves, qu'il garde jusqu'à ce que son débiteur se soit libéré de ses obligations envers lui.
Quiconque a manqué au respect dû aux ancêtres
d'un autre, est condamné à lui payer une amende proportionnée à l'insulte.
Si un esclave a commis quelque crime ou délit qui le mette sous l'action de la justice, et qu'il prenne la fuite, son maître est tenu de le représenter au procès et d'en subir toutes les conséquences, à moins qu'il ne se désiste de son droit de propriété sur ledit esclave, en faveur de la partie civile.
Tout fait qui peut causer un dommage matériel ou moral à un individu de condition libre, emporte pour celui cj[ui en est l'auteur, et au profit de celui qui l'a éprouvé, une amende fixée parle jury, proportionnellement au dommage. Les épreuves judiciaires, avons-nous dit, se font par l'eau, par le feu, par le poison. L'épreuve par l'eau est usitée aux environs du fort Dauphin, dans la partie méridionale de l'île. L'accusé est conduit au pied de la roche d'Itapère, et là c'est le plus ou moins de brise, ou le degré d'élévation de la marée qui décide du sort des infortunés que l'on y expose. Ils doivent se tenir debout, les mains appuyées sur le rocher fatal, et les jambes dans la mer jusqu'aux genoux, pendant un intervalle de temps dont la durée est fixée. Si les vagues qui viennent toujours se briser avec fracas sur les récifs dont cette côte est hérissée ne leur couvrent qu'une partie des Cuisses, ils sont proclamés innocents. Mais si par malheur une goutte d'eau détachée de la lame vient à mouiller la partie supérieure de leur corps, ils tombent à l'instant percés de plusieurs coups de zagaies.
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L'épreuve par le feu se fait au moyen d'un fer chaud que l'on passe sur la langue de l'accusé. S'il n'en résulte rien pour lui, il est libre. Dans le cas contraire, une fin semblable à celle qui termine l'épreuve par l'eau lui est réservée.
Quant à l'épreuve par le poison, c'est le tanguin qui en est l'instrument.
Le tanguin ou tanghé est un grand et bel arbre , le tanguinia veneniflua , la tanghinie vénéneuse des botanistes européens. Il porte un fruit de forme oblongue qui, arrivé à sa maturité , est de la grosseur d'une pêche et d'une couleur rougeàtre. Le suc de son noyau, pris à une dose connue, a la propriété de coaguler le sang plus ou moins vite, en occasionnant d'affreuses convulsions et d'abominables souffrances.
11 est évident que le seul effet à espérer de son emploi dans les épreuves judiciaires , devait être , tout au plus, d'arracher des aveux au patient véritablement coupable, par les tortures que le poison lui fait éprouver; mais le superstitieux Malegache -y attache une idée bien autrement absurde. 11 est persuadé que le tanguin administré à quelque dose que ce soit, tuera infailliblement l'accusé, s'il est coupable , et n'aura sur lui aucun mauvais effet , s'il est innocent. Aussi , quoique les résultats de cette épreuve soient toujours funestes à ceux qui la subissent, voit-on les naturels s'y soumettre de bonne volonté, et souvent la demander eux-mêmes dans les plus légers différends , afin de prouver
leur bon droit. 11 faut dire, toutefois, que les individus chargés de préparer le tanguin, appelés par les Sakalaves ampi-tamjliine , ne jugent pas aussi aveuglément de ses effets et qu'ils en raisonnent beaucoup mieux l'emploi ; ils en connaissent les propriétés réelles ; ils savent, par exemple,, que son action sera plus destructive, si le suc a été pris dans tel fruit plutôt que dans tel autre , et , dans chacun , au bout le plus près du germe , plutôt qu'à l'autre extrémité. Us peuvent donc , pour les épreuves judiciaires , proportionner la dose qu'ils emploient à l'importance de l'affaire en litige ou à la gravité de la prévention. On comprend alors que les biens , la liberté et même la vie de tant d'individus condamnés à prendre le tanguin , sont entre les mains de l'ampi-tanhgine ; car le résultat d'une épreuve dépend bien plus de la conscience et de l'impartialité de celui-ci que du tempéramment du patient ou de l'énergie que peut lui donner le sentiment de son innocence. Voici d'ailleurs comment on procède à cette lugubre cérémonie.
Lorsque le tanguin doit être administré à un individu , ses parents et ceux de l'accusateur vont trouver l'ampi-tanghine, qui seul a le droit de conserver le fruit de ce nom et doit lui-même avoir subi l'épreuve. Us fixent d'un commun accord le jour où aura lieu celle dont il s'agit. L'ampi-sikidi est aussi consulté au sujet de l'endroit où l'accusé devra la subir. Celui-ci , quarante-huit heures
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avant de boire le fatal breuvage, se met en jeûne et ne mange plus que du riz très-clair; puis, au jour convenu, le malheureux est conduit de grand matin à l'endroit désigné , accompagné seulement des parents des deux parties. Il se dépouille de ses vêtements et jure qu'il n'a employé aucun subterfuge pour neutraliser l'effet du breuvage qu'on va lui présenter. L'ampi-tanghine prend un noyau de tanguin et en rappelle les divines propriétés. « Ceci, dit-il, est donné par Dieu aux hommes pour témoigner de leurs actions; il est infaillible et juste dans ses effets; Finnocent n'en a rien à craindre, mais il est mortel pour le coupable. " Il adresse aussi une prière à Zanahar, le souverain juge des actions des hommes, et lui demande que l'épreuve à laquelle il va présider ait ses effets ordinaires. Il frotte alors le noyau sur une pierre raboteuse , ou bien en râpe, par un moyen quelconque, une trèspetite quantité qu'il dissout dans de l'eau , puis il demande à l'accusé s'il veut avouer le crime qu'on lui impute. Si la peur faisait que celui-ci y consente , on le relâche et il est de nouveau traduit devant le jury qui prononce la peine réservée au crime ou délit avoué par lui. S'il persiste à se dire innocent, l'ampi-tanghine lui fait avaler la dissolution qu'il a préparée. Après un temps, dont la longueur varie selon le tempéramment du sujet et la dose de poison que contenait le breuvage, des convulsions atfreuses s'emparent du malheureux, ses traits se décomposent, ses muscles se contractent, et
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il expire souvent dans des tourments horribles. S'il ne succombepas, avant le terme voulu, et qu'à l'effet produit sur lui on juge qu'il est innocent , il est reconduit à sa propre maison, au milieu des danses et aux cris d'allégresse de ses parents et amis; mais il s'en ressent ordinairement pour tout le reste de ses jours, et traîne une existence misérable et maladive.
Cette manière d'administrer le tanguin est ordinairement employée pour l'épreuve judiciaire ; mais il est des cas où on l'emploie plutôt à titre de supplice que d'épreuve. Par exemple, lorsqu'il s'agit d'empoisonnement ou de sortilège, et qu'à tort ou à raison, de fortes préventions s'élèvent contre l'individu qui en est accusé. Alors le prévenu est enfermé dans une case et gardé à vue. Il y a défense expresse de lui donner aucun aliment et de lui laisser voir qui que ce soit , pas môme ses plus proches parents. Au bout de deux ou trois jours, on le tire de sa prison pour le conduire au lieu où il doit boire le tanguin : c'est toujours quelqu'endroit écarté au milieu d'un bois solitaire. Le breuvage préparé pour lui est si fortement empoisonné qu'il est presque impossible qu'il n'y succombe pas; d'ailleurs, s'il arrivait qu'au bout de quelques heures le poison n'eût pas produit l'effet attendu sur le patient, les assistants se jetteraient sur lui et l'assommeraient ; son corps privé de sépulture est abandonné aux chiens et aux oiseaux de proie.
Le plus grand mal inhérent à cette absurde cou-
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tume est l'abus qu'on peut en faire. 11 arrive, en effet, très-souvent, que des motifs indépendants de toute culpabilité la font mettre en usage à l'égard de quelqu'un, comme un sûr moyen de lui ôter la vie. Que le souverain du pays, ou seulement le chef du village auquel revient de droit une grande part des biens de toute personne morte dans l'épreuve du tanguin; que l'un ou l'autre veuille, soit par cupidité, soit par quelque raison politique, se défaire de quelqu'un, il fera accuser l'infortuné d'un crime quelconque et le condamnera cl subir l'épreuve judiciaire. L'ampi-tanghine, toujours à la dévotion du chef, et ayant lui-même part aux dépouilles des victimes de son ministère, forcera la dose du poison, et l'épreuve deviendra ainsi pour le patient un horrible supplice dont la mort doit être la fin inévitable et souhaitée.
Quelquefois l'épreuve du tanguin s'opère d'une manière qui, pour être plus innocente dans les effets, n'en est pas moins inhumaine ni moins absurde. Au lieu de l'administrer aux personnes en cause, on fait boire le breuvage préparé comme de coutume, à des chiens ou à des poulets. Selon l'effet absolu ou comparatif produit sur eux par le poison, les personnes que ces animaux représentent sont déclarées innocentes ou coupables. Les trois épreuves que nous venons de décrire, et surtout celle du tanguin, quoique les plus usitées, ne sont pas les seules dont on fasse usage à Madagascar. Les Anta'ymours laissent aussi aux caïmans le soin de
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décider delà culpabilité ou de l'innocence du coupable. Une fois que la cause est entendue et que l'accusé a bien évidemment nié ce que lui impn.te son accusateur, l'ombiaclie le prend par la main, et le conduit à la rivière. Il ôte ses vêtements, s'élance à la nage pour gagner un îlot couvert de joncs qui sert de repaire aux caïmans; là il doit plonger trois fois et s'il échappe à leurs gueules hideuses, il peut retourner au rivage où la foule le reçoit en poussant des acclamations de joie. Le délateur est ensuite condamné à lui payer des dommages et intérêts considérables.
Les Malegaches, divisés en tribus, subdivisées elles-mêmes en villages, sont, comme tous les peuples placés dans les mêmes conditions politiques, gouvernés par des chefs dont le pouvoir est plus ou moins grand, selon que la population qui leur obéit est plus ou moins considérable. Chaque village a son chef et chaque chef a ses ampitaklis ou ministres chargés de faire connaître ses volontés ; ce mot signifie littéralement parleur. Son pouvoir absolu dans la forme ne l'est cependant pas de fait ; il est pondéré par un conseil des principaux habitants et des vieillards, qui apportent dans la gestion des affaires qu'on leur soumet leur sagesse et leur expérience et les règlent au moyen des coutumes et des lois transmises oralement par la tradition et dont la conservation intacte est confiée à une mémoire que son peu de préoccupations met à l'abri de l'inexactitude. Ces affaires se traitent dans une
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assemblée générale ou kabar présidé par les chefs et les anciens du pays. C'est là que tout se décide : la guerre ou la paix, les travaux relatifs à l'agriculture, les procès, en un mot tous les actes qui intéressent la communauté. La manière de procéder dans ces kabars est à peu près la même chez toutes les peuplades, sauf les modifications qui résultent de la forme différente de leur gouvernement. Ces réunions ont ordinairement lieu en plein air, au pied de quelque tamarinier voisin du village ou sous un hangar consacré à cet usage. Toute la population a le droit d'y assister : en certaines circonstances cependant, quand l'entreprise qu'on veut y discuter doit rester secrète, l'assemblée se tient la nuit dans quelqu'endroit écarté, et on en éloigne avec soin tous ceux qui ne doivent pas y prendre part.
Depuis les conquêtes des Hovas et le règne de Radama , les formes de ce gouvernement local n'ont pas changé, mais on l'a subordonné à un système plus vaste, plus compliqué, et qui permettait de faire sentir d'une manière continue aux populations soumises le joug qu'elles subissent.
L'île entière a été divisée en 22 provinces, dont nous avons donné les noms et la situation relative.
Chaque province est gouvernée par un commandant et divisée en un certain nombre de districts à la tête desquels est un fonctionnaire soumis au premier.
Mais ce gouvernement n'a que les formes exté-
Heures de celui des Etats civilisés, il en a tous les défauts sans aucun des avantages, c'est de la fiscalité de bas étage sous un semblant d'ordre, à la faveurde laquelle l'esprit sordide et rapace des conquérants, chefs et subordonnés, se donne carrière sans aucune pudeur.
Chaque jour Ranavaloetses ministres confisquent quelques propriétés à leur profit, chaque jour voit l'impôt peser plus durement sur les Malegaches, et le système des confiscations s'étendre de plus en plus.
Chaque chef de village est chargé de recueillir l'impôt et répond du paiement ; il remet la recette à des officiers hovas qui passent de temps en temps dans les villages. S'il y a retard de paiement, le chef est vendu. Toute famille payait annuellement à la reine un ballot de riz en paille ; c'est le var-zé (riz de la main). Ze veut dire longueur de la main. C'était la grandeur cube du ballot d'impôt par famille. Aujourd'hui on ne paie plus par famille, mais par case et on exige des ballots de 15 à '20 pouces. Depuis 1837 un nouvel impôt a été établi, tous les ans, en décembre, chaque tète libre paie en argent le poids d'un grain de riz. Les femmes des Européens, autrefois exemptes, sont aujourd'hui soumises à l'impôt. En 1835 on essaya d'imposer les esclaves. On demanda un kiroubo, environ le quart d'une piastre d'Espagne. Les malheureux Malegaches, avertis d'avoir à payer à certains jours, faisaient d'inutiles efforts pour trouver de l'argent.
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si rare clans le pays. Quelques-uns donnèrent jusqu'à trois bœufs pour avoir un kiroubo. L'agitation fut si grande, que les chefs hovas des provinces craignirent un soulèvement; ils annoncèrent qu'ils allaient écrire à la reine, et l'affaire n'alla pas plus loin.
Tout Malegaclie riche est dépouillé par le Tsilia- Icnga (qui ne ment pas); c'est une zagaie en argent. Un Ho va arrive avec des soldats, il entre dans la case, pique en terre la zagaïe d'argent. Le maître du logis fait le salut de la reine en donnant un kiroubo au tsitialenga, représentant de Ranavalo. Alors commence le kabar. On accuse le chef de la famille d'incivisme, de manque de dévouement à la reine, sur la déposition du premier venu qui témoigne par peur. On amarre l'accusé et on l'envoie juger au chef-lieu. S'il perd, on lui prend toute sa fortune; s'il gagne, on ne lui en retient que la moitié.
Les propriétés des Hovas sont un peu mieux respectées. Cependant à Imerne chacun cache sa richesse de peur d'en être dépouillé par les exactions.
L'art de la guerre est encore dans l'enfance à Madagascar, même chez les Hovas, que des écrivains exagérés ont représentés comme capables de lutter contre des troupes européennes. Les Sakalaves n'ont dû la supériorité militaire qu'ils ont eue pendant longtemps sur les autres peuples de l'île, qu'à leur intrépidité et au grand nombre d'armes à feu qu'ils possédaient. L'usage de fortifier les vil-
lages n'existe pas chez eux. Trop puissants pour qu'on vînt les attaquer sur leur territoire, ils négligèrent jadis cette mesure de sûreté, nécessaire principalement pour la guerre défensive, et ne l'ont pas prise aujourd'hui qu'ils sont affaiblis.
Les Sakalaves comme tous les Malegaches guerriers marchent toujours armés. Les armes dont ils se servent sont la zagaie et le fusil. Un fusil est pour eux un objet des plus précieux. Ils aiment à en faire parade et en ont un soin très-grand ; ce soin s'exerce principalement sur les parties en fer qu'ils tiennent toujours brillantes et parfaitement polies. Leur équipement se compose d'une poudrière, portée en bandoulière et d'un ceinturon en cuir; la poudrière est faite d'une corne de bœuf, souvent ornée de plaques d'argent. Au ceinturon est attachée une espèce de giberne dans laquelle ils mettent des brosses et quelques chiffons pour l'entretien de l'arme ; des balles percées à leur diamètre et enfilées une à une ou plusieurs à la fois, sont symétriquement suspendues à ce ceinturon. Ils mettent toujours plusieurs balles dans leur fusil, avec une quantité de poudre en proportion, de telle sorte que la charge n'occupe pas moins de cinq à six pouces du canon.
Lorsque la guerre est résolue, ce qui a lieu d'après la décision des Kabars, tout homme libre ou esclave, devient soldat, s'il n'en est empêché par son âge ou par des infirmités. Il prend en outre de ses armes quelques munitions et un peu de riz, et
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se rend au lieu du rassemblement. Une fois en campagne, les Malegaches n'observent aucun ordre de marche. Le peu de provisions qu'ils avaient emportées étant épuisées, ils vivent de rapine, tant qu'ils sont sur leur territoire ; arrivés sur celui de l'ennemi, c'est aux dépens de ses plantations qu'ils subsistent. Les villages qu'ils rencontrent sont alors pillés ou incendiés. Le moindre obstacle arrête souvent leur marche pendant plusieurs jours. S'ils ont une rivière à traverser, ce qui arrive fréquemment à Madagascar, ils tâchent de se procurer des pirogues ou fabriquent des espèces de radeaux sur lesquels ils passent successivement; mais ils préfèrent encore rechercher les endroits guéables. Quand ils sont arrivés près de l'ennemi, ils se placent autant que possible sur une éminence, ou se couvrent d'un bois, ou enfm se retranchent derrière une rivière ou un marais pour éviter une surprise.
C'est à l'Ampisikidi ou devin qu'il appartient de fixerle jour d'une bataille; c'est lui qui désigne les jours heureux et malheureux, et on ne fait rien sans le consulter.
On a recours aussi à diverses pratiques superstitieuses pour effrayer l'ennemi et le rendre lâche au combat.
Quand le jour de l'action est arrivé, les Malegaches s'avancent confusément vers leurs adversaires, en s'étendantle plus possible; si ceux-ci ne croient pas devoir en venir aux mains, et ne sortent pas
de leurs retranchements, la journée se passe alors en vaines provocations et en propos insultants de l'autre part. Si l'ennemi accepte le combat, les deux partis, après avoir échangé quelques coups de fusil, et lancé quelques dizaines de zagaies, s'attaquent tumultueusement à grands cris. Celui des deux qui tient bon quelques instants et tue quelques hommes à l'autre, est presque sûr de la victoire. Les Malegaches n'ont aucune idée d'une retraite régulière, et s'ils sont contraints de céder le terrain, la fuite la plus précipitée est leur seule ressource pour échapper à un ennemi victorieux.
Après un combat où ils ont eu l'avantage, rien n'est comparable à leur arrogance. Il n'y a pas eu quelquefois plus de quatre ou cinq hommes tués dans l'alTaire, mais les armes de chaque combattant n'en sont pas moins teintes de sang, en témoignage de sa bravoure.
Si une tribu de Malegaches a été porter les armes au dehors et qu'ils aient eu du succès, ils rentrent chez eux au bruit des chants et des danses de leurs familles, étalant avec orgueil leur butin et suivis des captifs qu'ils ont faits. S'ils sont attaqués chez eux par des forces supérieures aux leurs, ou que, surpris par les agresseurs, ils n'aient pu se réunir en assez grand nombre pour opposer de la résistance, ils se réfugient dans les bois et y restent, vivant de racines, jusqu'à ce que l'ennemi ait évacué le canton. Chacun revient alors au lieu qu'il habitait, mais il cherche souvent en vain, au mi-
lieu des cendres et des ruines, les débris de sa case, heureux encore si une partie de sa famille n'a pas été emmenée en esclavage.
Le malagasy ou malegache appartient à cette grande famille des langues malaises, qui sont parlées depuis les plages de l'Afrique orientale jusqu'aux rivages occidentaux de l'Amérique du Sud. Celles avec lesquelles il a le plus de rapports sont le malai , proprement dit, et le dialecte de Bàli. Le rapprochement que nous signalons ici n'est pas fondé sur ce que quelques mots leur sont communs, mais sur une comparaison générale de la structure et du génie des deux langues. Ainsi , par exemple , on remarque l'absence dans l'une et l'autre de déclinaisons indicatives du genre , du nombre , du cas, l'adjonction de pronoms au nom par le moyen d'un changement dans leur forme, particulièrement lorsqu'il s'agit d'indiquer la possession , la formation de verbes au moyen de racines auxquelles on ajoute des particules préfixes, la même particule se modifiant selon les besoins de l'euphonie; la disparition de la consonne devant ces préfixes; la formation du participe actif au moyen d'une préfixe; Faddition d'une terminaison enclitique au participe actif; la formation d'une voie passive au moyen d'une particule inséparable; la disposition de l'adjectif avant le nom, etc., etc. Mais un coup d'œil jeté sur la grammaire montre que les inflexions du verbe malagasy sont bien plus nombreuses et bien plus subtiles que celles du verbe
malai , surtout dans les formes de causalité et de réciprocité.
On peut dire que l'île de Madagascar n'a qu'une seule langue. Il existe des variétés de dialectes , mais elles ne sont ni assez nombreuses, ni assez fortement marquées pour que les habitants des différentes parties de l'île trouvent quelque difficultéà converser entre eux. Les bases de la langue, son génie, sa construction, ses racines sont les mêmes partout.
Le malagasy ou malegache a beaucoup de précision philosophique et est capable d'une grande énergie et d'une grande beauté d'expression. Sa structure est simple et facile, bien qu'elle admette une variété infinie, combinée avec l'élégance. Tout en manquant de termes abstraits , il possède une admirable flexibilité, fondée sur des principes fixes et les lois de l'analogie, ce qui fait que l'on éprouve peu de difficultés à communiquer de nouvelles idées aux Malegaches. Dans quelques cas, il pourrait paraître redondant, les objets avec lesquels les indigènes sont sans cesse en contact prenant une foule de noms qui n'offrent toutefois que de faibles nuances dans leur signification.
L'absence d'un verbe substantif, correspondant à Fesse des Latins, est compensé par un mode' Me structure très-abondamment employé dans le malegache , et qui constitue un des caractères distinctifs de cette langue , c'est au moyen d'évolutions dans les adverbes et les prépositions qui leur foni exprimer le passé ou le présent.
L'abondance de la langue malegache consiste non-seulement dans les mots propres , mais dans la facilité que l'on a de former au moyen d'une simple racine et suivant des règles fixes , de nombreux dérivés, qui expriment ces nuances si variées que dans d'autres langues on est obligé de rendre au moyen d'adverbes , de prépositions , etc.
Quant à l'euphonie, le malegache a, comme toutes les langues de la même famille, et par suite de l'abondance de certaines syllabes (a, o, i), une grâce et une harmonie qui se prêtent merveilleusement à la poésie et à la musique.
L'écriture n'ayant été introduite à Madagascar que depuis quelques années, les peuples de cette île n'avaient points de signe autrefois pour conserver le souvenir des choses éloignées ; mais pour leur usage journalier, pour tenir le compte, par exemple , des marchandises qu'ils recevaient en dépôt , afin de les convertir en denrées du pays, ils avaient recours à trois ficelles d'inégale longueur et réunies par un bout, sur lesquelles ils marquaient par des nœuds les unités, les demies et les quarts de la subdivision de l'objet auquel elles étaient spécialement affectées. N'ayant point d'autres subdivisions que celles-là, sur le littoral du moins, leurs comptes se réduisaient ainsi à des opérations bien simples. Ils avaient toutefois une numération parlée qui leur venait des Arabes , et dont ils savaient au besoin, se servir en employant des grains de millet à la place des chiffres. Chaque nombre, jusqu'à dix,
était exprimé par un mot différent, puis on disait : dix et un, dix et deux, dix et neuf, deux dix et un, trois dix et un, ainsi de suite jusqu'à quatrevingt-dix-neuf. Un mot particulier (zatou) exprimait la centaine, et un autre (arivou), le mille.
Le malegaclie n'a point de mesure pour apprécier les distances. Pour lui un endroit est loin ou il est près , et ce n'est que par l'inflexion de la voix qu'il désigne les points intermédiaires. Quatre noms différents désignent quatre points du compas diamétralement opposés. Ces mots sont tsimilots , antambone, varatrazaet antambané, qui correspondent , non pas à nos points cardinaux ; mais au N.-E. , au S.-E., au S.-O., au N.-O. Ces noms réunis deux à deux ou trois à trois , marquent les aires de vents intermédiaires. Le Malegache mesure le temps diurne par la hauteur du soleil au-dessus de l'horizon. Il le divise en huit parties : quatre pour le jour, quatre pour ia nuit, qui sont : le chant du coq , le point du jour , la croissance du jour, le milieu du jour, le déclin du jour, le soir, la nuit, la grande nuit.
Le Malegache connaît aussi la semaine , le mois et l'année. La semaine est divisée en sept jours dont aucun n'est férié , chacun prenant son repos quand bon lui semble. Le mois représente une révolution lunaire et douze mois forment l'année.
Nous ne répéterons pas ici les fables répandues à plaisir par quelques écrivains sur la prétendue
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organisation des troupes malegaches. Aux détails qn'on a lus plus haut à ce sujet, nous ajouterons seulement comme complément particulier les différents grades institués par Radama dans l'organisation de l'armée liova.
Lorsqu'un chef dans les tribus d'Imerne, voulait récompenser un de ses soldats, il cueillait une fleur, voninahitra en Malegache, et la lui offrait en signe d'honneur. Le dernier roi des Hovas prit cet usage comme base de sa hiérarchie et créa treize honneurs, qui représentent à peu près les grades européens et dont le dernier équivaut au grade de maréchal. Le l'^' est le bon soldat, le 2' est le caporal, le 3" le sergent, le li" le sergent-major, le 5" le lieutenant, le 6' le capitaine, le T le major, le 8' le lieutenant colonel, le 9' le colonel, le 10' le colonel-général, le il" le général, le 12" enfin le lieutenant-généraL
Tel est l'ensemble des notions ethnographiques et politiques, telles sont les mœurs, les coutumes, l'organisation civile et militaire des peuplades qui habitent aujourd'hui la grande île Africaine.