CHAPITRE Ilï
TOPOGRAPHIE GÉNÉRALE DE l'iLE.
Sommaire. — Le pays des Antankars. Description. — Territoire. — Population. — Habitations. — Villages. — Culture. — Mœurs.
— Coutumes. — Religion. — Funérailles. — Diego — Suarez.
— Louquez. — Vohémar. — Angoncy. — Antavarls. — Sainte- Marie. — Tinlingue. — Baie d'Antongil. — Port-Choiseul.
— Ile Marosse. — Description du pays des Belsimsaracs. — Leur origine. — Etymologie de leurs noms. — Les Ambanivoules. — Description de la baie de FénérifTe , de Taniatave et de Foulepointe. — Description du pays des Bétanimènes. — Yvondrou. — Andévourante. — Vobouaze. — Description de la route de Vobouaze à Tananarive. — Les Bezonzons. — Description de cette vallée. — Les Affravarts. — Les Antatschimes. Amboudehar — Mananzari. — Les Anta'ymours. — Faraon. — Malatane. — Les Tsavouaï et ïsafati. — Les Anlarayes. — Les Antanosses. — Description des pays d'Androy, de celui d'Ampate et des Caremboules. — Les Machikores. — Les Vourimes.
— Les Betsiléos ou Hovasdu sud. — Leur origine. — Les Kimoss.
— Les Hovas. — Province d'Ancôve. — Tananarive. — Etymologie de ce mot. — Imerne. — Description de Tananarive. — Origine des Hovas, anciens parias de l'île. — Caractère de cette tribu. — Leur industrie. — Marchés et foires à Tananarive. — Province d'Ancaye. — Les Antsciauacs. — Provinces deFéerègne. Pays des Mahafales. — Les Sakalaves. — Le Ménabé. — Madjonga. — Mourounsang. — Moudzangaie. — Itinéraire de Madjonga et de Bombetok à Tananarive. — Le Bouéni. — Situation respectivedes Hovas et des Sakalaves. — Finduchapilre troisième.
Après avoir étudié l'île de Madagascar dans son ensemble, à la fois géographique et ethnographi-
que, nous allons donner ici quelques détails sur les points les plus remarquables du pays, et réunir sur chaque tribu les faits particuliers qui n'auraient pu trouver leur place dans les descriptions générales.
Le pays des Antankars porte, en Malegache, le nom d'Ankara. Il embrasse l'extrémité la plus septentrionale de l'île, et s'étend vers l'est, du cap d'Ambre jusque par ili" 25', vers l'ouest du même cap à la rivière Sambéranou, affluent de la baie de Passendava. Les Antankars forment la population principale de ce territoire.
Nous avons déjà fait remarquer leurs rapports physiques avec les Cafres. Ils sont plus taciturnes et moins tracassiers que les autres Malegaches. On doit ajouter aussi qu'ils sont moins intelligents et moins adroits. On ne trouve point chez eux, comme dans certaines contrées de l'île, de grandes associations d'hommes. On n'y rencontre que de misérables villages composés de 20 ou 30 cases, petites et peu solides. L'agriculture y est peu développée, et cependant elle devrait mieux y prospérer qu'ailleurs, car ils ont de bonnes terres végétales d'autant plus précieuses qu'il y a ici moins de marécages que dans la partie fréquentée par les Européens et que l'on n'a pas à y redouter les inondations souvent funestes des côtes de l'est et du sud. Les Antankars cultivent un peu de riz, des ignames qu'ils nomment kambarris, du maïs, du manioc, des patates qui font avec du bœuf bouilli la base de leur nour-
ritiire. Us plantent aussi des cannes à sucre avec le jus desquelles, ils composent, en y mêlant une infusion de certaines écorces amères, une boisson fermentée assez agréable qu'ils nomment bcssahcssa. Chez eux le latanier est très-commun et sa feuille remplace celle du ravinala dans la construction des cases, c'est-à-dire pour la toiture et les côtés. Le dattier, qui abonde aussi dans leur pays, fournit un chou tout aussi bon que celui du palmiste. Les deux causes du peu de développement qu'a pris l'agriculture chez les Antankars est l'abondance du poisson qu'ils trouvent dans leurs rivières, et celle du bétail qui était autrefois, pour eux, une source de richesses. Le chef du plus petit village possédait des milliers de bœufs, et on estimait à 30,000 têtes l'exploitation qui en était faite, soit en bestiaux vivants, soit en salaisons pour les colonies de Bourbon et de l'île de France. Mais depuis que les Hovas ont établi des postes de traite sur le littoral, ils se sont attribué le monopole de tout le commerce avec les étrangers.
Les mœurs, les coutumes et la religion des Antankars sont à peu près les mêmes que celles des autres peuplades de l'île. Leurs funérailles présentent cependant quelque chose de particulier. Avant de déposer le corps du décédé dans la bière , ils le soumettent à une espèce de momification.
Après la baie de Diego-Suarez dont nous avons parlé longuement, en décrivant l'hydrographie de l'île, les points de la côte du pays des Antankars
les plus remarquables sont : lePort-Louquez, puis, comme points de traite, la baie de Vohémar, ou plutôt Vohéoiarina et Angoncy, ou Ngency, grand village près du cap Oriental, par 15° ili' de latitude sud, et liS" 10' est. (Connaissance des temps pour 18li6) et le grand Manahar. Sur la côte de Fouest se trouvent les îles Nossi-Mitsiou, Nossi-bé, Nossi- Fàli et Nossi-Comba voisines de la seconde et qui toutes appartiennent maintenant à la France, ainsi que nous l'avons dit plus haut.
Le pays des Antavarasti ou Antavarts, s'étend de la rivière Tangoumbali (Tingbale) qui a son embouchure au fond de la baie d'Antongil, au 17' parallèle. Les deux établissements français de Madagascar, l'île Sainte-Marie et Tintingue, se trouvent sur cette côte; au nord, vers le fond de la baie d'Antongil était le Port-Choiseul, ancien établissement dont l'ancrage était à l'embouchure de Tangoumbali, entre le rivage et l'île Marosse.
Nous parlerons plus loin avec détails de Sainte- Marie et de Tintingue.
Le pays des Betsimsaracs, dans lequel on comprend quelquefois le précédent, s'étend jusqu'à riranga, au midi; Betsimsarac est formé des trois mots 5(', beaucoup, is/, négation, et jHma?'aA:, séparer, c'est-à-dire beaucoup qui ne se séparent pas, ou confcdéraiion. On désigne en effet sous ce nom l'ancienne association politique d'une foule de petites peuplades individuellement connues sous des noms différents.
L'événement qui donna lieu à cette association remonte à la fin du 17" siècle. D'après la tradition, un des forbans qui exerçaient alors leur piraterie dans la mer de l'Inde et qui avaient choisi Madagascar pour le lieu de leur refuge, vivait avec la fille d'un chef de l'île Sainte-Marie. Poursuivi un jour par une frégate, il se décida, pour échapper au danger qui le menaçait, à faire côte à l'entrée de la baie d'Antongil, où il se perdit corps et biens. Par suite de cette mort, les armes et les munitions que cet homme avait en dépôt à l'île Sainte-Marie, devinrent la propriété de sa veuve. Celle-ci, loin de chercher à en tirer parti par le commerce, les offrit généreusement à ses compatriotes de la côte opposée alors en guerre contre un puissant ennemi venu du sud pour les asservir (les Tsikouas ou Bétanimènes) , et qui résolurent, en reconnaissance d'un tel service, s'ils sortaient vainqueurs de la lutte qu'ils soutenaient, de reconnaître pour chef l'enfant qu'elle portait dans son sein, et de ne plus faire, sous lui, qu'un seul et même peuple, sous la dénomination collective par laquelle ils sont connus aujourd'hui.
Telle serait l'origine des princes malattes, la tige de ceux qui ont régné à Foulepointe jusqu'à nos jours, et dont Tsassé a été le dernier rejeton. Plus tard, les enfants qui naquirent d'un Blanc et d'une Malegache prirent le même titre et usurpèrent insensiblement les prérogatives que la reconnaissance publique y avait attachées. Ces nouveaux chefs,
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devenus fort nombreux, ne tardèrent pas à faire le malheur du pays. Les Betsimsaracs, élevés dans le respect et la crainte des malattes, supportèrent assez longtemps leur tyrannie ; mais, au commencement de 1821, une juste réaction eut lieu contre eux. Les malattes, pris au dépourvu, cédèrent à ce subit et menaçant orage , trop heureux , en restituant ce qui leur fut réclamé, de conserver leurs biens légitimement acquis et le titre dont ils se montraient si fiers.
Les Ambanivoules s' étant, parmi les peuplades Betsimsaracs, fait connaître particulièrement des voyageurs, nous rapporterons ici ce qu'en disent les mieux renseignés.
Les Ambanivoules sont plus grossiers que les habitants des côtes. Mais leurs mœurs sont plus simples, leur caractère plus loyal et plus franc. Ils cultivent peu de riz, quoique leurs terres soient fertiles ; ils plantent du manioc, des patates, et du maïs. C'est dans leur pays que l'on trouve les plus belles bananes de Madagascar. On en voit des régimes qui contiennent plus de soixante fruits et qui ont jusqu'à deux pieds de longueur.
Les pâturages des Ambanivoules sont aussi bons que leur terroir. Ils conviennent d'autant mieux aux troupeaux qu'ils sont ombragés par des arbres touffus qui les préservent de l'ardeur du soleil. C'est dans le pays des Ambanivoules et près de Fidana que l'on voit le plus d'arbres à tanguin. Aussi les Malegaches viennent-ils souvent de fort loin
pour chercher en cet endroit l'amande qui sert à leurs épreuves? Le tanguin n'est pas aussi commun à Madagascar que l'ont prétendu les missionnaires : on parcourt souvent dans le nord ou dans l'intérieur un espace de vingt à trente lieues sans en rencontrer un seul, et dans le sud, depuis Tamatave jusqu'au fort Dauphin on en a vainement cherché.
Les Ambanivoules mangent plus de laitage et de fruits que les autres Malegaches ; ils ne tuent des bœufs que rarement ; leurs filles ont plus de retenue et se marient plus volontiers.
La côte des Betsimsaracs présente trois points dont il est souvent question dans l'histoire des établissements français à Madagascar; ce sont la baie de Fénériffe, Foulepointe et Tamatave. Nous avons déjà dit quelques mots de Fénériffe. Quant à Foulepointe, c'est un grand village situé sur un terrain uni, non loin d'une verte plaine de terre rouge et près de la mer dont il est séparé par une plage de sable qu'il faut franchir pour arriver aux établissements des traitants. La demeure du gouverneur hova s'élève sur les ruines de l'ancien fort français. L'établissement est défendu par une forte enceinte de grosses poutres, qui a plus de 20 pieds de hauteur ; des parapets appuyés contre la première palissade donnent la facilité de servir un grand nombre de pierriers placés de distance en distance devant des embrasures et soutenus par de forts montants à pivots. La demeure du gouverneur est con-
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struite à la manière d'Imerne, mais plus grande et mieux distribuée. Une espèce de donjon, ressemblant à un pigeonnier, s'élève au-dessus du toit. Le village composé d'environ !200 cases, peut contenir 1000 à 1200 habitants; les cases sont plus grandes, plus régulières et mieux alignées que celles des autres points de la côte ; les rues sont larges et propres.
Tamatave, qui n'était autrefois qu'un petit village de pêcheurs, était devenu même avant les derniers événements le principal marché de la côte de l'est. L'air y est sain, parce que son territoire est plus sec et moins boisé que celui de Foulepointe. On ne voit à Tamatave aucun édifice remarquable, si ce n'est l'habitation royale, construite en bois comme celles de nos colonies. Les blancs avaient élevé pour leurs établissements de commerce quelques grands magasins bâtis à la manière du pays et entourés de palissades. Les cocotiers sont les seuls arbres que l'on aperçoive sur le plateau aride et de sable mouvant qu'environne Tamatave; mais à peu de distance une végétation vigoureuse déploie toutes ses richesses. Ce village contient de 800 à 1000 habitants. A une petite distance , au n ord-est de Tamatave, est l'île aux Prunes, rocailleux îlot couvert d'arbres qui servent d'asile à des milliers de grosses chauves-souris et où l'on ne trouve pas d'eau douce.
Le pays des Bétanimènes, au sud des Betsimsaracs doit son nom à l'aspect rougeàtre de ses terres ferrugineuses ; car Bétanimène, vient de Be,
beaucoup, tani, terre, mena, rouge. La limite australe, rencontre la côte par J9" hO du pays. Les Bétanimènes se font remarquer entre les Malegaches si hospitaliers par la réception empressée qu'ils font aux voyageurs.
Ce peuple est avec celui des Betsimsaracs, le plus connu des Européens qui fréquentent la côte orientale de Madagascar. Leur territoire est traversé par la route de Tamatave à Tananarive. Nous avons déjà décrit la partie de cette route que l'on fait par les lacs qui commencent à border la côte, depuis Tamatave jusqu'assez loin au midi. Yvondrou,le premier village que l'on traverse, est peu considérable. Puis on s'embarque sur les lagunes et on atteint Fitanou, village d'où en faisant h heures de marche au sud-est, on arrive à Andévourante. Ce village considérable, bciti sur la rive gauche et près de l'embouchure de la rivière du même nom (appelé aussi laroka), contient environ 500 cases. Sa population est de 1800 à 2000 âmes, les étrangers compris. On y remarque plus de gaieté et d'activité qu'ailleurs ; les hommes y sont plus propres, les femmes plus jolies et mieux vêtues, les cases plus commodes. Ils doivent cette aisance au grand nombre et à la fertilité de leurs rizières et aux rapports fréquents qu'ils avaient avec les négociants européens de la côte de l'est qui viennent chez eux acheter du riz pour l'ile de France et Bourbon. Vis-àvis d' Andévourante, sur la rive gauche de la rivière, est le village de Maromandia, d'où l'on se rend à
Vobouaze (iVmbohibohazo) , situé à une cleuii-journée de marche dans le nord-ouest. Vobouaze est placé sur une haute colline et a plus l'air d'une ville queTamatave. Des palissades percées de portes l'en tourent ; ses maisons sont nombreuses et assez bien alignées, mais il serait assez difficile de trouver des rues plus étroites et plus malpropres. A partir de Vobouaze, quelques journées de marche sur les pentes et les plateaux inférieurs, toujours droit à l'est, à travers le pays des Bezonzons et des Antankayes conduisent c\ Tananarive. Voici les différentes étapes avec les heures de marche effective pour un voyageur accompagné de quelques hommes.
1 ' .Fuur. Manamhormdre, 3l> cases. G heures.
2' Bou-Zarmar, 50 8
■i'^ Âmpassiombé, .20 8
(On traverse Mahéla).
4"^ Maramanga, ■ 10 à 12 12
(On a traverse les montagnes de Béfourne). û'' Ma-Inouf, village assez important. 10
(Territoire des Bezonzons).
Ce Nossi-Arivo, 50 10
(On traverse la forêt de Fanghourou).
7e Amhatou-Manya, village. 10
(On traverse la plaine d'Ankaye).
8" Tananarive, G
Total : 70 heures.
Ces 70 heures ou 7 journées et demie pourraient être facilement franchies en 6 jours, car il ne s'y rencontre aucun autre obstacle que celui de la montée qui encore n'est pas très-rude là où elle se fait sentir. Il y a de l'eau tout le long de la route et l'on passe même plusieurs fois la rivière d'Andé-
vourante ou îaroka , que la route côtoie parallèlement.
La vallée des Bezoïizons, qui traverse la route, est bornée à l'est par les montagnes de Béfourne et à l'ouest par la forêt d'Ancaye , que les Malegaches nomme Fangourou.
Les Bezonzons, que tous les voyageurs, à l'exception de Fressange, ont confondus avec les Antaiicayes, leurs voisins, n'ont avec eux aucuns rapports physiques. Séparés qu'ils sont par une forêt, ils diffèrent de ceux-ci autant par les traits que par les habitudes. Les Bezonzons sont grands et robustes, les Antancayes petits et délicats. Les premiers ont les cheveux crépus, la peau fortement cuivrée, le nez aplati , et les lèvres grosses comme celles des Africains. Leurs yeux ont une expression de douceur et de bonté qui plaît à tous les étrangers. Les autres au contraire ont les cheveux droits et longs comme ceux des Malais, la peau basanée, mais d'une couleur moins foncée que celle des Bezonzons, le nez aplati, la bouche très-grande et la lèvre supérieure rentrée. Leurs yeux sont petits et enfoncés, leur regard est faux et leur sourire féroce. Cet ensemble n'est guère propre à inspirer de la confiance aux Européens.
Les habitants du pays disent que leurs ancêtres sont venus de l'ouest. Ils ressemblent en effet un peu aux Sakalaves ; mais plus encore aux Antscianacs dont ils ne sont pas très-éloignés. Il est même probable que la vallée des Bezonzons a été
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peuplée par une colonie venue de cette contrée. On cloil convenir, cependant, que l'esprit belliqueux des Antscianacs ne se trouve plus chez les Bezonzons, quoique la tradition parle de guerres que leurs ancêtres ont soutenues avec courage. Aujourd'hui ils vivent en paix et sans ambition dans un pays fertile, et ne s'occupent que de la culture de leurs terres. Ils sont exempts du service militaire, mais les Hovas les ont assujettis à des corvées qui sont au moins aussi pénibles. Ils sont toujours en route à transporter de Tananarive à la côte et de la côte à Tananarive les fardeaux du souverain d'Imerne dont ils sont les porte-faix ou maromites. Ce métier paraît du reste leur convenir mieux que celui des armes.
Le principal endroit de la côte au sud d'Andévourante est Valou-Madré, ville frontière des Bétanimènes qui doit son nom, rocher dormant, à un énorme rocher noir près duquel elle est bâtie. Ses campagnes sont moins fertiles que celles de Mitinandre, mais ses cases sont plus jolies, ses habitants plus affables. Son port formé par l'embouchure de la rivière du même nom , serait commode pour l'embarquement, si la passe n'était pas obstruée une partie de l'année par les sables.
Au midi des Bétanimènes , au nord de l'embouchure du Mangourou , sont les Affravarts, qui sont en général grands et bien faits et dont les traits sont fortement prononcés et la physionomie pleine de franchise. Ils ont les cheveux droits et la
peau cuivrée comme les Betsimsaracs. Plus guerriers que les Bétanimènes, ils les ont souvent vaincus , bien que leur peuplade soit beaucoup moins nombreuse. Leurs vastes pâturages sont riches en troupeaux et leurs rizières fertiles , mais les rats y causent de grands dommages et les Affravarts ont les chats en horreur. Maroussic est la résidence du chef.
En quittant Maroussic , la contrée change d'aspect, on entre dans le pays des Antatschimes et, après une journée de marche au S.-O. on est à Manourou situé sur un rocher escarpé, et où le riz était autrefois l'objet d'un grand commerce.
Après avoir passé le Man gourou, on aperçoit sur la rive droite Amboudéhar (Amboudiharo) qui ne diffère pas des autres villages malegaches ; ses vastes magasins à riz et la maison du chef sont seuls remarquables.
Mananzari, ancien établissement français, est à 28 lieues de là au midi. Il est situé sur la rive droite et à deux portées de fusil dans le N.-E. de la l'ivière.
Dans le pays des Anta'ymours (ce dernier mot signifie, Maures, Arabes), Namour est du côté du iiord le premier de leurs villages. Il est bâti sur une montagne de terre rouge au pied de laquelle coule une rivière. Faraon, qui en est à une journée de marche , est situé dans une île de la rivière du même nom. II est fortifié et compte environ 800 cases; c'est le plus considérable du pays, mais le
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chef réside à Matatane où les Français eurent jadis un établissement. Ce dernier village est à une heure et demie de navigation de l'embouchure de la Matatane, dans une ile. 8a population est moins forte que celle de Faraon, bien qu'il compte le môme nombre d'habitations. Quoique les chefs des Anta'ymours soient élus par le peuple, on a pour eux , pendant qu'ils exercent le pouvoir, un respect qui tient de l'adoration, mais si une récolte de riz vient à manquer, ou s'il survient toute autre calamité, on les dépose aussitôt, quelquefois même on les tue, et cependant on choisit toujours leurs successeurs dans leur famille. Les Anta'ymours ont une singulière et monstrueuse coutume qui leur a, disent-ils, été transmise par leurs ancêtres et qui leur a valu des autres Malegaches le nom de Manahadi-aomhé, épouseurs de vaches.
Les Tsavouaï et les Tsafati, Chavodies et Cliafates, sont au S.-O. des Anta'ymours, dans un pays de montagnes d'un accès assez difficile. Ces deux tribus paraissent a[)partenir aux populations primitives de Madagascar. Leur vie est simple comme leurs besoins, ils habitent de petits villages, ne communiquent jamais avec leurs voisins, et se nourrissent principalement de lait et de maïs.
La Mananghare sépare au midi les Anta'ymours des Antarayes. C'est une peuplade remuante et difficile à gouverner ; l'exercice du pouvoir y est aussi dangereux que chez les Anta'ymours. Ghandervi-
naiigli est un des lieux les plus remarquables de leur pays.
Mananboundre fait aussi partie du pays des Ântarayes, que beaucoup de voyageurs ont appelés Antavars. La peuplade qui l'habite est remarquable par son courage et son amour de l'indépendance. A la couleur foncée de leur peau, à leurs lèvres, à leurs cheveux, on les prendrait pour des Antatschimes. Ils ne diffèrent pas beaucoup, quant au costume et aux usages, de ce peuple qui n'a d'ailleurs rien du caractère des Antanossis, ni des autres peuplades du sud.
Les Anta-manamboundres sont presque tous grands et robustes. Les hommes ont des seidiks et des sim'bous de rabanes rayés. Les femmes des seidiks de la même toile. Les individus des deux sexes sont vêtus et se coiffent à peu près de la même manière. Leur coiffure consiste en petites tresses disposées comme celles des Bourzoas et des femmes d'imerne ; le ménakil ou huile de palmachristi sert à rendre ces tresses luisantes.
Les hommes et les femmes de Mananboundre ne portent pas de manilles et n'ont pour ornements de cou et aux bras que des grains de verre de Venise ; les guerriers portent , presque tous , comme les Antatschimes, des colliers de dents de caïmans; leurs fusils et leurs cornes de chasse sont garnies de clous dorés ; ils ne se servent plus de boucliers.
Les Antanosses habitent le pays d'Anossy , angle sud-est de l'île dans lequel est situé le fort Dau-
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pbiii. Ils sont en général plus petits et moins rebustes que les Betsimsaracs et les autres peuplades de la côte ; leurs traits sont d'ailleurs plus réguliers et plus délicats ; leur couleur est le marron clair ; presque tous ont les cheveux fins et bouclés. Ils sont intelligents, dissimulés, inconstants et quelquefois féroces. Ils accueillent toujours bien les blancs, quoiqu'ils ne les aiment pas. Ils sont moins indolents que les habitants des autres ports de l'est, et cependant chez eux la culture n'est guère plus avancée, mais l'industrie y a fait quelques progrès; ils ont des charpentiers et des forgerons qui seraient capables de travailler dans les ateliers d'Europe.
La partie occidentale de l'Anossy comprend la vallée d'Amboule, riche non-seulement des productions communes à toute l'île, mais encore des clous de girofle et d'autres épices, ainsi que des citrons d'espèces diverses.
Le pays d'Androy s'étend de la vallée d'Amboule à la rivière Ménérandre et embrasse l'extrémité méridionale de l'île. Ses deux principaux districts sont le pays d'Ampâte, à l'est, et celui des Caremboules dont parle Flacourt, au S.-O.
Le principal village du pays d'Ampâte est Fangahé, composé de cent cases tout au plus; la manière dont il est construit peut donner une idée de l'état de barbarie de ces peuples. C'est la résidence du chef des Ant-Ampâtes. On voit, dans ce village et aux environs, beaucoup de moutons à grosses ({ueues, de l'espèce du Sénégal. Les bœufs y sont
plus petits que dans les autres parties de l'île. Les Ant-Ampcites n'ayant pas d'eau dans leur pays, sont forcés de mettre leurs bestiaux à la ration ; ils vont avec des calebasses chercher à une journée demarclie, de l'eau qui leur est nécessaire et qu'ils sont obligés de conserver comme une chose précieuse ; car on ne trouve, dans leur pays, que des mares dont les eaux ne sont pas potables. Cependant la nature qui n'a pas donné d'eau aux Ant-Ampâtes leur a fourni un moyen d'étancher leur soif. En fouillant la terre on trouve une sorte de fruit ou racine dont l'écorce est raboteuse comme celle de la châtaigne et dont la chair ressemble à celle du melon d'eau ; malheureusement cette production n'est pas assez abondante pour suffire aux besoins de tous les habitants.
Le pays des Ant-Ampâtes est plat et boisé, ses meilleurs pâturages sont dans les forêts, où l'on trouve une grande quantité de bœufs sauvages. On y récolte beaucoup de soie, du coton , des écorces précieuses et des pommes. Les Ant-Ampâtes fabriquent avec ces matières primitives des lambas qu'ils allaient autrefois vendre au fort Dauphin, avant qu'il n'eût été pris par les Hovas. On pourrait traiter, à Fangahé, de la cire en abondance. Le village est bien fortifié, quoique sa population ne soit pas de plus de six cents individus. Cette contrée paraît déserte au voyageur. Les villages y sont rares et peu considérables.
Mahatal Ouzou, hameau de huit cases, est la ré-
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sidence du chef des Garembonles ; ses habitants, presque sauvages, ont la peau cuivrée, les cheveux bouclés, le nez et les lèvres des Africains. Leur territoire n'est pas aussi fertile que le reste du pays ; on n'y trouve que des moutons, des tortues ou des cailles.
Au nord d'Androy se trouve le pays des Machikores appelé par les Hovas Tsiénimbalala, et sur lequel on n'a aucun détail, puis celui des Vourimes qui n'est guère mieux connu. Ce peuple habite les hautes montagnes que l'on aperçoit de Matatane ; leur pays au nord-ouest est couvert par les montagnes des Betsiléos, àl'est par celui des Anta'ymours, à l'ouest par la province de Féérègne. Leur capitale est un grand village appelé Monongabé, composé de 7 à 800 cases solidement construites. Il est fortifié à la manière des Malegaches et traversé par un bras de la rivière Mananghar. Ses environs, de même que tout le pays des Vourimes , offrent de nombreuses traces volcaniques.
Ambatou-mena, capitale des Betsiléos ou Hovas du sud, est bâtie sur une hauteur et composée de douze à quinze cents cases. Elle n'a pour fortifications qu'un seul rang de palissades qui sont si éloignées les unes des autres qu'elles ne seraient pas un obstacle au passage de l'ennemi, s'il cherchait à entrer.
Les Betsiléos sont en général plus blancs que les Sakalaves. Leur couleur est olivâtre et un peu plus foncée que celle des Hovas du nord ; leurs jam-
bes et leurs bras sont minces et mal conformés. Us ont des yeux roux, le regard oblique et faux, leur visage est allongé; presque tous ont le nez aquilin comme les Espagnols de l'Inde. Les Betsiléos ont les cheveux bouclés, droits ou laineux; ils n'ont ni la physionomie ni les habitudes des Malais.
On n'oserait hasarder aucune conjecture sur l'origine des Betsiléos, mais la position qu'ils occupent dans l'île étant la même que celle assignée par les anciens voyageurs aux prétendus nains ou Kimoss , il paraît vraisemblable que l'histoire fabuleuse de nains, conservée par la tradition, a pu être appliquée aux Betsiléos, race d'hommes qui, par sa taille, sa couleur, sa structure et ses habitudes, se rapproche, le plus du portrait que les poètes malegaches font des Kimoss.
Les Malegaches, qui racontaient ces histoires du temps de Flacourt et des autres chroniqueurs, ne voyageaient pas alors comme aujourd'hui dans toutes les parties de l'île, plusieurs peuplades indépendantes et sauvages séparaient les Antavarts des Betsiléos, et ils se seraient exposés à l'esclavage ou à la mort, s'ils avaient osé traverser leur territoire. C'était donc très- rarement que quelques Malegaches isolés rencontraient des Betsiléos, dont la petite taille, la couleur et les traits devaient les étonner.
Les Betsiléos voyagent rarement et sont presque sans industrie; leur vie est aussi frugale que celle des prétendus Kimoss. Ils se nourrissent de lai-
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tage, de riz et de racines ; ils ne tuent des bœufs que rarement, pour célébrer quelque fête. Leur pays produit de la soie, du coton et du fer. Ils fabriquent quelques toiles de coton et de soie plus grossières que celles des Hovas ; mais leurs métiers sont si imparfaits, qu'il leur faut plus d'un an pour faire un simbou.
Le peuple hova, aujourd'hui le maître de l'île entière, occupe, ainsi que nous l'avons déjà observé en faisant V orographie de Madagascar, une position très-forte au centre même de cette grande terre. Le pays est, ainsi quenousl'avonsdit, appelé .4îiAoî;a, de Anij, là, et Hova; là les Hovas, pays des Hovas. H est divisé en 3 grandes parties, Imerina, à l'est, Imaro à l'ouest, Vonizongo, au nord. — Imerina, qui sert à désigner quelquefois le royaume des Hovas, parce qu'il renferme la capitale, ou ce que les écrivains français ont appelé improprement Emirne, la capitale des Hovas.
Tananarive ne peut en rien être comparée aux capitales européennes. Elle ne diffère des autres villes malegaches que par son étendue; elle est bâtie sur une colline et a pris son nom, sous le règne de Dianampouine , du nombre de cases qu'elle était supposée contenir à cette époque. Tanan signifie village et arivo mille , mots que l'on fait précéder dans la transcription de la particule an, là. Antananarive ou les Mille villages, est donc le véritable nom de cette ville ; mais il est d'usage parmi les Malegaches de l'appeler Tananarive ;
c'est pourquoi nous employons toujours ce mot.
La population de Tananariveet des villages environnants est tout au plus de vingt- cinq mille habitants, sans compter l'armée qui occupe presque toujours les provinces voisines. Quand Radama était absent et qu'il ne restait pas assez de troupes pour le service militaire, la ville était gardée par les Bourzoas (Bourgeois) ; tel est le nom que l'on donne à une milice organisée régulièrement et assujettie à plusieurs revues tous les ans. Ils portent les cheveux longs et tressés ; tous les soldats au contraire sont forcés de se les couper assez courts.
Tananarive contient aujourd'hui plus de trois mille cases, et cinq ou six maisons en bois qui ont été construites par un Français nommé Legros, qui a bâti aussi un palais pour Radama. Celui que le souverain d'ïmerne habitait, le fameux Tranouvola ou case d'argent, était bien loin cependant d'être une merveille. C'est tout simplement une réunion de plusieurs grandes cases malegaches entourées de fortes palissades comme les villages malegaches qui sont les résidences des grands chefs. Tananarive est entourée de palissades et de fossés; ces fortifications sont si peu importantes que la moindre pièce de campagne les aurait bientôt détruites. Elles pourraient tout au plus préserver la ville d'un coup de main tenté par des hommes qui ne seraient armés que de zagaies.
La ville est traversée par un grand nombre de petites rivières qui en fertilisent le sol. Sur le bord
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de ces rivières on voit des quartiers séparés qui paraissent former autant de petits villages, dont les cabanes sont toutes bien construites. Les rues de cette ville sont étroites et les maisons rapprochées ne sont aucunement alignées. Les places sont grandes, mais sans aucun ornement; la description que nous avons faite des habitations malegaches convient entièrement, du reste, à celles des Ilovas auxquelles elles ressemblent en tout point.
Le royaume d'Ancôve est aujourd'hui le plus puissant des États de Madagascar, quoique le district d'Imerne proprement dit ne soit pas fort étendu.
Le peuple qui l'habite est évidemment de beaucoup supérieur à tous les autres sous le rapport de l'intelligence et de la civilisation. La tradition porte qu'il n'est point originaire de l'île et qu'il n'y est établi que depuis quelques siècles.
Il y a cinquante ans, il n'était connu que de ses voisins, qui le méprisaient comme une colonie d'étrangers, qui, débarqués sur les côtes de l'ouest où ils n'avaient pu résister longtemps aux influences funestes du climat, s'étaient avancés dans l'intérieur, afm d'y chercher un air plus salutaire.
Ils se fixèrent, disent les Malegaches sur les montagnes d'Ancôve, près de la rivière d'Imerne ; leur chef pendant le séjour qu'il avait fait chez les Sakalaves du sud, avait épousé la fdle d'un de leurs rois qui régnait alors à Menabé. Plusieurs de ses compagnons l'avaient imité et avaient contracté
des alliances avec les filles de cette contrée, qui les conduisirent dans les montagnes où ils trouvèrent un ciel plus pur, un climat plus frais.
LesHovas, avant qu'ils eussent fait leur conquête, étaient réputés infâmes parmi les autres nations* de l'île, qui refusaient d'avoir des communications avec eux. Ils étaient pour ainsi dire les parias de Madagascar et aussi méprisés que les Juifs en Europe, dans les premiers siècles de l'ère chrétienne. S'ils allaient sur la côte pour le trafic des esclaves dont ils étaient les courtiers, ils étaient obligés, contre l'usage du pays , de payer largement leur hôte dans les villages où ils s'arrêtaient, quoiqu'ils ne fussent point admis sur la natte où il prenait ses repas. Ils étaient relégués dans une misérable case que l'on avait toujours soin de laver, lorsqu'ils étaient partis, et l'esclave qui leur apportait du riz ne s'approchait d'eux qu'avec précaution, dans la crainte d'être souillé en touchant leurs vêtements. Ces mêmes hommes sont aujourd'hui les maîtres armés de Madagascar.
Les motifs de l'état d'abjection dans lequel ils vivaient ne peuvent s'expliquer que par la différence des usages nationaux. Les Hovas sont circoncis ainsi que la plupart des Malegaches et soumis rigoureusement comme eux à cette opération religieuse, mais ils ne font pas chaque jour des ablutions, que ceux-ci regardent comme indispensables. Vivant dans un climat plus froid, les Hovas ont une certaine antipathie pour l'eau et de la ré-
pugnance pour les JDains ; aussi les hommes des classes inférieures sont-ils d'une malpropreté extraordinaire et presque tous affectés de maladies cutanées qu'ils parviennent difficilement à guérir.
Le caractère des Hovas est un mélange de férocité et de grandeur. Habiles dans l'art de feindre, il est difficile de surprendre leur pensée, et souvent un sourire gracieux et des politesses empressées sont chez eux les avant-coureurs de quelque mauvais dessein.
L'avarice est le vice dominant de ce peuple. Chez lui les liens d'amitié et de famille sont comptés pour rien s'ils l'empêchent de satisfaire son insatiable cupidité.
C'est au point que pendant que la traite des noirs était permise, les Hovas, quand ils manquaient de prisonniers, enlevaient sans pudeur et sans façon, leurs parents et leurs amis pour les vendre aux blancs. On a vu les habitants de Tananarive venir fort souvent proposer aux marchands européens de leur vendre leurs femmes. Hs employaient aussi diverses ruses pour réduire en servitude leurs concitoyens qu'ils échangeaient ensuite contre des marchandises.
11 paraît certain que les Hovas connaissaient les métaux et savaient les employer avant d'avoir eu aucune relation avec les Européens. Hs exploitent, de temps immémorial, des mines de fer très-abondantes. Hs s'en servent dans les environs de Tananarive pour former des outils propres au défriche-
ment et à la culture, et des ustensiles de ménage à peu près semblables aux nôtres. On trouve même, à Tananarive, des ouvriers capables de faire toutes les pièces .de la batterie d'un fusil; ils s'occupent aussi d'orfèvrerie et font des plats, des assiettes et des couverts en argent, dans lesquels on remarque le travail et le poli de ceux qui sortent des mains de nos orfèvres. Leurs petites chaînes de sûreté en or et en argent sont faites avec beaucoup de soin et ont une grande solidité. Ces chaînes servaient jadis de monnaie sur la côte de l'ouest où elles étaient très-recherchées.
On fabrique, à Tananarive, des tapis de soie dont le tissu est très-beau et dont les riches couleurs sont admirablement variées. Les étoffes brochées se vendent jusqu'à cent piastres d'Espagne (500 fr.) la pièce, qui est juste de la dimension d'un sim'bou. Les Hovas achètent la soie dont ils se servent, à Mouzangaye et dans les autres ports de l'ouest, où les Arabes et les Maures du golfe Persique l'apportent tous les ans pendant la mousson du nordest.
Ils fabriquent aussi des tapis de coton croisé, qu'ils appellent Toutourane (littéralement : rendu dur, serré à l'eau, imperméable); ces tissus sont blancs et ont une bordure à frange rouge et bleue; ils servent à vêtir le peuple et valent de trois à huit piastres, selon leur largeur et la finesse de la trame.
Les Hovas savent exploiter la canne à sucre de-
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puis fort longtemps. 11 est vrai qu'ils euiploient, pour faire le sucre, un procédé bien imparfait, par lequel ils n'en obtiennent qu'une très-petite quantité; cependant si l'on compare leur industrie à celle des autres peuples de l'ile qui, ne tirant rien d'utile de la canne, se bornent à la piler et à faire fermenter son suc dans des calebasses, on ne peut s'empêcher d'y reconnaître, comme dans tout ce qu'ils font, une activité et une intelligence relativement supérieures.
L'agriculture est presque nulle dans un pays où le riz, qui n'exige aucun soin, est si abondant qu'un sac pesant soixante-quinze à quatre-vingts livres, ne revient pas à un kiroubo (1 franc 25 centimes de notre monnaie).
Sans routes, sans canaux, sans rivières navigables, Imerne n'a aucun moyen de transport. C'est la cause de la non-valeur de ses productions que son peuple est obligé de consommer ou de laisser perdre, parce qu'il ne peut les expédier dans les ports où il trouverait pour elles un débouché facile. Radama, qui sentait l'importance des communications promptes avec les côtes, avait commencé à faire couper deux isthmes qui s'opposaient au transport par eau, à Tamatave, du riz de la province fertile des Bétanimènes. Ces travaux, auxquels plus de quinze cents hommes étaient employés, ont été abandonnés depuis sa mort.
Les denrées sont à si bas prix, à Tananarive, par la difficulté de l'exportation, qu'avec trente francs
par mois on peut nourrir dix domestiques et vivre aussi bien qu'à Paris avec deux mille francs.
La rivière d'Imerne n'est pas éloignée du Mangourou, quisejettesur lacôte orientale, àsept lieues au sud de Manourou. Ce fleuve qui, en quelques endroits, est aussi large que la Loire, a un cours beaucoup moins rapide qu'elle. En 1822, le gouvernement de Maurice, sur un rapport de son agent à Madagascar, envoya des ingénieurs à Manourou, et s'il eût été possible d'avoir un port, Tananarive serait peut-être parvenue un jour à établir, avec la côte, des communic:itions faciles et promptes.
On remarque chez le peuple hova une grande finesse dans le commerce de détail. Là, tout le monde est marchand, les soldats eux-mêmes le deviennent, quand ils ne sont pas de service. La piastre coupée en soixante parties remplace le billon, qui n'est point en usage dans ce pays. Les Hovas ont toujours sous leurs toutouranco des trébuchets fabriqués par eux, et pèsent, avec la plus grande attention, la monnaie qu'ils reçoivent, afin de s'assurer si la piastre a été divisée en parties égales. Dans le district de Tananarive, c'est-à-dire dans les bourgs et dans les villages environnants, il y a plusieurs foires par semaine, sans compter le marché qui se tient tous les jours dans la ville.
On voit, dès l'aube du jour, les marchands affluer dans les rues conduisant des bœufs, des moutons, des chevreaux ; les esclaves qui les suivent portent, les uns, dans de grands paniers de bambou, des
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oies, des canards et des poules, d'autres sont chargés de riz, de fruits et de légumes. Ils crient comme en Europe leurs marchandises. « Avia lalicl Âvia véiavé! Amidi akoho! Amidi vouroiui' vasah (jhisii Akoimdrou voiiangh! » «Venez, hommes, venez, femmes ! achetez des poules, achetez des canards, des oies, des bananes , des oranges ! » Ils diffèrent pourtant des marchands européens, en ce qu'ils ne fontjamais valoir leurs marchandises ; lorsqu'on leur demande si elles sont de bonne qualité, ils répondent : voyez-les l Indépendamment des produits dont nous avons parlé, le maïs, les ignames, la racine de manioc, le tavoulou (espèce de sagou qu'ils donnent aux malades), sont étalés dans les marchés. Les seuls légumes qu'ils aient sont des choux verts et des feuilles de morelle et de citrouille qu'ils font bouillir avec leurs viandes et qu'ils assaisonnent avec un sel végétal tiré d'une espèce de palmier, qu'ils préfèrent au sel minéral et au sel marin , quoiqu'il ait un goût acre et qu'il incommode ceux qui n'ont pas l'habitude d'en user.
Les boucheries établies dans les marchés sont fort malproprement tenues. Le bœuf, que les Hovas n'écorchent jamais, parce que, de même que tous les Malegaches , ils en mangent la peau, est étendu sur une natte, où ils le coupent en trèspetits morceaux. Ils le divisent, pour le vendre en détail, en lots qui ne pèsent pas deux livres : cette viande contient des parties d'intestins qui, n'ayant
pas été nettoyées, exhalent une odeur insupportable.
Des officiers hovas, établis dans les foires et marchés, perçoivent pour le lise un dixième sur toutes les ventes, en sorte que le trésor royal a reçu, le soir, la valeur d'un bœuf ou d'un mouton, si ce bétail a changé dix fois de maître dans la journée.
A l'est, l'Ankova est borné par la province d'Ancaye. Elle s'étend sur le plateau inférieur et est traversée à rO. par le Mangourou. Les plaines sont couvertes d'excellents pâturages et le bétail y est abondant. Les Antankayes ont plus d'industrie que les Bezonzons; ils fabriquent des lambas de soie et de coton. Cette peuplade a longtemps résisté aux armées d'Imerne. Au physique les Antankayes ressemblent beaucoup aux Hovas.
Tu Antsianaha ou Sianaka (mot à mot les hommes du lac, du vaste lac Nossivola),la dernière province centrale de l'île, est au nord de l'Ankova età l'O. des Betsimsaracs. Elle est riche en troupeaux et produit le plus beau coton de l'île, mais le climat y est très-malsain.
La capitale de l'Antscianac, Rahidranoii (le père de l'Eau), s'élève dans une île de 3 lieues de tour du grand lac Nossivola. Elle contient au moins trois cents cases assez solides, mais peu soignées et presque sans ouvertures. Cette ville est entourée d'un triple rang de palissades percé de portes en bois et de toubis dans lesquels on a pratiqué des meurtrières.
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Avant de parler des Sakalaves qui nécessiteront d'assez longs détails, nous parlerons de deux contrées sur lesquelles nos données sont moins abondantes et qui du reste ne présentent qu'un intérêt moins grand.
,f Ces deux contrées sont d'une part la province de Féérègne et le pays des Mahafales, le plus austral de la côte de l'ouest.
Le bétail est très-abondant dans le Féérègne; ses autres productions sont les gommes, la cire, l'orseille, l'indigo, le coton, et beaucoup de soie que fournissent plusieurs espèces de vers. La province de Féérègne est la plus riche de Madagascar sous ce dernier rapport. On trouve beaucoup d'écaillé sur toute la côte, où abonde aussi le carqite, coquille dont on commence à utiliser la matière dans notre industrie.
La province de Féérègne est habitée par les Andraïvoulas, peuplade tout à fait distincte de celle des Sakalaves, quoique d'après les traditions de l'ouest celle-ci ait pris naissance dans le Féérègne même.
Les pays occupés par les Sakalaves embrassent toute la partie occidentale de l'île. Ils s'étendent depuis la rivière Sambéranou , qui a son embouchure dans la baie de Passandava, au N., jusqu'à la Mangouki ou rivière Saint- Vincent , au midi. Ce vaste territoire se divise en trois parties principales :
1° Le Bouéni, dont les limites sur la côte sont la Sambéranou, la baie et la rivière Bàli.
2" L'Ambongo, qui embrasse tout l'espace compris entre la rivière Bàli à la rivière 0 un ara, ayant l'Antsianaka, à l'est, dans l'intérieur.
3° Enfin, le Ménabé qui comprend tout le reste, c'est-à-dire la moitié de la surface totale.
Le Bouéni est la partie des pays sakalaves la mieux disposée pour le commerce, puisque c'est sur sa côte que s'ouvrent la plupart de ces vastes baies qui découpent les côtes nord de Madagascar. C'est aussi l'une des raisons pour lesquelles les Hovas se sont attachés à y dominer; le débouché le plus naturel de leur pays est de ce côté. Aujourd'hui les parties nord-est et celles du centre sont très-dépeuplées, et la population s'est surtout concentrée sur le territoire, renfermé entre la baie de Bombetok et la limite occidentale du pays.
Ambongou, signifie en malegache là, montagne ou là, montagnes, mais la signification positive et vraie de ce mot est assez douteuse, car le pays n'est nullement élevé, et ne renferme que des plaines.
En 1825, époque à laquelle Tafikandre se réfugia dans l' Ambongou , cette province comprenait quatre divisions indépendantes les unes des autres : Bàli, pays des Tsitampikis, s' étendant de la rivière de ce nom à celle de Manumbo; Milanza, pays des Mivavis, compris entre la Manumbo et la petite rivière de Maroutondro ; Mamourouka, pays des Magnéas, situé dans le S.-E. des deux précé-
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dents, entre la rivière Bâli au N.-E. , et la forêt Magnérinéri au S.-O., pays des Antimarah, compris entre la Maroutondro et la grande rivière Ounara. Depuis, la baie de Bàli et le littoral s'étendant de cette baie à la petite rivière Béara en ont formé une cinquième division.
Outre le fer, le Ménabé est aussi très-riche en bois de construction, résine élémi, indigo, coton, vers, à soie cire et bétail. Les naturels préfèrent au riz le maïs qui leur donne trois récoltes. Le poisson et le caret foisonnent sur les côtes.
Toutes ces ressources naturelles sont annihilées par suite de la dépopulation du pays, résultat de la guerre et des nombreuses invasions qu'il a subies depuis 25 ans. Son commerce est anéanti et c'est à peine si dans toute une année deux ou trois boutresde Mozambique, de Zanzibar et des Comores parvient à Sizoubounghi et à Mangouki.
La partie septentrionale du Ménabé, entre l'Ounaraet la rivière Donko n'en fait pas à proprement parler partie, et n'en est qu'une dépendance. 11 se compose du pays des Marendrahs, et de ceux de Vouai, de Beheta, de Manouhazou et d'Ambalild.
L'origine de Madjonga remonte à 1824, époque à laquelle Badama envahit le pays de Bouéni et força Andrian-Souli à reconnaître sa suzeraineté. Sa position maritime ajoutant à son importance, il devint enfin le poste principal des Hovas dans la partie occidentale de l'île. La ville est située sur une colline qui domine tout le pays environnant et est en-
tourée d'un mur et d'une palissade percée de quatre portes, garnis de quelques pièces de différents calibres, avec glacis et fossés. A environ 200 pas en dehors de l'enceinte, dans un ravin très-profond et d'un aspect extrêmement pittoresque, se trouve une source qui fournit aux besoins de la garnison. Au pied de la colline de la côte du sud, gisent les ruines de l'ancienne et riche ville de Moiizamjaic, du nom de laquelle Madjonga a pris le sien. En 182/i, à l'époque de l'invasion des Hovas, elle comptait au moins 10,000 âmes, dont il ne reste plus que quelques centaines de familles tenues par les Hovas dans la plus pénible sujétion. Une centaine de Sakalaves et une trentaine d'Indous complètent sa population qui est environ d'un millier d'habitants. De ses sept mosquées, il n'y en a plus que trois de fréquentées.
Voici quels sont les points les plus remarquables des trois divisions du pays des Sakalaves.
Mourounsang, est une ville de fondation hôva et date de 1837. Elle est située au fond de la baie du même nom fbaie Rafale d'Owen) et s'élève sur une montagne, à quelque distance du rivage. Deux enceintes la protègent, l'une en terre revêtue de pierres simplement juxtaposées ; l'autre est formée de deux palissades de pieux séparées par un intervalle d'un peu plus d'un mètre, dans lequel on a creusé de petits fossés. L'habitation du gouverneur, construite en planches, est située au sommet de la montagne, et entourée d'une nouvelle palissade. Mourounsang contient de 100 à 110 cases, toutes en feuilles;
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elle est de forme à peu près triangulaire et n'a ni puits ni citernes ; on va prendre l'eau à deux petits ruisseaux voisins. Au bord de la mer se trouve la Douane. Les relations commerciales y sont d'ailleurs très-restreintes. Madjonga entretient avec Tananarive des relations fréquentes. Les communications ont lieu en 8 jours au moyen de courriers, en 16 par les chariots et le train. En voici l'itinéraire. On parvient en un jour à chacune de ces étapes, qui sont Madjonga, Ambatoubetiki, Andranoulava, Androutsi, Tabounzi, Ankouala, Kadzounghi, Andampi, Andouki, (on entre dans l'Antsianaka), Andrami, Ambouasari, Ambari-manchi, Ttarahafatsa, (on entre dans le pays d'imérina), Manahara, Manharitsou, Tananarive.
Ce qui fait, en tout, seize jours de chemin.
Entre chacun de ces villages se trouve un lieu de halte où l'on peut stationner et prendre du repos.
La partie centrale du Bouéni, à travers laquelle passe la route, offre partout un terrain plat et peu boisé, couvert de prairies, abondant en bétail, gibier à plumes et volatiles. Le pays de Sianaka est également peu boisé, mais il est moins bien pourvu de vivres; on trouve de l'eau sur toute la route.
Cet itinéraire transporté sur la carte et construit donne pour la distance totale de Madjonga à Tananarive95 lieues, et, pour la distance entre chaque station de 4 à 7 lieues, 18 à 30 kilomètres.
M. Leguevel de Lacombe a été de Tananarive à la baie de Bombetok, (à Boéna) par une autre route
un peu plus occidentale que celle-ci, mais qui lui est parallèle et dont le développement est de 82 lieues, parcourues en onze jours (Voyage aux îles Comores et à Madagascar, tome il). Il paraît qu'il en existait une troisième plus facile que la première et que Radama, dit M. le capitaine de corvette Guillain, ordonna, à cause de cela même, d'abandonner, de peur d'invasions européennes.
La ville de Ména-béou Andréfoutza estsituéesur la rive gauche du même nom : elle contient environ deux mille cases. L'habitation royale, composée de quinze ou vingt grandes cases, est entourée de palissades et d'un fossé profond. Un quatrième entourage est formé par les feuilles épineuses des raquettes ; l'extrémité supérieure de chacune des palissades est armée d'un large fer de zagaie.
Indépendamment de ces fortifications intérieures, la ville est défendue par un fossé et par un entourage solide fermé par des portes en bois qui n'ont pas moins de quinze pieds de hauteur.
Deux places sont remarquables à Ména-bé. La plus grande est en face de la grande porte du palais du chef. On y trouve des bancs de gazon où le voyageur peut se reposer à l'ombre des orangers qui les entourent. L'autre est dans le sud de la ville. On y voit une belle plantation de tamariniers et de bois noir, sous lesquels se tiennent les Rabars. C'est aussi sur cette place que les exécutions ont lieu. Ména-bé était la résidence du roi Ramitrah.
La partie occidentale de Madagascar comprise
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entre la rivière Sambéranoii et la rivière Mangouki, est encore partiellement occupée par des groupes plus ou moins considérables de Sakalaves qui n'ont point accepté le joug des Hovas, mais on peut dire qu'ils s'y dérobent bien plus qu'ils ne le repoussent. Leur résistance est toute d'inertie, des obstacles divers s'opposent à ce que cette résistance soit plus active. Ce sont l'anarchie dans laquelle vivent depuis longtemps ces populations et qui rend aujourd'hui impossible à leurs chefs l'exercice régulier de toute espèce d'autorité ; l'incapacité personnelle de quelques-uns de ces chefs, l'inhabileté politique de tous , le caractère turbulent des Sakalaves, leurs querelles intestines , l'insuffisance de leur matériel, en armes et munitions, enfin leur ignorance complète de la stratégie et même des plus simples notions de l'art militaire. La plus grande partie du royaume de Bouéni, de Mandzaraï à Sambéranou, est actuellement presque inhabitée. De toute la population qui occupait, il y a vingt ans, ce territoire, il reste seulement quelques groupes épars qui ont accepté la domination des Hovas, ou des bandes de Djérikis, dont l'action hostile s'exerce tout aussi bien contre les villages de leurs compatriotes que contre les postes occupés par l'ennemi. Presque tous les Sakalaves des districts du nord ont, depuis cette époque et en diverses circonstances, émigré au pays d'Ankava, à Mayotte, à Nossi-bé, à Nossi- Fàli et dans le Ména-bé du Nord où commande
Tafikandre. Ce dernier groupe peut être de 25,000 âmes. Il doit s'en trouver de 15 à 16,000 sur les deux îles.
Le pays d'Ambongou, est plus peuplé maintenant qu'il ne l'était avant l'invasion du Bouéni et du Ména-bé par les Hovas. Son territoire, entrecoupé de bois et de marécages, en fait un refuge assuré, lors des incursions de l'ennemi qui d'ailleurs ne peut séjourner dans cette province à cause de son insalubrité. Toutefois la population d'Ambongou ne paraît pas dépasser 35,000 âmes. Les provinces sous l'autorité de Tsifalagni, (Ména-bé du nord) n'ont qu'une population très-minime relativement à leur étendue; elle peut s'élever à 15 ou 16,000 âmes. La partie indépendante du Ména-bé ne doit pas compter plus de 70,000 âmes de population. Quoi qu'il en soit, si les groupes dispersés çà et là sur ces grandes divisions du territoire sakalave, se réunissaient pour agir de concert contre l'ennemi commun, ils formeraient dans chacune d'elles une force armée capable d'écraser les garnisons faibles et isolées que le gouvernement hova y entretient. La même force serait aussi incomparablement supérieure aux corps d'expédition qu'il y envoie annuellement.
D'après les calculs de M. le capitaine de corvette Guillain, les pays sakalaves désignés plus haut pourraient mettre sur pied 23,700 guerriers.
Malgré cela, il résulte de la dissémination de ces forces et des diverses causes mentionnées ci-dessus,
que 1,1 00 à 1,200 Hovas peuvent, quoique répartis entre plusieurs postes, se maintenir dans le royaume de Bouéni et exercer paisiblement leur souveraineté, que 1,800 Hovas tiennent sous leur dépendance une partie du royaume de Ména-bé ; qu'enfin des corps de 2,000 à 3,000 hommes peuvent impunément parcourir le pays d'Ambongou, où ils n'ont pas un seul poste, aussi bien que les autres parties encore insoumises du Bouéni et du Ména-bé.
Dans les provinces sakalaves, la culture est aujourd'hui strictement bornée à ce que réclame la consommation des indigènes ; l'exploitation des richesses naturelles du sol est entièrement négligée ; le commerce n'y trouve donc plus d'aliment. Cet état de choses est le résultat forcé de l'invasion et de l'oppression auxquelles sont en proie, depuis vingt ans, ces malheureuses contrées. Le bétail y vit toujours avec un peu de riz, le seul article d'exportation pour des navires européens.
Les voies de communication jadis établies entre les pays sakalaves et les provinces centrales sont depuis longtemps abandonnées. Mais on trouverait encore dans les Antalaots restés à Madjunga, aussi bien qu'en beaucoup d'autres qui habitent Nossi-bé et Mayotte, des guides intelligents pour la navigation des grandes rivières, la Betsibouka et l'Ikoupa, qui viennent de l'Ankôve et pour toute la route qui mène à Tananarive.
Les postes hovas de Madjunga et de Mourounsang, qui sont les plus importants de la côte ouest
n'ont chacun qu'une garnison de 300 à hOO hommes. Le système de fortification, au moyen duquel ces postes sont défendus, suffit à les rendre inexpugnables pour les Sakalaves, et les garantit même d'une attaque de leur part; mais ils ne tiendraient pas devant la moindre artillerie dirigée par des Européens et leur garnison serait d'autant plus facilement délogée que tous les bâtiments, dont ils se composent, étant de bois et de feuillages, il suffirait d'y envoyer quelques obus pour les incendier en un instant. Celui de Madjunga, entre autres, est dans des conditions particulièrement favorables à une attaque par mer : les plus grands navires peuvent mouiller devant à portée convenable. Ces postes n'ont ni puits ni citernes et ne sont pas ordinairement approvisionnés de vivres. Leur isolement et leur éloignement d'Imerne les mettraient, en cas de siège , dans l'impossibilité d'en recevoir promptementde l'intérieur; il serait d'ailleurs très-facile de les bloquer.
La lutte engagée entre les Sakalaves et les Hovas doit inévitablement se terminer au désavantage des premiers, s'ils sont abandonnés à leurs seules ressources. Non-seulement en effet les Sakalaves ne cherchent pas à repousser les expéditions hovas ou à s'emparer des postes hovas maintenus dans leur pays, mais ils paraissent n'avoir pas même la volonté de défendre le territoire qu'ils possèdent encore. Ils vivent au jour le jour, en groupes séparés, tantôt sur un point, tantôt sur un autre, souvent
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errants dans les bois et ne songeant qu'à fuir à l'approche de l'ennemi. x\insi devant cette immuable politique des Hovas, qui poursuit la conquête de l'ile par l'invasion et l'occupation partielle, il n'y a chez les Sakalaves, qu'insouciance et imprévoyance.
Le gouvernement d'imerne trouve dans le commerce intérieur qu'il entretient la possibilité de pourvoir, tant bien que mal, à ses approvisionnements en armes et en munitions de guerre, et de couvrir ainsi ses pertes et ses consommations en ce genre. Les Sakalaves, déjà bien moins pourvus que leurs adversaires sous ce double rapport, usent et consomment, sans pouvoir remplacer ou réparer.
Chez les Hovas, les chefs sont, pour la plupart, initiés aux idées et aux connaissances pratiques nécessaires à leurs relations avec des étrangers; un certain nombre de jeunes hommes ont reçu une éducation dans ce sens, et il en est même qui ont montré, dans des circonstances délicates, une intelligence supérieure et un tact politique remarquable. Il n'est pas un chef sakalave qui sache lire, et la transmission de la pensée, au moyen de caractères, est encore une chose si merveilleuse pour eux et leurs sujets, que les uns et les autres les considèrent comme une œuvre de sorcellerie.
L'épuisement de la population hova, l'aversion inspirée contre les dominateurs par la cruelle oppression que le gouvernement de la Reine fait peser sur les populations déjà soumises, prolongeront
peut-être la résistance des Sakalaves, mais ne rétabliront pas les chances en leur faveur. Manquant de ressources pour prendre l'offensive au moment convenable, ils ne pourront profiter des embarras temporaires des Hovas, et ceux-ci reprendront fructueusement les hostilités, à mesure que renaîtront leurs moyens d'action.
Ainsi donc et sans aucun doute, l'anéantissement de la nationalité Malegache au profit de la domination hova, n'est plus qu'une affaire de temps, dont malheureusement le terme ne paraît pas devoir être éloigné, si les événements et l'intervention de la puissance française ne vient les arracher à leurs sauvages oppresseurs et remettre les choses à Madagascar, dans l'état où elles étaient, à l'époque où le pavillon national attestait notre présence et nos droits sur la totalité de la grande île Africaine.