ORDRE DU JOUR
Flore, Mazangaye, 22 mai 1883.
Officiers et marins,
Par la supériorité de vos armes, vous avez, en huit jours, chassé les Hovas de leurs garnisons et détruit toutes leurs possessions sur la côte nord-ouest de Madagascar. Vous leur avez enlevé le fort et la place de Mazangaye où flotte désormais le pavillon de l’occupation française.
Je félicite avec plaisir les canonniers de leur adresse, le corps de débarquement de sa fermeté, tout le monde du zèle et de la constance déployés dans les travaux et les fatigues des opérations accessoires.
Yous ferez de même à la côte est, si l’obstination du gouvernement hova persiste à nous refuser la juste satisfaction qu’il nous doit.
Si l’on osait plus longtemps se jouer des traités et méconnaître les droits de la France , vous saurez les faire respecter par la force.
LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
Officiers, marins et soldats du corps d’occupation,
La division navale a planté le drapeau de la France à Mazangaye, j’en confie la garde à votre valeur et à votre discipline.
A votre discipline surtout, qui constitue la supériorité de l’Européen et par laquelle soixante soldats français, s’ils savent obéir, peuvent attendre de pied ferme quelques masses de Hovas que ce soit, dans la position où vous êtes retranchés, et les exterminer, si elles osaient approcher de nos murailles.
Le commandant Gaillard à votre tête double votre force.
Le présent ordre du jour sera lu aux équipages et affiché à bord de chaque navire, ainsi qu’au fort.
Le contre-amiral, commandant en chef,
Pierre.
La prise de Mazangaye , située dans une contrée dont les habitants nous sont dévoués, ne paraissait pas devoir faire naître aucune difficulté. Il n’en était pas de même de Tamatave : cet obstacle n a pas arrêté nos soldats plus longtemps que le premier.
Arrivé en rade de Tamatave, l’amiral Pierre a aussitôt envoyé à la reine Eanavalo Manjaka un ultimatum qui a été immédiatement expédié à Tananarive, la capitale. Cet ultimatum demandait aux Hovas de reconnaître nos droits et d’accorder satisfaction aux héritiers de M. Laborde, sinon Tamatave serait bombardé et occupé par les Français. Une réponse négative est arrivée le 9 au soir, et dès le lendemain matin, les navires de guerre français la Flore, le Forfait, le Bour saint, le Beautemps- Beaupré , la Nièvre et la Creuse ouvraient le feu sur le fort et les batteries de Tamatave. Au premier coup de canon, les Hovas se sont tous enfuis vers leur camp retranché qui se trouve à sept kilomètres à l’intérieur.
Le bombardement a duré pendant toute la journée du 10 juin. Le 11, quatre cents marins et quatre cents soldats de l’infanteriè de marine ont débarqué et le fort a été occupé sans résistance (1).
Aussitôt que l’amiral eut pris possession de la ville, il adressa aux troupes les félicitations qu’on va lire :
(1) Détail piquant : nos braves marins, en entrant dans le fort, n’y ont trouvé qu’une poule et ses poussins gardés par un chat. (J ournaux de la Réut
nion.)