ORDRE DU JOUR
Flore, Tamatave, le 14 juin.
Officiers, équipages et soldats,
Un arrogant ennemi avait osé défier nos armes, en refusant à la France les plus légitimes satisfactions.
Dans l’espace d’un mois, vous avez pris et détruit tous les établissements hovas sur le littoral des deux côtes de Madagascar.
Tous occupez Tamatave et Mazangaye, sources principales de la prospérité commerciale et financière de l’ennemi et vous vous y maintiendrez contre toute attaque.
Ces résultats sont dus à l’activité de la division navale. Je l’en félicite.
Il reste à chasser l’ennemi de quelques retraites où il s’est retranché à l’intérieur des terres. Vous saurez l’y atteindre.
La Creuse , qui n’est restée avec nous que quelques jours, nous laissera le souvenir de sa promptitude à surmonter toutes les difficultés, pour nous faire part de toutes ses ressources. Elle a dignement occupé sa place au feu, témoignant ainsi que c’est à la manière de servir qu’on reconnaît le véritable bâtiment de guerre et non pas à la coque.
De nombreux militaires, passagers sur ce transport et ayant accompli leur temps de service colonial, se sont proposés pour renforcer les garnisons de l’occupation, en renonçant à leur retour en France.
Honneur aux braves soldats qui font volontairement ce sacrifice au drapeau de la patrie.
La Nièvre a rivalisé d’ardeur avec la division navale.
Officiers, équipages et soldats, au nom de la France, dont vous soutenez les droits, je vous remercie tous.
Le contre-amiral , commandant en chef, Pierre.
A l’heure actuelle, Tamatave et Mazangaye sont des villes françaises : elles ont leur maire, leur conseil municipal, leur juge de paix et leur capitaine de port.
LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
Depuis ce moment, les Hovas n’ont pas essayé sérieusement d’inquiéter nos troupes. A Tamatave, le 26 juin et le 5 juillet, des attaques de nuit furent repoussées sans difficulté et avec des pertes considérables pour les Hovas. Ce fait d’armes a donné lieu à un troisième ordre du jour de l’amiral que tout Français aimera à relire ; le voici :
Le contre-amiral commandant en chef signale à l’estime du corps expéditionnaire l’intrépide défense du sous -lieutenant Castanié et des vingt-cinq braves qui occupaient avec lui le poste avancé du fort de Tamatave dans la nuit du 25 au 26 , où ils ont repoussé, pendant quatre heures, les attaques réitérées d’un corps ennemi d’au moins 1,000 hommes et l’ont mis en fuite, en lui infligeant des pertes importantes.
Ce fait d’armes fait le plus grand honneur au lieutenant Castanié, chef du poste, qui a su faire partager à ses compagnons son sang-froid et son courage.
Le contre-amiral ,. commandant en chef, \
Pierre.
A l’égal de l’héroïsme militaire, il faut honorer l’héroïsme civil. Les malheureux Français habitant Tananarive ne purent abandonner cette capitale que tardivement et à travers mille difficultés. Leurs compatriotes, maîtres de Tamatave, s’élancèrent au-devant d’eux à travers le pays ennemi. L’amiral les en a félicités dans l’ordre du jour suivant :
cc L’amiral félicite le détachement d’infanterie de marine et de marins de la Flore , qui, dans la journée du 21 juin, s’est avancé avec quelques citoyens français dévoués jusqu’à Ivondxou, pour recueillir les Français expulsés de Tananarive, au nombre de quatre-vingt-dix, et les a ramenés sains et saufs à Tamatave. »
L’amiral cite particulièrement, pour la part énergique qu’ils ont prise à cette expédition :
MM. Maigrot , capitaine d’infanterie de marine ; Hennecart , aspirant de lre classe ; Cadière, employé de la maison Roux de Fraissinet et Cie, qui, arrivant le premier de Tananarive, après vingt-cinq jours de marche, est reparti aussitôt avec une ardeur
infatigable, pour guider le détachement à la recherche des fugitifs.
À l’heure où nous écrivons les dernières pages de cette histoire politique de Madagascar, les circonstances permettent d’espérer le succès continu de notre expédition. M. Jules Ferry, président du conseil, secondé par les Chambres, entre résolument dans la grande politique nationale des intérêts maritimes et coloniaux, qui fut celle de Richelieu et de Colbert. M. l’amiral Peyron, qui a succédé à M. de Mahy et à M. Charles Brun, n’a pas hésité à poursuivre, avec le même patriotisme , les opérations commencées. Le ministre de la marine a donné l’ordre à M. l’amiral Gfaliber, successeur de l’amiral Pierre, de faire reconnaître notre autorité sur d’autres points de la côte , notamment à Y ohemar , à Mouroundava et à Fort-Dauphin.
Ce n’est que justice de féliciter M. le président du conseil et ses honorables collègues et de reconnaître les services éminents rendus en cette occasion par le département de la marine et par le département des affaires étrangères , dont la politique nationale ne saurait être trop encouragée. M. J ules Ferry a droit, au premier rang, à nos éloges, pour avoir non seulement proclamé à la tribune les grands principes de l’expansion coloniale nécessaire à la France, mais encore d’avoir veillé aux détails même de notre expédition à Madagascar. Nous trouvons dans les journaux de la Réunion et nous nous empressons de donner à nos lecteurs la lettre adressée au gouverneur de cette colonie par M. Jules Ferry, qui accepte le concours des volontaires de Bourbon à l’occupation de Madagascar.