PRÉSIDENCE DU CONSEIL
Paris, le 6 juille't 1883.
Monsieur le Gouverneur,
J ai trouvé , joint à la lettre que vous m’avez adressée le 24 mai dernier, numérotée 22, le texte de l’adresse au Président de la République, rédigée par un certain nombre d’habitants de la Réunion et demandant la formation d’un corps de volontaires créoles, destiné à venir en aide aux troupes régulières dans leur action contre les Hovas.
LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. 343
Le Gouvernement n’a pu qu’être profondément touché du sentiment patriotique qui a fait agir, dans cette circonstance, la population de l’île et il s’est empressé de chercher les moyens permettant à nos compatriotes de la Réunion de donner au pays ce nouveau gage de leur dévouement. En attendant qu une decision définitive soit prise à ce sujet, je me suis arrêté à la combinaison suivante : Vous êtes autorisé a former deux compagnies mobiles de la milice, dans les conditions déterminées par l’ordonnance du 15 mai 1819 et les divers arrêtés sur les milices. Chaque compagnie comprendra actuellement :
1 lieutenant, 1 sous-lieutenant, 6 sous-officiers, 12 caporaux, 120 soldats, 3 clairons.
Ces compagnies de milices mobiles, formées de volontaires appartenant aux compagnies existantes, seront, comme ces dernières, entretenues complètement sur les fonds de la Colonie, F État payant les dépenses afférentes à l’armement, au grand équipement et aux munitions.
Nous pourrons ainsi disposer, si cela est reconnu nécessaire, d’un noyau de troupes déjà organisées et exercées. Dans le cas où ces compagnies seraient appelées à faire campagne, elles seraient complétées par deux officiers et deux sous-officiers d infanterie de marine.
Recevez, etc.
Le president du Conseil, ministre par intérim de la Marine et des Colonies ,
Jules Ferry.
Par suite à cette lettre approbative, M. l’amiral Peyron a pu, par une dépêche du 1er novembre 1883 , ordonner l’envoi à Mazangaye de ces deux premières compagnies de nos volontaires de la Réunion.
Nous ne saurions trop louer le gouvernement d’avoir accepté et encouragé l’élan patriotique des volontaires de la Réunion, pour l’occupation de Madagascar. Nous envoyons toutes nos sympathies aux habitants de ce noble petit rocher que l’éloignement ne fait que grandir en perspective, car, on le voit, au loin, au milieu des flots, tenant dans sa main, depuis soixante-dix ans, le
drapeau de la France dans la mer des Indes. Nous sommes persuadé qu’il y a, dans toutes nos colonies, des milliers de créoles qui, sur un signe du gouvernement, s’empresseraient de venir partager, à Madagascar, les mêmes dangers et la même gloire.
Au moment où nous terminons le long récit de l’histoire de la grande île française de la mer des Indes, histoire si jeune encore et cependant si tourmentée, nous ne voulons pas cacher que nous éprouvons un sentiment de juste orgueil national, que le lecteur partagera certainement, à la pensée que la France, à l’heure qu’il est, a mis le genou sur la poitrine de ses sauvages ennemis. Il ne nous reste qu’un vœu à formuler, c’est qu’elle n’imite pas les gouvernements pusillanimes du passé et qu’elle persiste dans sa reprise de possession, afin qu’un jour, en s’avançant pas à pas, elle se trouve en mesure de cerner les Hovas dans leur nid de pirates et de délivrer les malheureux Malegaches du joug de leurs tyrans détestés, à la grande gloire de la patrie , de la civilisation et de l’humanité.
Ainsi se trouvera réalisée par la République, la grande conception de Louis XIII et de Richelieu, de Louis XIV et de Colbert, longtemps entravée par les événements, poursuivie sans cesse par nos gouvernements, avec des vicissitudes diverses, mais jamais abandonnée par eux, la France orientale.