CHAPITRE
Sommaire : Situation géographique de l’île de Madagascar. ■ — Son étendue. — Sa position comme point maritime. — - Sa superficie plus vaste que celle de la France. — Sa distance de Bourbon et dn port de Brest. • — Sa division politique et ethnographique.
— Il n’y a pas de roi de Madagascar. — Liste des rois et reines sujets de la France,
— Les villes principales de Madagascar. — Orographie ou étude de ses formes extérieures, - — - Montagnes. — Opinion de M. Grandidier conforme à celle de l’auteur. — Des principales chaînes de l’île. — - Hydrographie ou étude des eaux. — Description des côtes, baies, havres , ports et mouillages. — Iles de la côte nord-ouest. — Etude des rivières. — Description des principaux cours d’eau. — Lacs de l’île. — Lacs de la côte. — Lacs de l’intérieur. — - Route de Tamatave à Àndévourante. — Climat de l’île de Madagascar. — Météorologie. — Saison sèche. — Saison pluvieuse ou hivernage •
— Insalubrité de la côte orientale. — Caractère des fièvres. ■ — Traitement de ces maladies. — -.Vents. — • Orages. — • Ouragans. — • Raz de marée. — Description des montagnes et des vallées d’après M. Grandidier. — • Histoire naturelle de l’île de Madagascar.
— Des races propres à, Madagascar. — Découvertes de M. Grandidier. • — - Productions du sol. — Botanique. — Zoologie. — Les lémurides. - — Les makis. — Les fossiles. — L ’œpyomis. — Les oiseaux propres à Madagascar. — Testudo gigantea. — L’erpétologie. . — Détails sur les découvertes de M. Grandidier. - — Ichtyologie. — Minéralogie. — Pierreries. — Cristal de roche. — Gisements de houille. — Mines de diamants, d’or, de cuivre , d’argent et de fer.
L’île de M adagascar, située parallèlement à îa côte orientale d’Afrique, dont elle n’est séparée que par le canal de Mozambique, est la plus importante île du monde, après Bornéo et l’Angleterre.
Comprise entre les 11° 57' et 25° 45' de latitude sud, et les 40° 50' et 48° 10' de longitude est, elle se trouve ainsi placée, comme la clef des deux routes de l’Inde, à l’entrée de l’océan Indien d’où elle domine à la fois le passage du cap de Bonne-Espérance, le canal de Mozambique et le détroit de Bab-el-Mandeb.
L’ile de Madagascar a 1,600 kilomètres, 360 lieues, de long du nord au sud et 470 kilomètres, 105 lieues, de l’est à l’ouest, dans sa largeur moyenne. Sa superficie, d’environ 25,000 lieues carrées, est à peu près égale à celle de la France (1). Elle est éloignée de l’île Bourbon d’une distance de 150 lieues, de 85 lieues de la côte orientale d’Afrique, et de 3,380 lieues du port de Brest, en touchant à Bourbon. Par le canal de Suez, elle est à vingt jours de Paris.
Avant d’aller plus loin, qu’on nous permette d’exposer succinctement les différentes divisions de l’île.
Les Hovas, dans leur prétention de dominer l’île entière, l’ont divisée en 22 provinces, dont la disposition se présente, en allant du nord au midi , telle que nous la donnons ici :
Dix s’échelonnent le long de la côte orientale;
Cinq occupent la côte occidentale;
• Sept occupent le centre.
Côte occidentale. Centre. Côte orientale.
Rouéni.
Vohimarina.
1 Maroa.
[ Ivongo.
Ambongou.
Antscianac.
Mahavelona.
' Ankaye.
( Tamatave.
Ménabé. J
Ankôve. ‘
I Bétanimena.
Betsiléo.
1 Anteva (2).
Ibara. '
i Matitanana.
Féérègne.
Tsienimbaîala.
Vangaïdrano.
Mahafaly.
Androy.
Anossy.
Mais à cette division arbitraire et tout artificielle répond une division ethnographique plus vraie , et surtout plus intéressante , parce qu’elle se rattache à l’histoire même du pays. La voici :
(1) M, Grandidier estime que l’île de Madagascar est plus grande que la France. & Sa superficie, dit-il, peut être évaluée à plus de 590,000 kilomètres carrés, chiffre supérieur à celle de la France, qui ne compte aujourd'hui que 528,576 kilomètres carrés. Même avant la guerre de 1870, la superficie totale de la France était inférieure à celle de Madagascar , car elle ne comptait encore que 543,051 kilomètres carrés. » ( Revue scientifique ; mai 1872.)
(2) Ce nom est celui d’une des divisions des Hovas.
A l’est, les deux provinces de Yohimarina et de Maroa sont habitées par les AntanJcares, qui occupent l’extrémité la plus- septentrionale de l’île. Ivongo répond au pays des Antanvarts , Mahavelona et Tamatave à celui des Betsimsaracs ; les Bètanimènes n’ont pas été dénationalisés. Mais Antavara cache les Antatchimes, Matitanana les Antà’ymours et Vangaïdrano les Antaray. Au centre, les deux noms de provinces sont deux noms de peuples, Ibara est celui des Vourimes, Tsienimbalala celui des Mcichicores. Les Mazikouras désignent d’une manière générique les gens de l’intérieur. Ces deux noms se confondent aujourd’hui dans celui de Bares, Bar a ou Ibara , qui en malgache désigne les Voulûmes. Ankôve est la patrie adoptive des Hovas; sa partie centrale, où s’élève leur capitale Tananarive, est connue sous le nom d 'Imerina , Interne ou vulgairement Emirne, Ankaye est occupée par des Bètanimènes et des Betsimsaracs. A l’ouest, Mahafaly est le pays des Mahafales, Féérègne celui des Andra/ivoulas ; Ménabé , Ambongou et le Bouéni sont occupés par le grand peuple des Sakalaves, qui enveloppe aussi le Fééregne (1).
(1) Il est difficile, pour ne pas dire impossible, d’établir des divisions territoriales précises dans un pays où il n’existe pas de délimitation certaine , encore moins de cadastre, et où chaque province n’est que l’agglomération d’une peuplade, sans contours ni frontières. Nous avons maintenu la vieille division en vingt-deux provinces, en leur laissant leurs noms francisés. M. Grandidier les groupe ainsi qu’il suit , avec leurs subdivisions et en leur conservant leurs dénominations malegaches : (t Au nord, les Antankaranas , peuplade qui comprend une partie indépendante sur la côte occidentale entre le cap d’ Ambre et la rivière Sambirano et sur la côte orientale les districts occupés par les Hovas d’Ambohimarina, de Vohemar et de Soavinandriana ; sur la côte orientale, les Betsimisarakas , dont le pays se divise en plusieurs districts, qui sont Anonibe, Maroa, Mananara, Ivongo, Yoliimasina, Mahavelona, Toamasina (ou Tamatave) et Anteva (ou Tanimandry) ; les Betanimenas, les Antambahoakas , les Aantaimoros, les Antaisakas et les Antaimoros ; au sud, les Tsienimbalalas et les Antandroys; à l’ouest, les Mahafalys et les Sakalavas , dont le pays comprend presque tout l’occident de Madagascar et qui se subdivise en sept provinces, à savoir : Eihérénana, Ménabé, Mabilaka, Maraha, Milan ja , Ambongo et Iboina; au centre, les Antantsihanakas, les Tafiravinas et les Tafitenonas, qui sont dans l’est du lac Alaotra; les Antankays ou Bezanozanos, les Antaimerinas ou Merinas, qu’en Europe on désigne improprement sous le nom d’Hovas, les Betsileos, les Antanalas, les Baras , enfin les Antaivondros , et les Ampelaf ahas , qui vivent dans l’est de3 précédents. ( Bulletin de la Société de géographie; 1883.)
Au point de vue politique, l’île de Madagascar se divise aujourd’hui en deux parties bien distinctes qui sont à peu près d’égale étendue, la partie opprimée par les Hovas et la partie indépendante. Toute la région située à l’est du 44e degré de longitude et au nord du 22e degré de latitude est le pays des Hovas, qui , sous Andrianampouine, Radama Ier et sa femme Ranavalo, se sont successivement rendus maîtres des diverses provinces comprises dans ces limites. Il faut, toutefois, ajouter que les habitants de la portion de la côte comprise entre Manafiafe et la rivière Ménanare se sont révoltés contre leurs oppresseurs et ont secoué le joug ; ils sont aujourd’hui indépendants. Sont aussi indépendantes les peuplades sakalaves qui habitent les baies de Narinda et de Mazangaye, ainsi que la côte voisine.
Quant à toute la partie ouest et sud de l’île , elle n’a pu encore être soumise par les Hovas et elle est gouvernée par une foule de chefs indigènes , à l’exception du sud du Ménabé qui s’est mis , il y a déjà longtemps, sous la protection de la reine Ranavalo. Les tribus malegaches qui ont conservé leur indépendance sont les Antandroys, les Mahafales, les Bares, la plupart des Sakalaves et une partie des Antankares et des Antscianacs (1). Toutes ces peuplades ont leur roi, comme les Hovas , et leur obéissent comme de véritables sujets. Il est donc exact de dire qu’il n’y a pas de roi de Madagascar ; car il y a dans l’île autant de rois que de peuplades. Ces rois ont une autorité absolue sur leurs sujets ; ils ne font, du reste, rien par eux-mêmes et prennent, dans toute affaire, les conseils des principaux du pays. Ils sont, en effet, obligés de flatter les chefs dont ils ne peuvent contrôler les actes et qui sont d’autant plus redoutables pour leur maître qu’ils peuvent facilement passer à l’ennemi avec famille, clients et esclaves ; ces défections sont fréquentes.
Les peuples indépendants n’ont pas d’armée régulière ; tout homme , libre ou esclave, ne sort jamais qu’armé de son mousquet et de sa sagaye. En temps de guerre , ils se réunissent en corps irrégulier et font leurs attaques de nuit ; ils n’ont jamais pensé et iis ne pensent encore aujourd’hui qu’à enlever du butin et non à agrandir leur territoire par le sort des armes.
(1) À. Grandidier, Bulletin de la Société de géographie ; août 1872.
Pa,rrai ces rois et ces reines, nous nommerons, au courant de la plume, sur la côte occidentale et méridionale, ceux et celles d’abord qui vivent sous le protectorat de la France, tels que Binao, reine des Bavatoubé; Outsingou, reine de Rabouky, Mounza, roi d’Ankify et de Sambirano ; Tsimiharo, roi de Nossi- Mitsiou; Triahouan, roi de l’Ambongou; ISTarouve, reine d’une partie du Ménabé. Il faut citer encore Yinany, son frère, ancien roi de ce même Ménabé, qui avait succédé à Ramitrah,tous deux morts récemment ; Iboine , roi des Sakalaves du Bouéni ; Soumonga, roi de Morombé, assassiné depuis par les Bares, et cousin de Lahimeriza ; Toueyre, roi des Antimènes, qui a succédé à Yinany ; Réandy, roi des Bares. Aux environs et au delà de la baie de Saint- Augustin , nous trouvons Lahimeriza, roi de Tullear ; feu Refialle ou Fiaye, roi de Salar, auquel a succédé en 1882 son frère cadet Lahetafigue; Tafara, roi des Mahafales, successeur de Radigoun ; Laï Salam, roi d’Itampoul et de Langrano ; Ibara , roi d’Ampala^e ; Bef anille, roi des Caremboules , et enfin Tsifanihi, roi du cap Sainte-Marie, et Razoumaner, roi émigré des Antanosses. Tous ces rois et reines ont des traités avec la France.
Les droits de ces rois sur les îles et sur les provinces qu’ils nous ont cédées ne font doute pour personne, pas même pour la reine des Hovas, qui n’a que la prétention de les conquérir. C’est pour se soustraire à ces prétentions que, depuis, les rois sakalaves ont toujours reconnu et invoqué le protectorat de la France. Les cessions, qui datent de 1841, concernent, entre autres, la province d’Ankara et la région nord qui comprend la vaste baie de Diego-Suarez. Peu d’années après, en 1846 , le chef de la province de Yohemare, au nord-est, ainsi qu’un grand nombre d’autres chefs réfugiés à Nossi-Bé, confirmèrent les cessions de leurs ancêtres, lesquelles, d’ailleurs, n’étaient que la reconnaissance itérative de nos droits antérieurs à la souveraineté de Madagascar. Enfin ces cessions furent renouvelées encore, en 1848, par le prince Trimandrou et la reine Panga (1).
( I ) Sous le régne de Napoléon III , des traités de commerce conclus avec les chefs de la côte sud-ouest ont ouvert au négoce, en franchise de droits d’ancrage, les baies et ports de Machicoura, Salar, Saint- Augustin, Tullear
A Madagascar, on ne compte que cinq villes importantes : Tananarive (75,000 âmes), Fianarantsoua (10,000), Tamatave (7,500), Mazangaye (6,000), et Foulepointe (4,000).
Toutes les autres villes ne sont, à proprement parler, que des bourgs occupés par une seule et même famille. Les villages les plus importants ne contiennent pas plus d’un millier d’habitants, et la plupart n’atteignent certainement pas le nombre de vingt feux. C’est, du reste, un pays très peu peuplé, si l’on excepte la vallée d’Imerne, celle d’Antsianac et quelques parties du pays des Betsiléos ; on marche souvent une journée entière sans rencontrer une petite bourgade et il est des régions , comme celle qu’on trouve en allant de Mazangaye à Tananarive, où on est quelquefois quatre jours sans apercevoir une seule maison, ou bien comme celle comprise entre Manza et Moudounghy, où M. Grandidier a dû dormir sept nuits consécutives en plein désert.
Les routes à Madagascar n’existent, pour ainsi dire, pas : ce sont de simples sentiers tracés par les pieds des voyageurs ; il y est le plus souvent impossible à deux personnes de marcher de front. Le pays pourrait toutefois être facilement sillonné de routes carrossables ; il est montagneux, cela est vrai , mais on monte graduellement et l’altitude totale n’est nulle part très grande ; le sol argileux est dur, et en macadamisant avec les roches qui affleurent de tous côtés, il serait aisé d’établir de bonnes et belles voies de communication (1).
L’île de Madagascar, résultat de soulèvements probablement contemporains de ceux des chaînes de l’Afrique orientale,, est, comme ces dernières, dirigée dans le sens des méridiens, c’està-dire du nord au sud. Cette direction n’est cependant pas d’une exactitude strictement rigoureuse et l’axe de l’île , incliné du
et Manhanomby, droits tombés eu désuétude selon les dernières informations. Ajoutez à ces postes les ports ou comptoirs construits et occupés par nous depuis deux siècles et demi, le Port- Choiseul dans la baie d’Antongil, Tintingue et la P ointe-à- Larvée dans la province des Antavares, Foulepointe et Tamatave chez les Betsimsara.es, Mananzari et Matatane chez les Antaymours , Manentena sur l’Amboule, Maugafiat dans la baie de Sainte-Luce , le Fort-Dauphin et enfin Sainte-Marie ; on reconnaîtra, alors, que nous avons sans cesse gardé pied à Madagascar, hormis seulement dans l’Ankôve.
(1) A. Grandidier, Bulletin de la Société de géographie ; avril 1872.
N.-X.-E. au S.-S.-O. fait, avec la méridienne un angle d’une vingtaine de degrés.
La plupart des cartes et la plupart des livres ont montré les choses tout autrement, en ce qui concerne l’île de Madagascar. Trompés par des théories sans consistance, les cartographes et les écrivains se sont plu à créer, vers la tête des eaux, une chaîne qui se tenant en équilibre à égale distance des deux mers et qui traversant l’île dans toute sa longueur, en constituait comme l’épine dorsale, ainsi qu’on l’a beaucoup trop répété depuis.
Il ne paraît exister, cependant, aucune chaîne de montagnes s’étendant du nord au sud à travers l’île entière. On verra plus loin que M. Grandidier a tranché la question dans le sens de notre opinion.
Mais si la présence de cette chaîne centrale est due à la poursuite, jusqu’aux limites de l’impossible, d’une idée systématique, il n’en est pas de même des chaînes qui, à l’est et à l’ouest, limitent le plateau. La chaîne orientale, avec la seconde chaîne qui lui est parallèle, a été traversée par tous les Européens se rendant de Tamatave à Tananarive.
Yoici ce que dit l’un d’eux (1), qui eût dépeint d’une manière complète les formes extérieures de la Grande Terre, s’il ne se fût laissé dominer par l’idée de la chaîne centrale. « Le versant occidental de cette chaîne a une pente très douce qui se régularise en un immense plateau : le versant oriental est escarpé , mais , après s’être subitement abaisséde 1,000 à 1,500 mètres, une assise horizontale succède à cette pente rapide et forme un autre plateau également d’une grande étendue dont l’escarpement , du côté de l’est, vers la mer, descend aussi très rapidement. Ces deux plateaux, par leur inégalité de hauteur au-dessus du niveau de la mer, peuvent se désigner par les dénominations de supérieur et d 'inférieur, et, par suite, les montagnes qui les couronnent se classer également en deux chaînes distinguées entre elles par les mêmes dénominations caractéristiques de supérieure et d’ inférieure . De la base de cette dernière se détachent , en se ramifiant
(1) De V Établissement français de Madagascar , pendant la Restauration, par M. Carayon , page 8.
vers le littoral, des chaînons et contre-forts qui , d’abord très élevés, s’abaissent graduellement jusqu’à la zone des marais qui règne sur toute l’étendue de la côte orientale. »
Quant à nous, pour tâcher d’être mieux compris encore, nous ajouterons aux dénominations de supérieures et d’inférieures, celles de chaînes orientales ou chaînes occidentales pour désigner celles des parties est et ouest de l’île. En insistant autant que nous venons de le faire sur le véritable caractère de la physionomie orographique de Madagascar, notre but était d’amener l’explication toute simple de faits relatifs aux climats, à l’agriculture, à la politique et dans lesquels la nature de cette physionomie joue un rôle fort important.
Les indigènes ont caractérisé l’originalité naturelle des lignes de sommets les plus saillantes par des noms particuliers, mais nous ne citerons que les plus remarquables. Depuis l’extrémité la plus méridionale de l’île, jusque vers la latitude de Tamatave, les indigènes désignent sous le nom d ' Amboliitsmenes « les montagnes rouges » , la chaîne supérieure orientale ; mais cette dénomination s’applique surtout à certains pics isolés.
« On ne trouverait pas, dit M. Grandidier (1), daus beaucoup d’autres pays une aussi vaste surface de terrain couverte d’une pareille masse de montagnes ; plus de 90,000 milles carrés ont été bouleversés par les deux éruptions granitiques qui semblent s’être succédé à Madagascar. Le voyageur qui débarque sur la côte est et pénètre dans l’intérieur, commence, dès le rivage, à gravir péniblement une chaîne de montagnes qui s’élève graduellement jusqu’à une altitude de 8 à 900 mètres, montant et descendant tour à tour, sans trouver nulle part le moindre espace de terrain plat ; çà et là seulement, quelques étroits vallons ou plutôt quelques ravins abrupts sillonnés par de petits torrents. Cette chaîne peut mesurer, de sa ligne de faîte à la côte orientale , une largeur de vingt lieues; elle paraît s’étendre de Port-Louky au Fort-Dauphin, sur une longueur de plus de 800 lieues, tantôt baignant son pied dans la mer, d’autres fois s’en écartant de quelques milles, mais lui restant toujours parallèle. Parvenu à l’arête supérieure, le
(1) Revue scientifique; mai 1872.
voyageur descend le versant occidental, mais il ne tarde pas à arriver soit dans mie vallee profonde mais étroite (entre 19° 1/2 et 21» 1/2 de latitude), soit sur nu plateau plus ou moins )ÛL I Ankaye et a Antsianake), dont la formation est due aux détritus et aux eboulis qui se sont accumulés dans une ancienne vallée où les eaux n avaient point d’issue. Il lui faut ensuite gravir le versant oriental de la seconde chaîne granitique, versant très abrupt qui le conduit en peu de temps à 400 ou 500 mètres plus hautc est la qu est la limite de distribution des eaux. Les torrents qui coulent sur la pente orientale vont se jeter dans l’océan Indienles nvieres qui prennent naissance au contraire à l’ouest de l’arete portent leurs eaux au canal de Mozambique, et ont un parcours trois ou quatre fois plus long que celles de l’est, sauf le Mangourou et son affluent l’Ounivé.
. (C M^1S 11 nf faudraifc Pas conclure de ce que cette arête supérieure forme la ligne de partage des eaux à Madagascar, que le i oyageur en poursuivant sa route descend graduellement vers la cote occidentale ; il a, au contraire, à traverser une région large de rente a trente-cinq lieues, dont le niveau général se maintient à une altitude moyenne de 800 à 1,000 mètres, région toute monagneuse et très tourmentée; puis, tout à coup, en quelques insants, il arrive par une pente très rapide dans une plaine qui n’a plus que 200 mètres au-dessus du niveau de la mer. Cette plaine qui est sablonneuse, peu accidentée et sillonnée en tous sens dé petits ravins creusés par les eaux, ne mesure pas moins de 140 a loO kilométrés de largeur ; elle est coupée du nord au sud entre le 16e et le 25e degré de latitude, par une étroite chaîne de montagnes, large de 5 à 6 milles, le Bémaraha. Plus à l’ouest c ans le sud de 1 île et au long de la côte occidentale, il existe une seconde chaîne qui commence vers le 21e degré de latitude et qui a partir du 22e, forme un vaste plateau avec la précédente. Enfin une autre, qui commence aussi au 21e degré et suit environ le 43 clegre de longitude, s’arrête par 23° 30'.
« La masse de montagnes qui couvre tout le centre et le nord de île ne continue pas au delà de 22» environ ; plus au sud s’étendent jusqu a la mer de vastes plateaux secondaires légèrement ondules et coupes de ravins creusés par les eaux.
« On voit que nous sommes loin de cette arête centrale de montagnes avec leurs ramifications orientales et occidentales, que les géographes ont toujours marquée sur les cartes de Madagascar. Les immenses plaines secondaires qui forment tout le triangle occidental ont échappé aux bouleversements violents qui ont soulevé toute la région nord et est ; elles sont restées ce qu’elles étaient à l’âge secondaire. Loin de diminuer, elles tendent journellement à s’accroître ; les contre-courants qui apportent sans cesse des sables sur le rivage, et les rivières, qui charrient des terres arrachées aux montagnes de l’intérieur, comblent peu à peu les estuaires et les baies formés par les polypiers, qui trouvent sur cette côte, surtout dans la partie sud-ouest entre 21° 1/2 et 24° de latitude, toutes les conditions nécessaires à leur facile développement. Il n’en est pas de même sur la côte orientale où le grand courant équatorial des mers de l’Inde vient buter avec violence contre l’île et se divise en deux branches, l’une se portant vers le nord-nord-est, l’antre se dirigeant au sud-sudouest ; les polypiers ne peuvent pas s’y développer, et il se produit une érosion continuelle des côtes dont la nature rocheuse retarde heureusement l’action destructive de ces courants très rapides (1). »
M. G-randidier a porté la lumière dans ces obscurités, quant à l’étude orographique de l’île. Il a reconnu à Madagascar l’existence de cinq chaînes de montagnes qui ont toutes plus ou moins la même direction du N.-X.-E. au S.-S. -O. environ.
La première chaîne qu’on rencontre, en partant de la côte ouest, est comprise entre 21 et 25 degrés de latitude sud. La seconde, le Bémaraha, s’étend du 16e au 25e degré ; d’abord étroite, elle forme à partir du 22e degré un vaste plateau avec la chaîne précédente. La troisième commence comme la première au 21e degré, mais elle s’arrête vers 23° 30'. A l’ouest de 43° 20' de longitude est, il n’y a plus qu’une immense masse de montagnes granitiques qui semblent dues à deux soulèvements différents au moins ; l’un aurait donné naissance à la grande chaîne qui, de la presqu’île d’Anourountsangane, s’étend jusqu’au 22e degré de la-
(1) Revue scientifique; mai 1872.
titude, mesurant une largeur moyenne de plus de 100 milles, l’autre à celle qui coupe l’île du nord au sud dans toute sa longueur, de Vohémar au fort Dauphin.
Les trois premières chaînes sont séparées les unes des autres par des plaines sablonneuses ou par des plateaux arides, coupés de ravins peu profonds. Elles appartiennent à la formation secondaire. Le grand massif granitique central, qui est très tourmenté, ne mesure que 1,000 à 1,200 mètres d’altitude comme niveau général. Il n’y existe, ainsi que dans toute la région est , d autre terrain plat que les petites vallées qu’utilisent les indigènes pour la culture du riz. Çà et là, au milieu de ces montagnes plutoniques, apparaissent, comme autant d’îles, des portions de terrain micaschisteux. Dans le sud de la chaîne granitique qui finit par 22 degrés, il y a de vastes plaines secondaires légèrement ondulées qui s’étendent jusqu’à la côte.
On voit que M. Grandidier conteste avec nous cette arête centrale de montagnes qui aurait divisé l’île en deux parties à peu près égales et qu’on avait établie sur de simples hypothèses.
Ainsi, toute la zone située au sud et à l’ouest des montagnes granitiques appartient au terrain secondaire , dont la limite nord semble être le côté sud de la baie de Narinda. Dans toute cette vaste étendue, comprenant près de la moitié de la superficie de l’île, Ie sol est peu fertile et le pays n’est guère habité que le long des cours d’eau assez rares qui l’arrosent. Toute la masse des montagnes plutoniques qui est située à l’ouest du versant oriental est plus stérile encore, à l’exception des vallées formées par les anciens lacs ou marais qu’ont comblés les détritus des montagnes voisines. Le versant qui regarde l’océan Indien est assez fertile, grâce aux pluies continuelles qui arrosent la côte est ; il offre une ligne étroite, mais non interrompue du nord au sud, de forêts qui se relient à celles de l’ouest, formant ainsi une ceinture, au centre de laquelle il n’y a que désolation et aridité.
En résumé, M. Grandi dier divise, comme nous, Madagascar en deux versants principaux : le versant de l’est est peu étendu ; il n’a guère plus de 30 à 40 milles de largeur dans la partie sud; au nord , il atteint jusqu’à 60 et 80 milles. Celui de l’ouest, au contraire, large de 3 et 4 degrés , donne naissance à des rivières
GÉOGBAPHIE DE L’ILE DE MADAGASCAK.
importantes par l’étendne de leurs cours et leur volume d’eau (1).
En ce qui touche ses caractères géologiques , le savant voyageur a constaté que la grande île semble formée d’un noyau micaschisteux qu’entoure à l’ouest et au sud une vaste zone de formation jurassique. Il est probable que tout autour du centre primitif s’était jadis développée une immense surface de terrain secondaire se prolongeant au loin vers l’est et formant un v aste continent comparable à l’Australie ; il n’en reste plus aujourd hui que la ceinture occidentale d’une largeur moyenne de 40 lieues.
Cette zone, qui supporte une bande étroite de terrain nummulitique parfaitement caractérisé par des Neritina schmideliana , et pétri de foraminifères (appartenant aux genres Alveolina, OrUioïdes, Triloculina, etc.), s’étend du bord sud de la baie de Narinda au versant ouest des montagnes granitiques, auxquelles est adossé le fort Dauphin. Elle est formée, comme on sait, de plaines coupées dans leur longueur par trois chaînes de montagnes qui courent du nord au sud.
Quant aux terrains micaschisteux, ils ont été bouleversés par des soulèvements granitiques ; on en retrouve, çà et là, des tiaces.
Ces caractères géologiques, du reste, sont aussi remarquables que variés. Les formations primitives apparaissent dans un grand nombre de localités où l’on voit le granit, la syénite et des blocs d’un quartz singulièrement pur, souvent accompagné d’un quartz rose très beau. On y rencontre aussi fréquemment un cyst entrecoupé de larges veines de quartz et une substance ressemblant au grauwacke. Les formations schisteuses, on l’a dit, y sont étendues, et on y a observé le silex entremêlé d’une belle cbalcédoine, le calcaire primitif, ainsi que différentes espèces de grès. De superbes cristaux de schorl se rencontrent fréquemment dans le pays des Betsiléos, où l’on a trouvé aussi des fossiles nombreux de serpents, de lézards, de caméléons et de végétaux revêtus d une enveloppe calcaire. La pierre à chaux ne paraît pas existei dans les parties orientales , où les divers coraux la remplacent d une manière avantageuse.
On voit, quelquefois, dans le Betsiléo, sur une étendue de plu-
(1) Bulletin de la Société de géographie; février 1872.
sieurs milles, des masses d’une lave terreuse homogène; d’autres laves y abondent en beaux cristaux d’olivine ; les scories et les pierres ponces se montrent sur plusieurs points. Mais cette partie de l’île n’est pas la seule où l’action violente des anciens foyers volcaniques ait été signalée. Sur la route d’Andevourante à Tananarive, dans la vallé des Bezonzons (Bezanozano), des crevasses considérables, des pierres noires et brûlées annoncent que des feux aujourd’hui éteints ont bouleversé jadis cette contrée. Au N.-E. de la capitale du Ménabé et à quelque distance, se dresse la cime noirâtre du mont Tangoury aux flancs arides. Un cratère ouvert à son sommet, plusieurs cavités considérables d’où jaillissent les sources du Ranouminti (l’eau noire), des éboulements de terre et des laves ne permettent pas de douter que ce ne soit un ancien volcan. La tradition du pays vient, du reste, confirmer cette assertion. « Tu vois, disait un indigène à un voyageur, en indiquant les cavernes de la montagne, la demeure de celui que les Sakalaves appellent l’ennemi des hommes ; c’est sous ces voûtes ténébreuses qu’il a bâti son palais ; il est le maître du feu qui dévorerait, s’il le voulait, les Malegaches et leurs troupeaux. La terre elle-même ne pourrait résister à son intensité. Aussi le roi Ramitrah a-t-il soin, pour apaiser ce génie, de lui sacrifier des taureaux à toutes les nouvelles et pleines lunes ; car ce sont les époques où il a soif de sang. Les ombiaches et les ampaanzares disent que plusieurs générations de Sakalaves ont existé avant celle que tu vois et que toutes ont été ensevelies dans l’estomac de feu du géant. Cependant, depuis plusieurs siècles, il reste enfermé dans son palais, couché sur des monceaux d’or, qui lui servent de lit (1). »
Aujourd’hui l’action volcanique paraît avoir entièrement cessé à Madagascar. Des voyageurs ont assuré à Dumaine qu’il existait un volcan au nord-ouest de la baie de Diego-Suarez , auprès de l’île nommée l’Ile boisée. Toutefois, les voyageurs qui ont le
(1) M. Grandidier révoque en doute l’existence de traces de volcan et même celle d’aucune montagne isolée pouvant être identifiée avec le Tangoury; il estime que ces informations, y compris la légende du géant du Tangoury, sont dues à l’imagination malheureusement trop féconde de M. Leguevel de Lacombe,
plus récemment exploré ces parages ne signalent rien de ce genre.
Les terres des provinces du nord de Madagascar sont noires et vigoureuses ; aussi, le Bouéni est-il une des plus fertiles contrées de l’île. Celles du milieu de la côte de l’est sont sablonneuses jusqu’à une ou deux lieues des bords de la mer. Plus loin, la végétation devient très riche. Dans le sud, c’est-à-dire vers Sainte- Luce, le terrain est mêlé de sable, mais il est supérieur aux terres qui avoisinent le cap Sainte-Marie. Celles des environs du fort Dauphin sont excellentes. La partie peu montagneuse du pays des Sakalaves du nord (le Bouéni) est fertile , surtout auprès des rivières et des marais, et abonde en fatakci et en esquine, fourrages excellents. La plus grande partie des plateaux de l’intérieur est au contraire rocailleuse et stérile ; le terrain y est en général ocreux et ferrugineux. Dans la province d’Andrantsaï, qu’habitent les Betsiléos, les terres sont noires, brunes, rouges, jaunes et blanches. Le sol rouge y est le plus commun et il est extrêmement productif. Tels sont les champs rougeâtres des Bétanimènes.
Voici comment le plus récent et le plus compétent des explorateurs, M. Grandidier, décrit l’aspect général de ces contrées, montagnes et vallées,
« A Madagascar, dit-il, le sol des montagnes est argileux, dur comme le granit dans la saison sèche, glaiseux et glissant à l’époque des pluies ; ce n’est que dans les vallées, où se sont accumulés des détritus végétaux, qu’il s’est formé une couche d’humus, plus ou moins profonde , dont la culture puisse tirer parti. Le sol des plaines est sablonneux, souvent pierreux, et c’est principalement sur les rives des cours d’eau que les indigènes font leurs plantations de maïs, de cannes à sucre, de banniers, etc. ; malheureusement les rivières y sont rares. Il pousse, cependant, abondamment dans ces terrains secs une grande graminée ; l’ahidambou, forme, surtout au Ménabé , des pâturages excellents pour le bétail ; les zébus (bœufs à bosse) qu’on y élève y acquièrent une taille remarquable.
« Les forêts sont exceptionnellement rares à Madagascar; il existe tout autour de File une ceinture étroite de bois, large de trois à quatre lieues, qui tantôt suit les contours de la côte, tan-
tôt s’en écarte de plusieurs milles, et dans l’est de la baie d’Antongil on trouve un vaste espace boisé.
« Dans toute la région montagneuse, ainsi que sur la côte nordouest , le riz forme la base de la nourriture des indigènes ; aussi , partout où, dans ce chaos de montagnes , il s’est trouvé une vallée, si étroite qu’elle fût, qui pût être utilisée pour la culture et où il fût possible de construire des terrasses faciles à irriguer, on voit quelques huttes de terre , suspendues sur des ravins , où sont entassées des familles nombreuses. Le riz est la seule des céréales dont le prodigieux rendement puisse permettre une agglomération de peuple semblable à celle qui existe dans les vallées de Tananarive, d’Isandra et de Bétafou. »
On conçoit, du reste, facilement qu’une région aussi vaste que Madagascar doit offrir les aspects les plus divers, les sites les plus variés, les panoramas les plus grandioses. Vue de la mer, cette île magnifique offre dans le lointain à l’œil de celui qui y arrive un vaste amphithéâtre de montagnes superposées, qui sont comme les échelons des chaînes principales. Ces échelons gigantesques forment une sorte d’escalier colossal de verdure , où la pensée émerveillée monte involontairement de marche en marche, des bords de la mer jusqu’aux plateaux supérieurs de l’île, en passant par toutes les nuances propres aux montagnes, depuis le vert vif ou sombre de la végétation jusqu’aux teintes azurées des sommets les plus élevés qui se confondent avec le bleu plus foncé du ciel.
A l’exception de cette partie des côtes sud-est qui avoisine le fort Dauphin, la côte est en général plate, très souvent basse et marécageuse. Elle forme une sorte de zone de 10 et 80 kilomètres de largeur à l’est, de 80 à 160, ét quelquefois plus, vers l’ouest. Sur la côte orientale, le pays devient tout à coup montagneux à quelques lieues du rivage. Au delà de ces plages , la contrée est entrecoupée de montagnes boisées, de collines, de plaines, tantôt désertes, tantôt cultivées, de sombres forêts, de savanes couvertes de hautes herbes.
Si l’on suppose Madagascar coupé en deux parties par une ligne tirée de Tamatave au cap Saint- André, toute la partie de ses côtes, tant à l’est qu’à l’ouest, située au midi de cette ligne, et comprenant près des trois quarts de leur développement total
qui est de 4,000 kilomètres ou 850 lieues, offre peu de bons mouillages, quelques rades foraines seulement, tandis que la partie qui resterait au nord, l’extrémité septentrionale, contient, surtout au nord-ouest, les baies les plus vastes, les ports les plus beaux, les mouillages les plus sûrs. L’importance de ces différents points pour les relations commerciales nous engage à en dire quelques mots. Dans ces observations, pour plus de précision et de clarté, nous conserverons la division pratique de ses côtes en côtes de l’est, du nord-ouest, et de l’ouest.
^ La première baie que l’on trouve après avoir doublé le cap d Ambre pour descendre le long de la côte orientale est celle d’Antombouc ou de Diego-Suarez , qui offre d’excellents mouillages ; elle se compose, à proprement parler, de trois baies appelées par les Malegaches Douvouch-Foutchi, la baie des cailloux blancs, Louvouch- Varats, la l iai e du Tonnerre, Douvouch- Vasa, la baie des blancs et, enfin, d’une quatrième baie moins praticable à laquelle ou parvient par un canal sinueux, et qui, reconnu par la corvette la Nièvre, en a pris le nom de port de la Nièvre. Rapprochée des autres mouillages sous le rapport de la salubrité et de la commodité des approvisionnements, la baie de Diego-Suarez présente des avantages qu’on chercherait vainement ailleurs. Aussi le gouvernement songea-t-il plusieurs fois à y former un établissement à la fois militaire et commercial. Nous reviendrons, dans le chapitre suivant, sur cette baie splendide, unique au monde, et qui laisse loin derrière elle celle si célèbre de Rio- Janeiro (1).
Un peu plus au midi se trouvent le port Louquez, la haie de Manghèrèvi, puis celle de Vohèmar (Vohimarina), puis beaucoup plus loin la vaste haie d'Antongü, occupée longtemps par la France. A 90 kilomètres, au midi de la haie d'Antongü, s’étend, parallèlement à la côte, File Sainte-Marie, dont l’extrémité nord forme, avec la Pointe-à-Larrée, la haie de Tintingue où. peuvent mouiller les vaisseaux de haut bord. De l’autre côte de la Pointeà-Larrée et de File Sainte-Marie, mais un peu au sud, se présente la haie de Fènèriffe, réputée la plus mauvaise de la côte de l’est.
(I) Yoir le plan de la baie de Diego-Suarez, levé en 1833 par M. L. Bigeault, lieutenant de vaisseau, et les officiers de la corvette la Nièvre, sous la direction de M. Garnier, capitaine de frégate. ( Dépôt des cartes et plans de la marine .)
Le mouillage est très loin de la terre, les courants y sont si violents que les bâtiments y sont sans cesse ballottés, la communication avec la terre y est difficile et, à la moindre apparence de mauvais temps, il faut prendre le large. Un peu plus loin que la baie de Fénériffe est Foulepointe, en malegache Marofototra, station commode à cause de son voisinage de Tamatave, de Sainte- Marie et d’Antongil.
Tamatave, qui n’était autrefois qu’un petit village de pêcheurs, est aujourd’hui reconnu pour le principal marché de la côte orientale. Aussi sa rade spacieuse et sûre est-elle la plus fréquentée par les bâtiments de Maurice et de Bourbon. Nous consacrerons une page toute spéciale (au chapitre III) au port et au commerce de Tamatave.
A partir de Tamatave jusqu’à la baie de Sainte-Luce, à 800 kilomètres ou 180 lieues de là, il n’existe aucun abri pour les navires et ceux qui fréquentent cette côte, obligés de mouiller au large ou dans des rades foraines peu sûres , sont souvent dans la nécessité de faire leur trafic sous voile. Cependant, les chargements de riz y sont tellement profitables , que quelques points , comme Mananzari et Matatane n’en sont pas moins fréquentés par les navires de commerce. La baie de Sainte-Luce, qui a environ 6,000 mètres de développement, est le premier point de Madagascar où la France ait eu un établissement.
La côte méridionale de l’île ne présente guère de mouillage remarquable, hormis le fort Dauphin.
En s’éloignant , la première anfractuosité de la côte occidentale que l’on rencontre est la laie de Saint- Augustin , nommée Isataré par les indigènes , et dans la partie septentrionale de laquelle se trouve le Port de Tolia ou Tuléar, en malegache Ankoutsaolca, ainsi appelée à cause d’une rivière qui débouche à quelques kilomètres plus au nord. A deux heures de Tuléar, au sud, se trouve la presqu’île de Tsaroundrano, dont, il y a une vingtaine d’années, le commandant Fleuriot de Langle prit solennellement possession, sous Napoléon III (1). Elle nous fut cédée par Lahimérisa, roi des Antifiérénanes.
(1) A. Grandidier, Excursion chez les Antanosses émigrés. ( Bulletin de la So ■
Beaucoup plus loin, toujours au nord, on mouille quelquefois dans le chenal compris entre les îles du Meurtre et la côte. Ce sont là les trois seuls points de la province de Féérègne où puissent séjourner de grands navires.
D’octobre en avril, le mouillage est plus sûr à Tuléar qu’à Saint-Augustin.
A un demi-degré , assez loin des Iles du Meurtre , est l'embouchure de la rivière Mangouki, qui est, avec celle du Sizoubounghi ou Tsidsoubon, le seul point de la côte visité aujourd’hui dans un but commercial. Le village de Mouroundava (c’est le nom de la rivière), placé entre les deux rivières, était le mouillage fréquenté par les boutres et les navires de traite, à l’époque où les rois de Ménabé avaient leur résidence dans les environs. Le nom du village est Ambondrou, situé à l’embouchure du Mouroundava, recouverte par les dernières marées. Un fort hova, apelé Andakabè, est situé sur la rive sud de la rivière , à deux lieues environ dans l’intérieur. En dedans de Nossi-Marouantali, une des Iles stériles, en vue des terres de Kivinza, est un mouillage vaste et le plus sûr pour les bâtiments destinés à séjourner sur cette côte.
La branche sud de la rivière Sambaho, par 16° 57', offre un tirant d’eau assez considérable pour les boutres du plus fort tonnage, et, dans les grandes marées, des navires calant 9 et 10 pieds y entreraient avec un bon pratique.
Au nord de cette rivière et de l’île qu’elle forme, Nossi-Valavou, s’avance le cap Saint- André, l’un des points les plus remarquables de ceux qui jalonnent les rivages de Madagascar. Après l’avoir doublé, on rencontre successivement les plus beaux mouillages, baies larges et sûres qui offrent l’abri de leurs eaux magnifiques à des flottes entières : les baies de Bâli, Cagembi, Bouéni, Bombetock, Mazangaye, Mouramba, Xarinda , Mourounsang, Saumalaza, et la baie de Passandava, en face de Nossi-Bé. Bâli, que quelques cartes désignent sous le nom de Boyanna, est la seule baie de la province d’Ambongou. La baie de Cagembi est presque complètement barrée à son ouverture par un banc de sable, et, d’après le plan qu’en ont donné des hydrographes, elle serait difficilement
ciété de géographie; octobre 1867.) Dans le premier livre, nous avons, on se le rappelle , parlé avec détails des traités conclus par M. Fleuriot de Langle.
praticable pour des bâtiments de moyen tonnage, mais avec un bon pratique ou en se donnant la peine de baliser un chenal, on pourrait, dans une marée de syzygie, y faire entrer une corvette. Au fond est le village de Kiakombi.
La baie de Bouéni aussi a son entrée obstruée de bancs et de récifs qui laissent entre eux un chenal d’une profondeur suffisante pour les plus grands navires et qui doit être compté au nombre des excellents havres de la côte nord-ouest.
Yis-à-vis de son entrée est située l’île Makambi.
C’est à quelques lieues seulement du port de Bouéni, que s’ouvre la baie dite de Boinbetock, corruption bizarre du mot indigène Am'pombitokana ainsi altéré par les Européens. La baie s’étend dans une direction moyenne N.-N.-O. et S.-S.-E., à environ 18 milles de 1,854 mètres dans les terres. Sa largeur est, à l’entrée, de 3 milles 1/2, mais, en dedans , elle varie de 3 à 6 et 7 milles. Les terres qui circonscrivent ce magnifique bassin présentent un aspect agréable et varié, où tout accuse la présence et l’activité de l’homme.
cc Aucun port malegache n’offre autant d’avantages et de sécurité que le port de Bombetock. Ses parages sont ordinairement épargnées par les tempêtes qui désolent les autres plages de l’île. La fièvre y est peu dangereuse , attendu que les plages sont sablonneuses et que la mer marne de quatre mètres au moins.
cc Sa position dans le canal de Mozambique, offrant un port au centre des lieux les plus commerçants du monde , en ferait un des plus grands entrepôts commerciaux maritimes ; il s’y ferait avec l’ Afrique, l’Arabie, l’Inde et l’Europe, un commerce très actif. La campagne qui environne ce magnifique bassin présente à la vue un ensemble d’un aspect splendide. Le sol malegache étale avec un luxe inouï la richesse de sa fécondité : l’œil charmé contemple avec bonheur le majestueux panorama qui se déroule sous les yeux (1). »
Quant à la baie de Mourounsang ou de Bafala, ce n’est, à bien dire, que la partie septentrionale d’un immense bassin qui comprend, en outre de cette baie, celle de Saumalaza et une troisième
(1) Bonnavoy de Premot, la Question malegache et la colonisation de Madagascar-, in-8°, Paris, 1856.
nommée Raminitolc. Le mouillage de Mourounsang est entièrement ouvert au nord-ouest et ne doit pas être très bon dans la saison d’hivernage. La baie de Saumalaza est un bras de mer qui, sur une largeur de 2 à 5 milles et avec des profondeurs inégales et très irrégulières, s’avance à environ 25 milles dans les terres. Avec vent sous vergue, il serait praticable d’une extrémité à l’autre pour les plus grands navires ; mais les bancs et les récifs dont il est parsemé, surtout dans la partie nord, leur rendraient les mouvements de louvoyage fort difficiles.
Nossi-Bé commande l’entrée de la grande laie de Passandava, dont les bords sont aujourd’hui déserts. Dans la partie S.-O. gît un petit groupe d’îles appelé Nossi-Tèlou, les Trois îles. Entre ces îlots et la Grande Terre il y a un très bon mouillage, et sur le côté occidental du plus grand de ces îlots, se trouve une anse où l’on pourrait établir à peu de frais un excellent quai de carénage. Non loin de l’entrée occidentale de cette baie, à 15 milles dans le S.-O. de Nossi-Bé, est la baie de Bavatouhè , qui offre un excellent mouillage pour les navires de tout rang et dont on pourrait faire une position nautique et militaire importante. A l’est de Xossi-Bé, est la baie de TchimpayJci où l’on a 20 à 30 mètres d’eau et enfin près du cap d’ Ambre, Amlavani-lè (1).
Des plateaux qui embrassent les parties élevées de Madagascar, des chaînes boisées qui les couronnent, s’échappent un grand nombre de rivières qui s’en vont aux deux mers, à l’est et à l’ouest. A l’est ce sont : le Tingbale, qui a son embouchure au fond de la baie d’Antongil, le Manahar, le Manangourou , YOnilè , le Mangourou , le Mananzari, le N amour, le Faraon, le Matitane, le Mananghare ; au midi : le Mandrèrè, le Mener andre ; à l’ouest :
(1) Les hydrographes de la marine britannique n’ont pas craint de donner sur leurs cartes des noms anglais à presque tous les ports de Madagascar ; le capitaine Owen n’y a pas manqué. Pour lui, par exemple, Ambavani-bé est le port Liverpool. On trouve sur ces cartes les ports Leven, Ienkinson , Chance lor, False cape, English Bay , Irish Bay, Windsor's Castle, Brùish Sound, etc. Nous avons soigneusement expurgé notre livre de ces insidieuses dénominations. Les Anglais, quand ils font, à Londres, une exposition des produits de l’ile Maurice , y ajoutent les produits de Madagascar, comme si Madagascar était toujours pour eux, au moins par ce côté, une dépendance de Maurice.
VOngn'lahé, qui se jette dans la baie de Saint- Augustin, et le Tolia, dans la province de Eéérègne, le Mangouki ou rivière Saint- Vincent qui la borne au nord, le Sango , le Mandèloulo , le Ranouminti, VAndahanghi (1), le SizouboungM, ou Tsidsoubon, le Manemboule, le DoiiJco, qui arrosent le Mênabè; YOunara , la grande rivière de Y Ambongou ; le Mandzarai , le Betsibouka qui débouche dans la baie de Bombetock et reçoit 1 Ikoupa , la rivière de Tananarive ; le Souda, dont les eaux se perdent dans la baie de Matzamba, toutes rivières du Bouéni.
Nous dirons quelques mots des plus remarquables, le Manangourou, le Mangourou, le Mananghare, l’Ongn’lahé, le Mangouki, la Sizoubounghi, l’Ounara, le Betsibouka, et l’Ikoupa. Le Mangourou est probablement la seconde des rivières de Madagascar. Son cours est d’environ 400 kilomètres ou 90 lieues ; elle descend, ainsi que le Manangourou, du point culminant du plateau inférieur et leurs sources paraissent être voisines. Elles se dirigent d’abord dans un sens opposé, l’une au sud, l’autre au nord, tournant ensuite brusquement vers l’est, pour couper la chaîne inférieure et se rendre à la mer. Elles forment ainsi, en quelque sorte, un arc immense, dont la corde ou la distance qui sépare leur embouchure de la mer, peut être de 355 kilomètres ou 80 lieues. Tous les cours d’eau qui se trouvent entre elles, quelque considéi ables qu’ils soient, ne viennent ainsi que de la chaîne inférieure. Tous les renseignements puisés sur les lieux s’accordent poui faire venir ces deux rivières de la province d’Antsianac (2) , et, selon les uns , le Mangourou sortirait du grand lac d Alaotra qui se trouve dans cette contrée, tandis que selon les autres, ce. serait seulement le Manangourou (3). Quoi qu’il en soit, la première de ces deux rivières, dont les eaux sont si impétueuses dans la partie inférieure de son cours, parcourt d’abord avec lenteur l’immense
(1) Nous ne mentionnons que sous toutes réserves ies noms de ces quatre rivières , d’après les travaux géographiques des Anglais. Des voyageurs récents en contestent l’existence.
(2) Par 18° dans le sud des montagnes qui séparent le plateau d’Ankaye de la vallée de l’Antscianac. (A. Grandidier, Bulletin de la Société de geogra • phie-, février 1872.)
(3) M. Grandidier estime que le Mangourou ne vient pas du lac d Alaotra.
plaine d’Ancaye dans toute sa longueur ; déjà même, quoique non loin de la source, elle y serait susceptible de porter bateau, si les cascades qu’elle forme en coupant la chaîne inférieure, dont elle couronne à peu près le sommet, n’étaient un obstacle à ce qu’on 1 utilisât pour la navigation. Le lieu où elle forme son coude se trouve à quarante lieues de la mer environ. Là, cette rivière reçoit un affluent considérable venant du sud et que les naturels assurent être navigable, pour les pirogues, l’espace de deux journées (1) ; puis elle se jette dans l’océan Indien, à quelques milles au sud de Mahanourou. Son lit, même aux abords de son embouchure, est coupé de rapides et semé d’îlots de roches.
Aucun cours d’eau de la côte est, du reste, n’est navigable, même pour les plus petites pirogues, au delà de 8 à 10 milles. Ces rivières sont remarquables par la foule de petits chenaux, larges tantôt de 100 à 200 mètres, tantôt de 2 à 3 mètres seulement, quelquefois de 2 à 3 kilomètres, qui réunissent plusieurs d’entre elles. De Foulepointe jusqu’à Matatanane, on peut presque faire tout le trajet en pirogue ; il n’y a que , çà et là, des isthmes variables de 1 à 10 kilomètres où il serait bien facile de creuser de main d’homme des tranchées pour faire un seul canal de 150 lieues de long. Ces chenaux sont dus à ce que la mer, amoncelant continuellement du sable sur la plage, ferme les embouchures toutes les fois que le courant des rivières n’est pas rapide. Cette barrière force alors les eaux à se répandre à droite et à gauche. Beaucoup de ces cours d’eau ont, outre les barres mobiles de sable, des roches qui empêchent les embarcations d’y pénétrer.
De toutes les rivières de la côte orientale la plus importante après la Mangoum est la Mananghare , dont les sources se cachent dans les hautes vallées de l’Ibara, chez les Voulûmes, et qui peut avoir une centaine de lieues ou 450 kilomètres de développement.
La rivière Ongn’lahé sert de limite aux pays de Féérègne et de Mahafali. Elle paraît venir, ainsi que la Mangouki, du pays des Voulûmes. Leur cours peut être de 350 à 400 kilomètres.
Le Sizoubounghi ou Tsidsoubon, ainsi que la plupart des rivières de la partie septentrionale du Ménabé, descend, comme l’Ou-
(1) Histoire de l'établissement français de Madagascar , p. 13, 14.
nara, de cette chaîne qui longeant la frontière orientale du pays, a reçu le nom de Bongoulava, la longue montagne (1). Si l’on regarde l’Ikoupa comme la partie supérieure de la Betsibouka, cette dernière rivière sera la plus considérable de Madagascar, car elle aurait alors 500 kilomètres ou 115 lieues de cours, l’Ikoupa ayant à elle seule plus de 400 kilomètres, depuis sa source dans les montagnes d’Angavo jusqu’à son confluent avec la Betsibouka, à une centaine de kilomètres de l’embouchure de celle-ci dans la baie de Bombetock. Nous avons déjà fait observer que l’Ikoupa passe à Tananarive : elle reçoit toutes les eaux de la province d’Ancôve.
Si la région est et la région nord-ouest abondent en cours d’eau , il n’en est pas de même des contrées ouest et sud ; à partir du fort Dauphin, on ne trouve que les rivières suivantes :
1° Le Mandréré ;
2° Le Mananbouvou ;
8° Le Menarandra ;
4° L’Ilinta, qui se jette dans la baie de Masikoura ;
5° Le Saint-Augustin ;
6° Le Fihérénane ;
7° Le Manoumbe ;
8° Le Kitoumbou et le Mangouka ou Saint- Vincent ;
9° Le Maïtampak et deux autres ruisseaux à petite distance ;
10° Le Mouroundava ;
11° L’Andranoumène ;
12° Le Tsidsoubon ou Sizoubounghi, cité plus haut, et le Mananboule, deux branches du Mania.
Les quatre premiers cours d’eau ont peu d’importance et leur embouchure est souvent à sec. Entre l’Ilinta et le Saint-Augustin, il y a un espace de plus de 50 lieues sans le moindre ruisseau ; entre le Manoumbe et le Mangouka, il y a également une portion de côte de quarante lieues sans eau courante (2).
Au nom de quelques-unes de ces rivières se rattachent des lé-
(1) M. Grandidier la signale comme remontée par les pirogues jusqu’au pied du grand massif granitique central , de même que le Batsibouka que les boutres d’un certain tonnage remontent jusqu’à Maevatanane et jusqu’auprès d’Andribe , en suivant le cours de son affluent , l’Ikoupa.
(2) A. Grandidier, Bulletin de la Société de géographie ; avril 1872.
gendes qui leur ont donné aux yeux des populations riveraines un caractère particulier.
Le Matitanana, sur la côte orientale, est aussi sainte pour les Malegaches que le Gange pour les Indous, et elle a même donné son nom à la province qu’elle arrose. Matitanana , dans la langue du pays, est un mot composé de mati , mourir , mort, et de tanana , main, littéralement la main morte ( rivière de). Les traditions locales racontent, sur l’origine de cette dénomination étrange, que deux géants d une stature- extraordinaire et séparés par la rivière, se querellaient. Durant leur contestation, l’un d’eux saisit la main, de l’autre d’une étreinte si violente qu elle se détacha et tomba dans la rivière, qui depuis en a gardé le nom.
Du reste, les sources, les fontaines, les eaux en général, abondent à Madagascar. Ainsi Tananarive, bâtie sur trois collines, est approvisionnée par ce que l’on nomme Ranou-vèlona, les eaux vivantes , qui surgissent de points subjacents de son territoire.
D après le nombre des rivières, il ne faudrait pas conclure que les communications fluviales soient, à Madagascar, étendues et commodes, puisque la main de l’homme ne les a jamais ni rectifiées ni canalisées. La constitution physique de l’île le défendait, et c’est un des inconvénients qu’elle présente. Il tient à ce que le sol commençant à monter très rapidement à quelques lieues du littoral, les rivières y forment des chutes plus ou moins élevées ou sont embarrassées par des blocs ou bancs de rochers , que les petites pirogues peuvent seules contourner. Quelques-unes de ces cataractes sont fort belles et il en est qui sont même célèbres pour les gens du pays. Les rivières, d’ailleurs, quoique profondes pour la plupart avant d arriver à la mer, ont généralement leur embouchure obstruée par des hauts fonds et par des barres qui en rendent 1 entrée difficile et souvent dangereuse. Beaucoup d’entre elles sont fermées, comme nous l’avons dit, par les sables qu’amoncellent les vents battant en côté et par le mouvement de la mer. Il arrive alors que ces sables ainsi entassés arrêtent le cours de ces rivières jusqu’à ce que leurs eaux soient assez fortes pour s’ouvrir de nouveau un passage dans la direction du large.
Mais, quelquefois, ces opérations spontanées de la nature n’ont pu a^ oir lieu et il s est formé à droite et à gauche de ces rivières
des lacs ou des marais souvent très étendus. D’autres fois, la double influence des vents et des flots sur le sable des grèves a aussi produit le même résultat , de sorte qu’en certaines parties des côtes, telles par exemple que celle qui s’étend de Tamatave à Sakalion, sur un développement de 290 kilomètres ou 65 lieues, on voit en arrière du rivage une chaîne de lacs qui lui est parallèle. Les uns sont isolés et séparés par des isthmes appelés pangalane (littéralement : où Ton fait son chemin') , les autres communiquent entre eux ou avec les rivières voisines. > . ' ,
On a mis à profit cette disposition des eaux pour faciliter les communications et la première partie de la route de Tamatave à Tananarive jusqu’à Yobouaze se fait au moyen de ces lacs. Apres avoir quitté Tamatave, on remonte pendant quelque temps la rivière dTvondrou. Elle est séparée du premier lac, le lac de Nossi-Bé (de la grande île), par une pangalane sur laquelle on traîne les pirogues; aussi faut-il une heure pour le traverser, biep qu’il n’ait pas 200 pas de longueur. Le lac Nossi-Bè, qui a 35 kilomètres de tour, est très beau et très diversifierai' de pittores ques îlots couverts de plantes et d’arbres remplis de milliers d’oiseaux. L’un d’eux fut, suivant les Malegaches, le séjour d’une sorcière Mahao, fameuse dans les traditions du pays et qui leur inspire une telle frayeur que les rameurs n’opVrent jamais la bouche, en traversant le Nossi-Bé dans la crainte de la voir apparaître.
Du lac on gagne le village de Fitanou près du second lac, celui d’Iranga. La terre qui les sépare est appelée Tanfoutchi, terre blanche. Il existait dans ce lieu, disent les Malegaches, un serpent monstrueux, un fangane terrible qui dévorait les hommes et les bœufs. Ses dimensions étaient telles qu’il pouvait entourer dans ses replis jusqu’à des villages de trois cents familles ; les habitants investis de cette façon étaient atteints par les sept dards dont sa langue était armée et périssaient d’une mort affreuse. La désolation était à son comble, quand Dérafif, le bon principe, parut dans le canton et résolut de le délivrer de ce fléau destructeur. À cet effet/il ordonne qu’on lai fabrique une serpe proportionnée à la taille du monstre. Muni de cette arme gigantesque, il épie l’instant où le fangane se livre au sommeil, l’attaque, le dompte, divise son corps en tronçons qu’il disperse dans toute la contrée.
La caverne où se retirait le fangane, l’étang où il se baignait, se voient encore à Tanfoutchi, langue de terre qui n’a pris, disent les naturels, cet aspect argileux et blanchâtre , d’où lui vient son nom, que parce qu’elle était le passage habituel du dragon.
Le lac Iranga est beaucoup plus petit que le lac Xossi-Bé et l’on n’y trouve que 4 à 5 brasses de fond. Mais le lac Rassombé qui lui succède est beaucoup plus grand. Il peut avoir 50 à 55 kilomètres de tour et abonde en poissons et oiseaux aquatiques. D’après les indigènes, le géant du feu y commande ; aussi a-t-on soin, pour le traverser, en toute sécurité, d’apporter de Tamatave des fanfoudis , ou charmes protecteurs. Ce lac communique au lac Rassoua-massage par un canal étroit où l’on trouve à peine assez d’eau pour les pirogues. On a bientôt rencontré alors le village de Yavoune. La route traverse une forêt pendant plusieurs lieues. On arrive à Andevourante, d’où l’on peut remonter vers Tananarive.
Outre ces lacs côtiers, il en existe d’autres dans l’intérieur, mais ils ne sont connus encore que très imparfaitement. Les plus étendus sont Vlhotrg, dans la partie nord du pays de Féérègne , 1 ' Alaotra, dans l’Antsianak (1); le lac Ima ou Tmania , au nord du Sizoubounghi (Ménabé) ; le lac Safè, dans le Milanza (Ambongu) , celui que les Malegaches ont nommé Saririalca , image de T Océan, à l’est de la montagne de Bemarana, dans la partie occidentale de l’Ancôve, VItasy, fameux par l’excellence de son poisson; enfin, à l’ouest de la baie de Bombetock, le lac Kinkouni qui verse le trop plein de ses eaux dans la Mandzaraï. C’est dans une île du Nossi-Yola, mot à mot Vile chargent, que s’élevait l’ancienne capitale de l’Antsianak, Rahidranou. Le lac Ima a 31 kilomètres de long, sur 15 à 16 de large, le Kinkouni dans la partie sudouest du Bouéni , est assez large pour que de l’un des bords on ne puisse apercevoir le bord opposé, sa profondeur, vers le milieu et en certains autres endroits, va jusqu’à dix brasses ou vingt mètres ; l’eau en est belle et le poisson y est très abondant. Ses bords sont très peuplés et au milieu il y a trois petites îles dans lesquelles les habitants cherchent un refuge en temps de guerre.
(1) Ce lac est quelquefois désigné sous le nom d’ Imanangorcfy qui est le nom mal orthographié de Maningory , rivière qui en sort.
On ne devra pas s’étonner si nous disons que le climat d’une terre aussi vaste, aussi diverse dans ses formes que l’est Madagascar, est très varié. Pendant que l’on supporte à peine sur la côte une chaleur parfois étouffante, les plateaux et les hautes vallées de l’intérieur dans les provinces d’Ancôve, des Betsiléos et d’Antsianak, d’Ibara (Voulûmes), jouissent d’une température généralement peu élevée, souvent même très fraîche. Le froid y est assez vif de juin à septembre, souvent très piquant même en en décembre et en janvier qui sont l’été de ces pays. Les cimes des monts Ankaraira se couvrent alors de pellicules de glace et la grêle y tombe avec abondance.
Les côtes et les deux versants de l’île sont soumis au régime climatérique des contrées intertropicales. L’année s’y divise en deux saisons, nommées par les Européens, l’une saison sèche ou bonne saison , l’autre saison pluvieuse ou mauvaise saison, la horssaison de Flacourt. Cette dernière époque pendant laquelle ont lieu les pluies d’orage, les bourrasques et les ouragans, est communément désignée, dans les colonies, sous le nom d hiver nage. La première commence en mai et finit vers le milieu d’octobre. La chaleur est alors tempérée ; de très fortes brises soufflent pendant le jour, renouvellent et purifient l’air. La saison pluvieuse commence vers la fin d’octobre et continue jusqu’à la fin du mois d’avril. C’est dans les mois de janvier et de février que la chaleur atteint son maximum, et que le climat est le plus malsain dans les endroits marécageux.
Les vents soufflent à Madagascar à des époques fixes, suivant des directions connues. Ils se divisent en mousson de nord-est et de sud-ouest. Depuis le fort Dauphin jusqu’au 22è degré de latitude , les vents régnent presque constamment du nord-est. En mer, leur action ne se fait pas sentir régulièrement à plus de dix lieues de la côte. Les vents du sud-est sont rares dans ces parages.
Sur la côte occidentale de Madagascar, la brise du N.-E. règne perpétuellement d’octobre en avril , le reste de l’année elle varie du S. à l’0., depuis midi jusqu’au soir, pendant la nuit, elle passe du sud à l’est et se fixe au matin dans cette dernière aire de vent.
C’est de terre que viennent la plupart des orages. Les nuages, refoulés dans le jour par la brise de nord-est sur les montagnes
de Madagascar, y forment, vers le soir, une large bande bleue bien connue des navigateurs ; puis, violemment repoussés vers le large, dans la nuit et quelquefois avant le coucher du soleil, ils laissent échapper de leur sein la pluie, les éclairs et la foudre. Quant aux ouragans, ils n’exercent jamais leurs ravages sur une grande étendue de territoire. Ils paraissent moins à craindre dans le nord que dans les autres parties.
L’insalubrité reprochée au climat des côtes de Madagascar lui est commune avec celle de toutes les régions de terres basses situées entre les tropiques, où les mêmes causes amènent les mêmes effets. Elle est presque exclusivement due aux pluies diluviales qui inondent chaque année le pays et surtout au débordement des rivières dont les eaux, fréquemment arrêtées par les sables qu’y accumulent les vents généraux et l’action des flots, se répandent sur un sol bas et plat qu’elles envahissent. Cette observation est surtout applicable à la côte orientale de File, du fort Dauphin à la baie d’Antongil. En janvier et février, lorsque les fortes chaleurs arrivent et dessèchent une partie de ces marais, où beaucoup de matières végétales et animales sont en décomposition , il s’exhale de leur sein des miasmes délétères que les vents , arrêtés par les montagnes et les forêts du littoral, ne peuvent emporter au loin et qui, maintenues ainsi dans les lieux mêmes où ils croupissent, engendrent, notamment à Manghafia, à Angontsy, à Tamatave, à Foulepointe et à Sainte-Marie, les fièvres dangereuses qui y régnent particulièrement à cette époque. C’est à ces miasmes mortifères qui régnent le long de la côte orientale, surtout pendant six mois de l’année, que cette côte doit le funèbre surnom qui lui a été donné par les blancs effrayés de Cimetière des Européens. Les indigènes de l’intérieur n’en sont pas plus à l’abri que ces derniers. Il a été reconnu, du reste, que ces fièvres ne sont pas différentes de celles de la Zélande et de Rochefort. Elles sont surtout bilieuses et ne deviennent putrides ou malignes que lorsqu’on les néglige ou qu’on emploie dans leur traitement des médicaments contraires ou insuffisants. Elles cèdent assez ordinairement à d’abondantes transpirations, à une dose de sulfate de quinine. Des douleurs aux articulations, une pesanteur de tête insupportable annoncent la présence du mal.
GÉOG-RAPHIE DE L’ILE DE MADAGASCAR.
La côte orientale de Madagascar ne cessera d’être insalubre que lorsqu’on aura détruit les causes qui la rendent telle ; opération considérable sans doute, mais qui n’a rien d’impossible avec les procédés de dessèchement que la civilisation européenne pourrait mettre aux mains des naturels.
Le littoral occidental et surtout le littoral nord de Madagascar, sont complètement exempts de l’insalubrité reprochée à la côte orientale. On trouve sur la côte nord des plateaux élevés, parfaitement exposés aux brises de la haute mer. Les forêts y sont éloignées du rivage, qui ne présente que des arbres disséminés, parmi lesquels l’air circule librement. Les marais y sont rares et peu étendus, les pluies moins fréquentes et la température plus sèche que dans l’est. Les marins qui ont visité ces parages et qui y ont séjourné quelquefois pendant toute la durée de l’hivernage, s’accordent à dire qu’il n’y règne ni fièvres ni autres maladies endémiques ou épidémiques, à aucune époque de l’année (1).
Il y a parfois des ouragans à Madagascar ; mais ils n’exercent jamais leurs ravages sur une grande étendue de territoire et méritent tout au plus le nom de rafales , si on les compare à ceux qui désolent, de temps à autre, les îles Bourbon et Maurice. Les ouragans paraissent, du reste, moins à craindre dans le nord de Madagascar que dans les autres parties de l’île. Les raz de marée sont assez fréquents sur les côtes de l’île ; mais, sur toute la côte orientale qui s’étend du fort Dauphin à la baie de Diego-Suarez, la mer ne s’élève guère de plus d’un mètre dans les plus fortes marées, tandis qu’à la côte occidentale , la mer monte de deux à trois mètres.
Du reste, les miasmes morbides des côtes de Madagascar, lorsque ces côtes sont peu salubres, n’étendent leur influence qu’à dix lieues à peine dans l’intérieur des terres. A cette distance de la mer, le sol est déjà plus élevé, l’air y est. généralement plus frais et le pays devient de plus en plus sain, à mesure qu’on y pénètre. Si, au delà des côtes, on observe quelques maladies, elles sont dues à des causes tout à fait étrangères au climat. La salubrité des plateaux de l’intérieur habités par les Hovas est même renom-
(1) Notices statistiques publiées par le ministère de la marine, 1840, 4e partie, page 27.
mée. Des voyageurs ont été jusqu’à dire que, sous ce rapport, le climat de la province d’Ancôve était supérieur au climat de la France.
On se ferait difficilement une idée de la richesse et de l’abondance des productions naturelles de Madagascar ; elle a de tout temps excité l’étonnement et l’admiration des voyageurs qui l’ont visitée. Les botanistes surtout en ont été ravis. On connaît la lettre enthousiaste de Philibert Commerson, si souvent reproduite : « Quel admirable pays que Madagascar ! écrivait-il à Lalande en 1771. Ce pays mériterait seul non pas un observateur ambulant, niais des académies entières. C’est à Madagascar que je puis annoncer aux naturalistes qu’est la terre de promission pour eux. C’est là que la nature semble s’être retirée comme dans un sanctuaire particulier pour travailler sur d’autres modèles que ceux dont elle s’est servie ailleurs : les formes les plus insolites , les plus merveilleuses , s’y rencontrent à chaque pas. Le Dioscoride du Nord (Linnée) y trouverait de quoi faire dix éditions de son Système de la nature et finirait par convenir de bonne foi qu’on n’a soulevé qu’un coin du voile qui la couvre. »
Plusieurs naturalistes, et notamment Sonnerat, ont, depuis lors, exploré quelques filons de cette mine si riche et ils se sont toujours retirés en avouant qu’une telle exploration lasserait l’activité des hommes les plus ardents pour la science. Elle n’a pu lasser cependant ni l’ardeur scientifique, ni le savoir, ni la patience , ni les forces physiques , ni le courage moral de M. Alfred Grandidier, qui a passé plusieurs années à Madagascar et qui, réalisant le vœu de Commerson et faisant l’œuvre d’une académie tout entière, a révélé dans ses observations si profondes et si complètes tous ces mystères impénétrables avant lui.
Aussi, dans une telle matière, nous laisserons toujours à M. Grandidier lui-même le soin de présenter au lecteur un résumé de ses découvertes : « Quand, dit-il, on parcourt du nord au sud cette ceinture de bois ou de forêts dont la faible largeur ne semble pas devoir promettre de riches récoltes, on est étonné de la diversité des types qui se présentent de tous côtés. y> En effet, la flore et la faune de Madagascar sont très riches en formes nouvelles inconnues aux autres contrées ; les forêts n’y sont
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pas cependant nombreuses. L’île est enveloppée d’une ceinture à peu près continue de bois, ceinture qui est large de 10 à 20 milles suivant les endroits (sauf à l’ouest de la Pointe à Larrée où elle a un degré 1/2 de profondeur) et qui est le plus généralement à une petite distance de la côte. Les fonds marécageux des vallons, toujours très étroits, qui séparent ces montagnes sont transformés, comme nous l’avons dit, par le travail de l’homme en riches rizières, mais les versants et les sommets sont abandonnés à leur stérilité.
Lorsque par hasard, aux portes de quelques villages , les indigènes plantent des maniocs, des patates, du coton, seules plantes dont la rusticité peut jusqu’à un certain point s’accommoder de ce sol et qui partout demandent des soins, on n’obtient que de tristes produits , bien faits pour décourager le cultivateur. Il n’est pas douteux que quelques parties de l’île peuvent être considérées comme assez impropres à la culture, au moins dans l’état actuel de la population et avec les moyens de travail et d’amendement dont elle dispose. Le reste de l’île est moins ingrat, mais si l’on excepte la partie nord-est qui s’étend de la pointe à Larrée au nord de la baie d’Antongil et qui semble plus généralement fertile , il faudrait néanmoins que les colons fissent bien attention aux choix des terrains où ils voudraient établir leurs plantations.
La culture du café aurait quelque chance de réussir dans le nord-est sur les montagnes de la côte ; mais la canne à sucre, pousse trop vite dans ces régions qui sont inondées par des pluies continuelles et où, dans les bonnes terres, la végétation est trop luxuriante pour que le vesou soit épais et donne un rendement en sucre suffisant ; on obtiendrait un meilleur résultat dans des régions de l’île plus sèches. Le coton pourrait être avantageusement cultivé en beaucoup d’endroits de la côte est et de la côte ouest, ainsi que le sésame et l’arachide. Malheureusement, les Européens n’ont pas le droit de posséder des terres à Madagascar, et, eussent-ils ce droit, ils ne pourraient compter sur lés travailleurs qu’ils engageraient à l’année ; car la reine et ses gouverneurs ont, d’après les traités, le pouvoir de requérir pour la corvée, quand c’est leur bon plaisir, ces travailleurs à gages et de briser violemment leur contrat; la moindre querelle avec le chef
de la province suffirait donc pour amener la ruine d’une entreprise sérieusement établie : c’est ce qui a toujours eu lieu jusqu’ici : cette grande et vaste contrée ne rendra tout son prix que le jour où elle sera occupée définitivement par la France.
Sur la cote ouest et dans le sud de l’île , ou la sécheresse est continuelle, les cultures ne se font guère que le long des rivières et des cours d’eau, et comme ceux-ci sont relativement rares, cette partie de l’île ne paraît pas appelée à un grand avenir sous le rapport agricole. Mais, les excellents pâturages du Ménabé permettent l’élève de nombreux troupeaux.
La flore de Madagascar, dit M. Grandi dier, a deux physionomies distinctes : celle des côtes est et nord-est est la plus riche et a déjà été étudiée par beaucoup de savants. Celle des côtes méridionale et occidentale est moins variée ; elle est aussi assez bien connue, du reste, et il n’y a plus beaucoup de découvertes à faire dans le règne végétal. La flore de l’intérieur est pour ainsi dire nulle, puisqu’on n’y voit que quelques herbes grossières et quelques humbles plantes dont les fleurs dépassent à peine les prairies environnantes (1).
Nous ne saurions donner ici la nomenclature de toutes les plantes, de tous les arbres et arbustes connus de Madagascar.
En nous bornant aux plus remarquables et à ceux dont l’homme a su tirer parti, notre nomenclature sera encore assez longue. Yoici une énumération succincte qui peut en être faite : le/otaiè (barringtonia speciosa), le filao (casuarima equisetifolia), le baobab ( adansonia digitatd), ce géant des arbres, le plus grand des végétaux connus ; le rofici, espèce de cyrus précieux pour les indigènes ; Yampaly , espèce de morus dont la feuille rugueuse est employée à polir le bois ; Vavoha ( dais Madagascariensis) , avec lequel on fait, sur la côte de l’est, une sorte de papier grossier ; le tapia edulis, qui sert de nourriture aux vers à soie indigènes; Vamiena (urtica furialis), Vaviavy , espèce de figuier indien, Yamontana et le voara, autres variétés du même arbre ; le lètel indien; le for aha callophyllum inophyllum ou dragonnier, le vakoa (vaquai) ou pandanus, dont il y a trois espèces : P. hofa, P. syl-
(1) A. Grandidier, Bulletin de la Société de géographie; avril 1872.
vestris, P. Jongifolius pyramidalis , la dernière qui fleurit à la baie d’Antongil, et le bambou ( banibusci arundinacea) , assez abondant pour avoir donné son nom, volo , à ce pays appelé I-volo-ina.
L’azaina ( azign de Chapelier) est regardé comme un des arbres les plus utiles de Madagascar ; c’est le chrysopia dont il y a quatre espèces et qui appartient à la famille des guttifères. Il vient très droit, ne pousse de branches qu’à son sommet en forme de couronne, atteint 60 pieds et assez de grosseur pour donner 2 pieds d’équarrissage. Il est propre à la construction des plus grands mâts de vaisseau. Les indigènes en tirent une résine ou suc jaune appelé kisty, qui leur sert à fixer leurs couteaux et autres objets dans leurs manches. C’est une huile comestible au dire de certains voyageurs modernes. On emploie la tronc de cet arbre pour la construction des pirogues, à laquelle sert aussi singulièrement le vounoutre ou arbre chevelu. L "’hymencea verrucosa fournit une abondante quantité de gomme copal. Le vouhéma, qui donne la gomme élastique, y abonde, ainsi que le roindambo, espèce de smilax ; Yavozo , Jaunis sassafras , le cub'ebe , le bèlalvy , espèce de simarouba, mais il ne paraît pas y exister de salsepareille. Le za ■> hana bignonia articulata , et le voanhitsihity, le bignonia telfaria de Boyer, fournissent les sagayes ou javelots, les cannes, etc. N’oublions pas le bois de tek, telca grandis , qui sert à la construction des vaisseaux (1). Le zozoro est le papyrus de Madagascar.
On y voit plusieurs espèces d hibiscus et de mimosa; ce dernier arbre, appelé fano , se voit fréquemment auprès des tombes des Yazimbas, l’autre sert à fabriquer des cordages et un feutre grossier. Les bords du Sohani, du Manamboule, du Maramouki et d’autres rivières du pays sakalave, surtout au sud, abondent en bois de sandal.
Il faut ajouter à cette liste un nombre prodigieux d’orchidées et de fougères, Vorseille , très commune sur les roches des bords de la mer et dont on fait un si grand commerce; le seva, buddieia
(1) Le bois de tek ou teck a été signalé à Madagascar par les voyageurs anglais. Dans l’antiquité asiatique, on en faisait des boiseries pour le revêtement intérieur des palais. Il ne faut pas confondre le teck avec le bois de natte , rival de l’acajou, qui se trouve aussi à Madagascar.
Maclag.; V ctrivou-taon-vèlou {mille ans de vie), la panacée des Malegaches ; le cytisus cajanus ou pois à pigeon (en malegache ambarivatry) ; le songosongo, une belle espèce d’euphorbe, dont on environne souvent les terres cultivées ; le laingio, sophonicus lingum, dont les indigènes se servent pour nettoyer leurs dents, enfin le tanghinia veneniflua qu’un usage terrible a rendu si célèbre. Nous en reparlerons en étudiant les mœurs et les coutumes des peuples de Madagascar.
Les bois de charpente et de construction sont très nombreux dans l’île. On en compte jusqu’à huit espèces; les voici avec leurs noms malegaches et l’indication de leur usage , d’après un voyageur anglais, le colonel Middleton (1861) :
1° Le volombodipona. C’est un bois très dur, d’un rouge foncé, qui se polit très bien. C’est une sorte d’acajou qu’on a employé dans le Palais d'argent à Tananarive ; c’est, sans doute, le bois de natte.
2° Le voamboana. Bois très léger, d’un parfum agréable, employé pour les travaux ordinaires.
3° Le hazomena. Un très grand arbre qui' doit atteindre une hauteur d’environ soixante mètres. Il a fourni le support central du palais de la reine des Hovas : c’est probablement le nom malegache du chrysopia, dont nous venons de parler.
4° Le varongy. Grand arbre dont le bois est surtout employé pour la construction des canots.
5° L ’ambora. Bois très dur et qui se conserve longtemps : on l’a employé dans la construction des balcons du palais.
6° Le hetatra. Est employé pour les constructions ordinaires.
7° Le volamia. Grand arbre dont on fait des madriers, et, pour les cases des Hovas , des supports d’angle dont les extrémités dépassent le toit de quelques pieds.
8° Le harabara. Beau bois d’un grain serré qu’on emploie dans la facture des instruments de musique.
Les bois propres à l’ébénisterie de luxe abondent aussi à Madagascar. En voici quelques-uns : le bois d’ébène {azo arina, bois de charbon), Vandramena (bois d’andromène) ; l 'azo vota (bois de rose) ; l 'azo mainty (bois de palissandre) ; le màhimbo holatra (bois de ruban) ; la gomme de Yaronga donne un joli vernis rose ; celle du talcamalca {vintard) en donne un couleur jaune-paille ;
nous en omettons un grand nombre, car, à Madagascar, on trouve des arbres résineux à chaque pas.
Parmi les graines oléagineuses, nous ne nommerons, outre Yazyng de Chapelier, que la graine du rava et celle du foura qui contiennent, non pas de l’huile, mais une substance grasse dont les Malegaches se servent en guise de pommade.
Les teintures indigènes sont : la teinture rouge, retirée des feuilles de l 'arongadcihy et des racines de Vhontnj; la teinture jaune, retirée de l’écorce du toivahibahitra ; ces deux couleurs, bien préparées, sont indélébiles. Pour avoir la couleur bleue, les Malegaches emploient la feuille de l’indigotier sauvage (ingilry) et pour avoir la couleur noire, ils se servent de la boue de marais ( fotaJcci ) dans laquelle ils laissent séjourner pendant deux jours l’objet qu’ils veulent teindre. Ces deux dernières couleurs sont inaltérables. Pour le jaune, on emploie aussi le curcuma ou safran des Indes ( gingisy ou tamotamo).
Le cotonnier, le chanvre et l’indigotier viennent à l’état sauvage.
Un arbre dont il est fréquemment question dans les relations est le ravinala ( uranisa speciosà) connu des Européens et des créoles des Antilles, des îles de France et de Bourbon sous le nom d 'arbre du voyageur , parce que l’on trouve entre les aisselles de ses feuilles de l’eau très fraîche et très bonne à boire. Les Malegaches le nomment voafousty. Il a le tronc d’un palmier et les feuilles d’un bananier, avec cette différence que, plus épaisses et plus fortes, celles-ci se redressent vigoureusement et se disposent en éventail régulier au sommet de l’arbre. Le bois du ravinala sert à former la charpente , les feuilles les parois extérieures, les cloisons et le toit des cases. On emploie sa feuille à d’autres usages domestiques. Le ravinala croît près des ruisseaux et dans les marécages et non dans des lieux secs et arides , comme on l’a prétendu, pour colorer d’un peu de merveilleux la propriété qu’il a de fournir au voyageur altéré une boisson rafraîchissante qui n’est autre que de l’eau de pluie.
Madagascar possède de riches épices : F agathophyllum aromaticum, traduction de l’appellation indigène ravintsara , la feuille excellente, ainsi nommée à cause de sa délicieuse odeur; le longoza,
curcuma zedoaria, le gingembre, le poivre sauvage, le capsicum, le tantamo, curcuma longa , qui sert aussi à la teinture. On extrait de différents arbres douze espèces d’huiles, dont la plus connue est celle de palma-christi.
Le riz est aujourd’hui la plus importante production agricole du pays. On n’en distingue pas moins de onze variétés, qui toutes donnent des produits considérables dans les terres propres à la culture de cette céréale. U y en a plusieurs espèces qui se cultivent dans les terrains secs et qui, sans être aussi productives que celles des terres humides, donnent cependant des récoltes abondantes et d’aussi bonne qualité. Le riz de Manourou est le plus beau de File; on lui préfère cependant, à Bourbon, un riz rouge qui vient des environs du fort Dauphin. Les vieillards s’accordent à dire que l’introduction du riz à Madagascar est récente ; mais il est probable qu’ils entendent par là son introduction dans l’intérieur, car Flacourt, dans sa relation, donne la description des différentes espèces de riz cultivées dans l’île.
On pense aussi qu’il n’y a pas plus de deux siècles que le cocotier a commencé à croître à Madagascar, où sa noix, selon quelques naturalistes, aura été jetée sur le rivage par les vagues. L’arbre à pain y est d’une origine encore plus moderne, mais la patate et la banane y sont connues de temps immémorial. On y recueille différentes espèces d’ignames appelées par les naturels ovy, du manioc (mangahazo), du maïs, du gros millet, plusieurs espèces de fèves, des concombres, des melons, des pommes de pin, des noix de terre, des choux, des ognons, des giraumons. Les citrons, les oranges, les limons, les pêches, les mûres, y croissent merveilleusement et on voit encore au voisinage du fort Dauphin la plantation d’orangers qu’y firent jadis les Français. La base de la nourriture des Sakalaves du sud est l’arrow-root , et, selon M. Grandidier, le Imbarou , gros haricot qui remplace pour eux le riz impossible à cultiver, à cause de l’aridité et de la sécheresse du sol. La culture de Varroiv-roo t, qui demande une bonne terre, montre que le sol du pays possède cette qualité. Le sagoutier est un arbre indigène à Madagascar et la canne à sucre y est cultivée sur un grand nombre de points.
Beaucoup de racines et de plantes potagères venant pour la
plupart du cap de Bonne-Espérance ou d’Europe, y ont été introduites, dans ces derniers temps, par les voyageurs ou les différents missionnaires, et surtout par M, Laborde, qui y a acclimaté beaucoup d’arbres fruitiers et de plantes d’Europe et des colonies. M. Grandidier a aussi tenté l’importation de l’olivier, du noyer, du châtaignier, du chêne-liège et autres arbres utiles, notamment des arbres fruitiers greffés, cerisiers, amandiers, pommiers, qu’il a envoyés à grands frais à notre consul, M. Laborde. Cet excellent homme les a plantés dans son jardin. Que sont-ils devenus ? Ils sont, sans doute, morts faute de soins.
L’île possède plusieurs variétés de la vigne du Cap, le figuier du Cap, les grenades, les noix. Le pays d’Ancôve est, du reste, le seul endroit où l’on trouve du raisin , qui pourrait être excellent, si l’on attendait pour le cueillir qu’il eût atteint sa maturité. Les vignes y viennent sans culture et produiraient assez pour faire du vin, mais les Hovas ne savent pas en tirer parti. Le froment, l’orge et l’avoine sont peu estimés des indigènes et ne paraissent se plaire que médiocrement dans le pays. Il n’en est pas de même de la pomme de terre , qui y est très recherchée.
Dans le3 différents lieux de la côte orientale, à Tamatave , à Mananzari, où l’on a planté le café, il a parfaitement réussi. Son produit était comparable aux meilleures sortes de Bourbon.
Le tabac de Madagascar est d’une qualité supérieure ; il réussit également bien dans l’intérieur et sur les côtes. Le coton, dont les importations annuelles vont en France à près de cent millions de livres , réussit admirablement bien dans les basses terres comme sur les plateaux du centre, dans l’Ancôve. Dans toutes les terres légères de l’île , on voit croître spontanément trois espèces d’indigotier et les naturels sont depuis longtemps en possession de moyens plus ou moins perfectionnés d’appliquer le principe colorant de cette plante à la teinture de leurs vêtements.
Le bois d’ébène que l’on a tiré jusqu’à présent de Madagascar, est ordinairement d’une qualité inférieure. Cela vient de ce qu’il est coupé dans les forêts marécageuses, où l’exploitation en est bien plus facile ; mais, dans l’intérieur et dans la partie nord de l’île, entre Yohémar et Diego-Suarez, on trouve des forêts en terrain sec où la qualité de ce bois est de beaucoup supérieure, et
égale à celui de Maurice ; c’est là que croît la plus belle espèce d’ébène, le diospyrus ebenaster.
Quelques espèces de bois d’aigle, de benjoin et de rose se trouvent dans les forêts de Madagascar, qui abondent aussi en une foule d’autres arbres donnant les matières premières nécessaires aux ateliers de teinture, de marqueterie et de tabletterie. On y trouve encore des écorces fort estimées, telles que le quinquina rouge. Elle renferme un nombre incalculable de copaliers.
L’étendue de forêts de Madagascar est considérable et elles traversent nie dans toutes les directions, se développant surtout le long des plateaux inférieurs, comme pour défendre l’approche de la région centrale. Là, au milieu d’une solitude qui n’est pour ainsi dire jamais troublée, sous la double influence d’un soleil tropical et d’une atmosphère humide, la plante naît et meurt en revêtant sans cesse les formes infinies et inépuisables d’une spontanéité que rien n’arrête. Depuis la création, il s’y produit dans le silence des phénomènes admirables, rare privilège d’un petit nombre de régions de ce globe. En présence de ce monde d’une variété si merveilleuse, ne doit-on pas déplorer amèrement les difficultés qui depuis si longtemps en séparent la civilisation et la science sa compagne ?
Les quatre principales forêts de Madagascar sont Alamazaotra, Ifobara, Bémarana et Betsimihisatra, qui n’en font pour ainsi dire qu’une seule traversant, semblable à une immense ceinture , assez peu large, presque toutes les provinces de l’île sous des noms d’ailleurs différents. Cette ceinture porte le nom général d 'Ala, c’est-à-dire la forêt, les villages qui y sont semés çà et là, donnent leur nom aux parties qui les environnent.
Ainsi , sur la route d’Andévourante à Tananarive on l’appelle forêt de Fanghonrou, et le chemin de cette dernière ville à la baie de Bombetoek la traverse non loin d’Anhala-Vouri (le bois rond ) ; elle sépare le Bouéni de l’Antsianac. La vaste forêt de Magnérineri, qui couvre toute la partie orientale de l’Ambougou, n’est encore qu’un morceau de cet immense cordon. Les productions végétales de Madagascar sont du reste moins remarquables encore par leur nombre que par leur variété et si l’on a bien saisi ce que nous avons dit plus haut de la nature de sa surface, on comprendra facilement cette vérité.
En effet, sur les plans inclinés qui conduisent de la mer à plusieurs mille pieds au-dessus de son niveau on rencontre pour ainsi dire toutes les températures. Aussi les cultures intertropicales et celles des .régions tempérées s’y trouvent-elles dans d’admirables conditions, selon les zones dans lesquelles les y ont placées la main de l’homme ou la main de Dieu ! Toutes les productions qui font la richesse des différentes nations du monde pourront se cultiver à Madagascar, le jour où cette île magnifique sera tout à fait entre nos mains.
Le détroit qui sépare Madagascar de la côte d’Afrique est trop large, pour que les grands quadrupèdes de ce continent aient pu venir s’y fixer. Aussi, n’y rencontre-t-on ni éléphants, ni lions, ni tigres, ni aucun des hôtes de nos forêts du continent. En fait d’animaux sauvages, Madagascar a seulement des Zébus, ou bœufs sauvages, des sangliers, des chats et des chiens errants, échappés à la domesticité et revenus à l’état sauvage.
Quant aux animaux qui n’y ont pas été importés, tels que les makis (le Umur de Linnée, en malgache varilc), les ayeaye, les tendracs, ils ont leur place propre dans l’échelle zoologique.
M. G-randidier a traité supérieurement cette question spéciale si nouvelle et si intéressante. Nous ferons donc sur ce sujet une digression scientifique que le lecteur, nous l’espérons, n’aura pas à regretter. « Un fait curieux, qui frappe le naturaliste dès son début à Madagascar, c’est la répartition géographique si nette des espèces les plus élevées de l’ordre. Les indris sont en effet confinés dans la partie de l’étroite bande de forêts qui s’étend à petite distance de la côte orientale, entre le 15e et le 20e degré, de la baie d’Antongil au sud de Mahanourou, et vivent dans les mêmes bois avec le propithecus diadema. Mais dans le sud de la rivière Mashoura (20° 9'lat.), aux propithèques diadema succèdent les P. Edwardsii (Grand.) ; dans l’est du fort Dauphin, ce sont les P. Verreauxii (Grand.) qui habitent les bois des pays Androuï, Mahafale et Sakalave; plus au nord, viennent les propitheques Coquerelii (Alph. Milne Edw.) et P. coronahis (Pollen) qui ont chacun leur aire parfaitement délimitée.
(( L’avahis, qui est commun sur toute la côte est et dans les
forêts du nord-ouest, n’a jamais été tué dans la région méridionale ni occidentale.
« On ne trouverait peut-être nulle part ailleurs des espèces appartenant au même genre cantonnées d’une manière aussi nette que ces divers propithèques et sans que jamais, assurent les naturels , ils se mêlent et dépassent leurs limites naturelles. Il n’y a cependant aucune cause qui puisse expliquer la raison de ces limites si nettement définies. Les P. diadema et P. Edwardsii, par exemple, habitent des bois qui contiennent les mêmes essences d’arbres ; ils sont soumis au même climat, aux mêmes pluies , et cependant ils ont chacun leur habitat.
« Si des indrisinés nous descendons aux lemur , nous trouverons dans les forêts de Madagascar une foule d’animaux très différents par le pelage ; à les voir isolés , on croirait que ce genre se subdivise en une multitude d’espèces.
ce En effet, il suffit d’ouvrir un catalogue zoologique pour y voir figurer plus de vingt espèces de lemur. Si cependant on réunit une série nombreuse de ces quadrumanes, comme M. Alph. Milne Edwards et moi nous l’avons fait au Muséum d’histoire naturelle de Paris, qui en possède aujourd’hui une très riche collection, on pourra se convaincre que si quelques individus pris isolément semblent nettement caractérisés par des différences bien tranchées et faciles à reconnaître à première vue, il n’en est plus de même, lorsqu’on a entre les mains un grand nombre de ces animaux tués dans la même localité et souvent dans la même troupe.
« Les variations ne sont pas seulement dues au sexe ou à l’âge ; dans les lemur, presque tous les individus sont différents les uns des autres, et lorsqu’on les compare, en les rangeant par séries, on arrive à être dans l’impossibilité de savoir où commence et où finit une de ces espèces si nettement définies dans les ouvrages de zoologie. Aussi on est d’accord devant l’évidence des faits pour réduire à six au plus le nombre des espèces qui autrefois n’était pas moindre de vingt ou vingt-deux.
cc Le plus souvent les variétés forment des races locales qui ont leur habitat bien délimité, mais dont les caractères, déjà assez variables au centre même de leur aire géographique, se modifient
davantage sur les limites et qui offrent des passages d’une race à l’autre; quelquefois on retrouve la même race séparée par de vastes espaces où il n’existe aucun de leurs représentants. Ce n’est, du reste, pas le pelage seul qui varie chez ces animaux ; dans les lemur , comme dans les indrisinés, des caractères anatomiques considérés d’ordinaire comme fixes sont soumis à de nombreux changements, et bien des crânes eussent pu être attribués à des espèces nouvelles si je n’avais tué moi-même l’animal et conservé sa peau.
<c Les makis ne sont pas les seuls chez qui on remarque cette variabilité excessive : les trois espèces de Lepilemur connues, L. mustelinus (G-eoff.) , L. ruficaudatus (Grand.), L. dorsalis (Gray), ne sont par le fait que des races d’une seule et même espèce. Enfin, le nombre des espèces de chirogah est aussi appelé à diminuer.
ce Ces chirogales ont la curieuse faculté d’emmagasiner autour de leur queue et dans diverses parties de leur corps une provision -de graisse qui sert à leur nutrition pendant les six mois de la saison sèche qu’ils passent en léthargie. Ce fait, qui n’avait été signalé par aucun naturaliste avant moi, ajouté à des variations assez considérables dans leur coloration, m’avait fait croire au premier abord à la découverte d’espèces nouvelles.
« Les indrisinés sont frugivores et surtout phytophages, ainsi que le montrent leurs dents tuberculeuses et leurs muscles masséter et ptérygoïdiens très développés, et leur cæcum d’une dimension anormale. Les lémuriens 'sont également frugivores et phytophages, mais ils ne dédaignent pas, à l’occasion, les tout jeunes oiseaux, les œufs, les reptiles et les insectes. Quant aux chirogales et aux aye-ayes, ce sont plutôt des insectivores, comme le montrent leurs dents à tubercules plus aigus , leur petit cæcum et leurs muscles masséter et ptérygoïdiens beaucoup moins développés.
« On sait que ces quadrumanes si curieux forment, dans la série des êtres, un ordre à part. M. Alph. Milne Edwards, continuant les recherches de son père sur le mode de placentation qu’on observe dans les divers groupes naturels de la classe des mammifères, a étudié plusieurs fœtus appartenant aux genres Propithecus,
Hapalemur, Lemur et Chirogcde , et il a constaté l’existence d’un placenta diffus tout différent du placenta discoïde des singes, ainsi que la présence d’une vésicule allantoïde très grande.
« Ce ne sont pas les lémurides seuls qui, au reste, méritent de fixer l’attention du zoologiste à Madagascar. Ils sont de tous les mammifères qui habitent l’île les plus nombreux en espèces et en individus, mais on ne peut se dispenser de parler de quelques autres types curieux qu’on y a aussi trouvés. Le Cryptoprocta ferox, qui a sa place nettement marquée dans la tribu des félidés , où il est le seul représentant de la famille des chats plantigrades , n’est pas un des animaux les moins curieux de cette terre si riche en formes bizarres. On doit aussi citer l’euplère de Goudot, le gros rongeur herbivore du Ménabé, pour lequel j’ai fait le genre Hypogeomys , les insectivores, tels qu’éricules, échinops et tenrecs d’une part, oryzorictes (Grand.) et geogales (A. Mil. Edw. et Grand.), d’autre part, qui, comme les précédents, appartiennent au groupe si naturel des centétinés, mais n’ont point comme eux le corps couvert d’épines, et rappellent en petit le solenodon de Cuba, enfin, le Ghœropotamus Edwardsii (Grand.), qui semble bien distinct des autres espèces connues.
« Les Galidia et Galidictis sont de vraies mangoustes ; elles n’en diffèrent que par le système de coloration. Les musaraignes (, Sorex ) et les chiroptères, qui appartiennent aux genres bien connus Pteropus, Emballonura, Nyctinomus et Rhinolophus, n’offrent pas grand intérêt. »
M. Grandidier termine ses observations si intéressantes par l’exposé de ses découvertes fossiles, qui ne sont pas les moins importantes parmi tant d’autres. « Si nous remontons, dit-il, à une époque antérieure, nous trouverons dans des terrains de transport les restes d’animaux fort curieux. C’est d’abord une espèce d’hippopotame ( Hippopotcmus Lemerlei, Grand.), de petite taille, dont les débris abondent dans les sables quaternaires de la côte sud-ouest, mélangés à des vertèbres et fragments de mâchoires de crocodiles et à quelques ossements de petits carnassiers ; puis le squelette de la patte de l’ Æpyornis , cet oiseau colossal dont les oeufs ont excité si vivement la curiosité des savants en 1851. Jusqu’à mes dernières recherches, on n’en avait qu’un fragment
très incomplet du tarso-méta tarsien ; aujourd’hui, nous possédons le fémur, le tibia, le péroné et le tarso-métatarsien entier. J’ai aussi trouvé une des vertèbres dorsales et une des vertèbres cervicales.
« Avec ces ossements, qui appartiennent à Vœpyornis maximus et qui nous ont permis d’établir avec précision les affinités naturelles de cet oiseau et de rétablir en partie ses formes extérieures, j’ai recueilli les fémurs de deux espèces nouvelles à' cepy ovnis de taille beaucoup plus petite (Æp. médius et Æp. modestus (1), et les carapaces avec les os de l’épaule de deux tortues colossales.
« L’une ( Emys gigcintea , G-rand.) est certainement la plus grande de toutes les tortues d’eau douce connues ; l’autre ( Testudo abrupto, , Grand.) est remarquable par l’angle droit que forment les plaques latérales avec le plastron et par les fentes irrégulières qui, traversant ces plaques, communiquent intérieurement avec des protubérances osseuses dont il semble difficile de comprendre l’usage.
« Si nous voulions encore remonter plus haut dans les temps géologiques, nous pourrions appeler l’attention sur les fossiles nummulitiques (Neritina Schmideliana , Terebellum , Vois. T. obtusum, Ostrea Pelecydion , Fish, Ostrea Grandidieri , Fish, etc.)
(1) La découverte par M. Grandidier, à Amboulitsate , d’une partie fossile du squelette de l’œpyornis, a donné lieu à des observations rappelant les belles études de Cuvier sur la reconstitution des animaux antédiluviens.
On connaissait en Europe les œufs de Vœpyornis de Madagascar, on en possédait des exemplaires et GeofEroy-Saint-Hilaire en fit dès 1851 l’objet d’un rapport à l’Académie des sciences. Ces œufs ont une capacité de plus de huit litres et leur volume correspond à celui de six œufs d’autruche ou à celui de cent quarante-huit œufs de poule. Mais quelle était la nature de cet oiseau , haut de deux mètres? Était-ce un oiseau de proie du genre des vautours , le roc ou rue, tel que l’a désigné Marco Polo? Ou bien était-ce un brévipenne, ou encore un oiseau du genre des pingouins ou des manchots ? Les ossements trouvés à Madagascar par M. Grandidier permettent aujourd’hui d’affirmer que Vœpyornis maximus est un oiseau du groupe des brévipennes , et non point un oiseau de proie, comme on inclinait à le penser jusqu’ici.
Quant à l’hippopotame dont les débris fossiles ont été recueillis par M. Grandidier, ils démontrent que Madagascar a possédé de grands pachydermes comme ceux d’Asie et d’Afrique.
et sur les foraminifères du même horizon géologique ( Alveolina , Orlitoides, Trilaculina, etc.), que j’ai recueillis dans la chaîne de la Table, près de Tuléar ; sur les Nerincm, Ammonites, Astrate, Nucula , etc., et surtout sur les Rhynchonella , caractéristiques des terrains secondaires qui couvrent la moitié de l’île ; mais il me suffira de dire qu’en dehors de la bande extrêmement étroite de terrain tertiaire inférieur qui, s’étendant au long de la côte ouest, s’appuie immédiatement sur le terrain secondaire, la formation la plus récente qu’on trouve dans l’île semble être ce terrain secondaire lui-même. Dans le nord, on trouve des traces de terrains palæozoïques ; j’en ai rapporté un fragment à' Orthoceras ; mais ils ne semblent pas avoir une étendue considérable. C’est là qu’existent les seules mines de houille explorées jusqu’à ce jour à Madagascar ; on connaît déjà les mines de lignite de la baie de Bombetock (1). »
Ainsi qu’on vient de le voir, la faune de Madagascar abonde en espèces et en genres particuliers à la grande île indienne : les savantes découvertes de l’explorateur français ont mis cette vérité en évidence. Les formes curieuses qu’on y rencontre, presque à chaque pas , donnent à ce pays une physionomie à part dans les règnes de la nature et démontrent, en la justifiant, l’excellence des appréciations passionnées de Commerson.
Les idées reçues jusqu’ici en histoire naturelle se trouvent rectifiées, il faut le reconnaître, et complétées par les heureuses recherches de M. Grandidier sur les lémurides, les chirogales, les félins, qui tous, à Madagascar, se présentent sous une forme plantigrade qu’on ne trouve nulle part ailleurs. Les insectivores y ont aussi un aspect qui leur est propre (2).
D y a beaucoup de sangliers à Madagascar, on les nomme lambo anala, ou porcs des bois. Ils sont de deux races; la plus nombreuse est de la grosseur des nôtres. Leurs soies sont d’un brun foncé et deviennent très dures, quand ils sont âgés ; ils ont les habitudes du sanglier d’Europe, mais la structure de
(1) A. Grandidier, Revue scientifique; mai 1872.
(2) Voir les Rapports présentés à l’Institut (Académie des sciences) au sujet des découvertes de M. Grandidier. Séances des 9 septembre 1867 , 14 décembre 1868, 15 juillet 1872.
leur tête est différente ; celle de la laie est beaucoup plus allongée que celle du mâle. Elle a aux joues des os saillants qui laissent à peine apercevoir ses yeux dans les cavités profondes qui existent entre ces os et ceux du front. Mais si la tête de la laie est singulière, celle du sanglier est effroyable. Les sangliers de la petite espèce sont assez rares; leur conformation est la même. Ces deux races de sangliers ont du reste assez de dispositions à se faire à la vie domestique (1). Les naturels les chassent aux chiens et armés de la sagaye. A Madagascar, on a tant de vénération pour ceux qui chassent le sanglier, que, partout où ils passent, on leur offre des bœufs en cadeaux. Les chasseurs sont même autorisés par la coutume à disposer, dans un pressant besoin, des choses qui sont nécessaires à la vie. C’est un privilège que l’on est convenu de leur accorder pour les récompenser des dangers qu’ils courent et reconnaître les services qu’ils rendent aux agriculteurs. En effet , dans les contrées où les chasses ne sont pas fréquentes , ces animaux sont très nombreux, dévastent les rizières et détruisent une partie des récoltes. Marco Polo parle d’une défense de sanglier qui de son temps pesait quatorze livres.
Le zébu bison, appelé par les Malegaches ornbé hala (bœuf du bois) , est encore plus terrible à chasser que le sanglier.
Le chien malegache ressemble au renard ; il a le poil fauve, les oreilles droites, le museau allongé, la queue longue et fourrée. Un certain nombre vit sauvages dans les forêts. Lorsqu’ils mènent la vie domestique , ils paraissent avoir moins d’instinct que les nôtres. Ceux d’Ancaye sont renommés dans l’île pour la chasse au sanglier.
Nous avons parlé des makis. Il y en a plusieurs espèces à Madagascar; les plus petites et les plus jolies sont de la grandeur d’un chat ordinaire , mais plus minces. Leur fourrure tachetée de gris , de blanc et de noir, ressemble à celle de l’hermine et pourrait avoir de la valeur en Europe , s’il était possible de la conserver : on pourrait s’en procurer par milliers. La plus grande de toutes les makes, la vari-Tcanda, est noire et blanche ; elle a à son cou une sorte de fraise noire qui contraste singulièrement avec
(1) M. Grandidier a amené un de ces sangliers vivants an Jardin des Plantes de Paris, où il a vécu plusieurs années.
l’extrême blancheur du reste du corps. Ses pattes sont, en outre, couvertes jusqu’aux genoux de poils noirs disposés exactement comme des gants de Crispin. Sa queue est d’un noir luisant ; elle est grosse comme un angora et de mœurs très douces. Il y a encore la vari-hena , maque rousse (Lemur ruber ) ; la vari-Jcosy, maque grise, et enfin le babacoute ou baba-lcoto (père-enfant) grand lémuridé grisâtre et sans queue, Indris brevicaudatus. Il faudrait citer aussi, parmi les petites maques, le bopombolo ( Hapalemur ), Vampongy, le fotsifè ou simpan , le sidy, mignonne petite maque de poils longs et soyeux qu’on élève à l’état domestique.
Le tendrac cantates n’est pas un des animaux les moins curieux qu’il y ait à Madagascar ; c’est une sorte de hérisson du genre insectivore, il est parfois gros comme un lapin domestique. Il dort en terre pendant près de sept mois , s’engraisse et devient excellent à manger ; ses formes et son organisation ne diffèrent pas beaucoup de celle du hérisson. Ce dernier animal, appelé saoky ou sora, est très commun. La mangouste ou von-fsira ga- Uda est un petit animal carnassier, sorte d’ichneumon, qni, d’après Buffon, détruit toutes sortes d’animaux nuisibles dans le sable. Le nombre des rats est quelquefois prodigieux. Le caméléon est commun et est devenu, par suite d’une tradition superstitieuse, un objet d’effroi pour les femmes malegaches. Aux troncs et aux branches des arbres on voit souvent suspendues des chauves-souris grosses comme des poules et dont la chair est aussi bonne que celle du lièvre. Les petites chauves-souris ressemblent à celles d’Europe. Nous venons de parler du babakoute (père enfant , en malegache), c’est une espèce très curieuse. Les plus grands ont trois pieds de haut; ils sont presque toujours par troupes et n’habitent que les grands bois. Leur poil est ras et de la couleur de celui de la souris ; ils n’ont pas de queue. Ces animaux ont des mœurs bizarres. Ils sont peu intelligents, peu actifs et très différents des singes sous tous les rapports.
Les espèces ailées sont très variées à Madagascar. Les forêts sont peuplées de colibris au plumage brillant, de pintades, de merles, de faisans, de perdrix, de veuves au dos noir et au ventre orange, de perruches noires babillardes, de perroquets (boezabè), de ramiers verts , de pigeons bleus (finango-maitsou ) ou hollan-
dais à la crête rouge ( finango-adabo ). Les perroquets sont plus gros que ceux que l’on voit en Europe et parlent plus distinctement. Souvent, en longeant une rivière, on aperçoit tranquillement posé sur une feuille de songe (plante aquatique) , un oiseau gros comme un pigeon, au plumage roux, que les Malegaches appellent vourount sarcmioui, le bel oiseau de la rivière , et qui, selon eux, étant le protecteur des hommes, leur annonce toujours la présence du caïman ; c’est le parra albinucha. Aux bords des rivières et des lacs apparaissent sans nombre le sirira, sarcelle à la tête rouge, le vourounkouik , au plumage brillant, la spatule, Platalea tenuiroslris, remarquable, sauf sa tête, par sa couleur de feu, le kabouk, sorte de cygne gris orné d’une crête bleue et rouge, la bécassine ( ravoraxo ), la poule d’eau bleue, ou poule sultane à bec rouge (taleva), le héron ( langoro ), la pintade sauvage ( akanga ), le canard sauvage (Jcabolco), la caille grise (Jcibo), le merle (sikorova) et la tourterelle ( domohy ou larnolca). Au-dessus des rivages des mers planent le courli ou corbigeau au cri mélancolique (mantavaza ), l’alouette de mer, la frégate, le fou, qui doit son nom à la facilité avec laquelle il se laisse prendre.
Outre une petite alouette de mer ( viky-viky ) qui ne s’éloigne pas de la plage , mais qui ne vaut rien , il y a, à Madagascar, un -oiseau appelé voronbato ou eto-eto, qui a beaucoup d’analogie avec l’alouette : c’est un excellent gibier.
Parmi les petits oiseaux, mentionnons : la perruche verte ( karoko ) ; le cardidal ( fody ), qui fait tant de ravages dans les plantations de riz ; l’oiseau vert [tsar a maso aux jolis yeux) ; le colibri (sohy) ; dont le mâle a un délicieux plumage ; la veuve ( dronga ), qui a un plumage noir de jais très brillant et qui imite les chants, les cris et les sifflements de tous les autres oiseaux ; la papangue ( papango ) et d’autres oiseaux de proie fuient devant la veuve. Il n’y a pas d’oiseau de paradis à Madagascar ; on y trouve seulement la terpsiphone, à laquelle on applique quelquefois le nom d’oiseau de paradis, à cause des deux longues plumes étroites qu’elle porte à la queue ; mais ces plumes n’ont aucune valeur.
Les oiseaux de nuit sont : le hibou ( vorondolo ) , le chat-huant ( ankan ); le fikèdy, espèce de grand duc; le vorombè, petit vautour ; l’épervier, qui porte ce nom imitatif , hitskitsikg. Nom-
mons encore le corbeau à plastron ( goaha ) , l’oiseau appelé l’ibis de Madagascar ( aJcoho-vohitra ), est le lophotibis à crête : c’est un excellent gibier. Enfin , au premier rang des oiseaux de proie, on remarque le vouroun-mahère, ce qui, dans la langue malegache, signifie oiseau fort , courageux. Il est beaucoup plus grand que l’épervier, auquel il ressemble, et ne se trouve que sur les hautes montagnes d’Ancôve, où il fait son nid dans les cavités des rochers les plus sauvages et les plus escarpés. Nous avons dit que Radama, roi des Hovas, en avait fait un oiseau royal, qu’il prenait pour emblème.
M. Grandidier a appelé particulièrement l’attention des naturalistes sur le nombre considérable d’espèces d’oiseaux propres à cette terre (1). « Si l’on excepte, en effet, dit-il, les oiseaux de haut vol, tels que la plupart des palmipèdes, des échassiers et quelques rares oiseaux de proie ÇButeodeser torum, Falco concolor , F. communis , Müvus parasiticus) , il n’en est pas un seul qui ne lui soit particulier, sauf peut-être le Scops menadensis (Q. et G.) (syn. Scops rutilus), qui se retrouve aussi dans la Malaisie. Sur les cent soixante oiseaux dont l’existence à Madagascar est reconnue aujourd’hui, il y en a plus de cent qui lui sont propres ; les genres Leptosoma, Brachypteracias , Falculia, Mesites, Artamia, Xenopirostris, Vanga, Furyceros, Coaa, sont surtout dignes d’étude.
« Une remarque intéressante, c’est que la faune ornithologique de Madagascar manque, comme celle d’Australie, de représentants de la famille des pics , qui est si répandue partout ailleurs ; la présence de perroquets noirs , boëzabè , dans les deux pays , quoiqu’ils n’appartiennent pas cependant au même genre, n’est pas aussi sans devoir être mentionnée.
« Il semble du reste que si les grandes espèces éteintes rapprochent l’île, que sa proximité du continent a fait nommer à tort africaine, des îles polynésiennes où ont vécu les Dinornis, la faune actuelle de ces régions si distantes nous montre encore d’autres points de rapport. »
La volaille est très abondante partout à Madagascar. « Le
(1) Voir dans le grand ouvrage de M. Grandidier l’intéressant teste et les admirables planches de la série ornithologique, dont un grand nombre sont co- - oriées.
coq blanc, disent les Betsimsaracs, est l’oiseau chéri du géant Dérafif, fils de Zanahary (le bon génie), le protecteur des habitants de cette terre. Le coq blanc a le pouvoir de nous soustraire aux embûches des mauvais esprits ; il exerce sur les chefs des villages où nous passons une influence favorable et les dispose à nous bien recevoir; enfin lorsque l’on traverse la forêt, il préserve les chiens de la dent meurtrière du sanglier, qui , frappé de vertige , vient lui-même se précipiter sur le fer aigu des sagayes. » Aussi, se mettait-on rarement, autrefois, en route à Tamatave sans emporter un coq blanc qui doit d’ailleurs être toujours bien nourri. Cette coutume est tombée en désuétude.
La mouche phosphorescente se trouve par milliers à Madagascar, surtout pendant les chaleurs de l’hivernage, et les papillons y sont magnifiques. Il y a dans l’île quelques insectes malfaisants et même dangereux, tels que le scorpion et une araignée noire, grosse comme un petit crabe, qui vit sous terre et dont la piqûre est dangereuse ; elle est heureusement assez rare. Les sauterelles se montrent quelquefois dans l’air par masses noires et compactes, pour s’abattre sur les champs de riz. Elles ressemblent à la cigale d’Europe, ont le corps gris, et les ailes d’un brun foncé.
Le ver à soie est particulier aux environs du fort Dauphin et on y voit , dans les bois que l’on traverse en marchant vers l’orient, des cocons aussi gros que des concombres. Les Malegaches en cardent la soie et la filent avec des fuseaux de bambous.
On trouve dans les ruisseaux de grosses sangsues comme les nôtres et dans les forêts humides beaucoup de sangsues de la grosseur d’une aiguille et très vivaces. Les premières ne prennent pas; les autres piquent, au contraire, douloureusement et ne tirent que très peu de sang, ce qui oblige à les poser en nombre considérable.
Il y a, à Madagascar, des serpents de diverses espèces et de grosseurs différentes; M. Leguevel dit ( a beau mentir qui vient • de loin), qu’il en a tué un de seize pieds de long, dont la morsure était inoffensive. Outre la couleuvre ordinaire ( monagoro ou bibi-Icava), il y a aussi le mandotro et Yankoma, qui sont des boas ne faisant de mal qu’aux poulaillers. Il y en a de très petits; ce sont le fanorak-atody , qui, dit-on, perce les œufs, et le
matsiviry, qui s’introduit dans le nez des animaux pour sucer le sang : ce dernier tue ainsi des bœufs et des sangliers. Ce prétendu serpent est plutôt un hémiptère aquatique.
« L’erpétologie, dit M. Grandidier, n’est pas la branche d’histoire naturelle qui offre le moins de nouveautés à Madagascar ; plusieurs des types s’éloignent de ce qu’on a trouvé jusqu’à ce jour dans d’autres contrées. Mon genre Dumerilia, qui est intermédiaire entre les peltocéphales et les podocnémides américains, est fort intéressant. Parmi les sauriens les plus curieux, il faut citer le Tracheloptychus (Peters) , dont le sillon caractéristique ne s’étend que sur les côtés du cou, Y Opiums (représenté aujourd’hui par quatre espèces), qui est très voisin de genres américains, le Pygomeles (Grand.) et surtout mon Geckolepis qui, à lui seul , mérite de former une sous-famille ; avec l’organisation d’un geckotien, il a la tête et la peau couvertes d’écailles entuilées, semblables partout, qui rappellent celles des scincoïdiens ou plutôt celles des poissons. J’ai découvert à Madagascar près de trente espèces nouvelles de sauriens, dont quelques-unes appartiennent à des genres dont on n’y avait pas encore trouvé de représentants ( Aconiias , Scelotes , etc,).
« Je me suis aussi convaincu que le crocodile de Madagascar ( Crocodilus madagascariensis , Grand.) n’était point une simple variété du G. vulgaris, comme l’avaient cru Duméril et Bibron, mais bien une espèce distincte nettement caractérisée. Par l’apparence extérieure, il se rapproche plus du G. cataphractus que
d’aucun autre de ses congénères connus; car il a, comme lui, le bouclier cervical contigu aux écussons dorsaux, ce qui rappelle un peu la disposition qu’on voit chez les caïmans ; mais il y a de grandes différences dans les crânes des deux espèces ; le prolongement des os nasaux qui pénètrent entre les intermaxillaires ne permet pas, en effet, de confondre le G. madagascariensis avec le G. cataphractus. Enfin, je ferai remarquer que le genre Chamæleo est représenté à Madagascar par un nombre considérable d’espèces (dix), tandis qu’on n’en compte que huit en Asie, en Afrique et en Océanie. Ce type si aberrant dans la série des sauriens, qui semble survivre à un autre âge, ne se rencontre donc nulle part sous tant de formes diverses.
« Les ophidiens ne comptent pas dans toute cette grande île un seul serpent venimeux ; les espèces, au reste, n’y sont pas très variées. Je n’y ai rencontré, outre celles déjà bien connues, qu’un Psammophis auquel j’ai donné le nom de Mahafalensis , et un Onychocepha lus .
ce Dans la classe des batraciens, j’ai décrit deux espèces nouvelles de Bendrobates ; la présence à Madagascar de ce genre qui, jusqu’à ce jour, était connu comme exclusivement américain, est un fait zoologique des plus intéressants. Ce sont, avec mon petit Hemisus obscurus , les seuls bu foui formes qui y aient encore été signalés. J’ai aussi découvert un genre nouveau assez curieux qui appartient à la famille des raniformes ; je lui ai donné le nom de Byscophus.
« Les espèces de poissons d’eau douce sont peu nombreuses. Les embouchures des rivières sont fréquentées à certaines saisons par des poissons de mer, mais ceux qui vivent exclusivement dans l’eau douce sont rares ; citons, cependant, au nombre de ces derniers le Chromis nüotica, qui occupe une aire géographique des plus étendues, puisqu’on le retrouve depuis l’Algérie jusqu’à Madagascar. J e terminerai en disant que si la faune malegache n’est pas aussi aberrante qu’on le croyait, puisque j’y ai retrouvé des rongeurs et des pachydermes, animaux dont l’existence avait été niée jusqu’à mes derniers voyages, elle n’en a pas moins son faciès particulier qui ne permet nullement, comme je l’ai déjà dit plus haut, de considérer Madagascar comme une dépendance du continent voisin, comme une île africaine, ainsi qu’il est trop souvent d’usage de la dénommer. C’est bien certainement un pays qui a eu son existence propre, sa vie indépendante, et il ne me semble pas douteux qu’à l’époque secondaire il formait un continent s’étendant au loin vers l’est (1). »
Yoici la liste des animaux découverts à Madagascar par M. Grandidier :
Seize mammifères, dont quatre genres nouveaux: Propithecus Verreauxii , Grand. ; Pr. Edivœrdsn, Grand. ; Pr. Coquerelii, Àlph. Edwards; Pr. Senceus, Edwards et Grand.; Lepilemur ruficau-
(1) A. Grandidier, Revue, scientifique; 11 mai 1872.
datus, Grand. ; Chirogalus Coquerelii, Grand. ; Myzopoda aurita, Edwards et Grand. ; Nydinomus miarensis, Grand. ; Felis cafra
var. madagascariensis , Grand. ; Oryzorides hova, Grand. ; Or. tetradadylus ; Geogale aurita , Edwards et Grand. ; Hypogeomys antimena, Grand. ; Potamochcerus Fdwardsii, Grand. ; Bos madagascariensis , Grand, (fossile et vivant); Hippopotamus Lemerlei, Grand, (fossile).
Quatorze oiseaux dont un genre nouveau : Circus Humbloti, Edwards et Grand. ; Heliodïlus Soumagnei, Grand. ; Goua pyrrhopyga, Grand.; G. Verreauxii, Grand.; G. Coquerelii , Grand.; G. cursor, Grand. ; Chætura Grandidieri , Terreaux; Ellisia Lantzii , Grand. ; Thamnornis chloropetoides , Grand. ; Bernieria Grossleyi, Grand.; tylas mcidagascariensis , Grand.; Ardea Humbloti, Edw. et Grand.; Æpyornis médius, Edw. et Grand, (fossile); JE. modestus , Edw. et Grand, (fossile).
Deux poissons : Gobius Grandidieri, Playfair ; Xipliogadus madagascariensis , Playfair.
Quatre tortues, dont un genre nouveau : Testudo planicauda , Grand. ; Dumerilia madagascariensis , Grand. ; Testudo abrufta , Grand, (fossile) ; Emys gigantea, Grand, (fossile).
Vingt-huit sauriens dont deux genres nouveaux : Crocodilus madagascariensis, Grand, et Vaillant.; Gr. robustus, Grand, (fossile); Platydactylus mutabilis, Grand.; Hemidaciylus Taolampiya , Grand.; Phyllodactylus Androyensis, Grand.; Gcclcolepis typicus, Grand. ; Chamœleo antimena , Grand. ; Ch. Labordei, Grand.; Ch. Gampani , Grand. ; Ch.furcifer, Grand, et Vaillant.; Tracheloptychus Petersi , Grand. ; Opiums montanus, Grand. ; Op. saxicola, Grand. ; Op. fiherenensis, Grand. ; Gerrhosaurus quadrilineatus, Grand.; G. laticaudatus , Grand.; G. Kersteni, Grand.; G. Æneus, Grand.; Euprepes aureo-punctatus, Grand. ; E. bilinea-
tus, Grand.; E. SaJcalava, Grand.; Gongylus igneo-caudatus , Grand.; G. Polleni, Grand.; G. splendidus, Grand.; G. Morondavœ, Grand.; Aconiias rubro-cau datus , Grand.; Pygomeles Braconnieri, Grand.; Scelotes fiherenensis , Grand.
Deux serpents : Psammophis Mahafalensis , Grand. ; Onychocephalus cirenarius, Grand.
Sept batraciens, dont deux genres nouveaux : Pyxicephalus ma-
dagascariensis , Grand.; Dyscoplms insularis, Grand., Eucnemis Antanasi, Grand. ; E. Betsileo , Grand. ; Dendrobates madagascariensis, Grand. ; D. Betsileo, Grand. ; Hemisus obscurns, Grand.;
Cinq crustacés, dont un genre nouveau : Telphusa madagascariensis, A. Edwards; Hydrotelphusa agilis, A. Edwards; Eisa brevicornis , A. Edwards; Cyphocarcinus minutas , A. Edwards; Caprella megacephala , A. Edwards.
A cette liste il faut ajouter de nombreux insectes : coléoptères ( Calosoma Grandidieri, Hexodon rotundatum , Ateuchus madagascariensis, Cantharis madagascciriensis , etc.) ; lépidoptères (Acrcea Turna, mycalesis, mencimena; Pieri affinis , Pieris Grandidieri , Eronia Lucasii , E. Grandidieri ; Anthocaris zoe, A . siga ; Idmais, Philamene, Nymphali Antamboulou , N. betanimenci; Gylogramma Rabodo, Lithosia Lahimerisa , etc.); hyménoptères, hémiptères-, orthoptères, etc. ; des myriapodes ( Scolopendra Grandidieri , etc.) ; des mollusques vivants et fossiles ( Ostrea Grandidieri, O. Pelecydion; Nerincea sp. nov., Terebellum Vois., T. obtusum; Cyclostoma nov. sp.. Hélix nov. sp., etc.).
Les rivières de Madagascar, au-dessus des cascades, abondent en poissons les plus fins et les plus délicats : l’anguille de roche , la carpe, le turbot, le poisson plat, une espèce de gouramier, le camaron (crevette énorme), l’écrevisse, y sont à foison. Au-dessous des cascades , les rivières sont aussi très poissonneuses, mais les variétés de cette région , quoique bonnes , ont un léger goût de vase qui ne se retrouve pas dans le poisson des cascades. Quant au poisson de mer, il y en a beaucoup , mais c’est du poisson de récifs. Pour en avoir de meilleur, il faudrait aller en dehors des brisants, pêcher dans les grands fonds, ce que les Malegaches ne font pas, par sentiment inné de paresse. Les côtes sont fréquentées sur plusieurs points par le caret ( Testudo imbricata ), qui ne diffère de la tortue de mer que parce qu’il est moins gros et que sa carapace donne de l’écaille travaillée dans l’industrie. Il se trouve dans le nord, du côté de Vohémar, de Diego-Suarez, du cap d’ Ambre et de Nossi-Bé. Les Arabes sont les seuls à faire ce commerce et paient l’écaille jusqu’à 15 et 20 piastres (75 à 100 fr.) la livre.
On trouve aussi, sur les côtes, un dugong (Sirénien) appelé
lambohara (porc des récifs) ; c’est plutôt un porc marin qu’un veau marin, car il a la tête et le museau du porc ; il est aussi gros qu’un beau bœuf et ne vient jamais à terre. Sa chair est excellente. Les Malegaches en harponnent souvent; mais c’est une pêche très dangereuse. Dès que l’animal est pris , il se livre à des soubresauts qui parfois font chavirer l’embarcation.
Le seul animal dangereux, parfois, qu’il y ait à Madagascar est le caïman ( voay ). Il n’est d’aucune utilité et très vorace dans l’eau ; aussi l’ appelle-t-on « la terreur des eaux ». Jamais il n’attaque l’homme à terre ; mais il ne fait pas bon de tomber à l’eau devant le caïman. Ces animaux voraces ne font que guetter une proie. On les voit souvent, montés sur des arbres déracinés le long des cours d’eau, se chauffer au soleil pendant des heures entières : ce n’est vraiment pas un spectacle attrayant. Le .caïman pond dans le sable ; ses œufs sont à peu près de la grosseur d’un œuf d’oie ; mais l’enveloppe en est très épaisse. Sa ponte est de 50 à 60 œufs ; c’est le soleil qui se charge de les faire éclore, comme pour les œufs de tortue. Il y a des caïmans qui ont jusqu’à cinq mètres de long. Les Malegaches les prennent, comme on le fait en Égypte, au moyen d’un émérillon très dur, semblable à ceux dont on se sert pour pêcher les requins. Ils y accrochent, pour appât, un morceau de bœuf et le déposent sur le bord des eaux. Plusieurs hommes cachés dans les joncs tiennent une corde à laquelle cet appareil est fixé et attendent que l’animal l’ait avalé, puis deux ou trois d’entre eux résistent aux efforts qu’il fait pour s’en débarrasser pendant que d’autres l’attaquent et le tuent à coups de sagaye. Du reste , malgré l’effroi général qu’inspirent les caïmans, les Malegaches prétendent qu’ils ne sont pas tous dangereux. Dans quelques endroits, ils s’opposent même à ce qu’on les tue et les Antarayes les regardent même comme leurs dieux protecteurs. A Matatane, chez les Anta’ymours, ils jouissent d’un singulier privilège ; on leur confère, nous le verrons plus tard, le grave privilège de rendre la justice.
Le mulet (en malegache zompou ou rompou ), la carpe et le gonrami ( Osphronemus olfax de Commerson) sont les meilleurs poissons d’eau douce de Madagascar. Ils sont abondants et très gras après l’hivernage. Le mulet est plus gros de corps que celui
d’Europe, mais sa tête, terminée en pointe, est beaucoup plus petite ; il a le goût du saumon ; les plus gros ont un mètre de long. Le gourami est un poisson plat qui devient plus grand que le turbot ; sa cbair est blanche et délicate. Le gourami est originaire de Chine ; il a été introduit à l’île Bourbon et de là à Madagascar, au dire des écrivains anglais. La carpe ne diffère pas de la nôtre. On trouve à Madagascar un poisson monstrueux qui ressemble à la vieille ; sa chair est insipide et dégoûtante, tant elle est huileuse. Il devient aussi gros que les plus forts marsouins et dévore quelquefois les enfants qui se baignent. La mer, à la hauteur d’Andévourante, est fréquentée par des baleines ; mais les naturels ne harponnent que les baleineaux.
Les Malegaches placent la pêche au premier rang de leurs moyens d’existence. Ils fabriquent d’excellentes et très fortes lignes de pèche en crin végétal ( angolafa ) qui peuvent soulever des poissons d une brasse et même plus ; ce crin est inaltérable au tranchant des récifs. En outre de la pêche à la ligne, ils posent des casiers (vovo ciry) dans les récifs et établissent des barrages aux embouchures des petites rivières (vily) ; ils vont encore la nuit, avec un flambeau, piquer à la fouine le poisson endormi dans les anfractuosités des récifs.
La minéralogie de Madagascar n’a été explorée sérieusement que de nos jours.
M. Grandidier a constaté à Madagascar l’existence de belles mines de cuivre et de plomb dans les massifs métamorphiques situés à 20 lieues au sud-ouest de Tananarive; je ne doute pas qu’il n’y en existe beaucoup d’autres qui deviendront un jour une source de richesses pour ces contrées. Mais, des lois sévères étant édictées contre ceux qui recherchent les mines, il est fort difficile de réunir des renseignements complets à cet égard.
Il y a en outre, à Imerne, des mines de manganèse et des gisements de plombagine, avec quoi les indigènes vernissent leurs poteries. Le minerai de fer oligiste ou d’hématite se rencontre à chaque pas dans la partie montagneuse. Le marbre blanc est assez commun au centre de l’île. M. Fleuriot de Langle, en 1859, a trouvé à Salar des carrières de marbre veiné blanc et jaune de la
plus grande beauté. Il a constaté aussi , dans la baie de Baly, des mines de houille et des gisements d’asphalte.
En 1863, M. Guillemin, ingénieur de la Compagnie de Madagascar, avait fait une courte exploration de la côte nord-ouest dans les baies de Passandava et de Bavatoubé. Nous empruntons au Rapport de M. Guillemin le résumé suivant :
« La position de la partie du bassin houiller, matériellement constatée, est comprise entre le cap Saint-Sébastien, situé par 12° 26' et le cap Bernahomai par 13° 37' de latitude. La projection rectiligne des côtes est de 180 kilomètres entre ces deux points ; leur développement est beaucoup plus considérable en suivant toutes les sinuosités des baies. Dans l’intérieur des terres, le terrain houiller paraît occuper, à peu de chose près, toute la profondeur de la grande terre, jusqu’à la chaîne granitique ancienne, qui forme comme l’axe de Madagascar.
« Il se peut qu’il existe entre la chaîne centrale ou ses contreforts et le terrain houiller des terrains de transition, ce qui limiterait à une moyenne de 40 kilomètres la largeur du bassin dans sa partie reconnue. La partie du bassin houiller recouverte par les eaux de la mer, depuis les côtes jusqu’à la ligne de soulèvement basaltique qui met au jour, sur les îles, des lambeaux de terrain houiller, est tout aussi considérable. Mais cette dernière partie ne peut pas être estimée comme utile.
« Sur la terre ferme, de nombreux massifs des roches éruptives diminuent la surface exploitable, non seulement par l’espace qu elles y occupent, mais surtout par l’action qu’elles ont eue sur les roches du terrain houiller et particulièrement sur la houille. Par ces considérations, la surface réellement utile , quoique fortement réduite, peut encore être évaluée à 3,000 kilomètres carres , surface supérieure à celle de tous les bassins houillers de la France qui n’est, en effet, que de 2,800 kilomètres carrés. Cinq affleurements de houille ont été trouvés sur les bords de la baie de Bavatoubé. La qualité de ces houilles offre à peu près toutes les variétés : houille sèche, houille grasse et houille à gaz. Analysés à l’École des mines à Paris, les échantillons ont donné des résultats satisfaisants (1). »
(1) Documents sur la Compagnie, de Madagascar , p. 250.
Nous n’avons pas besoin d’insister sur l’immense importance qu’il y a pour la France à posséder ce vaste gisement houiller placé entre Toulon et la mer des Indes.
On a nié l’existence de l’or à Madagascar , quoiqu’elle ait été annoncée d’une manière positive par d’anciens voyageurs dignes de foi, mais des indices certains ne permettent plus de douter de la présence de ce précieux métal. M. Grandidier assure qu’on a trouvé récemment de la poudre d’or dans un petit affluent de l’Ikioupa, du côté de Maevatanana. D’ailleurs, s’il nous était permis de juger de ce fait par ce qui a lieu dans le voisinage, nous nous déciderions pour l’affirmative, car les chaînes de l’Afrique orientale qui sont parallèles et d’une formation semblable à celle de Madagascar, la grande île indienne, offrent ce métal, mêlé au cuivre et au fer, en très grande abondance. « J’ai appris, dit Flacourt, que vers le nord de la rivière d’Yonghe-lahé (VOngiïlahè de la baie de Saint-Augustin) il y a un pays où l’on fouille de l’or. Et j’ai toujours ouï dire par les grands d’Anossi (province du Sud) que c’est vers ces pays-là qu’est la source de l’or. »
Quelques Français qui avaient parcouru le sud de l’ile disaient avoir vu de la poudre d’or entre les mains des indigènes. Nous avons rapporté la nature des légendes sakalaves au sujet du mont Tangouri. Ces traditions parlent de l’or qu’il recèle et ce métal est si abondant sous ces rochers que souvent pendant l’hivernage les pêcheurs de la Ranou-minti en trouvent des morceaux dans leurs filets. Les devins disent que le géant qui garde ce riche dépôt sera vaincu un jour par les ombiaches venus de l’Orient et qu’alors les Sakalaves pourront disposer des richesses du Tangouri. C est dans l’espoir de reconnaître ces mines que James Hastie, le célèbre agent anglais à Tananarive, poussa Radama à faire la guerre au roi Eamitrah, grand chef des Saka- Javes du sud pour conquérir ces trésors chimériques (1).
L’une des raisons qui portent à penser qu’il y a des mines d’or
(1) James Hastie était sous l’empire des légendes qui vantaient le mont Tangouri et ses mines d’or gardées par un géant. Ainsi qu’on l’a vu plus haut, les voyageurs qui ont visité et parcouru avec soin le pays, comme M. Grandidier, contestent la réalité de ces fables et l’existence même du mont Tangouri.
à Madagascar, c’est la loi qui défend, sous peine de mort, d’en révéler l’existence aux vazas, c’est-à-dire aux blancs. Une loi plus récente , le fameux code anglo-hova de 1868, va même jusqu’à défendre la fouille des mines de diamants à Madagascar.
Les Malegaches assurent que leur île possède des mines d’argent et d’anciens voyageurs affirment en avoir reconnu le minerai. Les Antscianacs passent pour être riches en argent ; c’est le peuple de l’île qui en possède le plus, dit-on, mais on ne sait s’ils le tirent de leur sol ou de l’étranger
Le cuivre paraît n’être l’objet d’aucune exploitation, mais il n’en est pas du même du fer, dont les riches, on pourrait dire les inépuisables minerais sont mis à profit sur un grand nombre de points. Le plateau central, le Betsiléo, l’Ancôve, l’Antscianac sont surtout remarquables à cet égard, et avant d’être les dominateurs de Madagascar, les Hovas avaient acquis une grande réputation relative comme forgerons de fer. Les monts Ambohimiangara, à l’ouest de Tananarive, en renferment de telles masses , que les indigènes les ont surnommés montagnes de fer. Dans le Ménabé (côte occidentale) , le minerai de fer est très abondant et d’une extraction facile. Les gîtes les plus riches, disent les naturels, sont entre le Sizoubounghi et la Mouroundava. Les ocres et terres colorantes sont également abondants.
Les pierres précieuses trouvées jusqu’à présent à Madagascar ne sont ni très belles ni très variées ; ce sont des améthystes, des aigues-marines, des opales. Mais le cristal de roche ( vato mahita ) y est en monceaux d’une abondance et d’une beauté extraordinaire. Fressange va jusqu’à donner aux plus gros blocs vingt pieds de circonférence, exagération qui peut-être ne doit donner qu’une idée de leur dimension démesurée. Une des montagnes de Béfourne, sur la route de Tamatave à Tananarive , en est parsemée et brille d’un éclat magnifique, lorsque le soleil y darde ses rayons (1). On en a surtout de belles carrières à Vohemar, qui en fait l’exportation. Malgré la loi, les Hovas les
(I) L’effet produit par les pentes de Béfourne, qui font l’admiration des voyageurs par leur éclat métallique , provient, non des gisements de cristal de roche, mais des filons de quartz, sans transparence et sans valeur intrinsèque.
exploitent et l’achètent des indigènes , à raison de quinze à vingt piastres (75 à 100 francs) les cent livres (1).
Le sel gemme paraît exister près de certaines parties de la côte et on y a observé des pyrites contenant une grande quantité de soufre. Le nitre, appelé sir a tany sel de terre, se montre à la surface des escarpements et d’autres endroits saillants.
Tel est l’exposé très abrégé des richesses naturelles de Madagascar.
En un mot, le riz, le blé, le maïs, le coton, le safran, le tabac, l’indigo, la canne à sucre, la vigne, tous les bois de construction, tous les arbres à épices et à fruits des climats intertropicaux, toutes les racines nutritives, l’igname, le malanga, le manioc, l’arbre à pain, poussent spontanément, comme nous l’avons dit, dans cet admirable sol, où la croûte végétale profonde et vigoureuse n’a besoin que d’être remuée avec le pied et de recevoir des semailles pour les rendre, en quelques mois, au centuple. D’immenses savanes nourrissent des troupeaux innombrables de bœufs. Les vastes forêts de l’intérieur offrent des arbres gommeux et résineux d’un précieux rapport et les plus beaux, les plus solides bois de construction. Enfin, si vous fouillez la terre, vous y trouvez les métaux les plus recherchés et les minéraux les plus utiles, le diamant, disent les Hovas , l’or, l’argent , quelques pierreries, le fer, le cuivre, l’étain, le plomb, le mercure, le cristal, le sel gemme et la houille elle-même, ce produit qui joue aujourd’hui un si grand rôle dans notre industrie et dans notre navigation, comme si la nature prévoyante avait voulu ménager à nos vaisseaux à vapeur, à moitié chemin de l’Inde, un dépôt de cet indispensable combustible. Les côtes , échancrées de baies spacieuses et de ports excellents, présentent à nos navires de guerre
(1) Un voyageur prétend (nous voulons bien le croire, sous toutes réserves, néanmoins) avoir vu un bloc de cristal à sept faces , d’un mètre de haut sur à peu près vingt centimètres de large, d’une transparence parfaite, au milieu duquel on distinguait nettement deux poissons cristallisés , semblables aux poissons rouges d’Europe, et dont l’un avait environ douze à quinze centimètres de long. M. de Eroberville raconte, aussi, qu’un traitant nommé Valigny possédait un morceau de cristal de cinquante centimètres de long, sur une largeur à peu près égale, au milieu duquel on voyait, les ailes ployées, une mouche commune, qui semblait vivante.
et de commerce tontes les ressources imaginables , les plus riches cargaisons, les vivres les plus abondants et les plus variés.
Tel' est Madagascar, telle est cette île qui a toujours excité la convoitise des Européens, et si à tous les avantages du sol, à la facilité de ses abords, à la sûreté de ses mouillages, vous ajoutez celui de sa situation géographique ; si vous songez qu’elle est là , dans le siècle de la vapeur, jetée entre le cap de Bonne-Espérance et la presqu’île asiatique, comme pour dominer la voie de l’Océan entre l’Europe et l’Inde, vous vous rendrez parfaitement compte de l’importance que la France doit attacher à la possession de cette admirable position militaire et maritime considérée par tous les voyageurs comme unique dans le monde.