‹ Histoire et géographie de MadagascarChapitre 17 sur 38 · LE SANGLIER ET LE CAÏMAN · texte numérisé non relu

LE SANGLIER ET LE CAÏMAN

Un sanglier de maraude suivait les bords escarpés d’une rivière où s’ébattait un énorme caïman en quête d’une proie. Averti par les grognements du sanglier, le caïman se dirige vivement de son côté : « Salut, lui dit-il. — FinaritraL. finaritra, répond le sanglier. — Est-ce toi dont on parle tant sur la terre ? demande le caïman. — C’est moimême... Et toi, serais-tu celui qui désole ces rives paisibles? répond à son tour le sanglier. — C’est moi-même, dit le caïman. — Je voudrais bien essayer ta force... A. ton aise, de suite si tu veux. — Tu ne brilleras guère au bout de mes défenses. — Prends garde à mes longues dents. Mais, dit le caïman, dis-moi donc un peu comment l’on t’appelle. — Je m’appelle le père coupe-lianes sans hache, fouille-souches sans bêche, prince de la destruction ; et toi, peux-tu me dire ton nom? — Je m’appelle celui qui ne gonfle pas dans Veau ; donnez, il mange ; ne donnez pas , il mange quand même. — C’est bien, mais quel est l’aîné de nous deux? C’est moi, dit le caïman : car je suis le plus gros et le plus fort. — Attends, nous allons voir. » En disant ces mots le sanglier donne un coup de boutoir et fait écrouler une énorme motte de terre sur la tête du caïman , qui reste étourdi sur le coup. « Tu es fort, dit-il après s’être remis ; mais à ton tour attrape cela. » Et lançant au sanglier surpris toute une trombe d’eau, il l’envoya rouler loin de la rive. « Je te reconnais pour mon aîné, s’écrie le sanglier en se relevant, et je brûle d’impatience de mesurer ma force avec toi. — Descends donc, dit le caïman. — Monte un peu, je descendrai. — Soit. »

D’un commun accord ils se dirigent sur une pointe de sable où le caïman n’avait de l’eau qu’à mi-corps. Le sanglier bondit alors, tourne autour de lui , évite sa gueule formidable , et saisissant l’instant favorable , il lui ouvre, d’un coup de ses défenses, le ventre, de la tête à la queue. Le caïman rassemble ses dernières forces , et profitant du moment où le sanglier passe devant sa gueule béante , il le saisit par le cou , le rive avec ses dents et l’étrangle. Ils moururent tous deux , laissant indécise la question de savoir quel était le plus fort. On tient ces détails d’une chauve-souris présente au combat.

Au dire des lettrés, cette fable, dans la bouche d’un Malegache connaissant bien sa langue et doué d’une imagination brillante, a beaucoup de mouvement et prend le ton élevé de l’ode et de l’épopée.

Un autre apologue rappelle de loin « le Renard et le Corbeau ».

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