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CHAPITRE III

Sommaire : Le pays des Antankares. — - Description. — Territoire. — Population. — Habitations. — Villages. — Culture. — Mœurs. — Coutumes. — Religion. — - Funérailles. — - Diego-Suarez. — Louquez. — Vokémar. — Angonoy. — Antavarts. — Sainte-Marie. - — Tintingue. — Baie d’Antongil. — Port-Ckoiseul. — lie Marosse. — Description du pays des Betsimsaracs. — Leur origine. — Étymologie de leurs noms. ■ — Les Ambanivoules. — Description de la baie de Pénériffie , de Tamatave et de Poulepointe. — Description du pays des Bétanimènes. Ivondrou. — Andévourante. — Vabouaze. — Description de la route de Vabouaze, à Tananarive. — Les Bezonzons. — Description de cette vallée. — Les AfEravarts. — Les Antatschimes. — Amboudebar. — Mananzari.

— Les Anta’ymours. — - Faraon. — Matatane. — Les Tsavouaï et Tsafati. — - Les Antarayes. — Les Antanosses. — - Description des pays d’Androy, de celui d’Ampate et des Caremboules. — Les Machikores ou Masikouras. — Les Vourime3 ou Bares. — Les Betsiléos ou Hovas du sud. — Leur origine. — Les Kimos. — Les Hovas. — Province d’Ankôve. — Tananarive. — Étymologie de ce mot. — - Imerne. — Description de Tananarive. — Origine des Hovas, anciens parias de l’île. — Caractère de oette tribu. — Leur industrie. — Marchés et foires à Tananarive. — Province d’Ancaye.

— Les Antscianacs. — Province de Féérègne. — Pays des Mahafales. — Les Sakalaves. — Le Ménabé. — De Mazangaye et de Bombetock à Tananarive. — Le Bouéni.

— Situation respective des Hovas et des Sakalaves.

Après avoir étudié l’île de Madagascar dans son ensemble , à la fois géographique et ethnographique , nous allons donner ici quelques détails sur les points les plus remarquables du pays et réunir sur chaque tribu les faits particuliers qui n’auraient pu trouver leur place dans les descriptions générales.

Le pays des Antankares porte, en malegache, le nom d 'Ankara. Il embrasse l’extrémité la plus septentrionale de l’île , et s’étend vers l’est, du cap d’ Ambre jusque, par 14° 25' vers l’ouest du même cap, à la rivière Sambirano , affluent de la baie de Passandava. Les Antankares forment la population principale de ce territoire qui a été cédé à la France en 1840.

Nous avons déjà fait remarquer leurs rapports physiques avec les Cafres. Ils sont plus taciturnes et moins tracassiers que les

autres Malegaches. On doit ajouter aussi qu’ils sont moins intelligents et moins adroits. On ne trouve point chez eux, comme dans certaines contrées de File, de grandes associations d’hommes. On n’y rencontre que de misérables villages composés de 20 ou 30 cases, petites et peu solides. L’agriculture y est peu développée et cependant elle devrait mieux y prospérer qu’ailleurs, car ils ont de bonnes terres végétales d’autant plus précieuses qu’il y a ici moins de marécages que dans la partie fréquentée par les Européens et que l’on n’a pas à y redouter les inondations souvent funestes des côtes de l’est et du sud. Les Antankares cultivent un peu de riz, des ignames qu’ils nomment kambarris, du maïs, du manioc, des patates qui font avec du bœuf bouilli la base de leur nourriture. Us plantent aussi des cannes à sucre, avec le jus desquelles ils composent, en y mêlant une infusion de certaines écorces amères, une boisson fermentée assez agréable qu’ils nomment iessa iïessa. Chez eux le latanier est très commun et sa feuille remplace celle du ravinala dans la construction des cases, c’est-à-dire pour la toiture et les côtés. Le dattier, qui abonde aussi dans leur pays, fournit un chou tout aussi bon que celui du palmiste. Les deux causes du peu de développement qu’a pris l’agriculture chez les Antankares est l’abondance du poisson qu’ils trouvent dans leurs rivières et celle du bétail qui était autrefois, pour eux, une source de richesses. Le chef du plus petit village possédait des milliers de bœufs et on estimait à 30,000 têtes l’exploitation qui en était faite, soit en bestiaux vivants, sont en salaisons pour les colonies de Bourbon et de l’île de France. Mais depuis que les Lovas ont établi des postes de traite sur le littoral, ils se sont attribué le monopole de tout le commerce avec les étrangers, ce qui a ruiné le trafic des Antankares.

Les mœurs , les coutumes et la religion des Antankares sont à peu près les mêmes que celles des autres peuplades de File. Leurs funérailles présentent cependant quelque chose de particulier. Avant de déposer le corps du décédé dans la bière, ils le soumettent à une espèce de momification.

Après la baie de Diego-Suarez, dont nous avons parlé plus haut, en décrivant l’hydrographie de File, les points de la côte du pays des Antankares les plus remarquables sont : le Port-Louquez, puis,

oomme points de traite, la baie de Vohémar, ou plutôt Yohémarina et Angontcy, ou Ngency, grand village près du cap Oriental, par 15° 14' de latitude sud, et 48° 10' est (1) et le grand Manahar. Sur la côte de l’ouest se trouvent les îles de Nossi-Mitsiou, Nossi- Bé, Nossi-Fâli et Nossi-Cumba, voisines de la seconde, et qui toutes appartiennent maintenant à la France, ainsi que nous l’avons dit plus haut.

La position de la belle rade foraine de Vohemar se recommande d’elle-même, dans le cas d’une occupation suivie de colonisation, par la facilité de ses communications avec Nossi-Bé et par la grande étendue de terrains cultivables qu’il serait possible de concéder à nos colons, au sein d’un pays ami, dont personne ne peut nous contester la propriété. Il y aurait là, sur la pointe du cap d’ Ambre, comme un triangle ‘ inexpugnable , dans un pays sain et fertile, qui, avec des postes bien choisis sur les deux côtes, permettrait de refouler les Hovas qui y sont aujourd’hui et de dominer à jamais l’ile entière. Nous ne parlons pas non plus de son important commerce.de bœufs, de cuir et de cristal de roche qui en fait un port de grande exportation.

Le pays des Antavarasti ou Antavaris , s’étend de la rivière Tangoumbali (Tingbale) qui a son embouchure au fond de la baie d Antongil, au 17e parallèle. Les deux établissements français de Madagascar, l’île Sainte-Marie et Tintingue, se trouvent sur cette côte; au nord, vers le fond de la baie d’ Antongil, était le Port- Choiseul, ancien établissement, dont l’ancrage était à l’embouchure de Tangoumbali, entre le rivage et l’île Marosse.

Nous parlerons plus loin avec détails de Sainte-Marie et de Tintingue.

Le pays des Betsimsaracs, dans lequel on comprend quelquefois le précédent, s’étend jusqu’à l’Iranga, au midi; Betsimsarac est formé, nous l’avons dit, des trois mots Bè, beaucoup, tsi, négation, et missarak, séparer, c’est-à-dire beaucoup qui ne se séparent, ou confédération. On désigne, en effet, sous ce nom l’ancienne association politique d’une foule de petites peuplades particulièrement connues sous des noms différents.

(1) Connaissance des temps pour 1846.

L’événement qui donna lieu à cette association remonte à la fin du dix-septième siècle. D’après la tradition, un des forbans qui exerçaient alors leur piraterie dans la mer de l’Inde et qui avaient choisi Madagascar pour le lieu de leur refuge , vivait avec la fille d’un chef de l’île Sainte-Marie. Poursuivi un jour par une frégate, il se décida , pour échapper au danger qui le menaçait, à faire côte à l’entrée de la baie d’Antongil , où il se perdit corps et biens. Par suite de cette mort, les armes et les munitions que cet homme avait en dépôt à l’île Sainte-Marie devinrent la propriété de sa veuve. Celle-ci, loin de chercher à en tirer parti par le commerce , les offrit généreusement à ses compatriotes de la côte opposée alors en guerre contre un puissant ennemi venu du sud pour les asservir (les Tsikouas ou Bétanimènes) et qui résolurent , en reconnaissance d’un tel service , s’ils sortaient vainqueurs de la lutte qu’ils soutenaient, de reconnaître pour chef l’enfant qu’elle portait dans son sein et de ne plus faire, sous lui, qu’un seul et même peuple, sous la dénomination collective par laquelle ils sont connus aujourd’hui.

Telle serait l’origine des princes malattes, la tige de ceux qui ont régné à Foulepointe jusqu’à nos jours et dont Tassé a été le dernier rejeton. Plus tard, les enfants qui naquirent d’un blanc et d’une Malegache prirent le même titre et usurpèrent insensiblement les prérogatives que la reconnaissance publique y avait attachées. Ces nouveaux chefs , devenus fort nombreux , ne tardèrent pas à faire le malheur du pays. Les Betsimsaracs, élevés dans le respect et la crainte des Malattes, supportèrent assez longtemps leur tyrannie ; mais, au commencement de 1821 , une juste réaction eut lieu contre eux. Les Malattes , pris au dépourvu , cédèrent à ce subit et menaçant orage, trop heureux, en restituant ce qui leur fut réclamé , de conserver leurs biens légitimement acquis et le titre dont ils se montraient si fiers.

Les Ambanivoules s’étant , parmi les peuplades Betsimsaracs , fait connaître particulièrement des voyageurs , nous rapporterons ici ce qu’en disent les mieux renseignés.

Les Ambanivoules sont plus grossiers que les habitants des côtes , mais leurs mœurs sont plus simples , leur caractère plus loyal et plus franc. Ils cultivent peu de riz, quoique leurs terres

soient fertiles; ils plantent du manioc, des patates et du maïs. C’est dans leur pays que l’on trouve les plus belles bananes de Madagascar. On en voit des régimes qui contiennent plus de soixante fruits, lesquels ont jusqu’à deux pieds de longueur.

Les pâturages des Ambanivoules sont aussi bons que leur terroir. Ils conviennent d’autant mieux aux troupeaux qu’ils sont ombragés par des arbres touffus qui les préservent de l’ardeur du soleil. C’est dans le pays des Ambanivoules et près de Fidana que l’on voit le plus d’arbres à tanguin. Aussi les Malegaches viennent-ils souvent de fort loin pour chercher en cet endroit l’amande qui sert à leurs épreuves ? Le tanguin n’est pas aussi commun à Madagascar que l’ont prétendu les missionnaires : on parcourt souvent , dans le nord ou dans l’intérieur, une espace de vingt à trente lieues sans en rencontrer un seul, et dans le sud, depuis Tamatave jusqu’au fort Dauphin, on en a vainement cherché.

Les Ambanivoules mangent plus de laitage et de fruits que les autres Malegaches ; ils ne tuent des bœufs que rarement ; leurs filles ont plus de retenue et se marient plus volontiers.

La côte des Betsimsaracs présente trois points dont il est souvent question dans l’histoire des établissements français à Madagascar ; ce sont la baie de Fénériffe, Foulepointe et Tamatave.

Nous avons déjà dit quelques mot de Fénériffe.

Quant à Foulepointe, c’est un grand village situé sur un terrain uni , non loin d’une vaste plaine de terre rouge et près de la mer, dont il est séparé par une plage de sable qu’il faut franchir pour arriver aux établissements des traitants. La demeure du gouverneur hova s’élève sur les ruines de l’ancien fort français. L’établissement est défendu par une forte enceinte de grosses poutres, qui a plus de 20 pieds de hauteur; des parapets appuyés contre la première palissade donnent la facilité de servir un grand nombre de pierriers placés de distance en distance devant des embrasures et soutenus par de forts montants à pivots. La demeure du gouverneur est construite à la manière d’Imerne, mais plus grande et mieux distribuée. Une espèce de donjon, ressemblant à un pigeonnier, s’élève au-dessus du toit. Le village, composé d’environ deux cents cases , peut contenir mille à douze cents habitants ; les cases sont plus grandes , plus régulières et mieux

alignées que celles des autres points de la côte ; les rues sont larges etpropres.

Tamatave (en malegache Taoinasina ) n’était autrefois qu’un village de pêcheurs ; c’est aujourd’hui le principal marché de la côte orientale. La ville compte, d’après les méthodistes, douze à quinze mille habitants et seulement sept mille cinq cents , vers 1870, d’après M. Grandidier. C’est de plus un point militaire principal occupé par les Hovas, mais qui n’a jamais pu résister à une attaque. « Une fois le fort rasé, avec des canons rayés et la terreur qu’inspirent aux Malegaches les armées européennes, on nettoierait le pays au moins jusqu’à douze ou quinze kilomètres de la côte. Rien ne serait donc plus facile qu’un débarquement à Tamatave (1). »

M. le docteur Milhet-Fontarabie, qui a séjourné dans ces parages en 1858, en donne la description suivante : cc Tamatave, avec son port, sa forteresse bâtie en sable et en coraux, contenant deux mille cinq cents hommes de garnison, dont les deux tiers sont malades, est le poste des Hovas où se fait le plus de commerce et où il y a le plus de blancs. Il y a environ une quinzaine de traitants de nationalité différente. Ils font le commerce avec des produits qui leur viennent de la Réunion, de Maurice et de l’Amérique ; car tous les ans il y a trois ou quatre navires américains qui viennent jeter sur le marché de Tamatave pour 700,000 à 800,000 francs de toile. Cette toile est plus forte, que celle de France et d’Angleterre et les Hovas la préfèrent pour leurs chemises, espèce de tunique des anciens, et leurs lambas, simple morceau de toile de huit pieds de long sur six pieds de largeur, dont ils s’enveloppent comme d’un manteau à l’espagnole. Les traitants échangent cette toile et différents autres produits contre des bœufs, du riz et des animaux domestiques qu’ils expédient à la Réunion et à Maurice. A part quelques exceptions, les Hovas seuls font le commerce avec les blancs. Tous les produits de la côte est, depuis Manourou, sont portés à Tamatave, où cinq à six navires, faisant chacun trois ou quatre voyages et plus, depuis le mois de mai jusqu’en décembre, viennent les prendre pour les livrer au commerce

(1) J. Bupré, Trois mois de séjour à Madagascar , page 24.

TOPOGEAPHIE GÉNÉBALE DE L’ILE. 485

de Bourbon et de Maurice. Marna ta ve est bâti sur le sable. Ce village compte un millier de cases et se divise en deux parties , le village malegache et blanc, sur le bord de la mer, et le village hova, placé derrière le fort. Chaque case, bâtie en bois ou en feuilles de ravinala et couverte de même, est entourée d’une palissade en pieux. La maison principale est celle du grand juge ; elle est bâtie en bois et compte plusieurs appartements et un étage ; c’était la résidence de Jean-René, roi de Tamatave et frère de sang de Radama. C’est la seule entourée de pieux équarris de 10 pieds de haut, absolument comme le palais de Ranavalo (1) », Les voyageurs assurent qu’à l’heure qu’il est, ce village est devenu une ville où affluent les traitants et pourvue d’hôtels et de maisons nouvelles à l’européenne. On croit que le chiffre de quinze mille habitants, donné par les Anglais, est encore inférieur à la population actuelle, qui s’accroît sans cesse.

Le commerce de Tamatave a pris , aussi bien que sa population, une importance de plus en plus considérable, étant le principal estuaire d’une importation et d’une exportation qui répondent aux besoins de plusieurs millions d’hommes.

Un fait qui domine aujourd’hui dans cet ordre d’idées, c’est la prépondérance sans cesse croissante que prend, chaque jour, dans ce mouvement, le commerce américain. Le consul des États-Unis ne demande en rien aux habitants de se convertir ou de se moraliser, il ne s’occupe que de la protection de ses droits commerciaux.

C’est de Tamatave que la Réunion et Maurice tirent, comme on vient de le dire, quelques-unes de leurs ressources , et notamment les bœufs ; le riz et les autres produits sont d’un intérêt secondaire.

Tamatave exporte, tous les ans, d’août à novembre, dix à douze mille bœufs, qui valent, rendus à bord, quinze piastres (7 5 francs), Le gouvernement perçoit trois piastres, ou 15 francs, par chaque bœuf embarqué. La Réunion les paye avec des pièces de cinq francs, seule monnaie acceptée aujourd’hui dans le pays. Maurice et la Réunion y achètent annuellement pour un million ou un million et demi en argent ou en marchandises.

(1) Revue algérienne; février 1860.

Les Anglais y apportaient naguère leurs marchandises qu’ils échangeaient contre des produits malegaches ; mais les toiles américaines ont envahi le marché : elles se vendent à un prix inférieur à celui des toiles anglaises venues de Maurice ; elles sont, d ailleurs, préférées par les naturels. En 1868, deux navires américains ont enlevé à peu près cent mille piastres à Tamatave en pièces de cinq francs, contre des toiles, des farines, des meubles, des conserves, le tout à un prix inférieur, mais compensé pour eux par l’agio sur les pièces de cinq francs.

Il y a à Tamatave un consul américain, un consul anglais et seulement un vice-consul français (1).

A mie petite distance au nord-est de Tamatave est Vîle aux Prunes , îlot rocailleux sans eau douce.

Voici le mouvement de commerce du port de Tamatave du 31 mai 1881 au 30 juin 1882, non compris les navires de guerre :

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