DÉPARTS
Français
20,090 tonneaux
18,090 tonneaux.
Anglais
Allemand
Hova
Américain
Norwégien
C’est donc un mouvement commercial de 70,729 tonnes dans la rade seule de Tamatave. On remarquera que le pavillon français entre, à lui seul, pour plus de 50 pour 100 dans le mouvement de ce port, tandis que le commerce anglais y représente à peine 20 pour 100.
Nous n’avons pas sous les yeux les mouvements des autres ports de grand commerce malegache, Mazangaye, Vohemar, etc. ; mais le document ci-dessus peut en donner une idée approximative.
Il est intéressant de réunir ici ce que les voyageurs, et surtout les médecins, ont écrit sur le climat de la côte orientale de Madagascar.
(1) Souvenirs de Madagascar, par le docteur Lacaze, p. 14.
M. le docteur Milhet-Fontarabie s’exprime ainsi à ce sujet : oc La température de Tamatave varie entre 15 degrés centigrades et 36 degrés quelquefois dans les vingt-quatre heures. Heureusement qu’il y a souvent des grains de pluie, surtout la nuit, et qu’il y règne toujours une brise parfois assez fraîche venant du sud-est. Quand elle souffle du nord-est, elle est plus chaude et c’est alors qu’on voit les Hovas décimés par la fièvre intermittente. Chose assez bizarre, les Européens y sont presque insensibles , et cependant cette brise est chargée de miasmes délétères qui devraient, sur toute organisation, exercer les mêmes ravages. Ce qui prouve qu’avec une bonne hygiène, une grande régularité de mœurs, des soins administrés à propos, ce pays ne serait pas plus malsain ni plus funeste que nos landes et les environs de Rochefort. La fièvre sévit avec plus d’intensité depuis le mois de décembre jusqu’en juin. C’est le moment des grandes inondations ou des dessèchements de marais. C’est une fièvre intermittente à forme bilieuse, revêtant souvent un caractère pernicieux. Les vomitifs et le sulfate de quinine , employés à peu d’intervalle , sont des moyens héroïques (1). »
M. Désiré Charnay émet une opinion analogue : « Le climat de la côte de Madagascar à la hauteur de Tamatave est loin, dit-il, d être enchanteur : cette contrée si peu connue ne mérite ni les éloges qu’on prodigue à la douceur de sa température et à la fertilité de son sol, ni l’effroyable surnom de « tombeau des Européens » que des voyageurs timides lui jettent dans leurs relations. Le climat est humide et pluvieux, froid et brûlant tour à tour ; voilà pour l’éloge. Quant à la terrible fièvre, minotaure impitoyable dévorant l’audacieux colon ou l’imprudent touriste, nous devons avouer que dans nos fréquentes excursions, alternativement exposés à l’action du soleil et de la pluie, souvent mouillés jusqu’aux os, aucun de nous n’en a éprouvé le moindre symptôme. A Tamatave même, peuplée de plus de trois cents Européens, l’on nous assura que, depuis deux ans, pas un d’eux n’avait succombé aux atteintes de ce mal (2). »
(1) Revue algérienne; février 1860, page 80.
(2) Madagascar d val d’oiseau (dans le Tmr du monde ) ; Hachette.
« Il n’y a pas encore longtemps, a écrit M. le docteur Lacaze, l’un des derniers voyageurs, Tamatave était très malsain; mais 1 accroissement de la population a donné forcément de l’extension aux constructions ; les marais nombreux qui empestaient le centre même des habitations ont diminué beaucoup et la fièvre, qui y règne pendant tout l’hivernage, a moins d’intensité qu’il y a vingt ou ti ente ans. Ce climat, autrefois mortel aux étrangers, est aujourd’hui supportable et les accès de fièvre y sont rarement pernicieux (1). »
Enfin le plus récent comme le plus sincère des explorateurs de Madagascar, M. Crandidier, résume la question dans les lignes qui suivent :
« En somme, dit-il, le climat de Madagascar, sur la côte comme dans l’intérieur, n’est pas aussi malsain qu’on l’a souvent dit, si l’on excepte certaines des baies, couvertes de palétuviers et de marécages, qui se trouvent sur les côtes nord-est, et nordouest. Je ne puis même qu’exprimer mon étonnement de ce qu avec la vie de paresse et de débauche à laquelle se livrent beaucoup de traitants européens ou créoles , il n’y ait pas plus de malheurs à déplorer. Les décès sont relativement rares, et souvent on attribue à des accès pernicieux des morts dont on devrait chercher la raison dans une tout autre cause. Le danger toutefois est plus grand pour les créoles au sang vicié et à la constitution débile, qu’une nourriture mauvaise a affaiblis depuis leur enfance, ou pour nos jeunes soldats qui arrachés à vingt ans à leur foyer sont transportés d’un coup, sans noviciat, dans ces pays tropicaux auxquels ils ne sont pas habitués, que pour des vétérans, qui n’auraient pas, je crois, beaucoup à redouter les atteintes du climat, si leur vie était régulière. »
La maladie la plus grave est le tèty ou Tcoulaha } maladie qui revêt tous les caractères d’une affection syphilitique au deuxième degré avec condylomes parfaitement caractérisés et qui est certainement indigène. Elle se communique non seulement d’homme à femme, mais d’enfant à enfant par le simple contact dans les jeux. Elle est générale dans tout Madagascar ; peu d’individus y
(1) Souvenirs de Madagascar , page 8.
échappent et ils ont clés moyens curatifs qui en triomphent à la longue ; il s’opère toutefois une décoloration curieuse de la peau aux pieds et aux mains de la plupart de ceux qui en ont été atteints (1). »
Enfin M. le docteur Yinson conclut ainsi : « Ces fièvres se présentent sous la forme d’une névrose plus ou moins redoutable qui naît de l’intoxication du sang-. La chlorose, la bouffissure ou une prédominance bilieuse annoncent le mal, bien souvent longtemps après le premier accès. Fréquemment, aussi, elle débute par des névralgies dont le siège varie et sa périodicité et sa ténacité ne sont que les caractères propres aux névroses. J’ai la conviction que l’accès mortel ou pernicieux n’est que l’invasion localisée de la névrose sur le cerveau tout entier. La prédominance bilieuse et la congestion hépatique marquent une perversion profonde de toutes les fonctions , ainsi que le volume exagéré de la rate , où semble se réfugier un sang qui est devenu impropre à la vie. Le moindre incident fait éclater le mal ; l’insolation, en faisant éclore la névrose sur le cerveau, engendre les cas mortels, les accès pernicieux. Toutefois, le sulfate de quinine, lorsqu’il peut être donné à propos, à temps et à doses non ménagées, rend impuissantes des manifestations morbides qui, sans ce moyen, eussent été formidables. Il faut voir ces malheureux Hovas, qui, ignorant l’art de combattre la fièvre ou privés de ce précieux médicament, meurent affreusement décimés (2). »
Pour compléter ce qu’on vient de lire sur cette matière si importante, nous rappellerons à nos futurs colonisateurs les conseils d’hygiène que le gouvernement français crut devoir recommander, en 1862, aux agents de la Compagnie de Madagascar dont M. Paul de Richemont était le gouverneur. Ce sont, en somme, les principes hygiéniques qu’on observe avec prudence dans tous les pays intertropicaux. Ces conseils se résumaient ainsi : « Ne pas sortir le matin avant que le brouillard ne soit tombé. — Éviter les ardeurs du soleil de midi à trois heures. — Rentrer le soir après le coucher du soleil. — S’abstenir des grandes fatigues et des excès de tout genre, surtout des excès avec les femmes. —
(1) Bulletin de la Société de géographie; 1872.
(2) A. Yinson, Voyage à Madagascar, p. 425.
S’habituer progressivement au riz et aux condiments épicés du pays, sans en abuser. — Ne pas boire entre les repas. — Préférer aux boissons acidulées , qui sont débilitantes , l’eau aiguisée avec le rhum ou une infusion légère de thé ou de café (on peut remplacer le thé et le café par Vayapana ou le phaam, plantes aromatiques communes dans le pays). — Faire bouillir, au besoin, 1 eau qui paraît peu salubre. — Ne sortir jamais à jeun. — Ne pas prendre de rhum le matin, usage qui détruit l’appétit.
- Manger régulièrement à heure fixe, afin de ne pas arriver à l’indifférence complète pour les aliments, ce qui est fréquent à Madagascar. — Pendant les excursions, camper sur un lieu élevé et découvert, loin des eaux stagnantes, avec ouverture de latente opposée au côté de terre. • — En temps de pluie, tracer une rigole autour du campement pour l’écoulement des eaux. — Étendre sur le sol des nattes ou des pagnes , à défaut de toile cirée. - — En temps humide, faire du feu, surtout la nuit. — Éviter avec soin les refroidissements brusques, le contact des vêtements mouillés. — Prendre, quand on le pourra, un bain de mer le matin. — Ne pas se baigner dans les lacs ou eaux stagnantes. — Les éruptions cutanées causées par la chaleur n’empêchent pas de prendre les bains de mer. — Enfin, toutes les fois qu’on éprouvera un malaise pouvant faire craindre un accès de fièvre ou lorsqu’on traversera les endroits marécageux, on prendra un verre de vin quininé, ainsi préparé : Pour une bouteille de vin, deux grammes de sulfate de quinine dissous dans un verre à vin de Bordeaux rempli d’eau , à laquelle on ajoute trois ou quatre gouttes d’acide sulfurique. On verse ensuite le contenu de ce verre dans la bouteille de vin (1). »
Il va sans dire que l’usage de la flanelle, comme dans tous les lieux chauds , est de rigueur à Madagascar.
Nous ferons observer, en outre, que le choléra y est inconnu.
Nous devons faire remarquer ici au lecteur que les précautions ne sont indiquées que pour les points de la côte orientale, où les embouchures des rivières obstruées par les détritus de toute sorte sont connues pour leur insalubrité. Il va sans dire que, partout ailleurs, elles deviennent superflues, toutes les autres parties de
(1) Documents sur la Compagnie de Madagascar , publiés par les soins de M. le baron Paul de Richement, page 230 (in-8°, 1867).
l’île étant parfaitement saines; quelques-unes, même, jouissent d’un climat que les voyageurs regardent comme plus agréable que celui de la France.
Le pays des Bétanimènes, au sud des Betsimsaracs , doit son nom, nous l’avons dit, à l’aspect rougeâtre de ses terres ferrugineuses ; car Bètanimène vient de be, beaucoup, tany , terre, mena, rouge. La limite australe rencontre la côte par 19° 40' du pays. Les Bétanimènes se font remarquer entre les Malegaches , si hospitaliers en général, par la réception empressée qu’ils font aux voyageurs.
Ce peuple est, avec celui des Betsimsaracs, le plus connu des Européens qui fréquentent la côte orientale de Madagascar. Leur territoire est traversé par la route de Tamatave à Tananarive.
Nous avons déjà décrit la partie de cette route que l’on fait par les lacs qui commencent à border la côte, depuis Tamatave jusqu’assez loin au midi. Ivondrou, le premier village que l’on traverse, est peu considérable. Puis, on s’embarque sur les lagunes et on atteint Fitanou, village d’où, en faisant quatre heures de marche au sud-est, on arrive à Andévourante, mot à mot où il y a une baie pour les échanges.
Ce village considérable, bâti sur la rive gauche et près de l’embouchure de la rivière appelée laroha, contient environ 500 cases. Sa population est de 1,800 à 2,000 âmes, les étrangers compris. On y remarque plus de gaieté et d’activité qu’ailleurs; les hommes y sont plus propres, les femmes plus jolies et mieux vêtues, les cases plus commodes. Ils doivent cette aisance au grand nombre et à la fertilité de leurs rizières et aux rapports fréquents qu’ils ont avec les négociants européens de la côte de l’est, qui viennent chez eux acheter du riz pour l’île de France et Bourbon.
Yis-à-vis d’ Andévourante , sur la rive gauche de la rivière, est le village de Maromandia, d’où l’on se rend à Yoibouaze (Ambohibohazo), situé à une demi-journée de marche dans le nord-ouest. Yoibouaze est placé sur une haute colline et a plus l’air d’une ville que Tamatave. Des palissades percées de portes l’entourent ; ses maisons sont nombreuses et assez bien alignées, mais il serait assez difficile de trouver des rues plus étroites et plus malpropres.
A partir de Yoibouaze, quelques journées de marche sur les
pentes et les plateaux inférieurs, toujours droit à l’ouest , à travers le pays des Bezonzons et des Antankayes, conduisent à Tananarive.
Voici les différentes étapes avec les heures de marche effective pour un voyageur accompagné de quelques hommes.
1er Jour. Manamboundre ,
30 cases.
6 heures.
Vohi-Zanaar,
Ampassimbé,
(On traverse Hahéla.)
Moramanga,
(On a traversé les montagnes de Béfourne.)
Ma-Inouf, village assez important, (Territoire des Bezonzons.)
Nossi-Arivo,
(On traverse la forêt de Fanghourou.)
Ambatou-Manga, village,
(On traverse la plaine d’Ankaye.)
Tananarive ,
Total :
70 heures.
Ces 70 heures ou 7 journées et demie pourraient être facilement franchies en 6 jours, car il ne s’y rencontre aucun autre obstacle que celui de la montée qui encore n’est pas très rude là où elle se fait sentir. Il y a de l’eau tout le long de la route et l’on passe même plusieurs fois la rivière d’Andévourante ou Iaroka, que la route côtoie parallèlement.
La vallée des Bezonzons, qui traverse la route, est bornée à l’est par les montagnes de Béfourne et l’ouest par la plaine d’Ancaye, que les Malegaches nomment Fangourou.
Les Bezonzons, qui se confondent avec les Antancayes, leurs voisins, n’ont avec eux aucun rapport physique. Séparés qu’ils sont par une forêt, ils diffèrent de ceux-ci autant par les traits que par les habitudes. Les Bezonzons sont grands et robustes , les Antancayes petits et délicats. Les premiers ont les cheveux crépus, la peau fortement cuivrée, le nez aplati et les lèvres grosses comme celles des Africains. Leurs yeux ont une expression de douceur et de bonté qui plaît à tous les étrangers. Les autres , au contraire, ont les cheveux droits et longs comme ceux des Malais, la peau basanée, mais d’une couleur moins foncée que celle des Bezonzons, le nez aplati, la bouche très grande et la
lèvre supérieure rentrée. Leurs yeux sont petits et enfoncés, leur regard est oblique.
Les habitants du pays disent que leurs ancêtres sont venus de l’ouest. Ils ressemblent en effet un peu aux Sakalaves, mais plus encore aux Antscianacs dont ils ne sont pas très éloignés. Il est même probable que la vallée des Bezonzons a été peuplée par une colonie venue de cette contrée. On doit convenir, cependant, que l’esprit belliqueux des Antscianacs ne se trouve plus chez les Bezonzons , quoique la tradition parle de guerres que leurs ancêtres ont soutenues avec courage. Aujourd’hui, ils vivent en paix et sans ambition dans un pays fertile, et ne s occupent que de la culture de leurs terres. Ils sont exempts du service militaire, mais les Hovas les ont assujettis à des corvées qui sont au moins aussi pénibles. Ils sont toujours en route à transporter de Tananarive à la côte et de la côte à Tananarive les fardeaux du souverain d’Imeme, dont ils sont les porte-faix ou maromites. Ce métier paraît, du reste, leur convenir mieux que celui des armes.
Le principal endroit de la côte au sud d’Andévourante est Vatou-Mandry, ville frontière des Bétanimènes qui doit son nom, rocher dormant, à un énorme rocher noir auprès duquel elle est bâtie. Ses campagnes sont moins fertiles que celles de Mitinandre, mais ses cases sont plus jolies, ses habitants plus affables. Son port, formé par l’embouchure de la rivière du même nom , serait commode pour l’embarquement, si la passe n’était pas obstruée une partie de l’année par les sables.
Au midi des Bétanimènes, au Nord de l’embouchure du Mangourou, se trouvent les Affravarts, qui sont en général grands et bien faits ; leurs traits sont fortement prononcés et leur physionomie est pleine de franchise. Ils ont les cheveux droits et la peau cuivrée comme les Betsimsaracs. Plus guerriers que les Bétanimènes, ils les ont souvent vaincus, bien que leur peuplade soit beaucoup moins nombreuse. Leurs vastes pâturages sont riches en troupeaux et leurs rizières fertiles, mais les rats y causent de grands dommages et les Affravarts ont les chats en horreur. Maroussic est la résidence du chef.
En quittant Maroussic, la contrée change d’aspect : on entre dans le pays des Antatschimes et, après une journée de marche au
S.-O. , on est à Manourou situé sur un rocher escarpé et où le riz est l’objet d’un commerce actif.
Manourou, au sud d’Andévourante , est l’un des points de la côte orientale d’où l’on monte le plus directement à Tananarive.
iS ous dev ons à 1 obligeance de M. Grandidier la communication de l’itinéraire qu’il a suivi dans cette direction, et nous le donnons ici à titre de document topographique, avec les étapes et les distances :
De Manourou à Betszaraina (fort) . 5 milles.
De Betsizaraina à Ambodifarana . 8
D’ Ambodifarana à Ambodiharamy . 14
D’Ambodiharamy à Ambodihara . 12
D'Ambodihara à Ambohitsara . 1g
D’Ambohitsara à Madio . 14
De Madio à Vohibola . 8
De Vohibola à Mahatsara . n
De Mahatsara à Ambohitromby (sur le Mangorou) ... 10
D’Ambohitromby à Ankadilanana . 8
D’Ankadilanana à Beparasy . 13
De Beparasy à Ambodinivongo . 10
D’Ambodinivongo à Soatsimananpiovanana . 12
De Soatsimananpiovanana à Ambatomanga . 6
D’Ambatomanga à Tananarive . 1g
Total . 158 milles.
Après avoir passé le Mangourou, ou aperçoit sur la rive droite Amboudéhar (Amboudihara) , qui ne diffère pas des autres villages malegaches ; ses vastes magasins à riz et la maison du chef sont seuls remarquables. Un peu loin, toujours au sud, est Mahéla, ou se fait maintenant un assez fort commerce de riz, de peaux de bœuf, de gomme copal, de cire et de caoutchouc. Les échanges s’effectuent avec les pièces de cinq francs, la percale, la toile blanche, les indiennes, les faïences, le rhum, le sel, etc., etc. Les droits de douane sont les mêmes que partout ailleurs chez les Hovas. Un gouverneur hoya et un commandant résident à Mahela.
Mananzari , ancien établissement français , est à cent douze kilomètres plus bas.
Ce n’est pas à Mananzari même que les traitants ont leurs magasins, mais à Siatouche ( Tsiatosika) , un peu plus haut dans la rivière. C’est là que se trouve la résidence du commandant hova. On se rappelle que c’est en face de Siatouche , au village de Saraffe, qu’était située la fameuse sucrerie de M. de Lastelle, incendiée par les naturels en 1859. A Siatouche, on fait le commerce du riz, des peaux de bœufs, de la cire et du caoutchouc. On peut aussi se procurer des porcs en assez grande quantité, qui viennent de chez les Betsiléos, peuplade qui habite l’intérieur des terres. Quelques résidents ont commencé à faire des plantations de caféiers et de cannes à sucre.
A vingt-cinq ou trente milles dans l’intérieur et dans l’ouest se dresse le fameux pic d’Ikiongo, d’une altitude de 500 à 600 mètres au-dessus du niveau de la mer, où se sont retirés dix à douze mille esclaves fugitifs. Le sommet de cette montagne forme un vaste plateau : tout y vient en abondance. On ne peut y monter que par des sentiers taillés dans le roc et que des sentinelles gardent de jour et de nuit, pour empêcher de découvrir cette retraite.
A plusieurs reprises , les Hovas ont tenté de faire cette ascension ; mais ils ont dû battre en retraite , après avoir essuyé de grandes pertes. Ces réfugiés ne sont hostiles qu’aux Hovas ; ils vivent en très bonne intelligence avec leurs voisins des terres basses.
Le commerce de la côte orientale a toujours eu une grande importance pour l’île Maurice, l’île Bourbon et les Seychelles ; comme on vient de le dire, les bœufs et le riz importés de Madagascar sont en effet indispensables à ces colonies. Les articles de commerce qu’on exporte directement pour l’Europe sont le caoutchouc, les peaux de bœuf et le copal ; la production du caoutchouc prend un grand développement. Dès la première année, il en a été récolté plus de 250 tonneaux, d’une valeur supérieure à un million de francs. Mais le premier ministre, en voyant l’essor que prenait ce commerce , a aussitôt ordonné aux commandants de la côte de le monopoliser, pour acheter avec le produit 100,000 fusils Suider. C’est sans doute là l’origine des marchés conclus avec les Américains et dont nous parlerons plus loin.
Si , comme on en a l’espoir, le commerce des bois devient libre ,
a\ant peu, il y aura, surtout sur la côte nord-est, de grandes et avantageuses exploitations à faire.
Le commerce de la côte occidentale a aussi son importance , comme on le verra plus loin. Sans parler des quantités considérables de riz exportées du nord-ouest à Zanzibar, à la côte d’Afrique et aux îles Comores, la masse de peaux de bœufs, d’orseille, de tortues, de pois du Cap, de bois d’ébène et de palissandre, de cire, qui s exportent et s’échangent contre des cotonnades, des indiennes, de la faïence grossière , de la poudre, des mousquets à pierre, etc., etc., mérite d’être signalée. Il prendrait un développement immense le jour où nous serions les maîtres absolus dans ces contrées.
Dans le pays des Anta’ymours (ce dernier mot signifie, Maures. Arabes), Xamour est, du côté du nord, le premier de leurs villages! Il est bâti sur une montagne de terre rouge au pied de laquelle coule une rivière. Faraon, qui en est à une journée de marche, est situé dans une île de la rivière du même nom. Il est fortifié et compte environ huit cents cases; c’est le plus considérable du pays, mais le chef réside à Matatane, où les Français eurent jadis un établissement. Ce dernier village esta une heure et demie de na- ^ igation de 1 embouchure de la Matatane, dans une île. Sa population est moins forte que celle de Faraon, bien qu’il compte le même nombre d’habitations.
Quoique les chefs des Anta’ymours soient élus par le peuple, on a poui eux , pendant qu ils exercent le pouvoir, un respect qui tient de 1 adoration; mais si une récolte de riz vient à manquer, ou s’il survient toute autre calamité, on les dépose aussitôt, quelquefois même on les tue ; cependant on choisit toujours leurs successeurs dans leur famille.
Les Tsavouaï et les Tsafati, Chavoaies et Cliafates, sont au S.-O. des Anta’ymours, dans un pays de montagnes d’un accès assez difficile. Ces deux tribus paraissent appartenir aux populations primitives de Madagascar. Leur vie est simple comme leurs besoins. Ils habitent de petits villages , ne communiquent jamais avec leurs voisins et se nourrissent principalement de lait et de maïs (1).
( 1 ) Rous rappellerons que , dans un chapitre précédent , nous aTons fait des
Le Mananghare sépare au midi les Anta’ymours des Antarayes. C’est une peuplade remuante et difficile à gouverner ; l’exercice du pouvoir y est aussi dangereux que chez les Anta’ymours. Sandravinany est un des lieux les plus remarquables de leur pays.
Mananboundre fait aussi partie du pays des Antarayes, que beaucoup de voyageurs ont appelés Antavars. La peuplade qui l’habite est remarquable par son courage et son amour de l’indépendance. A la couleur foncée de leur peau, à leurs lèvres , à leurs cheveux, on les prendrait pour des Antatschimes. Ils ne diffèrent pas beaucoup, quant au costume et aux usages, de ce peuple, qui n’a d’ailleurs rien du caractère des'Antanosses ni des autres peuplades du sud.
Les Anta-manamboundres sont presque tous grands et robustes. Les hommes ont des seidiks et des simbous de rabane rayés. Les femmes ont des seidiks de la même toile. Les individus des deux sexes sont vêtus et se coiffent à peu près de la même manière. Leur coiffure consiste en petites tresses disposées comme celles des Bourzoas et des femmes d’ïmerne ; le ménakil ou huile de palmachristi sert à rendre ces tresses luisantes.
Les hommes et les femmes de Mananboundre ne portent pas de manilles et n’ont pour ornements au cou et aux bras que des grains de verre de Venise; les guerriers portent, presque tous, comme les Antatschimes, des colliers de dents de caïman; leurs fusils et leurs cornes de chasse sont garnis de clous dorés ; ils ne se servent plus de boucliers.
Les Antanosses habitent le pays d’Anossy, à l’angle sud-est de l’île dans laquelle est situé le fort Dauphin. Ils sont en général plus petits et moins robustes que les Betsimsaracs et les autres peuplades de la côte ; leurs traits sont d’ailleurs plus réguliers et plus délicats ; leur couleur est le marron clair ; presque tous ont les cheveux fins et bouclés. Ils sont intelligents, dissimulés, inconstants et quelquefois féroces. Ils accueillent toujours bien les blancs, quoiqu’ils ne les aiment pas. Ils sont moins indolents que les habitants des autres ports de l’est, et cependant chez eux la culture
réserves expresses sur ces noms, que certains voyageurs attribuent à des peuplades entières et qui semblent être plutôt les noms de quelques familles nombreuses du pays.
n’est guère plus avancée, mais l’industrie y a fait quelques progrès ; ils ont des charpentiers et des forgerons qui seraient capables de travailler dans les ateliers d’Europe.
La partie occidentale de l’Anossy comprend la vallée d’Amboule, riche non seulement des productions communes à toute l’île, mais encore des clous de girofle et d’autres épices, ainsi que des citrons d’espèces diverses.
Le pays d 'Androy ou des Antandrouis s’étend de la vallée d’Amboule à la rivière Ménérandre et embrasse l’extrémité méridionale de l’île. Ce n’est plus l’animation commerciale que présente la côte orientale , c’est l’aspect désolé de parages placés en dehors de la route ordinaire des navires de commerce.
Mais, avant de donner la description de cette partie méridionale de Madagascar, que M. Grandidier a habitée, en 1866 et 1868, puis étudiée et décrite avec les plus intéressants développements, nous allons remonter au nord et descendre, avec le lecteur, la côte occidentale depuis le cap d’ Ambre jusqu’au cap Sainte-Marie. Nous donnerons sur cette côte des détails de topographie et de commerce analogues à ceux qu’on vient de lire sur la côte orientale.
On trouvera dans notre chapitre cinquième, consacré à Mayotte et à Nossi-Bé, tout ce qui est relatif aux baies de Passandava et de Narinda.
Les renseignements qui suivent concernent surtout les territoires voisins des côtes ; nous donnerons, plus loin, ceux qui sont relatifs à l’intérieur des terres.
La baie de Bombetoct: est vaste et d’excellente tenue pour’ les navires. Elle forme la limite est de la province d’Ambongo, dont nous parlerons plus tard.
La pointe Mazangaye, située à l’est de l’entrée, par 15° 43' de latitude sud et 44° de longitude est (méridien de Paris) , est libre de tout danger. On y trouve une profondeur de 18 à 20 brasses, qui se réduit à 6 ou 7 brasses en quelques endroits, particulièrement à la pointe Sarebingo, sur la côte est de l’entrée, en dedans de laquelle on découvre la ville de Mazangaye. Le brassiage, à l’entrée, en se tenant vers la rive de l’ouest, un peu plus qu’à mi-chenal, est de 20 brasses d’eau jusqu’à la pointe Tandava, qui
est à deux lieues et demie environ dans les terres, au-dessus de l’entrée, du côté de l’est. Cette pointe et la côte est sont entourées d’un récif qui s’avance à un mille de distance. Il y a aussi des récifs le long de la côte ouest, en face de la pointe Tandava. Nous consacrerons plus loin une page spéciale à la ville de Mazangaye.
La ville de Bombetock, que domine un fort dans lequel réside un gouverneur hova, est bâtie au sud de cette pointe. Les navires peuvent mouiller à proximité de la ville, et toucher la pointe, par 4 ou 6 brasses d’eau ; ils y sont parfaitement abrités de tous les . vents. A partir de la pointe Bombetock, la baie s’élargit et le fond diminue. Plusieurs rivières viennent s’y jeter, entre autres un des plus grands cours d’eau de Madagascar, le Betsibouka ou Boéni, dont un des affluents coule à quelque distance de Tananarive.
Le commerce du pays consiste en riz, bœufs vivants, peaux, cire. Les échanges se font au moyen des pièces de 5 francs en argent, de toile bleue et percale. Les toiles blanches américaines, appelées par les naturels hamij , sont très estimées. Les droits de douane sont de 10 p. 100 à l’entrée et à la sortie. La mer marne de 14 à 15 pieds environ.
La baie voisine de Baly, un peu au sud, est grande et sûre. Son milieu est par 16° 1' de latitude sud et 43° 2' de longitude est. Le mouillage pour les navires, par 6 ou 7 brasses d’eau environ , est à 5 milles et demi de l’entrée et à 3 milles et demi du fond de la baie. Le village de Baly est situé sur la côte ouest de la baie, à un mille du mouillage, et avait pour chef, il y a une trentaine d’années, Saïd-Bouanan, d’origine arabe. La reine de Baly, — indépendante des Hovas, — réside dans l’intérieur des terres. La population est en majeure partie sakalave, mélangée d’Arabes, originaires de l’archipel des Comores.
Les produits du pays se composent de bœufs , d’un peu de riz et de maïs. Les bananes et le manioc sont très abondants. Nos colonies de Mayotte et de Nossi-Bé s’approvisionnent de bœufs sur ce point, à des prix modérés, c’est-à-dire de 35 à 40 francs l’un.
De la baie de Baly à la limite du territoire du roi de Mahétirane, la côte n’est pas fréquentée par les navires. Mahétirane se trouve par le travers des Iles stériles. La rivière de ce nom forme la limite de la province d’Ambongou.
- La province du Ménabé commence à Mahétirane à remonter vers le snd jusqu’au cap Saint-Vincent. Il y a un bon mouillage, en face de la rivière, pour les grands navires ; les petits seuls peuvent entrer dans la rivière. On y traite d’une grande quantité de peaux de bœufs et de beaucoup de cire. Le maïs, le manioc, les patates, les bananes, y abondent. Les échanges se font au moyen de poudre, fusils, balles, marmites en fonte, bols de faïence peinte, toiles bleues et blanches, verroteries. La population est sakalave avec mélange d’Arabes. Ceux-ci, jaloux de voir vendre à des blancs les denrées du pays, poussent les Sakalaves à les piller et même à les assassiner.
La rivière Manambolo est la limite sud du territoire du roi de Mahétirane.
Au sud de cette rivière est le royaume de feu Vinany, roi de Tsimanandrafozana. (C’est un nom de rivière, qui veut dire qui n'a pas de beau-père. Le nom de Vinany lui-même, en sakalave, signifie port.) Ce monarque était l’un des plus cruels parmi ceux de cette côte inhospitalière, si l’on en croit les voyageurs français.
Le capitaine Cavaro raconte qu’en 1851 il s’est perdu dans cette rivière avec la goélette la Marie , qu’il commandait. Le même jour, le bâtiment était pillé et coupé littéralement en morceaux par les naturels, qui n’ont laissé au capitaine que les vêtements qu’il portait. Le roi Vinany se trouvait présent : le capitaine lui fit remarquer qu’il aurait pu se borner à lui prendre son navire , mais qu’il aurait dû lui laisser ses hardes et effets , ainsi que ceux de son équipage. Le monarque répondit que le capitaine devait s’estimer heureux de n'avoir point été mis en esclavage et qu’il comptait sur sa reconnaissance, pour la générosité qu’il avait de lui permettre de retourner à Bourbon.
Pour achever le tableau des mœurs de ce tyranneau de la côte, nous ajouterons que, quelques années plus tard, M. Edmond Samat, établi sur ce même point, y a été pillé par ordre du même roi Vinany, avec cette circonstance aggravante que Vinany avait fait le serment du sang avec M. Samat. D’après l’usage malegache qu’on connaît, il devait, au contraire, aide et protection à son frère de sang, même au péril de sa vie. Dans une autre circonstance, M. Samat, menacé d’être assassiné, fut prévenu à temps
par un autre frère de sang, celui-là plus loyal, et il put s’enfuir dans la nuit avec quelques esclaves fidèles, emportant ce qu’il pouvait avoir de plus précieux.
Nous reviendrons tout à l’heure sur les mœurs de ces rois de la côte australe.
Le territoire de Tsimanandrafsana, qui est une île, fournit de l’orseille, du riz rouge, du bois d’ébène, du bois de rose, du bois de palissandre, du bois de sandal, du maïs, du manioc, des patates et des bananes. Les objets d’échange sont les mêmes qu’à Mahitérane.
La province du Ménabé est la partie de Madagascar qui produit les plus beaux bœufs.
Moroundava , poste ho va, est à trente-huit milles dans le sud. Ici le Hova a la tête basse. Ce poste est peu considérable et les soldats de la reine s’y trouvent enveloppés d’une population sakalave qui les a déjà mis à la raison. On y traite des bœufs, des peaux, du maïs, de l’orseille. Les droits sont perçus à raison de 10 pour 100 à l’entrée et à la sortie, selon le tarif des Hovas; mais la rivière n’est accessible qu’à de petits bateaux. L’autorité des Hovas s’arrête à la rivière Ankoba. Nous devons dire que c’est à tort qu’on donne le nom de Mouroundava, qui est une rivière , au village situé à son embouchure , et qui en réalité s’appelle Ambondrou. La poste hova dont nous venons de parler, et qui est à deux heures de marche dans l’intérieur, porte le nom d’Andakabé.
A trente milles au sud est la rivière Mangoky ou Kitomba, dont la pointe sud forme le cap Saint-Vincent. On y traite des pois du Cap et du maïs, de septembre à fin d’octobre.
Au sud de cette rivière est le territoire de Soumonga, roi de Morombé. Soumonga a été tué, en 1856 ou 1857, dans une guerre avec les rois bares. C’est Eéandy, roi bare, qui l’a tué d’un coup de sagaye. Il a eu pour successeur Tafara-Manjaka ; mais ce dernier vient d’être détrôné par le fils de Soumonga.
A partir du cap Saint- Vincent commence une chaîne de récifs et d’îlots qui s’étend jusqu’à la baie des Assassins. C’est au sud du cap Saint-Vincent que se trouve le village de Morombé, où, le 8 avril 1852, fut massacré, par le roi Soumanga, le capitaine
Kaspéro, de Marseille, commandant le brick la Grenouille , avec une partie de son équipage.
On est obligé de faire remarquer que ce crime, commis sur des Français, est demeuré impuni.
Le pays est pauvre en denrées et même en bœufs. Il n’a que de l’orseille et un peu de maïs. On y trafique des cauris, petit coquillage qui sert de monnaie à la côte occidentale d’Afrique. Il y a quelques années, on y a traité des tripangs, espèce de ver de mer assez gros, dont les Chinois sont très friands (1).
Au sud du cap Saint- Vincent commence la province de Fiéérègne, qui se termine à la partie nord de la baie de Saint- Augustin.
Le sud de la rivière Antabato est au nord de la limite du territoire de Lahimerisa, roi de Tuléar dont le m’ai nom est Tolia; le village de Saint-Augustin est sa limite au sud. La résidence royale se trouve dans le haut de la rivière Manombé : c’est là qu’est la sépulture des ancêtres du roi. Les naturels n’osent visiter ces sépulcres ; car si l’un d’eux venait à tomber, il serait massacré à l’instant, parce qu’on le regarderait comme condamné par Dieu.
Nous avons indiqué au chapitre premier la topographie de Tuléar. Voici quelques aperçus sur son commerce.
Les principaux produits de Tuléar sont les pois du Cap et le maïs. Il y a des années où l’on peut traiter jusqu’à 1,500 tonneaux de pois et 300 ou 400 tonneaux de maïs. La patate, le manioc, la banane y sont en très grande abondance. A l’époque de la récolte des pois et du maïs, les Sakalaves chargent leurs pirogues de ces diverses denrées et vont les échanger dans le sud avec les Mahafales, qui manquent souvent de vivres. Ils rapportent de Forseille et des tortues qu’ils vendent aux traitants. On peut se procurer à Tuléar beaucoup de bœufs, qui descendent de chez les Bares, peuplade de l’intérieur qui , on se le rappelle , habite entre les Sakalaves et les Hovas.
(1) Cefc animalcule, Vholoturie, ressemble à un gros boudin noir. C’est une sorte de radiaire ou plutôt de molluscoïde de la classe des écbinodermes. Il y en avait, autrefois, beaucoup, dans les récifs de l’île Bourbon; les Chinois les ont mangés. D’après Bory de Saint-Vincent , on leur attribue une puissante vertu aphrodisiaque qui les fait rechercher des Chinois.
Les Bares , limitrophes des possessions du roi Lakimeriza , ne sont pas asservis aux Hovas. C’est une tribu nomade qui s’adonne au pillage et à l’élevage de troupeaux, dont le placement a lieu tantôt à la côte ouest, tantôt à la côte est. Tout récemment (10 septembre 1882), une vingtaine de ces bandits, conduits par Lahédangitsi, ont assassiné, à trente milles de la côte ouest, dans la localité de Tsondrohé, les sieurs Théodore Parent, créole de Bourbon, interprète, et Emerson, explorateur américain, qui allait s’assurer, en compagnie d’un autre voyageur, le sieur Hulîet (échappé comme par miracle au massacre), si la région S.-E. de Madagascar ne contenait pas des mines d’or. Les meurtriers ont commis des actes de sauvagerie sur les cadavres.
C’est de Tuléar qu’est importée presque toute la salaison de bœuf qui se consomme à l’île de la Réunion. Un beau bœuf coûte de 30 à 35 fr. en marchandises. La meilleure marchandise pour faire les achats de bœufs, c’est la poudre. Il est rare qu’un Malegache vende son bœuf sans qu’on lui donne un baril de poudre, qui vaut environ de 22 fr. 50 c. à 25 fr. Il faut y ajouter un karamasaï (petit paiement) qui se compose comme suit : 2 brasses de toile, 1 ou 2 marmites de 5 points, 50 balles, 50 pierres à feu, 200 clous dorés, 2 couteaux, 2 miroirs, 2 bouteilles de rhum. Dans les achats qui se font, il y a presque toujours un peu de rhum.
L’orseihe se vendant au poids , les traitants pèsent avec des romaines à cadran, seules balances qu’admettent les Malegaches. Les pois du Cap et le maïs s’achètent à la mesure ; la mesure ordinaire est une caisse vide de vermouth, qui contient 12 litres, en outre de l’emballage. Avant de commencer le pesage ou le mesurage, les prix que l’on doit payer sont arrêtés à l’avance, ainsi que le raverave qu’il faut y ajouter. Raverave veut dire : petit cadeau en sus du prix convenu (1).
Les naturels de ce pays, au dire des voyageurs, sont avides, rusés et vindicatifs (2).
Pour sortir de Tuléar, il faut profiter du matin, où souffle la brise de terre presque toujours. Il est préférable de sortir par la
(1) Revue maritime et coloniale; avril 1883.
(2) Voir, sur Tuléar, un article de M. A. Le Roy inséré dans le Bulletin de la Société des arts et sciences de la Réunion; 1875, p. 1 10.
passe du nord, à moins d’être dans la saison des vents du nord-est, car la passe du sud est plus longue et présente plus d’écueils à éviter.
A la côte sud de la baie de Saint- Augustin est le port de Salar, le seul bon mouillage de la baie. On est sur le territoire du roi Lahétafique, frère cadet et successeur de Reliai lie, roi de Salar et des Mahafales, mort l’année dernière, en janvier 1882.
Les productions de Salar sont les mêmes que celles de Tuléar.
Tout ce littoral du pays des Mahafales est stérile, surtout dans les années sèches. Dans les années pluvieuses, le pays produit un peu de maïs cafre, ou mapùiïbe, et un peu de woëmes. Aussi, les naturels, souvent privés de vivres et obligés de se nourrir d’un gâteau cuit au four, composé de cendre de bois mêlée au tamarin, sont-ils en général maigres et chétifs. Il n’est pas prudent de rester au mouillage de Salar pendant la mousson du nord, c’est-àdire de décembre à fin mars , car avec les vents du nord et du N.- 0. la mer devient très grosse. En 1858, le Fulton, la Jeune-Laure et la Fauvette furent jetés à la côte dans ces parages inhospitaliers. Le capitaine Leroux , de la Fauvette , en voulant défendre son navire contre les naturels, fut tué d’un coup de sagaye. Encore un crime a ajouter à tant d’autres et que le gouvernement français a laissé impuni !
Nossi-Vey (île de sable) est une petite île située à environ trois milles à l’ouest de la pointe de Salar, par 23° 33' de latitude sud et 41° 26' de longitude est. Il y a un très bon mouillage dans l’est de cette île. Elle est bordée de récifs au sud, à l’ouest et au nord. Les maisons qui font le commerce sur cette côte ont actuellement leurs magasins de dépôt sur cette île. C’est une bonne précaution, car en cas de pillage ou d’incendie à la Grande-Terre, on est moins exposé. En outre, les naturels, n’ayant pas une grande quantité de marchandises sous les yeux, sont moins tentés de piller. Pour aller à Nossi-Vey, c’est tout un voyage à faire, à plus forte raison pour les gens de l’intérieur.
C’est le roi de Salar qui commande les pillages, les vols, les massacres, ainsi que les gens de son entourage. C’est le feu roi Réfiaille lui-même qui, l’année dernière, au récit du capitaine Cavaro , a pillé et incendié le magasin de M. Lakermance , négo-
ciant à Salar. Il était venu de l’intérieur de son royaume pour accomplir ce haut fait.
Les peuplades du bord de la mer sont moins portées à faire du mal aux traitants que les Sakalaves de l’intérieur. Cela se comprend aisément ; elles trouvent à s’employer soit comme renfort d’équipage à bord des navires au mouillage, soit comme marins sur les caboteurs et chaloupes qui voyagent le long de la côte en quête de denrées, et qui, par leur faible tirant d’eau, pénètrent là où les grands navires ne peuvent aborder. Les hommes qui habitent le bord de la mer sont appelés Vèzes (qui nagent), par ceux de l’intérieur et ceux-ci sont désignés par les gens de la côte sous le nom de Machicores ou Mazikouras, ce qui veut dire gens de V intérieur.
Pour atteindre le mouillage de Nossi-Vey en venant du large, on peut contourner le récif au nord ou passer au sud entre les récifs de l’île et le grand récif qui borde la côte vers le sud, où il y a 6 a 8 brasses d eau. On vient mouiller en face des magasins Par 6 ou 7 brasses de fond. Cette île n’a pas d’eau douce. On est obligé d avoir de l’eau en réserve dans des barriques ou des pièces en tôle. Nossi-Vey est considérée comme appartenant moitié à Laiymériza, moitié à Lahitafique. Pour l’habiter, il faut faire un cadeau aux deux rois.
A partir de Kossi-Vey, en remontant vers le sud jusqu’à la pointe de Languevatte, la côte est bordée d’un récif continu, ce qui la rend inaccessible. Il n’y a d’eau en dedans que pour les pirogues du pays.
La partie de Mazikoura située au bord de la mer est divisée en deux petits royaumes dont l’un appartient à Ibara, roi d’Ampalaze, et 1 autre à Laïsalam, roi d’Itampoul et de Langrano.
La baie de Mazikoura forme le milieu et la limite de ces royaumes;^ mais le village de Mazikoura lui-même appartient à Ibara, roi d’Ampalaze. En face de la rade de Mazikoura est File de Baîacouta. Cette lade est entourée d’une chaîne de récifs ne présentant qu une passe, par où entrent et sortent les navires. Le mouillage est en face d’un bouquet d’arbres par 6 à 7 brasses de fond. Le commerce a abandonné ce petit port, depuis qu’en 1861 le chef du village, Antine, fit empoisonner M. Dumoulin, représentant de la maison Rontaunay, de Bourbon.
Tous les habitants de ce village sont d’origine sakalave. Chassés de Tuléar par le père du roi Lahimerisa, ces habitants, dit le capitaine Cavaro, sont des bandits de la pire espèce.
Le seul commerce de ces parages est celui de Porseille et de l’écaille des tortues de terre et de mer. Il y a passage pour un grand navire entre les récifs de Mazikoura et l’île Baracouta.
Le port d’Ampalaze fait le même commerce que Mazikoura. Dès 1851, M. Dumoulin aîné et deux employés à ses ordres y furent égorgés par les naturels ; l’établissement fut pillé et incendié.
Quant à Laïsalam, roi d’Itampoule et de Langrano, et successeur de son père Bibili, son territoire s’étend de la pointe de Languevatte et remonte jusque dans la rade de Mazikoura.
Les seuls produits d’Itampoule consistent, comme à Mazikoura, en orseille et tortues, que l’on échange, comme partout ailleurs, avec les mêmes objets de troque, poudre, fusils, etc., et de plus, au moyen de vivres (le pays en étant dénué), tels que manioc, maïs, pois du Cap, que les traitants prennent à Tuléar et à Saint- Augustin. La tenue pour les navires mouillés en rade d’Itampoule est assez bonne, mais seulement avec les vents du sud; lorsqu’il y a apparence de vent du nord, il est prudent d'appareiller. La maison Aubert, de Bourbon, y a possédé un établissement pendant quelques années ; mais elle a été obligée de l’abandonner par suite des demandes continuelles et comminatoires des naturels, qui, chaque mois, en l’absence de navires de guerre français, pour protéger nos traitants, se présentaient afin d’obtenir une contribution forcée de cinq ou six cents francs de marchandises.
Nous avons dit que le commerce principal des Sakalaves de la côte occidentale était celui de l’orseille. On peut en extraire cent cinquante mille kilogrammes par an, de la valeur de cent soixante mille francs. Le port de Marseille seul en reçoit de Madagascar pour un million par an. Puis viennent les légumes secs et le maïs , dont on peut tirer deux mille tonneaux, au prix de cinq cent vingt mille francs. Citons encore les tortues, les salaisons, les cuirs, les tripangs, l’écaille, représentant une valeur d’environ soixante mille francs.
D’après l’article 14 du traité avec la France du 8 août 1868, aucune denrée n’est prohibée, ni à l’entrée ni à la sortie, sauf
l’importation des armes et munitions de guerre, que la reine, par le même traité, s’est réservée exclusivement, ainsi que l’exportation des vaches et des bois de construction.
A l’exportation, les droits sont perçus à raison de 10 pour 100 ad valorem , d’après un tarif arrêté de concert entre les consuls européens et le premier ministre.
Voici les principaux articles de ce tarif.