CHAPITRE IY
Sommaire : Anciens établissements français de Madagascar. — Le fort Dauphin. - Sainte-Luce. — Tamataye. — Foulepointe. — Fénérifie. — La Pointe-à-Larrée. Louisbourg. — Tintingue. — Le Port-Choiseul. — L’île Marosse. — L’île Sainte -Marie.
Sa situation géographique. — Le Port-Louis. — L’îlot Madame. L ile aux Forbans.
L„ baie de Lokensy. — Baies et côtes de Sainte-Marie. — Sa constitution géologique. — Bois, cours' d’eau. — Villages. — Climat de Sainte-Marie. — Observations thermométriques. — Pluies d’orage. — Vents généraux. — Brise du sud et du sud-est.
Brises d’ouest. — Brises du large. — Végétation. — Culture. — Bétail. Industrie
des Malegaches de Sainte-Marie. — Pêche. — Commerce de Sainte-Marie. — Sa population. — Son gouvernement et son administration. — Forces militaires. — Finances. Le mouvement commercial de Sainte-Marie est stationnaire et restreint.
— Cause de cet état de choses. — Principe politique consacré depuis les événements de 1815, par la conservation de Sainte-Marie, eu égard à nos droits de souveraineté sur la grande ile de Madagascar. — Commerce de la côte orientale de Madagascar. — Exportations et importations. — Transactions par voie d’échanges. — Mouvement de la navigation entre Madagascar et l’île Bourbon. — Vohémar. — Tamatave. ■ Foulepointe. — Diego-Suarez. — Fin du chapitre quatrième.
Nous avons vu, par le récit des événements qui ont occupé la première partie de cet ouvrage, que ce fut sur la côte orientale de Madagascar que les Français fondèrent les premiers établissements qu’ils ont successivement formés dans l’île de Madagascar. Il n’est pas inutile de jeter rapidement un coup d’œil d’ensemble sur ce qu’ont été, dans le passé, ces diverses colonies et ce qu’est aujourd’hui notre île antique de Sainte-Marie.
Parmi nos anciens comptoirs se plaçaient en première ligne : le fort Dauphin, Manghafia ou Sainte-Luce, Tamatave, Foulepointe, Fénériffe, l’île de Sainte - Marie , la Pointe-à-Larrée (en malegache antsiraTca), Tintingue, Louisbourg et quelques autres comptoirs dans la baie d’Antongil, notamment ceux de Manahar, de Marancette on Port-Choiseul et de l’île Marosse. Plu-
sieurs autres points, au nombre desquels se trouvent Angontsv et les bords du Fanzahère, ont, en outre, été habités plus ou moins longtemps par les Français.
. De, ces différents établissements, l’île de Sainte-Marie est aujourdhui le seul que nous occupions en réalité, depuis 1832 le seul ou flotte encore à demeure le pavillon français. Xe fût-ce que par sa position politique, Sainte-Marie mérite que nous consacrions à sa géographie un chapitre particulier.
La Pomte-à-Larrée, à Madagascar, est située à une lieue environ de la côte occidentale de Sainte-Marie. La mer est très calme en cet endroit. La grande quantité de riz que produisait autrefois le territoire de la Pointe-à-Larrée y attirait beaucoup de navigateurs; mais, depuis la guerre de 1829, toute la partie de la cote avoisinant Sainte-Marie est presque déserte.
1 oulepointe est une petite ville commerçante, à dix lieues de Sainte-Marie. Le port de Foulepointe est formé par des récifs qui rompent la mer et mettent les vaisseaux à l’abri des grosses lames.
I peut contenir dix vaisseaux, mouillés à la suite les uns des autres, par un fond de dix à douze mètres. Xous en avons déia parle plus haut. J
La ville de Tamatave est, comme on l’a vu, le siège d’un commerce assez considérable en riz et en bœufs, que l’on y échange contre des marchandises d’Europe. Son port oflre aux navires un abri assez bon, lorsque les vents de sud et de sud-est régnent. Xous en avons également parlé déjà.
De tous les points de la côte orientale de Madagascar, Fénériffe est celui qui produit la meilleure qualité de riz et un de ceux où on le récolté en plus grande abondance. Quoique la rade de Fénériffe soit ouverte et peu sûre , elle est cependant fréquentée par les navires du commerce, parce que les transactions s’y font plus facilement qu’à Foulepointe.
, Le fort Dauphin est situé, ainsi que la baie de Manghafia ou Sainte-Luce, dans la province d’Anossy. La rade du fort Dauphin, quoique moins belle que celle de Tintingue, est d’un facile accès et pourrait être mise à l’abri de tous les vents, au moyen d’une jetée dont la construction serait peu dispendieuse. Sur ce point de la côte, la mousson étant presque constamment du nord-est,
les communications avec la Réunion sont toujours favorisées parle vent le plus propice ; c’est ce qui n’a pas lieu sur le reste de la même côte, en remontant jusqu a Sainte-Mai ie.
L’établissement français formé, en 1774, dans la baie d’Antongil, par le comte Benyowski, comprenait le port de Manahar, Marancette ou Port-Choiseul, Louisbourg et File Marosse. Le port de Manahar se trouve à l’entrée de la baie d’Antongil, au nord du cap Bellone. Le Port-Choiseul ou Marancette est situé au fond de la même baie. C’est en cet endroit que s’élevait Louisbourg, siège principal de l’établissement. Le Port-Choiseul est sur et commode et peut recevoir plusieurs vaisseaux.
L’île Marosse est située à environ deux lieues de Marancette ; elle a deux à trois lieues de circuit et possède deux excellents mouillages. Le sol en est très fertile et ses communications avec le Port-Choiseul sont très faciles, au moyen de chaloupes et de canots.
Quant à Tintingue , nous n’en dirons rien qui n’ait été exposé déjà, lors des explorations qui en furent faites et dont nous avons traité en détail.
L’île Sainte-Marie, que les Malegaches nomment Nossi-Bourahé ou Nossi-Ibrahim, est, ainsi qu’on l’a déjà vu également, séparée de la côte orientale de Madagascar par un canal large d’une lieue et un quart dans sa partie la plus étroite , vis-à-vis de la Pointe-à-Larrée et de quatre lieues vis-vis de Tintingue. Flacourt l’a décrite ainsi : « Elle a, dit-il, un port et une baie excellente pour y mettre à l’abri de grands navires, proche un islet. C’est là aussi qu’on rencontre les plus beaux rochers de corail qui se puissent voir au monde et où se trouve aussi une infinité de beaux coquillages que les nègres vont chercher, pour les vendre aux Français. » Le vieil historien vante ensuite les cultures, celles du riz, du tabac, des cannes à sucre et la bonté de la terre, malgré les pluies. Huit Français y étaient établis de son temps et paraissaient y vivre heureux et unis.
L’île est une étroite bande de terre dirigée obliquement du N.-N.-E. au S.-S.-O., parallèle à la côte de Madagascar, dont la sépare comme on vient de le dire, un canal d’une largeur moyenne de 6 à 8 milles. Son extrémité nord est située par 16° 40' lat. sud
et 47° 55' long, est; son extrémité sud, par 17° 8' lat. sud et 47° 32' long, est; sa partie moyenne par 16° 54' lat. sud et 47° 39' 30" long. est.
Sa longueur est d’environ 50 kilomètres ; sa largeur atteint à peine, en moyenne, 3 kilomètres ; sa superficie peut être évaluée à 15,500 hectares. Dans les trois quarts environ de son pourtour, au sud, à 1 est et à l’ouest, l’île est entourée d’une ceinture de polypiers formant ce qu’on appelle le récif. Cette ceinture est beaucoup plus éloignée à l’est, où, sur quelques points, elle se compose de 2 ou 3 bancs de coraux, ce qui rend la navigation dangereuse sur cette côte. Trois passes, toutefois, sont praticables pour les vaisseaux.
Un canal sépare au sud une petite portion de terre appelée : 1 Ile aux nattes ou 1 Ilet , qui peut avoir huit kilomètres de tour.
Sainte-Marie a dû constituer jadis la base de l’étage est des chaînes qui vont s’élevant progressivement de la côte de Madagascar au plateau supérieur de cette grande île. Le parallélisme est évident ; son sol est de la même nature géologique ; il se compose de plusieurs séries de mornes à directions semblables, réunies entre elles par d’autres chaînes secondaires et dont le point culminant, situé au centre, atteint au plus une altitude de 50 mètres. Les flancs de ces mornes sont généralement ardus ; les espaces qu ils laissent entre eux , profonds et étroits en général , servent d’écoulement aux eaux pluviales. Dans les points où cette profondeur atteint le niveau de la mer, la rencontre des eaux pluviales et des eaux salées a donne lieu à la formation de terrains d alluvion composés de débris de roches , de sable calcaire des récifs et de détritus végétaux alternativement recouverts et abandonnés par les eaux. Les ravines ou espaces entre les mornes sont donc ou des lits de ruisseaux, ou des marais d’eau douce, ou de véritables marais à peine émergés recouverts dans les grandes eaux.
Nous avons donné, dans un des chapitres du premier livre , tous les détails concernant l’histoire politique de Sainte-Marie. Le lecteur a eu sous ses yeux le texte même de la concession qui en fut faite à la France, le 30 juillet 1750, par Béty, fille du roi de cette île ; nous avons , ensuite , raconté les premiers commence-
ments et les développements successifs de cette colonie modeste , mais dont la destinée a été de représenter et de personnifier, pour ainsi dire, la gardienne fidele de nos droits de souveraineté sur Madagascar. Le lecteur connaît déjà la reprise de possession de l’île, le 15 octobre 1818, par M. le baron de Mackau, à bord de la flûte le Golo, et celle de Tintingue, opérée par le même officier, le 4 novembre suivant , en présence de tous les naturels du pays et avec leur assentiment exprimé dans un kabar. Il connaît également les deux voyages de Sylvain Roux, son administration, sa mort, son remplacement par M. le commandant Blévec et 1 énergique protestation de celui-ci , à l’époque de 1 invasion de Radama à Foulepointe, etc. Pour n’avoir point à répéter inutilement les mêmes détails nous ne pouvons que renvoyer le lecteur au chapitre dont il s’agit. Il y trouvera même des informations générales sur la topographie et le climat de Sainte-Marie, d’apres 1 avis des explorateurs que l’administration française y a envoyés à diverses reprises, avant de s’y établir définitivement.
Le canal qui sépare Sainte-Marie de la Grande-Terre n’est, à proprement parler, qu’une rade continue, vaste, sûre et dont la tenue est excellente. Au sud de la Pointe-à-Larrée , on peut y mouiller partout ; et , comme les récifs qui bordent l’île sont accores, les navires peuvent s’en approcher de fort près. Il est facile d’y appareiller en tout temps.
La principale baie de l’île Sainte-Marie est le Port-Louis. Au milieu de l’entrée, se trouve un îlot appelé par les Français îlot Madame , par les naturels Louquez, et qui peut avoir 300 mètres dans sa plus grande longueur et 125 mètres dans sa plus grande largeur. Cet îlot, qui est le siège de l’administration, défendu par quelques fortifications et armé de batteries, renferme les casernes, l’hôpital, les magasins de l’artillerie et les chantiers du gouvernement. Au milieu même du Port-Louis, au sud-est de l’îlot Madame, s’élève un îlot rocheux et stérile appelé Y île aux Forlans; une jetée en pierres sèches, construite en 1832, le réunit à la côte de Sainte-Marie. L’îlot Madame est entouré d’un chenal profond qui forme, de chaque côté, une passe par laquelle on entre dans la baie. La passe du sud-ouest, nommée passe des Pêcheurs, n’ayant que très peu de largeur et deux ou trois mètres de pro-
fondeur, ne peut servir qu’à des embarcations. La passe du nordest , étant plus large et plus profonde , peut donner entrée à des frégates. C’est ce chenal qui forme le petit Port-Louis. Plusieurs navires peuvent y mouiller en sûreté pendant presque toute l’année, en prenant quelques précautions, lorsque les vents soufflent avec force , ce qui est peu commun. Il existe, du reste, dans le port une aiguade commode qui fournit de l’eau assez bonne. Les navires en danger peuvent venir se mettre à l’abri dans le port et, au besoin, s’y faire réparer.
Ce port est malheureusement trop peu connu, car, par sa position sur la route des Indes et sous le vent des colonies de la Réunion et de Maurice, il peut rendre les plus grands services. C’est, dans tous les cas, une question d’autant plus importante à examiner que, par sa proximité de régions très fertiles et par suite du développement que prend tous les jours le commerce avec Madagascar, Sainte-Marie est appelée à devenir forcément un centre ’ d’entrepôt pour les riches produits de la partie est de la grande île indienne.
On trouve encore de bons mouillages sur plusieurs autres points de la côte ouest de Sainte-Marie, notamment dans la baie de Lokensy, laquelle est située vis-à-vis du port de Tintingue et peut recevoir les plus gros vaisseaux. Cette baie a seulement l’inconvénient d’être ouverte aux vents du nord et du nord-est. On y trouve de l’eau douce d’excellente qualité et en grande abondance.
M. le docteur Yhnson , qui a visite Sainte-Marie il y a une vingtaine d’années, en a donné la charmante description qui suit :
« La France a, dans la possession de Sainte-Marie, le plus joli petit établissement que l’on puisse voir et la position militaire la plus heureuse, à l’égard de la côte orientale de Madagascar. C’est la forteresse naturelle qui commande toute cette plage. Un port se creuse au centre meme de cette petite île dans sa partie occidentale. L’intérieur du bassin présente un riant paysage : des plans inclinés, chargés d’une végétation tropicale, descendent dans une mer bleue et calme, emprisonnée par des collines ; deux petites îles, jetées çà et là sur ses bords, ressemblent à des pyramides de verdure. L’eau dort dans cette enceinte tranquille en ré-
fléchissant les bois et les rochers d’alentour : on dirait un décor d’opéra. Ici, une jetée en corail blanc s’avance vers l’îlot Madame et permettrait, à l’aide d’un pont-levis ou tournant, de fermer totalement l’entrée du port. Sur le rivage de la baie qui précède le port se déploie le village allongé d’Amboudéfput, avec ses haies de natchoulis et une longue avenue de manguiers. Une aiguade, alimentée par un ruisseau , y verse sans cesse une eau limpide et pure (1). »
Il n’y a de cultivable à Sainte-Marie que la zone étroite qui se trouve au milieu de l’île et qui forme environ le cinquième de la totalité de sa superficie. C’est la seule portion du territoire que les naturels cultivent régulièrement et elle leur appartient en propre.
La chaleur et l’humidité du climat de Sainte-Marie paraissent très favorables à toutes les cultures coloniales, excepté peut-être à celle du cotonnier.
Le sol de l’île renferme, du reste, beaucoup de fer et l’on y trouve en abondance les matériaux propres aux constructions, tels que pierres, chaux, terre à brique, etc. Les bois de Sainte- Marie occupent une surface de 20 à 30,000 hectares. Us se trouvent, en grande partie , situés vers le centre de File , dans la partie la plus large et suivent deux zones longitudinales, courant dans la même direction que l’île. Le terrain où ils croissent est ferrugineux ou quartzeux et, par conséquent, de médiocre qualité. D’autres portions de bois, composées de nattes, de takamakas , de filaos , de porchers , de badamiers et de quelques autres arbres moins précieux, entremêlés à une foule d’arbrisseaux, bordent le rivage de la mer, partout où il offre une plage de sable. Le badamier est un arbre propre au Malabar ( terminalia catalpa ) et qui donne des amandes exquises produisant une huile très douce.
L’île de Sainte-Marie est trop peu étendue pour qu’il s’y rencontre des rivières et, si quelques ruisseaux y portent ce nom, ils le doivent uniquement à l’élargissement de leur lit vers leur embouchure , élargissement formé, en grande partie, par les eaux de la mer. Le sol de l’île étant très montueux , les sources y sont fort abondantes, et les eaux de bonne qualité. La rivière du Port,
(1 ) Voyage à Madagascar, page 480.
qui est le plus important de ces cours d’eau, éprouve , assez loin de son embouchure, l’effet de la marée ; une lieue plus haut, elle a une vitesse dont la moyenne peut être évaluée à près d’une lieue à l’heure.
Les Malegaches de Sainte-Marie habitent, comme les blancs établis dans l’île', des cases en bois, couvertes en feuilles de ravinala; ces cases sont petites, mais proprement construites. Les villages de l’île , dont le nombre est de trente-deux, sont répandus sur le bord de la mer et dans l’intérieur (1).
Les indigènes de Sainte-Marie bâtissent, en outre, dans l’intérieur, où se trouvent leurs plantations de vivres, des cases, dont la quantité augmente beaucoup à l’époque de la récolte ; il arrive parfois, alors, que la population tout entière s’y trouve concentrée.
La population de Sainte-Marie s’élève à 7,177 individus, comprenant 3,492 hommes et 3,685 femmes; il y a 1,202 garçons au-dessous de 14 ans et 1,271 filles. La population flottante s’élève à 25 personnes. Le nombre des naissances s’est élevé à 200 en 1879 et à 191 en 1880 ; le nombre des décès a été en 1879 de 126 et en 1880 de 255; cette augmentation de la mortalité provient d’une épidémie de laryngite qui a sévi dans la colonie. Il y a eu huit mariages en 1880. Il y a dans l’île deux écoles (garçons et filles), qui coûtent annuellement 8,240 francs, tant pour le personnel que pour le matériel. Le culte catholique y est desservi non par les missionnaires de Madagascar, mais par des prêtres envoyés de la métropole. Pour se rendre de la Réunion à Sainte- Marie, il faut, d’avril en novembre, douze à quinze jours, parce qu’alors la mousson est du sud-est; mais, de novembre en avril, les vents de la mer reversant du nord-est, les traversées sont beaucoup plus courtes.
(1) Les rapports de Sainte-Marie, avec la grande île ( Hiéra-Bè ) sont aujourd’hui relativement faciles ; mais, du temps de Ranavalo Ire, elles l’étaient beaucoup moins. Quand une femme de Sainte-Marie traversait le canal qui la séparait de la Pointe-à-Larrée et mettait le pied sur le sol de Madagascar, elle était immédiatement saisie et attachée à un arbre, où elle mourait, percée de coups de sagayes ; si c’était une transfuge qui revenait, ses parents étaient chargés de l’exécution et elle était , alors, accomplie avec la même férocité.
Le climat de l’île Sainte-Marie est, à peu de chose près, le même que celui de la côte orientale de Madagascar, dont elle est si voisine. Le thermomètre monte en janvier et en février à 37° 1/2 centigrades, au milieu du jour et se maintient généralement durant les autres parties de la journée, entre 31° et 33°; pendant la nuit et le matin au lever du soleil, il descend quelquefois à 21° et même à 20°. C’est à cette époque que les pluies d’orage font déborder les ruisseaux et les rivières qui inondent tout le pays.
A Sainte-Marie, en particuüer, pendant la saison pluvieuse , les vents généraux soufflent du sud-ouest au sud-est, quelquefois d’est et de nord-est, surtout en février et mars; mais assez rarement. Pendant la saison sèche, ils soufflent du sud-est, de l’est, du nord et du nord-est; quelquefois, la brise vient de la partie du sud et du sud-ouest. Quant à la brise d’ouest, c’est-àdire celle qui vient de la Grande-Terre , elle souffle presque toutes les nuits et le matin ; la brise du large ne s’élève qu’à midi.
Pendant la saison sèche , les brises sont assez généralement faibles dans l’île; le ciel est serein ou légèrement nuageux, tandis que, dans la saison pluvieuse, les brises sont presque toujours très fortes.
La végétation est très vigoureuse à Sainte-Marie. Le climat chaud et humide de l’île y favorise également le développement des plantes, sur les montagnes et dans les vallées : dans celles-ci, cependant, la production est ordinairement plus active, et la terre végétale, que les pluies ne cessent d’y apporter des sommités voisines, en maintient le sol longtemps fertile. Si leur peu de largeur ne rendait pas les vallées de Sainte-Marie trop humides, elles mériteraient la préférence sur toutes les autres localités; mais cet inconvénient fait qu’elles ne sont guère propres qu’à la culture du riz, du bananier et de la canne à sucre.
Diverses espèces d’arbres propres aux constructions navales et aux constructions civiles croissent en abondance dans les forêts de l’intérieur de Sainte-Marie. Les autres végétaux de l’île sont, du reste, semblables à ceux de Madagascar.
Les premiers essais de culture tentés à Sainte-Marie par les Européens, depuis la dernière reprise de possession, remontent à
1819. A cette époque, diverses personnes se réunirent pour y entreprendre la culture en grand du café, du girofle et de quelques autres denrées coloniales. Plusieurs habitations s’élevèrent alors 'dans l’île; mais, en 1829, l’essor qu’avait pris la formation de ces établissements s’arrêta et il n’existe plus, aujourd’hui, à Sainte-Marie, que quelques habitations et quelques plantations produisant un peu de girofle, de café, de sucre et des vivres. Néanmoins, la production sucrière y a atteint le chiffre de 359,089 kilogrammes.
Tant qu’ils ont pu librement communiquer avec la Grande- Terre, les naturels de Sainte-Marie se sont peu occupés de plantations. Adonnés par goût à la pêche, ils y trouvaient une partie de leur nourriture, et ils se procuraient le reste en boucanant le poisson qu’ils ne consommaient pas et en l’échangeant à la Grande-Terre contre le riz nécessaire à leurs besoins. Leurs cultures se réduisaient alors à un petit nombre de rizières humides établies dans le fond des vallées. Mais, depuis que le commerce avec la côte orientale de la Grande-Terre leur est interdit par les Hovas et que leur nombre s’est doublé par l’arrivée des réfugiés de cette partie de Madagascar, la nécessité les a contraints de se livrer à la culture des terres et leurs plantations se sont rapidement accrues. Ils cultivent le riz, le manioc, les ambrevades, diverses faséoles, les patates, plusieurs espèces d’ignames et quelques autres racines nutritives, qui forment la base de leur nourriture. Leurs récoltes en riz excèdent même de beaucoup leurs besoins.
On a successivement introduit à Sainte-Marie la canne à sucre, le cocotier, le giroflier, le caféier et toutes les espèces coloniales de légumes, qui, sans préparation, s’y sont acclimatées aussitôt. On y trouve, en outre, la plupart des arbres et arbustes de Madagascar, le badamier, l’aréquier, le tamarinier, le bois de fer, l’hibiscus, le manguier, qui, dans ses variétés, donne trois sortes de mangues, l’aloès, le piment, les ra vénales, les fougères, etc. L’ananas y est de qualité supérieure et très abondant. On a introduit récemment dans la colonie la ramie, qui peut être substituée au rafia, pour la confection des tissus à l’usage des indigènes.
La faune y reproduit à peu près les espèces de la grande île :
on y voit des hérons, courlis, poules d’eau, poules sultanes, cailles, sarcelles, hirondelles de mer, fous, pluviers, merles huppés, martins-pêcheurs, cardinaux, perruches , pigeons bleus, verts, rouges, pintades, tourterelles, oiseaux-mouches, etc. Les poissons y foisonnent. Outre le requin, hôte dangereux qui parfois fait des victimes, nous indiquerons l’anguille, l’espadon, la dorade, la raie, la sole, la plie, le rouget, le cabot, le mulet, le gourami, importé de Bourbon, et, parmi les crustacés et madrépores , le crabe, la langouste, l’huître, la moule, des coquillages superbes et des coraux de toute beauté.
Le bétail, très rare autrefois à Sainte-Marie, commence à y devenir plus commun. Les chefs et les principaux Malegaches possèdent de petits troupeaux de bœufs, qui leur sont très utiles pour la préparation de leurs rizières. Néanmoins, quelle que puisse être, par la suite, la propagation de l’espèce bovine à Sainte-Marie, le peu d’étendue des bons pâturages s’opposera toujours à ce que cette espèce se multiplie assez pour fournir à l’établissement le nombre de bœufs nécessaires à son approvisionnement et l’on sera toujours forcé d’acheter le surplus à la Grande-Terre. Les bœufs qu’élèvent les Malegaches appartiennent à l’espèce appelée zébu, que M. Grandidier a nommé Bos Madagascariensis. Ils ressemblent aux bœufs de France par la .taille, et par la forme de leurs cornes; mais ils en diffèrent par la loupe graisseuse qu’ils portent sur le cou et par la saveur un peu musquée de leur chair. Dans les bons pâturages, il y a de ces bœufs qui pèsent jusqu’à 450 kilogr. On en fait une très grande consommation à la Grande- Terre. Cette espèce paraît peu propre aux travaux de l’agriculture : cependant, on s’en sert à Bourbon pour les charrois des sucreries.
• L’industrie des indigènes de Sainte-Marie ne diffère pas de celle des Malegaches en général ; la presque totalité des objets nécessaires à la consommation et aux besoins journaliers de ses habitants y est apportée des îles Bourbon et Maurice. La population indigène de l’île est d’un grand secours pour nos bâtiments de guerre et de commerce et, même, pour les paquebots des Messageries maritimes qui font le trajet d’Aden à l’île Maurice. Cette population côtière de Sainte-Marie est intelligente et vigoureuse.
Tout le commerce que File Sainte-Marie fait avec Bourbon, Maurice et Madagascar, est entre les mains de cinq des principaux négociants, qui y sont établis. Les autres traitants ne trafiquent qu’avec la population indigène.
Les objets importés à Sainte-Marie, de Bourbon et de Maurice, sont des toileries de toute espèce d’origine française, des rhums, du sel, des marmites de fonte, de la faïence, de la verroterie , de la mercerie et des objets de consommation et d’habillement pour les blancs. Une partie de ces articles se vend sur les lieux ; le reste est porté à la Grande-Terre, pour y être échangé contre les productions du sol ou de l’industrie malegache. La valeur de ces importations varie, chaque année, suivant le degré de facilité que présentent les relations commerciales avec la côte orientale de
Il en est de même des exportations de Sainte-Marie pour ces deux colonies, lesquelles se composent de sucre, de riz et de bœufs provenant de la Grande-Terre, de volailles, de poisson, de peaux de bœuf, d’écaille de tortue, de pagnes, de rabanes, de nattes, de bois divers en petite quantité, d’huile de baleine, de girofle, de quelques objets d’histoire naturelle, surtout de coquilles très recherchées par les marins et de divers ustensiles, armes, etc., fabriqués par les Malegaches. Ces objets sont expédiés à Bourbon, et vendus aux capitaines des navires qui viennent y commercer.
Sauf le riz et les bœufs provenant de Madagascar et quelques articles achetés sur les lieux aux habitants et aux navires marchands, c’est Bourbon qui fournit les approvisionnements en vivres, liqueurs, habillements, etc., nécessaires à l’établissement de Sainte-Marie.
Le commerce de Sainte-Marie se faisant presque entièrement par échange, les importations et les exportations ordinairement se balancent à peu près. En 1882, le chiffre des importations s’est élevé à 181,602 fr., et celui des exportations à 110,000 fr. Il est entré à Sainte-Marie 326 navires français, jaugeant 9,300 tonneaux, et 117 navires étrangers, jaugeant 737 tonneaux. Il est sorti 308 navires français, jaugeant 9,400 tonneaux, et 160 navires étrangers, portant 654 tonneaux.
L’île Sainte-Marie de Madagascar est une des dépendances de la Réunion. L’administration de ces dépendances est réglée par l’ordonnance royale du 21 août 1825, relative au gouvernement de l’île Bourbon et par un décret du 27 octobre 1876.
Le commandement en chef de Sainte-Marie est confié à un commandant particulier, placé sous l’autorité du gouverneur de Bourbon. Un conseil d’administration, composé du commis de marine chargé du service , d’un chirurgien de la marine et du maître de port, assiste le commandant de Sainte-Marie dans l’exercice de ses fonctions. Le commis de marine faisant partie de ce conseil est particulièrement chargé des revues, des fonds, de l’état civil et des fonctions de notaire. Le conseil privé de Bourbon connaît de toutes les affaires de sa compétence qui concernent les possessions françaises de Madagascar.
Sons le rapport de la législation et de l’administration de la justice, l’île Sainte-Marie de Madagascar est également soumise aux lois et ordonnances qui régissent l’île Bourbon. Le commandant est juge civil, juge de simple police et juge correctionnel. Les crimes commis dans l’île sont déférés à la cour d’assises de la Réunion (1). Les forces militaires de Sainte-Marie ne présentent qu’un effectif d’environ cent cinquante hommes.
Voici la statistique judiciaire pendant les années 1879 et 1880.
Affaires civiles . 29 16
— commerciales. . . . 2 19
— de simple police . . 46 33
— correctionnelles . 34 55
Moyennant une subvention de 62,050 fr. que le budget de la Marine (Service colonial) fait chaque année à la dépendance, Sainte-Marie pourvoit à toutes ses dépenses. Cependant, on a
(1) Pour tout ce qui est relatif à l’organisation administrative des colonies en général, on consultera avec fruit l’excellent travail intitulé ; Les Colonies et leur organisation , par M. Jules Delarbre conseiller d’État honoraire. (Tirage à part de la Revue maritime et coloniale, 1878.)
établi dans cette colonie quelques impôts, dont le total s’élève à 16,057 francs. Ces impôts comprennent :
Les droits sur les emplacements . 1,103 fr.
La cote personnelle . , . 3,240
La contribution foncière . 1,090
Les patentes . 2,665
Les droits sur les spiritueux . 7,093, etc.
La monnaie française est la seule monnaie légale de Sainte- Marie, mais ces monnaies sont rares, attendu que les pièces de 5 fr. sont employées par les habitants pour acheter des denrées alimentaires à la Grande-Terre de Madagascar, où c’est la seule pièce qui ait cours.
L’île ne communique avec la métropole que par l’intermédiaire du gouverneur de la Réunion, qui entretient avec elle un service mensuel de correspondance par bateaux.
Il n’en a pas toujours été ainsi; mais le bon sens et la tradition ont fini par triompher dans ce sens. Sainte-Marie a été placée dans la dépendance de Bourbon par l’ordonnance royale du 21 août 1825, qui, dans son article 190, dit formellement : « Les dépendances de l’île Bourbon sont l’île Sainte-Marie et les établissements français à Madagascar. » L’article 191 ajoute : «. Les chefs de ces divers établissements sont placés sous l’autorité du gouverneur : ils reçoivent ses ordres et lui rendent compte. »
Nous avons raconté les incidents diplomatiques soulevés en vain, en 1815, par sir Robert Farquhar, gouverneur anglais de l’île de France, dans le but de faire considérer Madagascar comme une dépendance de cette dernière colonie. On sait que, sur la protestation de M. Bouvet de Lozier, gouverneur de Bourbon, et sur les représentations du gouvernement français, l’Angleterre reconnut que Madagascar et Sainte-Marie étaient des dépendances de Bourbon et non de l’île de France. C’est sur les ordres du gouverneur de Bourbon qu’après 1818 la France reprit possession de Sainte-Marie, de Tintingue, de Sainte-Luce et du Fort-Dauphin.
L’initiative des gouverneurs de Bourbon a eu plusieurs fois, depuis, l’occasion de se manifester, par suite de l’ordonnance de
1825, notamment en 1841 et 1848, par les arrêtés de M. l’amiral de Hell pour la prise de possession de Mayotte et de Nossi-Bé, que nous avons relatés plus haut et qui sont motivés d’une manière si hautement patriotique.
Deux simples dépêches ministérielles, du 19 septembre 1843 et du 8 décembre 1844 rattachèrent l’île Sainte-Marie à Mayotte, et un décret du 18 octobre 1853 confirma cette disposition; mais un décret du 27 octobre 1876 rétablit le régime politique de 1825 et remit définitivement Sainte-Marie dans la dépendance de Bourbon.
Cette circonstance permet d’employer à Madagascar ces milices de Bourbon, indépendamment des volontaires coloniaux, qui opèrent avec notre armée à Madagascar, l’Etat faisant face aux dépenses de l’armement, de l’équipement et des munitions.
Jusqu’à présent le mouvement commercial de Sainte-Marie, ainsi qu’on vient de le voir, a été très restreint, ce qu’il faut attribuer surtout à l’état violent, à la perturbation profonde dans lesquels la guerre a tenu sans cesse Madagascar.
Toutefois, il n’en faut pas moins considérer Sainte-Marie comme un comptoir commercial important par sa situation voisine de la grande île Malegache, où nos autorités , ainsi que nos commerçants, peuvent, de là, étendre en toute sécurité leur influence et leurs relations avec bien plus de suite et de succès que si notre pavillon marchand était réduit à s’y livrer, de baie en baie, de mouillage en mouillage, à des échanges toujours incertains et dépourvus de centre et de protection permanente. C’est cette destination essentielle , mais limitée qui, n’exigeant que l’entretien d’un faible détachement et permettant ainsi de consacrer quelques dépenses de plus aux travaux d’assainissement, rend possible à toujours la conservation par la France de ce poste si important par le principe politique qu’il a consacré, depuis les événements de 1815, quant à nos droits effectifs de souveraineté.
Le commerce du sud et de l’est de Madagascar est, comme on sait, presque tout entier aujourd’hui entre les mains des armateurs de Bourbon et de Maurice, et de quelques traitants fixés à Madagascar. Il a pour principal objet l’approvisionnement de Bourbon et Maurice, en riz et en bestiaux, articles qui forment, à
eux seuls, les sept huitièmes, au moins, des exportations de la Grande-Terre. On sait que Madagascar fournit la presque totalité de la viande de bœuf nécessaire à la consommation de la Réunion, de Maurice et de tous les navires étrangers qui fréquentent ces parages.
Les exportations de Madagascar à Sainte-Marie consistent surtout en vaches, bœufs de trait et bœufs pour la boucherie, porcs, moutons et chèvres; salaisons préparées par les blancs, suifs, peaux de bœuf, tortues de terre, volailles, riz blanc et riz en paille (ce dernier en petite quantité), nattes et rabanes, gomme copal, écaille de tortue, ambre gris et cire : ces quatre derniers articles sont particulièrement exportés par les Arabes de Bombetock.
Les importations à Madagascar consistent en toiles bleues de l’Inde et toiles blanches d’Amérique, mouchoirs, indiennnes et autres toiles imprimées, de manufacture française et anglaise; articles provenant des distilleries des îles Bourbon et Maurice ; sel, savon, bijouterie commune, verroterie et corail ouvré, quincaillerie et mercerie, armes et munitions de guerre et de chasse, marmites en fonte, poterie et faïence ; enfin, en une petite quantité d’armes de luxe, d’habits, d’épaulettes, de galons, de soieries, etc., destinés aux Hovas.
Pendant longtemps, le commerce de Madagascar s’est fait par voie d’échange et presque sans frais : il offrait , alors, des bénéfices considérables et assurés ; mais, depuis que les Hovas sont les dominateurs de la côte orientale, il n’en est plus de même. Ils s’y sont emparés du commerce, en forçant les naturels à leur livrer à bas prix leurs denrées, qu’ils revendent ensuite fort cher aux traitants, en exigeant de ces derniers, tantôt de l’argent, tantôt de la poudre ou des fusils pour l’acquittement des droits d’entrée et de sortie qui sont fixés à dix pour cent. Quelquefois, il plaît à tel ou tel chef de suspendre l’exportation ou de changer brusquement la nature du payement des droits de douanes et des navires se voient ainsi forcés de revenir sans chargements. Aussi, rebuté de tant de tracasseries et de vexations, le commerce de Bourbon tiret-il maintenant de l’Inde les dix-neuf vingtièmes du riz nécessaire à la consommation de l’île et le vingtième restant seulement de
A la côte orientale de Madagascar, les transactions commerciales se font encore, sur quelques points, par voie d’échange ; mais, comme les importations sont souvent inférieures aux exportations, surtout quand on traite avec les Hovas, la balance se rétablit soit avec notre pièce de cinq francs, soit avec des piastres d’Espagne à colonnes, qui, une fois dans les mains de ces derniers, sortent rarement de l’île.
Le dernier point de la côte nord-est de Madagascar, où les Hovas tolèrent le commerce avec les blancs, est Yohémar. Ils y perçoivent les mêmes droits de douane qu’à Tamatave, Foulepointe et autres lieux de la côte orientale. Le commerce de Yohémar ne consiste en ce moment qu’en bœufs, dont il existe de très grands troupeaux dans le pays ; les navires qui viennent les acheter les salent sur les lieux. Le riz, le maïs, le manioc et autres plantes, nutritives, ne sont cultivés à Yohémar que pour la consommation des naturels. Il en est de même à Diégo-Suarez, où les Hovas ont d’ailleurs interdit depuis longtemps tout commerce avec les blancs. Deux ou trois petits navires de Bourbon et de Maurice et quelques daws arabes, se montrent seuls de temps à autre sur cette côte, pour y acheter de l’écaille de caret, dont la pêche se fait pendant l’hivernage.
Sous le règne de Radama, ainsi que nous l’avons vu, les Hovas ont été mis en contact direct avec les Européens, dont ils ont adopté jusqu’à un certain point les usages et les goûts. Les besoins actuels des diverses populations de Madagascar, qui attendent leur satisfaction du commerce français, sont, pour les Hovas : drap écarlate, satins rouge, pourpre et vert, soie jaune, velours de soie, mouchoirs de soie, calicots fins, toiles imprimées, galons d’or de diverses largeurs, gants, modes, bonneterie, chapellerie, fil et soie à coudre, épaulettes d’or, boucles d’oreilles, colliers, bagues, montres, papier à écrire et à tapisser, quelques meubles. Pour tous les habitants de Madagascar, ces articles sont : armes à feu, poudre, vaisselle commune, ustensiles de cuisine en fer et en fonte, marmites et cocottes en fonte, grosse verrerie, verroterie, boîtes à musique, hachots, coutellerie, toiles bleues, cotonnades, rhum et eau-de-vie.
<c L’île Sainte-Marie, dit M. le docteur Yinson, la plus ancienne
de nos possessions autour de Madagascar, rappelle des noms d’administrateurs dévoués ou éminents. Si, dans les derniers événements de sa vie, Sylvain Roux commit des fautes, il montra un zèle extrême pour nos intérêts et ses rapports aux gouverneurs de Bourbon ne manquent pas d’une certaine pénétration, qui atteste la justesse de ses vues. Le professeur Fortuné Albrand, qui le remplaça un moment , était un esprit distingué et un homme de mérite qu’on laissa sans secours. Ce fut lui qui prit possession de-Fort-Dauphin, le 1er août 1818. M. Blévec se fit remarquer par un rôle très digne vis-à-vis de Radama Ier et des Anglais. Le capitaine d’artillerie Sganzin profita de son séjour dans cet établissement pour rendre aux sciences naturelles des services signalés. M. Vergés a laissé dans l’île, de son passage et de son administration, les plus chers souvenirs. C’est sur cette terre, enfin, que repose un missionnaire d’une grande vertu, M. Dalmond, évêque de Pela, mort à l’hôpital de Vîlot Madame, le 22 septembre 1847. Enfin, M. Delagrange, officier de marine, le dernier commandant de Sainte-Marie, a fait preuve d’une grande activité dans son gouvernement. Il y a ordonné des améliorations matérielles, des travaux d’assainissement et des essais agricoles en voie d’expérimentation. »
Les invasions et le despotisme des Hovas ont désorganisé l’industrie de ces contrées, mais elle renaîtrait sous l’empire d’un état de choses plus tranquille. La présence continue des Français apporterait de la sécurité chez ces malheureuses populations que la guerre a dispersées et leur inspirerait le besoin de reprendre les travaux fructueux auxquels elles devaient jadis leur prospérité.