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CHAPITRE Y

MAYOTTE ET NOSSI-BÊ.

Sommaire : Considérations préliminaires. — Nossi-BÉ. — Situation géographique. — Arrêté de prise de possession par l’amiral de Hell. — Topographie. — Aspect du pays.

— HelMlle. — Climat, température. — Baies, anses et mouillages. — Ressources de l’île. — Bois de construction. — Production végétale et animale. — Nossi-Cumba. Nossi-Mitsiou. — Nossi-Fali. — Description de ces îles. — Mayotte. — Situation géographique et topographique. — Configuration physique de l’île. — Son aspect général.

— Montagnes. — Cours d’eau. — Bois et forêts. — Marées. — Villages de Choa et de Zaoudzi. — Récifs et passes. — Iles Pamanzi, Zaoudzi , Bouzi et Zambourou. — Rades.

— Baies. — Mouillages. — Population. — Religion des habitants. — Climat. — Température. — Salubrité. — Hivernage. — Culture. — Productions. — Pâturages. — Troupeaux. — Pêches. — Ressources de l’île. — Statistique générale. — Bienfaits de l’occupation française. — - Fin du chapitre cinquième.

Les partisans de l’occupation et de la colonisation de Madagascar n’ont pu que voir avec satisfaction le système politique dans lequel la France semble être entrée spontanément par l’occupation successive des îles principales qui avoisinent et qui dominent la grande île malegache.

En effet, ainsi que nous l’avons dit plus haut, par l’occupation de Mayotte, de Nossi-Bé, de Nossi-Cumba, de Nossi-Fali et de Nossi-Mitsiou, de Sainte-Marie, et par le voisinage de Bourbon, le réseau de l’influence française enveloppe Madagascar et, si les droits de la France ne sont pas compromis par quelque faute grave, cette influence, rendue décisive par l’expédition actuelle, assurera la réalisation des vœux formés pour la reprise de possesssion définitive de notre grande colonie de l’île de Madagascar.

Malgré l’ordre donné en 1832 d’évacuer tous les comptoirs et postes français à Madagascar, pendant les premières années qui ont suivi la révolution de Juillet, l’idée d’occuper cette île et de combiner avec cette occupation militaire une œuvre de colonisa-

tion , semble avoir été reprise par le gouvernement et c’est à cette tendance que se rattachent les différentes missions données à plusieurs des bâtiments de la marine royale, à l’effet de reconnaître la baie de Diego-Suarez. Les préoccupations politiques et les sacrifices nécessités par l’Algérie avaient fait perdre momentanément de vue cette haute question de la création. de ports français dans les mers au delà du cap de Bonne-Espérance.

Le gouvernement 'français avait cru d’abord trouver dans la possession de Nossi-Bé les éléments du port à la fois militaire et marchand, de la station maritime et de l’arsenal naval dont nous avions besoin , à l’entrée de la mer des Indes. L’étude approfondie des localités n’a pas tardé à faire reconnaître qu’avec des travaux très dispendieux, on ne parviendrait jamais que fort imparfaitement à fermer la rade principale d’Hellville et qu’il serait, en outre, difficile de prévenir la possibilité d’un débarquement sur les autres points de l’île, dont toutes les côtes sont facilement abordables.

Aussi, dès l’année même qui a suivi l’occupation de Nossi-Bé, le besoin de trouver mieux a été signalé à tous les commandants des bâtiments de l’État qui étaient envoyés en mission dans ces parages. C’est ainsi qu’en 1841, M. Jehenne, capitaine de corvette, explorant le groupe des Comores, visita Mayotte et fut frappé des avantages remarquables et jusqu’alors inaperçus que présentait cette île, comme siège futur d’un établissement. Peu de temps après, M. l’amiral de Hell envoyait à Mayotte M. le cataine Passot pour conclure avec le souverain de Mayotte, Andrian Souli , ancien roi des Sakalaves , un traité de cession de ses droits de souveraineté, traité signé le 25 avril 1841 et qui fut ratifié par le roi Louis-Philippe le 10 février 1843. Deux ans avant, le 12 février 1841, M. l’amiral de Hell avait donné à la France les îles de Nossi-Bé et de Nossi-Cumba et la côte occidentale de Madagascar, par suite d’un traité analogue signé avec Tsioumeka, reine des Sakalaves (1).

Nous allons donner sur ces deux îles, devenues françaises, une

(1) Nous avons consigné plus haut le résumé de ces traités et exposé tout ce qui s’y rattache.

MAYOTTE ET NOSSI-BÉ.

monographie aussi complète que possible, quoique sommaire, le plan de notre ouvrage n’en comprenant que d’une manière indirecte l’étude historique et géographique.

Comme Sainte-Marie, Nossi-Bé n’est qu’une dépendance de Madagascar ; la prise de possession de l’île peut n’être également considérée que comme un acheminement à l’occupation de la Grande Terre (1).

Nossi-Bé ou Yariou-Bè, dénomination adoptée ordinairement par les Sakalaves , signifie en malegache Vîle grande.

Nossi-Bé est en effet la plus grande des îles situées à la côte nord-ouest de Madagascar. Elle mesure 22 kilomètres de long surlô de large. Elle est comprise entre les parallèles de 13° 10' 44"; et 13° 24' 47" à l’est de Paris, à 240 kilomètres de Mayotte, à 24 heures par la vapeur

Le point culminant de Nossi-Bé, placé dans la partie méridionale, est élevé à plus de 600 mètres au-dessus du niveau de la mer. Ce sommet est couvert d’une vaste forêt dont les arbres semblent d’autant plus épais et plus beaux qu’ils sont à une plus grande élévation. A l’ouest il est à nu, par suite de la destruction des bois par le feu. Cette montagne s’appelle Loucoubè. Le centre de l’île est dominé par d’autres masses de moindre hauteur et d’origine évidemment volcanique. Les lieux cultivés sont ceux qui avoisinent la mer.

Nossi-Bé présente l’aspect dénudé des îles Malegaches, le premier soin des naturels étant d’incendier les forêts pour planter le riz et créer des pâturages à leurs bestiaux. L’administration a dû prendre les mesures les plus sévères pour garantir la grande forêt de Loucoubè des mêmes 'dévastations. Le sol de l’île est volcanique pour la plus grande partie et de nombreux cratères éteints, aujourd’hui remplis d’eau, attestent l’ancienne action des feux souterrains. Au commencement du second Empire, un chirurgien distingué de la marine française, M. le docteur Herland, recueillit d’utiles observations sur la topographie et la constitution géo-

(1) Voir la carte de la côte nord-ouest de Madagascar, comprenant les îles de Nossi-Bé, Nossi-Cumba, Nossi-Fali, Nossi-Mitsiou, dressée en 1841, d’après les ordres de M. l’amiral de Hell, gouverneur de Bourbon, par M. Jéhenne capitaine de corvette. (Dépôt des cartes et plans de la Marine.)

logique de Nossi-Bé (1). Il* y reconnut trois groupes de montagnes, dont l’une, le Loucoubé, dont nous venons de parler, est la plus importante. Situé au sud, le morne Loucoubé est un pic granitique haut de 600 mètres, comme on vient de le dire et profondément raviné ; il est couvert d’une riche végétation : c’est là qu’on a placé la vigie et de ce (point culminant l’œil embrasse tout le pays et les îles avoisinantes. Des deux autres groupes, l’un, le groupe central, mesure 500 mètres de hauteur et porte à son sommet sept lacs qui occupent d’anciens cratères effondrés et éteints ; l’autre, au nord, est une chaîne qui se dirige du nord au sud. Ce morne est taillé à pic du côté de l’ouest, avec une large coupure qui livre passage à la rivière Djamarongo.

L’île est arrosée par des ruisseaux et trois grands cours d’eau dont le plus considérable est leDjabola; après avoir traversé une plaine fertile et un marais de palétuviers, cette rivière se jette dans la mer, à peu de distance d’Hellville, la capitale de la petite colonie française.

Sur toute la partie centrale de Nossi-Bé', les traces de l’action d’anciens volcans frappent les yeux. Vers la côte orientale, on suit une coulée basaltique fort épaisse, cachée sur une grande étendue par un dépôt de tuf et de matières sablonneuses. Le Loucoubé est une masse de granit revêtue d’une couche de terre végétale. Au pied et sur les flancs de la montagne, d’immenses blocs forment des carrières profondes ; on en voit qui servent de lit à des ruisseaux limpides. Dans les ravins et les anfractuosités, une argile jaune ou rougeâtre s’est déposée : on emploie maintenant cette matière à la fabrication de briques excellentes pour les constructions. Une zone de schiste bleuâii'e plus ou moins stratifié entoure le massif, et, dans plusieurs localités, le schiste , se détachant par lames minces , paraît devoir fournir de très bonnes ardoises. Au nord de File, on observe une formation particulière, des couches de grès d’une épaisseur considérable superposés aux roches granitiques. Comme des cendres ou d’autres débris volca-' niques les recouvrent en certains endroits, on juge que le soulève-

(1) Essai sur la géologie de Nossi-Bé , par le docteur J.-F. Herland , chirurgien de marine ( Annales des mines , 5° série, tome YIII, 1856).

MAYOTTE ET NOSSI-BÉ.

ment de cette portion de l’île est d’tfne époque plus ancienne que celai du centre.

En mémoire de l’amiral de Hell, à qui la France doit la possession de cet archipel, aujourd’hui français, on a donné son nom au chef-lieu de la colonie qu’on a appelé Hellville.

La rade d’Hell ville est fort belle. Protégée des vents du nord et des vents d’est par l’île même, par celles de Nossi-Fali et de Nossi-Cumba, la mer y est unie comme une glace. Le paysage est gracieux et animé, le rivage se découpe en petites baies, au fond desquelles reposent à l’abri des palmiers deux ou trois villages malegaches, et plus loin une petite ville arabe.

En général, l’aspect du pays est agréable par sa verdure riante, par ses baies variées et par ses vallons fertiles. L’île ne possède pas de grandes rivières, mais seulement quelques cours d’eau, dont la source réside dans les lacs que renferment les hauteurs de File. Un des principaux ruisseaux passe au pied du plateau sur lequel a été fondé le chef-lieu de l’île. Il y a, à Nossi-Bé', plusieurs aiguades où les bâtiments peuvent s’approvisionner d’une eau fraîche et limpide.

« Nossi-Bé, a dit M. le commandant Page, a une rade excellente ; on ne saurait choisir un lieu de rendez-vous plus commode : c’est un camp retranché naturel (1). » Malheureusement les bâtiments ne peuvent que s’y abriter, ils ne peuvent ni s’y radouber ni s y ravitailler, l’île ne pouvant leur offrir ni des vivres ni des bois de construction pour les grands navires.

La température et le climat de Nossi-Bé sont, à peu de chose près, le climat et la température de la côte nord de Madagascar, ou plutôt de Mayotte, mais avec de meilleures conditions de salubrité. Les pluies y sont plus fréquentes surtout qu’à Dzaoudzi. Le thermomètre y varie entre 29° et 17° au plus bas. Le baromètre y est peu sensible : ses variations, au bord de la mer, sont de 754 mm,5 à 765mm,4 ; la moyenne annuelle est de 759ram,4.

Des observations ont été faites de la rade de Passandava, sur la côte occidentale de Madagascar, vis-à-vis Nossi-Bé, sur la direction générale des vents : elles ont donné les résultats suivants.

(1) Une station dans V Océan Indien (Revue des Deux-Mondes ; noxembre 1849).

Le matin, on ressent une petiîe fraîcheur de l’E.-S.-E. , qui tombe vers les huit ou neuf heures pour reprendre vers le sud un peu plus tard, en inclinant vers le S. -O. A cette faible brise ou au calme succède, vers une heure de l’après-midi, le vent du large, qui, plus ou moins frais, mais jamais fort, souffle de l’ouest jusqu’à l’entrée de la nuit ; il tombe alors, en passant au N.-O. et au N., où il faiblit tout à fait. A une heure plus ou moins avancée dans la nuit, se lève une petite brise de terre variable dans sa direction et quelquefois assez fraîche à l’époque des syzygies; elle dure jusqu’au jour.

Sur la côte ouest et sur la côte nord, les brises du large sont plus fraîches qu’en rade et commencent plus tôt. Sur la côte est, au contraire, la brise du large est tardive et prend forcément, à cause de la configuration des terres , la direction du nord-ouest et même du nord.

Les marées sont fort régulières à Nossi-Bé, le flot et le jusant y ont une égale durée et le temps de l’étale est en raison inverse de la montée de l’eau , c’est-à-dire qu'aux syzygies, la mer à peine haute commence à descendre, tandis qu’aux quadratures, elle reste stationnaire pendant environ 30 ou 40 minutes.

L’heure de l’établissement de la marée est de 4 h. 36 les jours de nouvelle et de pleine lune, et la mer marne de 4ra,49 aux équinoxes. Comme en Europe, les grandes marées n’arrivent que 24 ou 36 heures après les syzygies.

Les courants varient en direction et en vitesse, selon la configuration des côtes, mais, en général, le flot porte à 1 est et le jusant à l’ouest, avec une vitesse moyenne de 5/io de nœud à 1 nœud s/10 rarement au delà, si ce n’est dans le chenal entre Nossi- Comba et la Grande-Terre, où il va jusqu’à 2 nœuds de 2,5 nœuds dans les grandes marées. Il en est de même, mais à un moindre degré, entre Nossi-Comba et la côte sud de Nossi-Bé.

Sur la rade de Passandava, ou grande rade, les courants sont presque insensibles, étant en dehors de la ligne que suivent ceux de la passe , leur direction se rapproche du sud-est et du nordouest, en tournant suivant l’heure de la marée.

Sur la côte , le flot porte au nord-est et le jusant au sud-ouest, mais irrégulièrement. A la côte nord, les courants reprennent leur

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direction est de flot, ouest de jusant /avec une vitesse aussi grande qu’à la côte sud.

Sur la côte ouest, ils sont modérés et longeant à peu près la terre, en se rapprochant des points qu’ils doivent contourner.

Si l’on examine l’île au point de vne des abris et des ressources qu’elle peut offrir à la navigation, on y trouve de bons mouillages. L’espace compris entre la partie méridionale de Nossi-Bé, la côte nord-ouest de Nossi-Cumba et la petite île de Tani-Keli est considéré comme une rade capable de contenir, au dire de nos officiers, tous les bâtiments que peut armer la France. Partout ou presque partout, la profondeur de l’eau est de 12 à 25 brasses et la mer constamment belle. On y est parfaitement à l’abri avec les vents depuis l’ouest-nord-ouest jusqu’au sud, passant par le nord et l’est ; mais avec ceux du sud-ouest et de l’ouest, s’ils sont frais, on a un peu de mer qui rend l’abord de la plage difficile. En avançant un peu dans le nord, vers le village des Antalostes, jusqu’à n’avoir que 5 ou 6 brasses d’eau de basse mer, on est exposé aux vents d’ouest. Ce mouillage est celui que prennent les petits bâtiments arabes qui font le cabotage.

La rade d’ïïellville, quoique peu étendue, est un mouillage sûr, abrité des vents du large et la mer y est constamment belle. L’eau douce des environs ne s’y rencontre malheureusement pas en assez grande quantité pour suffire aux besoins des bâtiments. Le mouillage du plateau est encore plus resserré que celui de la rade d’Hellville et peut contenir tout au plus deux ou trois bâtiments ; la tenue y est bonne. Au fond de cette baie se trouve un bras de mer qui conduit au pied du village d’Hellville.

Les autres mouillages de l’île sont ceux de la pointe Ambournerou, de l’île Sakatia, de Bé-Foutaka, de la baie Yatou-Zavavi, de la baie Fassine ou Linta, et enfin celui de l’île Tandraka.

Quant aux ressources que l’île de Nossi-Bé peut offrir aux bâtiments en relâche , outre les facilités qui y ont été installées par l’administration française, la grande forêt peut fournir aisément toutes les pièces nécessaires à un bâtiment de deux à trois cents tonneaux. En somme, sans avoir de port proprement dit, Nossi- Bé présente aux bâtiments d’excellents abris pour la réparation des avaries dans les œuvres mortes. Les boutres arabes jaugeant

trente à quarante tonneaux, .parfois quatre-vingts, et faisant cabotage entre Mozambique , Zanzibar, les Comores et la côte nordouest de Madagascar, viennent s’y échouer et faire à leurs coques les réparations utiles.

La population de Nossi-Bé s’élève à 8,155 habitants, dont 3,814 hommes et 4,341 femmes. Les habitants se sont groupés autour d’Hellville : le reste du pays est moins habité.

Les planteurs n’emploient comme travailleurs que des Macoas ou des Cafres ; c’est la race la plus résistante aux travaux des champs ; ils sont amenés par des Arabes qui pratiquent sans aucun scrupule ce petit commerce de traite.

La colonie, comme Sainte-Marie, est administrée par un commandant qui a sous ses ordres un chef de service de l’intérieur et un chef de service judiciaire : il préside le conseil d’administration, composé des deux chefs de service et de deux habitants notables désignés par le suffrage universel des citoyens français. Il en est de même à Mayotte ; cette réforme est due à M. l’amiral Gficquel des Touches.

Le service de la justice a été organisé par le décret du 29 février 1860, qui a créé un tribunal de première instance à Nossi-Bé. Les dispositions de cet acte ont été, en ce qui concerne la compétence, modifiées par le décret du 25 octobre 1879.

Le tribunal se compose d’un seul magistrat qui a le titre de juge-président. Un greffier est attaché au tribunal ; il est en même temps notaire. Les appels et les crimes sont jugés par la cour de la Réunion.

Yoici la statistique judiciaire pour 1880.

Tribunal de première instance. Affaires civiles . . • 25

— commerciales . 4

— correctionnelles . 48

Affaires de justices de paix. Affaires civiles . 1

Simple police. . . . 26

La législation est la même qu’à la Réunion.

Les écoles sont dirigées par les congréganistes ; l’école de garçons est confiée aux Pères du Saint-Esprit, celle des filles aux Sœurs de Saint- Joseph de Cluny. La moyenne des élèves est de 100 à 160 pour les garçons et de 80 à 110 pour les filles.

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Le service du culte à Nossi-Bé a été assuré jusqu’en 1851 par les Pères du Saint-Esprit ; il passa à cette époque entre les mains des Jésuites placés sous l’autorité du chef de la mission de Madagascar. En 1879, cette congrégation fut remplacée à Nossi-Bé par les Pères du Saint-Esprit.

La colonie a dépensé en 1880 plus de 70,000 fr. pour les travaux de réparation de bâtiments et d’entretien de routes qui sont destinées à relier les divers établissements industriels de la colonie.

Sur le budget de l’État (service colonial) les dépenses de Nossi-Bé figurent pour une somme de 241,361 fr; mais il faut y ajouter la solde et les frais de passage de la garnison, qui sont à la charge du budget général de la Marine.

Le budget local s’élève, en recettes et en dépenses, à 240,000 fr. Les principales recettes sont :

L’impôt foncier . 9,500 fr.

L’impôt personnel . 28,000

Les patentes . 34,000

Le droit de sortie sur les sucres . . , 15,000

Les' licences pour circulation de3 rhums . 20,000

Les taxes de navigation . 24,000, etc.

La métropole fait à Nossi-Bé une subvention annuelle de 70,682 francs.

La monnaie française est très rare à Nossi-Bé : la roupie de l’Inde est, jusqu’à présent, l’unique monnaie de circulation.

La garnison se compose d’un détachement d’infanterie et d’artillerie de l’armée.

L’île est bien pourvue de riz, de maïs, de patates, de bananes, de manioc. La terre y est fertile et peut produire le double et le triple de ce qu’on lui a demandé jusqu’à ce moment. On y trouve des sucreries, des guildiveries ou fabriques de rhum. Seulement, sur une superficie de 29,300 hectares, 8,000 hectares seulement sont cultivés. Les plantations de canne à sucre occupent environ un millier d’hectares. En 1880 , les cultures ont produit 1,515,000 kilogr. de sucre, 360,000 litres de rhum, 8,300 kilogr. de café, 210,000 kilogr. de riz, 6,000 à 8,000 cocos, 25 kilogr. de vanille, etc.

Il n’y a point de droits de douane à Nossi-Bé. L’administration y a établi des droits sanitaires et de navigation, ainsi que des taxes accessoires de navigation. Les droits de douane doivent être établis par décrets. Le mouvement commercial provient surtout de ses relations avec Madagascar. Le chiffre des importations s’est élevé, en 1880, à 2,300,000 fr. ; celui des exportations à 2,500,000 fr.

L’ensemble des bâtiments entrés en 1880 dans le port d’Hellville jauge 16,414 tonneaux ; la valeur des chargements importés comprend 2,300,000 fr. Les bâtiments qui sont sortis de ce même port portent un tonnage de 16,610 tonneaux et leur chargement, comprenant à la fois des marchandises d’importation et du cru de la colonie, s’est élevé à 6,400,000 fr.

Dans les premiers temps de l’occupation française , Nossi-Bé correspondait avec la Réunion par des bâtiments de l’Etat et quelquefois par des navires du commerce. Plus tard, des bâtiments de la station locale furent chargés de relier la colonie à l’île Mahé des Seychelles où passent les paquebots des Messageries maritimes de la ligne de la Réunion. En 1873, Nossi-Bé fut relié à la côte orientale d’Afrique par une ligne de paquebots anglais. Enfin, depuis 1880, le service postal est concédé à une Compagnie française qui relie la colonie à la Réunion, d’où les correspondances sont expédiées en France.

À Nossi-Bé, il n’existe qu’un bureau de poste qui est celui d’Hell ville. Le service de distribution dans l’intérieur de l’île est assuré par des courriers quotidiens que fournit le service de la police. Le produit du service postal s’élève à 3,500 fr.

En s’éloignant de Nossi-Bé, en 1863, M. Désiré Chamay, séduit, comme le docteur Yinson à Sainte-Marie, par la beauté du site, en a tracé le gracieux tableau que voici : « Avant de quitter Nossi-Bé, nous pûmes jouir du haut des premières collines qui bordent le rivage d’un délicieux panorama. Comme premier plan, des cases malegaches entourées de manguiers, de palmiers et de bananiers, la petite baie d’Hellville, puis la ville elle-même et la maison du gouvernement au milieu de ses jardins ; à gauche, la sombre masse de Loucoubé, la montagne verdoyante de Nossi- Cumba ; devant nous, une mer d’un éclat sans pareil, semée

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d’îles aux teintes rosées , sillonnée de pirogues aux voiles blanches et, vingt-cinq milles plus loin, la silhouette bleuâtre de Madagascar et les pointes en aiguilles des sommets des Deux- Sœurs (1). »

Il nous reste à dire quelques mots des trois petites îles placées auprès de Nossi-Bé, Nossi-Cumba, Nossi-Mitsiou et Nossi-Fali, qui touchent de plus près la côte de Madagascar et qui appartiennent aussi à la France.

Nossi-Cumba est séparée de Nossi-Bé par un canal d'une demilieue de largeur, praticable pour toute espèce de bâtiments et d’un assez bon mouillage. On peut encore mouiller dans toute la partie sud-est et est, à un peu plus d’un mille de la côte. Toute la côte septentrionale est accore et on peut en approcher sans crainte jusqu’à deux encablures. Nossi-Cumba est un pâté presque entièrement rond à sa base et qui a deux sommets. L’un de ces sommets, placé dans la partie sud-est, est formé par un massif de roches. L’autre, situé à peu près au centre de l’île, est moins saillant quoique d’une élévation, à peu de chose près, égale au premier. La végétation est magnifique dans les vallons qui bordent la côte. Les plus grands villages se trouvent dans la partie méridionale de l’île.

L’île de Nossi-Mitsiou, dans la langue du pays, T île du milieu , a exactement la forme d’un Y, mais dont le côté de droite ou de l’est a presque le double en longueur du côté gauche ou ouest. L’ouverture qui fait face au nord a, dans son milieu, un énorme îlot de forme ronde, presque carré par son sommet, qui est le point le plus élevé de l’île. On le nomme Ancaréa. Ancaréa et Fîlot divisent l’entrée de la rade en trois parties inégales qui peuvent prendre toutes le nom de passes. La plus large , la plus profonde et, en même temps, la plus sûre est la Grande-Passe qui se trouve entre Ancaréa et la côte ouest.

Nossi-Fali est située à huit milles dans l’est de Nossi-Bé. Elle est peu élevée comparativement à cette dernière île et à Nossi- Cumba ; mais elle l’est, cependant, un peu plus que la pointe de la Grande-Terre, de laquelle elle est séparée par un petit canal. La

(1) Madagascar a vol d’oiseau ; dans le Tour du Monde ; Hachette.

partie du nord est montueuse , assez fertile et couverte d’arbres de toute espèce. Nossi-Fali produit du riz en assez grande quantité et paraît susceptible de culture. Aujourd’hui qu’elle appartient à la France, elle peut être facilement et avantageusement exploitée.

L’île Mayotte, l’une des Comores, est située entre Madagascar et la côte orientale d’Afrique, à l’entrée nord du canal de Mozambique, entre les 12° 34' et 12° 2' de latitude sud et les 42° 43' et 43° 3' de longitude est (1). Elle se trouve placée à 54 lieues marines nord-ouest de Nossi-Bé et à 300 lieues environ de Bourbon.

La route de Bourbon à Mayotte peut se faire en six ou sept jours pendant la mousson de sud-est; mais le retour, pendant cette même mousson, ne demande pas moins de trente jours et réciproquement.

L’île Mayotte a une forme allongée dans le sens nord et sud. Elle est de formation volcanique et, en grande partie, composée de laves. Elle compte vingt et un milles marins de long et de deux à huit milles de large. L’aire qu’elle représente est de plus de 30,000 hectares, sans y comprendre les îles Pamanzi, Zambourou et plusieurs autres îlots. Observée dans son périmètre, elle est d’une grande irrégularité de formes, ce qui provient du développement inégal de ses contre forts qui divergent des points culminants, en s’abaissant vers la mer. Ces contre- forts se terminent par des caps abrupts et c’est entre eux que se sont accumulées avec le temps les terres d’alluvion, dont les plages décrivent un grand nombre de baies favorables au mouillage des navires.

Mayotte est traversée, dans toute sa longueur, par une chaîne de montagnes dont les sommets paraissent atteindre jusqu’à six cents mètres ; parmi eux est le Maneguani. Le reste de l’île est montagneux, le sol volcanique, coupé de ravins profonds et ne présente point de plateaux. Il y a seulement des vallons et, dans

(1) Voir la carte de l’île de Mayotte levée en 1841-42, d’après les ordres de l’amiral de Hell, gouverneur de Bourbon, par M. Jéhenne, capitaine de corvette, Protêt, lieutenant de vaisseau, Trebucbet, enseigne , et dressée par Tréhouert. (Dépôt des cartes et plans de la Marine.)

MAYOTTE ET NOSSI-BÉ.

le pourtour de quelques baies, des terrains d’une pente assez douce. En allant vers la mer, le terrain s’abaisse un peu brusquement et se termine en marais fangeux noyés par chaque marée. Dans les uns et dans les autres, on trouve d’excellentes terres végétales. La pointe de Choa, située en face de l’île de Zaoudzi, est jointe à Mayotte par un isthme élevé de cinq à six mètres audessus des plus hautes marées. Son sol est formé d’une couche végétale assez épaisse et paraît être d’une grande fertilité. Le terrain compris dans un rayon de deux à trois mille mètres autour de Choa est parfaitement disposé pour un établissement. Il est très fertile, très sain, heureusement accidenté et renferme des sources, des ruisseaux, ainsi qu’une anse convenablement abritée.

On peut obtenir presque partout à Mayotte des aiguades abondantes et commodes, en réunissant des filets d’eau, qui n’assèchent d’ailleurs jamais, au moyen de quelques travaux faciles et peu dispendieux.

Mayotte est assez bien boisée et, parmi les arbres qui s’y trouvent, il y en a qui sont propres aux constructions particulières et maritimes , principalement dans la baie de Boéni et dans la partie méridionale de l’île , à l’extrémité de la baie Lapani, au pied du pic Ouchongui. Il y existe une petite forêt exploitée par les indigènes pour la construction de leurs pirogues et de leurs boutres et qui fournit des bois d’une grande élévation.

Il existait à Mayotte, en 1841, deux villages dans la partie orientale , sur le point le mieux exposé aux brises du large , le village de Choa sur un promontoire assez élevé, en face de l’île de Zaoudzi , avec un bon mouillage et une bonne aiguade et le village de Zaoudzi, sur l’île même de ce nom. Ce dernier village, résidence de l’ancien sultan Andrian Souli , est retranché derrière une muraille en maçonnerie à demi ruinée. Les cases dont il se compose sont faites en bois de rafia et couvertes en feuilles de palmier tressées. La ville de Chingouni était située dans la partie occidentale, sur un petit plateau entre deux baies. On y voyait les vestiges d’un mur d’enceinte, une mosquée et quelques masures. Depuis notre occupation, les naturels, plus confiants, ont rebâti d’abord leur ancienne capitale (Chingoni), située à la partie ouest de l’île, près d’une sorte de marais qui prend, à la saison

des pluies, les dimensions d’un petit lac. Aujourd’hui, le nombre des villages s’est considérablement accru; on cite, entre autres, ceux de Boëni, de Jongoni, Dopani, etc.

Une ceinture de récifs entoure l’île Mayotte dams presque toute sa circonférence et la fait paraître d’abord inaccessible. Mais il existe, dans un petit nombre d’endroits, des ouvertures qui, quoique assez étroites, sont suffisantes pour le passage des plus grands bâtiments. Cette ceinture de récifs dont les sommités se découvrent, à marée basse, est située à la distance de deux à six milles, et laisse entre elle et la plage un vaste chenal dans lequel il y a partout abri contre la tempête et contre l’ennemi et où la navigation du cabotage peut s’effectuer sans péril.

L’espace compris entre la ceinture de récifs et l’île Mayotte renferme plusieurs petites îles, notamment les îlots Pamanzi, Zaoudzi, Bouzi et Zambourou.

Parmi ces îlots, celui de Pamanzi, situé à l’est, est le plus important et le plus grand : c’est un îlot stérile et montagneux, ancien cratère éteint et rempli d’eau salée. Il représente un losange dont les quatre angles sont, à peu de chose près, tournés vers les quatre points cardinaux. A l’angle occidental se trouve la presqu’île Zaoudzi. Elle fait face à une presqu’île semblable, celle de Choa, attenante à la terre de Mayotte dont elle forme un des caps orientaux. Ces deux presqu’îles sont élevées et ne tiennent à la terre que par un isthme étroit et court, d’un mille de large environ. A l’exception de la partie méridionale, qui est basse, l’île Pamanzi est parsemée de monticules et même de hauts mornes entièrement dépourvus de végétation. Le point culminant de la chaîne principale s’élève de 208 mètres au-dessus du niveau de la mer.

Entre Pamanzi et Mayotte, est l’île Zaoudzi, jointe à la première par une petite langue de sable qui se découvre à la basse mer. Zaoudzi n’est séparée de Mayotte que par un faible bras de mer d’un quart de lieue environ. Ancienne résidence du pacha, et habitée au début par des Arabes , elle a reçu la plus grande partie de la population européenne de Mayotte, sa garnison, un hôpital et tous les bâtiments de l’administration française. On estime que ces constructions ont coûté cinq à six millions. Dzaoudzi est le

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chef-lieu de l’île. La rade située au nord-est est d’une bonne tenue, avec quatre-vingts brasses de fond.

L’île Bouzi, également à l’est, entre Mayotte et Pamanzi, mais.au sud-ouest de cette dernière, est haute et boisée jusqu’à son sommet, dans la partie méridionale et occidentale. L’île Zambourou, au nord de Mayotte, est très escarpée et n’a point de terre végétale.

Les mouillages les mieux situés, les plus vastes et les plus sûrs, sont ceux que forment entre elles, depuis le nord-est jusqu’à l’estsud-est, les îles Mayotte, Pamanzi et Zaoudzi. La mer qui entoure Zaoudzi présente, comme nous venons de le dire, une rade susceptible de recevoir une escadre. C’est la meilleure de celles qui environnent l’île. On peut diviser ces mouillages en deux parties distinctes, l’une au nord du parallèle de Choa, qui est la plus petite ; l’autre au sud, qui est la plus grande et la plus avantageuse. L’abri est complet dans ces rades. La tenue y est excellente et la profondeur des eaux ne laisse rien à désirer. Cependant, la rade du sud doit être regardée comme préférable pendant la mousson du nord, et celle du nord l’est peut-être pendant la mousson du sud.

Malgré les grains de pluie et les orages qui sont fréquents pendant l’hivernage, le vent n’est presque jamais assez fort dans ces rades pour empêcher les navires de tenir le travers , les huniers hauts. La mer reste toujours si belle, au dire des témoignages officiels, que non seulement les trois-mâts, mais encore les petits bâtiments arabes, qui viennent là passer la mauvaise saison, ne bougent pas plus que sur un lac.

La crique Longoni, derrière la presqu’île de ce nom, à l’abri des vents généraux de S.-E. et de S. -O., renferme un petit port naturel, pour le carénage des bâtiments de toutes dimensions. Il est tellement fermé qu’on peut passer devant sans l’apercevoir.

La plus vaste de toutes les baies de Mayotte est celle de Boéni, sur la côte occidentale. Elle est entourée de hautes montagnes qui la dérobent à tous les vents ; les terres y sont excellentes ; il s’y trouve de très bonne eau, des pierres, du bois de construction. Les madrépores y fournissent de la chaux. Le seul inconvénient qu’on y signale est sa trop grande profondeur, qui permet diffici-

lemënt l’accès des brises de la journée. Aussi y fait-il très chaud et les calmes y régnent souvent. Cette baie , près de laquelle se trouvait l’ancienne capitale Chingouni, paraît néanmoins, à cause de sa grande fertilité, l’un des emplacements les plus convenables pour un établissement.

La presqu’île de Mamoutzou est située en face de Pamanzi. Sa configuration l’avait fait choisir pour l’établissement d’une ville commerciale (projet élaboré en 1844 et repris en 1868). Il existe une aiguade qui possède, dans un bassin voûté, une réserve de 50,000 litres d’eau. Le produit des sources qui alimentent ce bassin est de 6 à 7 décilitres par seconde. Tout près de ce bassin coulent d’autres sources dont les produits réunis donnent une quantité d’eau à peu près équivalente. Les deux rivières de M’saperé et de Boëni donnent, en outre, à ce pays un approvisionnement d’eau considérable. A ces avantages se joignent un accès facile pour les navires et une grande fertilité du sol. Le commandant de la colonie possède déjà un pavillon sur ce point, plus salubre que Dzaoudzi.

Une citerne fournit seule de l’eau à Dzaoudzi et cette eau est de mauvaise qualité. Il faut donc, pour les besoins de la population , envoyer chercher de l’eau à Mayotte. Ce service se fait régulièrement chaque jour au moyen de deux chaloupes. Mais, le personnel se trouve rationné comme à bord d’un navire.

On a formé, en 1844, le projet de faire de Dzaoudzi le centre d’une des plus fortes places du monde, en occupant le Morne aux Indiens et le Morne Mirœndol, en fortifiant Glioa , les îles Mougnamer, Bougi, Bandati, etc., etc. , ce projet a dû être abandonné, l’importance de l’île ne justifiant pas, quant à présent, de tels travaux.

Mayotte a, sur Nossi-Bé, l’avantage d’un port qui est la point de relâche naturel de tous les navires allant dans l’Inde par le canal de Mozambique. Sa situation même, à soixante lieues à l’ouest , permet aux navires qui , de ce point, se rendent à Bombetock , d’avoir, par toute mousson, les vents traverser s, la distance de chacun des deux points à ce port étant, d’ailleurs, à peu près égale. Elle passe pour être la plus saine des Comores : l’hôpital y est presque toujours vide de malades.

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La chaleur est moins accablante à Mayotte qu’à Nossi-Bé : il y règne, pendant le jour, une brise du sud-est, et le soir une brise du sud-ouest, qui rafaîchissent la température en venant du large. La hauteur moyenne est de 27° centigrades.

La population de Mayotte, qui, en 1843, n’était que de 2,000 habitants, en comprenait 10,158, dont 6,799 hommes et 3,359 femmes, au recensement de 1880. Ces chiffres, comme pour Nossi-Bé, ne se rapportent qu’à la population européenne , les indigènes n’ayant pas encore d’état civil.

L’administration est confiée à un commandant assité d’un chef du service de l’intérieur, d’un chef de service judiciaire, et d’un conseil d’administration.

Il n’y a pas de garnison à Mayotte.

Le service de la justice y est réglé par une ordonnance du 6 août 1847, modifiée par un décret du 30 janvier 1852 : il est à peu près le même qu’à Nossi-Bé.

Les habitants, étant en grand nombre musulmans, ne fréquentent guère les écoles françaises dirigées par des congréganistes. Selon les coutumes de l’islam , les enfants musulmans se rendent chez les plus anciens de leur religion et en reçoivent, à domicile, des leçons de lecture et de calcul.

L’étendue des terres consacrées à la culture de la canne à sucre s’élève à 1,550 hectares environ et celle des petites cultures à 1,400 hectares. La colonie a produit en 1880 : 3,791,000 kilogr. de sucre, 100,000 litres de rhum, 5,300 kilogr. de café, 870,000 kilogr. de riz, 20,000 litres d’huile de cocotier ; 4,500 kilogr. de tabac, 100,000 kilogr.de maïs, 130,000 kilogr. de manioc, 21,000 kilogr. de légumes secs et 561 kilogr. de vanille. Il n’y a pas de droits de douane à Mayotte.

Il est entré à Mayotte, en 1880, 73 bâtiments français jaugeant 10,000 tonneaux et 90 bâtiments étrangers jaugeant 8,000 tonneaux. Il en est sorti 71 navires français portant 9,800 tonneaux et 89 navires étrangers jaugeant 8,000 tonneaux.

L’île de Mayotte est mise en communication avec la métropole par un service mensuel français qui se relie à la grande ligne des Messageries maritimes de Marseille, la Réunion, Nouméa. Un service mensuel anglais, qui dépose les correspondances à Zanzi-

bar, fonctionne également, mais il est rarement employé. Il existe dans l’île quatre bureaux de poste , dont le principal se trouve à Dzaoudzi. Les correspondances sont journellement dirigées sur les divers points de la colonie par des piétons.

Le budget de la marine et des colonies (Service colonial) alloue une somme de 228,742 fr. pour Mayotte. Le budget local comprend toutes les dépenses relatives au service intérieur de la colonie. Il est arrêté par le commandant en conseil d’aministration. Il s’élève, en recettes et en dépenses, à 241,000 fr. Les prin¬

cipales recettes sont :

L’impôt foncier . 60,000 fr.

— personnel . 30,000

• — des patentes . i . 23,000

Les droits sur les rhums . 22,000

La métropole, de plus, fait à la colonie de Mayotte une subvention de 50,000 fr. par an.

La monnaie française a seule cours légal dans la colonie. 11 ne s’y trouve pas d’institutions de crédit.

L’hivernage à Mayotte est déterminé, comme à Bourbon , par les lunes de décembre et de mars. Les grains donnent généralement plus de pluie que de vent. Les coups de vent sont très rares. Mayotte, comme nous venons de le dire plus haut, jouit d’un bon climat et d’une remarquable salubrité, ainsi que le constate l’absence totale de maladies dans les équipages qui y ont successivement séjourné dans les conditions les moins favorables L’encaissement jusqu’à leur embouchure de quelques ravines, qui deviennent des torrents pendant l’hivernage, complète la salubrité de la côte orientale.

Il y a de nombreux pâturages à Mayotte, dans la partie O. et S.-O., mais les meilleurs paraissent être à Pamanzi. Toute la partie montagneuse de cet îlot est couverte d’herbes excellentes et serait susceptible de recevoir de cinq à six mille têtes de bétail.

La population primitive de l’île a dû être considérable. Il est présumable qu’elle a été très réduite par les guerres, par la misère qui les a suivies, par l’émigration à Anjouan, à Mohéli, à la côte d’Afrique et en dernier lieu, à Maurice, où des bâtiments anglais ont transporté un certain nombre d’habitants de Mayotte, comme

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travailleurs, à raison de trois piastres par mois et la nourriture.

Les indigènes des îles Comores sont presque tous mahométans. Les 'habitants de Mayotte , en particulier, sont d’un caractère doux et facile , quoique soupçonneux ; mais ils témoignent une grande sympathie pour la nation française et non moins de confiance dans l’avenir de notre occupation. Ils sont, en général, comme les Orientaux, indolents et paresseux. Ils vivaient dans la plus affreuse misère, avant que la présence des bâtiments français eût fait cesser les guerres et permis de donner aux cultures des soins un peu suivis. Le dessèchement d’un marais de trente hectares, la plantation de nombreux arbres, l’anéantissement absolu de la vente de l’arack, ont transformé le pays.

L’occupation française a donc été pour les habitants, il faut le reconnaître, un véritable bienfait.

Nous répétons, en terminant ce chapitre relatif aux îles françaises des Comores, qu’en les occupant, M. l’amiral de Hell n’a pas eu en vue de donner à notre marine ce qui lui manque dans la mer des Indes, des points de ravitaillement, de radoub et de carénage, où nos grands vaisseaux pourraient trouver des vivres frais en notable quantité et des bois de grande construction pour se remâter au besoin et se restaurer. C’est à Madagascar seulement que ces conditions peuvent être remplies , ainsi que l’a prouvé la relâche qu’y fit Mahé de la Bourdonnais, dans la baie d’Antongil. L’occupation de Mayotte et de Nossi-Bé emprunte surtout son importance du voisinage de la côte nord-ouest.de Madagascar. Ces îles peuvent offrir de bons ports de refuge et quelques vivres à des bâtiments ordinaires , mais leur principale utilité est leur proximité des côtes de Madagascar ; c’est le trait d’union avec la vaste province de l’Ankara, qui commande la partie nord de la grande île. A ce titre, l’œuvre de l’amiral de Hell présente un caractère politique qui recommande sa mémoire à la reconnaissance de la France.

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