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LE ROI

Crdnaen't / Nju 29 suis roi. Ça suffit ..

Yoîlà le thème; OU encore:

Moi je plains Dieu ; peut-être on le calomnia,

Je voudrais l'opérer; il a pour ténia

La religion. Rome exploite son mystère.

Et là-dessus, il va, cent, deux cents, trois cents vers durant, n'ajoutant rien à ce qu'il a dit, mais cpuisanc les synonymes, en inventant au besoin de nouveaux, se répandant en épilliètes, en périphrases, en calembredaines jusqu'à ce que le dictionnaire lui manque, en quelque sorte, avec le soufile, el les gros mots i-vcc l'haleine. Évidemment, dans cet état d'esprit, n'éiint qu'à demi conscient, il n'est aussi qu'à moitié responsable des choses qu'il dit. Ce n'est qu'un accès de cette manie d'amplification et de grandiloquence à laquelle tout rhéteur est sujet. Et si ce n'est pas sans doute un Dieu, c'est un démon qui l'échauffé et qui s'agite en lui, qui parle par sa bouche el qui l'empêche de la taire, le démon de la phrase et de l'exagération, celui dont le rôle est de présider aux paroles inutiles, aux phrases creuses, et aux déclamations sonores. C'est ce démon qui lui a dicté jadis les Châtiments, et depuis, sans parler du reste, une bonne partie de son Théâtre en liberté.

Un autre lui en a dicté l'autre, et c'est le démon ■qui lui avait soufflé les Chansons des rues et des bois. Et, en effet, ce grand poète aura bien été dans notic siècle un poète de l'amour, mais de l'amour scnsuc";,

de l'aîTionr uniquement physique, de l'îimour bas ei grossier. Il y avait en lui du « satyre » ou de « l'égîpan », si, peut-être, comme je le pense, il eût préfî-ré ce nom plus mythologique. Déjà, dans les Feuilles d'automne, dans les Chants du crépuscule, un peu partout dans son œuvre, on eût pu signaler de singulières aberrations du sens moral; mais elles y sont cepcntlant assez rares, et, après tout, pour les y trouver, il fallait les y chercher. Dans les Chansons des rues et des bois, on dirait que celui qui fut Olympio, connaissant désormais le néant de toutes choses, a décidément placé, pour parler la langue de nos naturalistes, dans la salisfaclion de « l'instinct génésique » la grande ou plutôt Tunique aiïaire de l'humanité, et qu'il a pris pour devise le dislique justement fameux :

Le craquement du lit de sangle Est un des bruits du paradis.

Si, d'ailleurs, l'étonnement de voir sous ce nouvel aspect et dans ce rôle de Roger Bontemps « l'èlre incliné » qui naguère

Demandait à la nuit le secret du silence,

l'inventeur triste et le puiseur d'ombre, le mage, le pontife des ténèbres et le pape de l'infini ; si la drôlerie d'une certaine verve bouffonne, si des rimes rares, si

le senliment profond et ardent des tentations de la pure nature, — que sais-je encore? -^ y déguisaient peutêtre assez bien l'obscénité de l'inspiration, le Théâtre en liberté achèvera de donner leur vrai sens à ces Chansons, et, avec elles, d'éclairer, je le crois, toutun côté relativement obscur de cet étrange tempérament poétique.

Trois pièces, au moins, y roulent en effet sur ce thème : Sur la lisière d'un bois, Être aimé, et la Forêt mouillée. La première est, si l'on veut, une transcription de VOaristys, — à la manière de Victor Hugo. La seconde est le monologue d'un roi quelconque, d'un tyran vague et anonyme, qui se désole de n'être aimé que pour sa royauté ou, comme il dit encore, que pour la sentinelle qui veille aux barrières du Louvre. Posez le cent-garde, on aime le roi; ôtez le cent-garde, plus d'amour, partant plus de joie. La troisième, dont j'ai déjà dit deux mots, est une sorte de féerie sans poésie, sans grâce et sans espiit, plus courte, mais dans le goût de celles de feu Clairville, et qui se termine par ces deux vers que prononce un ruisseau bavard :

Sans nous, si nous n'avions fait retrousser Goton, Ce Jocrisse risquait de devenir Platon.

Mais ce que l'on ne saurait dire, c'est le ton de plaisanterie grave dans lequel sont traités ces sujets, l'importance naïve que le poète y attache, la certitude

•$0 IIISTOIUE ET LITTÉRATURE,

qu'il a d'y donner le mol do l'énigme où les « penseurs blêmes » s'éluicol inutilement acharnés jusqu'à lui :

... Ah ! le couple est saint, le nid est vénérable; Le fond de la nature est ua immense hymen, J'en veux ma pail !..,

Ou encore :

Lumière et pensée!

0 ciel époux, reçois la lerre liancée.

Êtres, l'amour est flamme et l'amour est rayon, Il tend d'en haut la lèvre à la création. Et la nature poso^ en entr'ouvrant son aile. L'universel baiser sur la bouche éternelle.

Ou encore :

Mais tu dis : Quelque chose existe. J'in conviens. Quoi? Le sexe. Eve, aux temps antédiluviens, Daphnis suivant Chloé, Jean pourchassant Jeannette...

C'est le libertinage placé sous l'invocation du dieu de Béranger, la grossièreté rétablie dans les droits don^ la civilisation l'avait dépossédée, l'homme rendu au culte de Priape. Et la conclusion est : d'Être aimé, qu'il n'y a qu'une chose de désirable au monde, l'amour de Javotte ou de Goton, à défaut de celui de Chloé ; de Sur la lisière d'un bois, que, sous le nom d'amour, il ne faut entendre que le plaisir avec ses

réalités solîdes; enfin, de la Forêt mouillée, qu'entre Platon et Casanova, toute la différence ne tient qu'à un jupon habiiementrelevé sur la cheville d'une lingère de la rue aux Ours ou d'une actrice de Bobino. C'était bien la peine d'avoir versé {^ni àè Pleur s dans la nuit, et de s'appeler Victor Hugo, pour finir comme, «le chantre de Lisette », sans en avoir d'ailleurs jamais eu la gaieté.

Cette façon de traiter l'amour, assez indélicate, et médiocrement poétique, a, si je ne me trompe, quelque chose de plus déplaisant encore chez un vieillard. Il nous devient difficile, en effet, de respecter sincèrement celui qui ne se respecte pas plus lui-même, et je crains que de pareils aveux, qu'il n'était pas forcé de faire, n'aient un jour quelque chose de fâcheux pour la mémoire du poète. Mais, en revanche, au poiiil de vue delà critique, ils éclairent d'un jour très vif le vrai caractère d'un homme, et ils m'expliquent assez bien ici ce manque ordinaire de délicatesse et de goût qui ne s'expliquerait guère autrement dans l'œuvre de Victor Hugo. Avant ces aveux, comme avant ^es Chansons des rues et des bois, on ne voyait pas bien d'où procédait la grossièreté dont il y a chez lui tant d'exemples, cette rudesse et celte brutalité de manières qu'il ne pouvait tenir ni de sa naissance, ni de son éducation, ni du monde au milieu duquel il avait toujours vécu. Nous le savons maintenant : c'était ce que l'on appelle une idîosyncrasie, l'effet en lui de son tempérament d'athlète, et une opposition de sa

véritable nature avec l'altitude qu'il avait d'abord prise

elganiée si loiijîtemps.

L'exil, cet exil volontaire ou volontairement prolongé; l'exil, dont il lira le parli que l'on sait ; l'e:;!!, sans lequel il ne tVit jamais devenu ce que nous l'avons vu dans ses dernières années, mais, comme l'a (lit je ne sais plus q\ii, le Fontaiies du second empire; l'exil, en le drlivrant de toutes les contraintes qu'il avait impatiemment supportées, le rendit à lui-même. Sur son rocber de Guernesey, n'ayant plus rien à ménager, il se montra tel qu'il était, moins e fatal 3) et plus « rabelaisien » qu'on ne le pouvait croire, à peine plus porté vers la grosse plaisanterio, que sur les objets même qui la provoquaient infaillliblement cbez les auteurs de nos vieux fabliaux. En ce sens, le Théâtre en liberté, comme ^^5 Chansons des rues et des bois, vaut à bien des égards une longue confession. Nous savons désormais que, parmi beaucoup d'étranges visions, ce a voyant » ne laissa pas d'en avoir d'assez matérielles, et il semble que ce ne fut point celles où son œil, quoique « empli de brume », s'arrêtât d'ordinaire avec le moins de complaisance. Plusieurs grands bommes de notre temps ont fini de cette manière, plus jeunes en quelque sorte à soixantedix ans qu'à vingt-cinq, et comme inconsolables, alors qu'ils le pouvaient, de n'avoir pas choisi jadis, au lieu du leur, le lot de Restif de la Bretonne.

Ajoutez maintenant l'incomparable versificateur, et il s'en faudra de très peu que vous n'ayez Victor Hugo

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tout entier. Quelques qualités du poète ont bien pu lui manquer, et j'en viens d'indiquer quelques-unes : le goût, la légèreté, la grâce; mais je ne vois pas de parties du versificateur qu'il n'ait pleinement possédées; — et-, sans en excepter celte harmonie même qu'on lui a si souvent refusée. II est bien vrai, qu'à force de briser le vers, de rompre la mesure, et de joncher le Pinde, selon son expression, de césures d'alexandrins, il a fini, dans ses dernières œuvres, par écrire en prose rimée.

Roi, vous êtes heureux ! C'est bien facile à dire, Un roi n'a qu'à vouloir! Un roi peut tout! Eh bien, Retiens ceci, je peux tout, mais je ne peux rien.

Toutes les plus belles théories du monde sur « la discordance » ne feront jamais que cette ligne soit un vers français; mais il convient de ne pas oublier que c'est Hugo qui l'a voulu ainsi, qu'il n'ajamais manqué que sciemment et de parti pris aux lois de son'art, pour en tirer des effets qu'au surplus, il n'a pas toujours atteints; et que, si l'harmonie de ses vers, plus complexe, plus savante, n'a pas la mollesse d» celle de Lamartine ou la facilité de celle de Musset, elle a d'autres qualités, des qualités de résonance et de profondeur, parexetnple, que nul, dans noftre langue, n'a eues au même degré.

La borne du chemin, qui vit des jours sans nombre, Où jadis pour m'attendre elle aimait à s'asseoir, S*est usée en heurtant, lorsque la route est sombre. Les grands «hars gémissants qui reviennent le soir...

28» HISTOIRK ET LITTÉRATURE.

Longtemps après qu'on les a lus, de tels vers continuent He vibrer dans l'oreille, et l'écho s'en prolonge pour aller remuer jusqu'au fond de nousmêmes les cordes les plus secrètes.

Quant aux aptitudes essentielles du versificateur, en est-il vraiment une seule qu'on lui puisse disputer, et laquelle? Cette imagination de la rime, d'abord, dont ses disciples, en faisant le tout du poètp, ne se sont peut-être trompés que d'un mot, — ils devaient dire, plus modestement, le tout du versificateur, — qui l'a jamais possédée plus riche, plus féconde et plus variée que lui? Mais si la rime est d'autant plus parfaite que les deux mots qui la forment sont « plus étonnés, comme disait un homme d'esprit *, de se trouver ensemble », quel autre, et en quel temps, nous a procuré en ce genre de plus vifs, de plus heureux ou de plus réjouissants étonnemenfs? El non seulement personne, en français, n'a rimé d'une façon plus heureuse et plus riidacieuse, mais personne, comme lui, n'a su renouveler jusqu'aux rimes les plus banales, ni trouver de plus admirables accords entre les idées et les sons. Jft recommande vivement aux ciu'eux de ce genre de questions les quelques pages qu'y ont consacrées, dans son Petit Ti^aîté de poésie française, M. Théodore de Banville et M. Becq de Fouquitres, dans sou Traite-

1. Afin que l'on voie bien, par un exemple Je plus, qu'il n'y a rien de nouveau dans le monde, je di."î que cet homme d'esprit s'appelait Fontenelle, et qu'il parlait très sérieusement.

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général de versification. A ce qu'ils disent l'un et l'autre, et beaucoup mieux que je ne le saurais faire, j'ajouterai seulement un mot, c'est qu'il y aurait sans doute lieu de signaler d'instructifs rapports entre celle préoccupation de la richesse de la rime et ce goût du calembour qui semblent avoir également caractérisé Victor Hugo. L'extrême diversité du sens dans l'extrême identité du son, voilà le triomphe de l'exlrême richesse de la rime; c'est aussi le triomphe du calembour, c'en est même la définition. ' ^

Avec l'imagination de la rime peut-être eut-il encore à un plus haut degré celle du rythme et du mouvement. Je crois bien l'avoir dit autrefois, mais il ne saurait y avoir d'inconvénient à le redire : rien n'est plus beau que quelques pièces d'Hugo, dont une critique exacte ne laisserait pourtant pas subsister un seul vers, si même on ne prouvait avec la plus grande facilité qu'au fond elles ne signifient absolument rien. Je choisirais des exemples, s'il fallait en donner, dans la Légende des siècles et dans les Contemplations. Une idée générale assez vague et même un peu confuse, entrevue plutôt que vue et sentie plutôt que pensée; un thème presque plus musical que poétique ou vraiment littéraire; de loin en loin, pour marquer les temps de l'idée, une image hardie, grandiose, qui, du temps où nous vivons, nous reporte au delà de l'histoire, à l'époque où

l'homme vivait sous la tente, inquiet

Des empreintes de pieds de géants qu'il voyait,

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nn éclair dans la nuit, une brusque déchirure de l'ombre, un coup de tonnerre; puis un torrent de mots, dont on dirait volputiers qu'ils enferment plus de son que de sens, tombant, roulant les uns sur les autres, se heurtant, s'cntriî-choquant, hurlant de se voir accouplés, m:\is finissant par se soumettre à la foule-puissance niagiqufi du rythme qui les enchaîne; — il ne [ui en faut pas davantage pour nous procurer quelques-unes des plus rares et des plus fortes sensations que la poésie ait jamais éveillées.

Soumettez cependant ces pièces, les Mages, par exemple, vers par vers, slropho par strophe, à la critique vétilleuse d'un grammairien de profession, ou même à la critique déjà plus libérale que Voltaire a exercée sur Corneille, je le répèle, j'ai grand'peur qu'il n'en restru rien d'assez net et précis, ni même une impression facile à définir. Mais, justement, la qualité dont je parle, étant de celles qui échappent à la compétence du grammairien, ne serait-elle pas, pour cette raison même, une qualité proprement poétique, et peut-être, s'il en est une, la qualité « lyrique » par excellence? Je serais tenté de le croire. Nous avons l'habitude en France, nous l'avons toujours eue, nous l'avons encore, de ne demander guère à la poésie que la multiplication des effets dont la prose est capable. Elle a le droit pourtant, même en français, de se proposer quelque chose de plus; et le rythme, qui a sa valeur, sa beauté, son pouvoir propre, est, avec la rime, par lui-même et de lui-nnême, un des moyens

SUR VICTOR HUGO. ÏSl

qu'elle ait pour atteindre ce but. Dans aucun poète français, il faut bien le savoir, on ne trouverait de rythmes comparables, pour l'ampleur du mouvement, pour la force et la diversité, l'aisance et la puissance d'effet, aux beaux rythmes de Victor Hugo.

Mais les qualités lyriques ne vont guère avec les dramatiques, ou plutôt on peut dire, et au besoin démontrer, qu'elles s'excluent les unes les autres, qu'elles sont incompatibles, qu'elles ne se rencontrent pas plus dans un même poète que chez un même peintre le génie de la couleur et celui du dessin; e\. c'est pour cela que l'on chercherait vainement, dans ce Théâtre en liberté, ce que le poète avait afTecté la prétention d'y mettre : une action dramatique libérée des contraintes ordinaires et des conventions accoutumées de la scène . « Des courtes pièces qu'on va lire, disait un projet de préface, deux seulement pourraient être représentées sur nos scènes telles qu'elles existent. Les autres sont jouables seulement à ce théâtre idéal que tout homme a dans l'esprit. » Il veut nous faire entendre, avec son a théâtre idéal », qu'il avait, autant qu'homme du monde, l'instinct dramatique, et que les conditions de nos scènes, « telles qu'elles existent », ont seules gêné la liberté de ses sublimes conceptions. Mais nous, si quelque directeur avait un jour l'idée de monter la Grand'mère ou la Forêt mouillée, nous osons bien lui conseiller, dès maintenant, de n'en rien faire, et de se rappeler seulement l'accueil que repe-r

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valent naguère, du public cependant le plus respectueux, Marion Delonne ou le Roi s'amuse. Il faul que MM. Vacqueiie et Paul Meurice en prennent enfin leur parti: Victor Hugo fut un génie lyrique, peutêtre même, à beaucoup d'égards, le jjIus j|iuissant qu'il y ait eu chez les modernes, sans en excopleini Goctlie ni Byron ; mais il y a un instinct dramatique plus sûr, quoique d'un autre ordre, dans lo moindre vaudeville de Ouvert ou de Bayard que dans tout le théâtre de ce grand poète; — et je ne fais pas / plusd'exception icipour //(;;*«««» que pour RuyB las. Après cela, qu'il y ait de beaux vers dans VEpée, par exemple; et, Cans Mangeront-ils? des scènes assez divertissantes, j'y consens volontiers : comme aussi, d'une manière générale, que l'on retrouve dans le Théâtre en liberté quelque ombre des qualités que nous avons tant admirées jadis dans les Chansons des rues et des bois ou dans la Légende des siècles. Mais elles y sont malheureusement sans âme, et la grande imagination d'autrefois ne les vivifie plus. Rien de nouveau du reste; et, pour le (biul, trois ou quatre idées, pas davantage, qui sont celles dont le poète a vécu cinquante ou soixante ans, qui n'étaient pas bien neuves quand sa rhétorique s'en empara pour les développer à son tour, et dont il a fait, par sa façon de les développer, la banalité même.

C'est ce qui me dispensera d'y insister longuement : nous savons tous aujourd'hui qu'un roi n'est qu'un bandit, quand il n'est pas un idiot, qu'un prêtre n'est qu'un

charlatan, à moins qu'il ne soit qu'une bête, et que la grandeur d'âme, la générosité, la noblesse de cœur, la « pitié suprême », exilées du reste des hommes, se seraient réfugiées tout entières sous la soiiquenille du laquais, s'il n'y en avait une plus grande part encore sous la casaque du galérien. L'unique originalité de ce Théâtre en liberté n'est que pour la critique, puisqu'elle ne consiste qu'à rassembler sous un seul point de vue tout ce qui, depuis tant d'années, avait tour à tour ou simultanément défrayé l'énorme production du poète.

Je ne saurais terminer sans faire une dernière remarque. Supposez que Victor Hugo fût un plus grand poète encore, il ne serait pas Victor Hugo, s'il n'avait eu, par-dessus ses autres mérites, le mérite plus rare encore de mourir à quatre-vingt-trois ans. Tel est le pouvoir de la durée sur les esprits des hommes. A ceux qui vivent longtemps, nous avons tellement peur de mourir qu'on dirait qua nous savons gré du bon exemple qu'ils donnent ; et le plus grand poète qu'il y eût au monde, s'il avait fait des vers, ce serait ?ans doute Mathusalem. Toujours est-il qu'un octogénaire, qu'il s'appelle V^oltaire ou Victor Hugo, finit par avoir raison de tous ceux qu'il enterre, quand encore il n'hérite pas de ceux mêmes de ses contemporains qu'il a le plus cruellement injuriés. C'est bien le cas de Victor Hugo. S'il fût mort au lendemain de la publication des Misérables ou des Chansons des rues et des bois, ayant ainsi donné tous ses chefs-

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