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LA COMFESSION D'UN RÉFRACTAIRE

grand écrivain. Accordons-leur donc, pour faire court, qu'il y a dans les Réfractaires, dans VEnfanl, dans le Bachelier même, dans VEnfant surtout, quelques pages, et peut-êtrs deux ou trois chapitres qui ne sont pas du premier veiiu. Disons en outre, s'ils y tiennent, que la préoccupation de l'adjectif, le souci de la phrase, et la rage de l'efTet pitloresque, — une rage froide qui n'enlève jamais à l'écrivain l'entière possession de ses moyens de sty!e, — s'y sentent, s'y trahissent ou plutôt s'y étalent partout. Mais enfin ce ne sont là que les procédés bien connus du naturalisme, habilement diversifiés par ceux du petit journalisme : un peu de Rûchefort dans beaucoup de Zola, du Zola moins puissant, plus court d'haleine, et du Rochefort moins spirituel, ou, pour mieux dire, moins divertissant :

« Marcelin tient une auberge dans une rue du faubourg. Il a la réputation à dix lieues à la ronde pour le vin blanc et les grillades de cochon. Il y a, quand on entre, une odeur de fumier et de bêtes in sueur qui avance, comme une buée, de l'écurie... Il y a aussi les émanations fortes du fromage bleu. » C'est du Zola, comme on peut voir, et, pour qu'on n'en ignore, la buée même n'y manque pas. Voici maintenant du Rochefort : « Je couvrirai mes émotions intimes du masfjue de l'insouciance et de la perruque de l'ironie » ; ou ceci encore : « Rester assis, c'est bien ; mais, quand l'heure du fouet sonnera de nouveau, où en serai-je? Les délices de Capoue m'auront perdu :

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je n'aurai plus la cuirasse de l'habilude, le caleçon de l'exercice, le grain du cuir battu » ; et vingt autres métaphores, — car ce sont des métaphores, — du même goût hardi, si l'on veut, mais surtout prétentieux et douteux.

Rien, d'ailleurs, il faut bien le savoir, ne s'imite plus aisc'ment; ce n'est guère qu'une habitude à prendre, comme Ton fait celle du calembour, et le moindre vaudeville abonde en drôleries plus cocasses, (le même que, de son côté, le moindre roman naturaliste est plein de descriptions qui ne fleurent pas mieux, mais plus fort. Là-dessous, dans ces quatre ou cinq volumes, pas une ombre d'imagination seulement, pas un commencement, pas un rudiment, pas un semblant d'idées : les chroniqueurs « parisiens », ainsi qu'ils s'intitulent, fabriquent vraiment à bon compte une réputation d'écrivain.

Tout ce que l'auteur des Réfractaires a mis de personnel, sinon d'original, dans l'emploi monotone de ces procédés d'école, c'est uniquement son accent de haine et de convoitise : la colère de l'impuissant qui s'en prend à tout le monde, hors à lui-même, de son impuissance, et l'envie brutale du jouisseur. 11 n'a rien aimé dans sa vie, pas même la Révolution, quoi qu'il en ait voulu dire, et encore moins le « peuple », dont les « sueurs » odusquaient son odorat d'aristocrate; mais il a beaucoup haï, prodigieusement haï, d'une haine inexpiable, et c'est le plus clair de son talent. D'autres n'eussent pas écrit s'ils n'avaient pas aimé ;

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