IlISTOir, E LT LITTÉ II AT U llli
la philosophie et des mathémnliques, telles qu'alors on les comprenait : logique, élliiiiue, métaphysique, géométrie, trigonométrie et physique. Enfin, une année (l'étude de l'histoire et du droit, sous la direction d'un maître qui occupait à Bourges la chaire jadis illustrée par Cujas, compléta celle éducation. Le duc d'Anguicn rédigea lui-même un petit traité des suhstitutions. Ainsi que le fait remarquer justement Thislorien, on dit à peine pris plus de soins et plus particuliers, pour (ormer un futur évêque, ou pour préparer à l'église une lumière de la théologie. 11 est probable seulement qu'en ce cas, on eût moins exercé le corps du jeune homme, et que la paume, la danse, l'équilation, la chasse eussent été remplacées pour lui par des distractions moins violentes.
La véritable éducation est celle qu'on reçoit de la vie : après l'enfani, il restait à former le prince, achc" ver « l'honnête homme », comme on disait alor.-=', et, pour ainsi parler, commencer l'apprentissage du capitaine. Au mois de j mvier 1G3G, le duc d'Anguien, ayant terminé ses études, vint à Paris faire au roi « sa première révérence », n'y passa que quelques jours, et rejoignit son père, à Dijon, où se préparait l'invasion de la Franche-Comté. Mais les affaires tournèrent assez mal : l'invasion manquée de la Franche-Comté provoqua celle de la Bourgogne; la peste ou le typhus y entrèrent à la suite des envahisseurs; sur les instances de sa raùre et celles des ministres, — qui craignaient qu'un parti ennemi ne s'emparât de sa
personne, — le duc d'Aiignien quitta Dijon pour Aval- Ion, puis pour Auxerre. C'eût donc été une année perdue si, dans l'âge de seize ans qu'il avait alors, la vue, la fréquentation du monde, l'approche des gens en place et le voisinage enfin du danger n'avaient évidemment dû mûrir son caractère. Aussi, son ardeur commence-t-ellc à poindre dans ses lettres de cette année : « Je lis avec contentement les actions héroïques de nos Roys dans l'his'oire, pendant que vous en faites de très dignes pour la grossir, écrit-il à son père; en me laissant un bel example et une sainte ambition de les imiter et ensuivre, quand l'aage et la capacité m'auront rendu tel que vous me désirés. »
On ne sera sans doute pas étonné que, de celte sévère discipline, et la part ayant été si petite aux divertissements, il fût resté au jeune prince un peu de gaucherie et de timidité. Lorsqu'en 1637 il revint à Paris pour y suivre les exercices de V Académie royale pour ia jeune noblesse, sa mère, madame la Princesse, en parut un peu clioquée, et le dispensa tout d'abord de la venir voir trop souvent, attendu, disait- elle « qu'il ne faisait pas d'assez bonne grâce son compliment aux dames ». On se rappellera que l'hôtel de Condé rivalisait alors de galanterie, à cette heure du siècle, avec l'hôtel de Rambouillet. Quant à VAcadémie royale pour la jeune noblesse, placée sous la protection de Louis XIIT, nous pourrions y voir de nos jours une école supérieure de guerre. 0;i y apprenait l'escrime, l'équitatioii, mais surtout la
3i IIISTOIKE ET LITTÉRATURE.
géographie, le levé des plans, la fortification, « J'.iy commencé à tracer sur le papier des forlificalions »; écrivait le jeune prince à son père, et il ajonlail ce renseignement, ((ui vaut bien son prix : « J'écris tous les jours sous le père Pelletier, qui me dicle un deuxième entrelien de la prudance d'un [irince, avec les examples de ceux qui ont estes grans et prudaii^ capitaines, affain qne j'apprenne de leur conduite âme randre tel que vous me désirés. »
C'est un bel avantage que la qualité, dira plus tard l'auteur des Caractères; et il a bien raison, mais surtout parce qu'elle met, parce qu'elle mettait alors un prince en passe d'avoir à seize ans l'instruction, la cullure, l'expérience même et presque l'acquis d'un homme du commuu à vingt-cinq ou trente ans. N'estil pas permis d'ajouter aussi que la « qualité », c'est la race, et que, quand un enfant royal naît avec du génie, il faut assurément qu'il tombe en bien mauvaises mains pour que son génie mê ne ne tienne pas de son hérédité quelque chose de plus précoce? Le mérite chez eux devance l'âge, dit encore La Bruyère; mais ils ne sortent pas pour cela de l'ordinaire, encore moins de la nature, et au contraire ils y rentrent, puisque les unions dont ils naissent, en maintenant la pureté de la race, ont pour objet précisément de fixer le mérite.
Ainsi préparé au grand rôle que lui destinait l'avenir, le duc d'Anguien fut désigné, dans les premiers jours de 1638, pour exercer, en l'absence de son père.
qui cette année-là commandait l'armée de Guyenne, le gouvernement de la Bourgogne. Son apprentisage militaire y devait être cette fois plus effeclif qu'en 1036. S'il ne fut encore présent de sa personne à aucune action de guerre de quelque importance, ce qu'il put du moins étudier de près, chargé comme il était de pourvoir aux mouvements, à « l'entretènement », aux quartiers d'une armée considérable, ce fut le maniement des troupes, et « tous ces calculs de marche et de subsistances qu'un chef d'armée doit pouvoir résoudre sans efforts », qui ne sont pas la moindre partie de l'art complexe de la guerre, qui sont parfois la guerre mêm.e et presque toute la guerre, en tant qu'elle consiste à s'assurer, pour un moment donné et sur un point donné, la supériorité de la situation et du nombre.
11 ne dut pas tirer un moindre profit du contact fréquent et de la conversation de tant d'hommes de guerre, avec lesquels, dans celte capitale d'une province frontière, il se trouva, pendant dix-huit mois, en rapports nécessaires : on cite effectivement parmi eux plusieurs de ses futurs conseillers ou lieutenants. Mais le plus utile exercice qu'il y fit, ce fut peut-être encore celui de la responsabilité. Tenu jusqu'alors en bride, et d'assez court, par un père dont la sollicitude éclairée, mais tyrannique, s'étendait jusqu'aux moindres détails, réglait jusqu'à son linge et jusqu'à sa vaisselle, le duc d'Anguien apprit dans son gouvernement de Bourgogne, sinon encore l'art de cora-
36 HlSTOir. E ET LITTÉRATURE,
mander, au moins celui de se décider et de courir les chances de ses résolutions. La préparation allait être complète, quand à tant d'expériences déjà si diverses ii aurait joint la seule qui lui manquât encore : celle des champs de bataille.
C'est en 1640, comme « volontaire», sous les ordres de La Meilleraie, dont les maréchaux de camp, s'appelaient La Ferté, Gesvres, Gassion, que le duc d'Anguien fit ses premières armes, et sur le terrain même que devait deux ans pins lard illustrer sa première victoire. M. le duc d'Aumale nous a donné les lettres du jeune prince à son père, pendant celte première campagne : elles respirent toute l'ardeur militaire de sa race, mais tempérée par un sang-froid qui fit l'étonnement de l'armée. Rien de « romanesque », ou Ci d'héroïque », et encore moins de « Ibu »; rien qui rappelle ici l'emphatique bravoure de Rodrigue;
Paraissez, Navarrois, Maures et Caslillan»,
Et tout ce que l'Espagne a nourri de vaillans;...
mais un observateur attentif, qui achève de s'instruire, qui ne laisse rien échapper, et qui garde pour lui le secret de ses observations. Richelieu même en fut frappé : «; Je prie madame d'Aiguillon, écrivait-il à sa nièce confidente, le 28 mai 1G40, de dire à madame la Princesse que M. d'Anguien se conduit dans l'armée arec tout le témoignage d'esprit, de jugement et de courage qu'elle sçauroit désirer. » Ce
îî'est pas sous cet aspect que nous avons accoutumé de voir le grand Condé ; et, en effet, au fond, sous cette apparente froideur se dissimule une violence passionnée dont il donnera plus tard plus d'une preuve, au grand dommage de sa gloire ; mais, en attendant, on dirait qu'au lieu de l'exciter, le voisinage du danger le calme, apaise en quelque sorte les bouillonnements de sa fougue, et lui prête enfin cette lucidité de coup d'œil qu'au contraire il enlève à tant d'autres. Ce jeune homme de vingt ans est mûr pour le commandement, et. « de la cour » ou d'ailleurs, — car la cour, pour le moment, est sans doute ce qu'il connaît le moins, — on peut l'envoyer « en poste », ou autrement, à la frontière : ce n'est plus un prince du sang, mais un général d'armée qui y arrivera.
Nous ne commettrons pas l'imprudence de refaire, après M. le duc d'Aumale, un nouveau récit de cette journée de Rocroy, n'ayant pour l'oser aucune compétence, et rien n'étant d'ailleurs plus facile à nos lecteurs que de se reporter eux-mêmes à ces belles pages. Mai.> nous ferons observer, à ce propos, que ce D'est pas tout, comme on le croit, ou comme on a l'air de le croire, que de gagner une bataille, deux batailles, trois batailles; et encore est-il question de savoir comment le vainqueur les a gagnées. Les victoires, en effet, ne suffisent pas, quoi que l'on en dise, pour faire un capitaine; et, réciproquement, on connaît d'habiles généraux à qui la fortune a toujours disputé le bonheur d'en emporter une seule. C'est douQ
ui.— 3
38 niSTOIUE RT L ITTÉ P. ATU R K.
à bon droit que M. le duc d'Aumale, dans son récil, s'est visiblement proposé de metlreen lumière la part propre du vainqueur, celle qii continuerait d'êlro sienne et de lui mériter toute notre admiialion, quand bien même il eût été vaincu.
Notez qu'en fait il s'en fallut de peu, de prosque aussi peu qu'à Marengo, cent cinquante ans plus tard. Si le vaillant soldat qui commandait ce jour-là les réserves, Claude de Létouf, baron de Sirot,àun moment critique, en maintenant le centre de l'armée française, n'eût pas permis à Anguien de renouveler en pleine action la face du combat, la victoire si bien commencée s'achevait peut-être en déroute. Mais en serait-il moins vrai pour cela que, dans la préparation de la campagne, comme dans la disposition de la journée, comme dans l'intelligence des ressources du champ de bataille, le jeune général aurait fait preuve de toutes les plus rares qualités d'un commandant en chef? Or, c'est là ce qu'il faut maintenir, — afin que l'on apprenne à ne pas rendre un chef responsable de l'insuffisance ou de la médiocrité des icstrumenls qui viennent à lui manquer dans la main, mais aussi et surtout à ne pas faire du succès l'unique mesure des ugemenls de l'histoire. Battu à Marengo, Bonaparte n'en serait pas moins, et pour cette seule bataille, un autre homme que M. de Mêlas; et Gondé, vainqueur à Rocroy, ne doit pas tant à sa victoire même qu'à la manière dont il l'a remportée. On le pouvait soupçonner, et, pour notre part, nous l'eussions cru volontiers
LA JEUNESSE DE CONOr: 3)
San? preuve, mais, en décomposant la bataille, en en marquant les difrérents temps avec une précision technique, et en faisant ressortir enfin, comme on niî l'avait pas assez fait avant lui, la valeur intrinsèque des combinaisons, c'est ce que M. le duc d'Aumale aura désormais démontré.
Plus ingrates peut-être à raconter, mais non pas certes moins glorieuses, les campagnes de lGi4 et 1G45 lui offraient l'occasion de nous montrer dans son héros, jointes à tant de qualités, d'autres qualités encore, moins apparentes, et à coup sûr moins souvent signalées : l'esprit de suite dans les entreprises, nue singulière fertilité d'expédients, et une perspicacité politique supérieure. En effet, devant Fribourg comme à Rocroy, et à Norlingue comme devant Fribourg, si l'audace et la témérité même demeurent toujours les traits éminents du génie de Condé, cependant on peut dire que la témérité procède chez lui du calcul et de la réflexion presque autant que de l'illumination soudaine, ou, si l'on veut encore, que l'illumination semble jaillir en lui de la rencontre et comme du choc du calcul avec l'occasion. C'est qu'aussi bien ce que Ion appelle du nom de fougue et d'impétuosité n'est [las toujours en nous ce que l'on pense : un effet naturel du tempérament, mais quelquefois aussi le résultat d'une réflexion longuement et patiemment mûrie. Et, si la fortune, comme dit le proverbe, a souvent, dans l'histoire et ailleurs, favorisé les audacieux, c'est peutttre qu'ils sont au fond moins audacieux qu'ils n'en
40 iiiSTOir. !•: i:t mttkp.atukk.
ont l'air, de sons plu- ra>sis qu'on ne croit, cl plus prudcMits en leur luirdicssc mè.ne que de certains timides en leurs hésitations. Le duc d'Anguien m'en paraît un exemple.
On Ta souvent mis, depuis Bossuet, en parallèle avec Turenne, et, comme Bossuet lui-même, pour les mieux représenter l'un et l'autre dans l'opposition de leurs qualités et la diversité de leur génie, on a donné trop exclusivement la sagesse, laprudence, le calcula Turenne, et l'inspiration, la fougue et l'audace à Condé. Mais, pour Condé du moius, cela n'est vrai qu'en gros, si je puis ainsi dire, et seulement par comparaison. Car, il ose beaucoup, mais sur le champ de bataille, quand on en est aux mains, et que, faute d'oser, il va perdre la partie; ou encore quand des considéralions politiques supérieures, où lo prince du sang se retrouve, lui paraissent demander plus de promptitude que de conseil. Hors ces cas urgents et critiques, où le sort de toute une campagne dépend de la rapidité d'une seule résolution, la prétendue témérité des CDudjinaisons de Condé n'a d'égale que son attention vigilante aux détails qui en doivent assurer le succès; et Turenne n'est pas plus prévoyant, mais il l'est d'une autre manière, dont nous sommes plus avertis et qu'ainsi nous apprécions mieux. C'est du moins ce qui me semble résulter de ce beau récit des campagnes de Fribourg et de Norlingue, sur lequel, comme sur celui de la bataille de Rocroy, la connaissance que le lecteur en voudra
prendre dans le livre même nous dispense d'insister. Ici s'arrête, pour le moment, Vllisloirc des Princes de Coudé. On voit que, si jamais vainqueur ne s'improvisa point, c'est assurément le vainqueur de Rocroy. « L'on n'avait point encore vu de prince du sang élevé d3 cette manière vulgaire, dit son conseiller Lenel; aussi n'en a-l-oii point vu qui aient en si peu de temps, e: dans une si grande jeunesse, acquis tant de savoir, k'.nt de lumières et tant d'adresse en toute sorte d'exercices. » Il a raison : grâce aux soins ambitieux de son père, l'éducation du jeune duc d'Anguien avait certainement et de beaucoup dépassé la moyenne de l'éducation que l'on donnait alors h un jeune gentilhomme, à un prince du sang, au roi même; et, lorsque ce général de vingt-deux ans, le 17 avril IC i3, vint prendre ie commandement de l'armée de Picardie, c\\ peul dire qu'il avait plus d'expérience que son âge. Il avait lui-même fait la guerre, donné des preuves publiques de sa valeur, de son saug-froid, et, indépendamment de l'hérédité militaire qu'il tenait de sa race, toutes ses études avaient été tournées, depuis cinq ou six ans, aux choses de la guerre. Gouverneur intérimaire, pendant près de deux ans. d'une grande proviuce Ironiière, il y avait appris à connaître les ho urnes, et commencé sous d'excellents maîtres l'appre:lti^sage du commandement. Enfin, de son éducation première, il avait reçu cette culture générale d'esprit, ce goût des letti es et des sciences qu'il ne perdit jamais, cette aptitude à tout comprendre, cette
a HISTOIRE ET LITTÉRATURE,
ouverture d'iiitelli;4encc, cette curiositi; des choses de l'esprit qui le distinguent si particulièrement entre les hommes de guerre, et fj!ie je ne sache pas que l'on ait revue depuis, si ce n'est dans le seul Frédéric. C'est pourquoi l'éclat de ses déhuts n'étonna personne de ceux qui le connaissaient ou qui l'avaient seulement approché; je ne crois pas qu'il ait étonné son père; je ne crois pas qu'il eût davantage étonné Richelieu; et il ne doit étonner parmi nous que ceux qui n'auront pas appris dans le livre du duc d'Aumale comment se passent « l'enfance et la jeunesse d'un héros ».
11 convient d'ajouter, pour les épilogueurs, que lun des privilèges du génie en tout genre, — et non pas le moins assuré, s'il est un des plus extraordinaires, — l'un des signes les plus certains où l'on le puisse reconnaître, est justement de pouvoir anticiper, en quelque sorte, l'expérience, et atteindre du premier coup où le commun des hommes ne se hausse, quand encore il y réussit, qu'à force de patience et de longueur de temps. Courier se moque lorsqu'il nous dit qu'un prince, a quelque génie qu'il ait reçu du ciel », ne fait point à vingt-deux ans, an débotté, le Stabat de Pergolèse ou la Sainte Famille de Raphaël; pnique enfin ce Raphaël avait à peine l'âge de vingt ans quand il peignit son Sposalizio, par exemple, et que Mozart n'était pas entré dans sa seizième année quand il donnait son premier opéra. Ce sont là pourtant de ces sottises que l'on s'en va répétan
parce qu'un hotmne d'esprit les a dites une fois; et j'en connais plus d'une, mallieureusement, do celte force. Mais, si de grands capitaines ont été précoces, et s'ils ont remporté des victoires au sortir du collège, il ne manque pas aussi de peintres et de musiciens qui n'ont pas attendu d'avoir des cheveux blancs pour nous donner des chefs-d'œuvre. Les exemples en abonderaient, et j'aurais plaisir à les énumérer, s'ils n'étaient dans toutes les mémoires. Le génie lui-même n'improvise rien ; et la nature, pas plus que l'art, (.<■ ne fait tout à coup tous ses grands ouvrages »; mais il a, si je puis ainsi dire, une avance sur le talent, et le propre de cette avance est de suppléer l'expérience, et tout le monde voit bien qu'autrement ce ne serait plus une avance.
Si je crois devoir insister sur ce point, c'est que le paradoxe dont j'essaie de débrouiller l'artitîce. plus acceptj qu'on ne se l'imagine, n'est pas seulement injurieux aux grands hommes, il peut encore avoir de graves conséquences. Tous ces noms de fortune, de hasard, de fatalité, s'ils nous servent en eOfet quelquefois v( à couviir notre ignorance », nois servent pout-èlre plus souvent encore à déguiser les mouvements d'une basse envie. D'imputer une victoire à la faveur des circonstances, cela ne rabaisse-l-il pas du coup le vainqueur à notre niveau? Les Napoléon, les Frédéric, les Condé, ont remporté des victoires! Mais quoi ! nous on eussions fait autant, si les dieux l'eussen voulu; et, quand deux armées en viennent aux mains,
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puipqu'il lout bien, si l'une d'elles cA vaincue, qiio l'autre ?oit victorieuse, qu'y a-t-ii donc de si dii,Mi(' d'cire loué, d'être admiré, d'être célébré dans un simple jeu de la nécessité ? C'est si peu de chose qu'une volonté d'homme ! l'ironie de la fatalité se complaît si visiblement à déjouer nos plus savants c;ilculs! un vainqueur est si près d'un vaincu! et, pour tout dire d'un mot. ce que nous appelons pompeusement génie ressemble tant, |onr pou qu'on y regarde, à son contraire!
C'est le Ihème, on le sait, que d '■ eloppait naguèr^î un grand romancier, le comte Tolstoï, dans /« Guerr.' et la Paix, et je ne sais si ce que ce lliôme a de consolant et même de flatteur pour la médiocrité n'a pas autant contribué parmi nous au succès de son œuvre que tout ce que l'auteur y a mis de talent. C'est le thème qu'avec beaucoup moin> de talent, dans son Histoire de Napoléon, développait vers le n ême temps ce naïf, mais partial d'ailleurs et fanatique Lanfrey. C'est le thème qu'avant eux. dans les derniers volumes de son Histoire de France, avait si complaisamment développé Michelef. Sous la tyrannie des petites causes, c'est tout un que d'avoir ou (!e n'avoir pas de génie; un homme en vaut un autre, Koutousof vaut Napoléon ; si la fortune l'eût permis, Viileroy serait un Eugène; et tout dépend ici-bas d'une conjonction d'effets ou d'une rencontre de hasards. Coudé est un grand capitaine pour avoir gagné la bataille de Rocroy, mais si don Francisco de
LA JliUNESSE DE CONDÉ. 45
Melo l'eût gagnée, c'est lui qui serait le grand capitaine; ou encore, s'il était écrit que nous la gagnerions, tout autre l'eût gagnée aussi bien que Condé; et voilà ce que c'est que la gloire ! Où donc lisais-je tout récemment qu'à défaut de Bonaparte, un autre eût aussi bien remporté les victoires d'Austerlitz etd'Iéiia, ce brutal d'Augereau, par exemple, ou encore ce brave maréchal Lefebvre? J'aimerais autant que Fondit qu'à défaut de Raphaël ou de Michel-Ange, tout autre qu'eux eût aussi bien peint VÉcole d'Athènes ou le Jugemeiit dernier, pnhqne les papes, en effet, sur les murs de leur chapelle et de leurs appartements, voulaient de la peinture; el on le dira quelque jour, si l'on ne l'a pas dit.
Mais au contraire, et fort heureusement pour riiumanilé, il n'est pas vrai que tout ce qui arrive dut nécessairement arriver, il n'est pas vrai qu'un homme en vaille un autre, et encore moins vrai qu'il importe peu quel général nous metlrons à la tôle de nos armées, Anguien ou laFeuilIade, et quel homme d'Éla!, à la direction des affaires, Chamillart ou Richelie;;, L'effort individuel a plus de partau gouvernement des clioses de ce monde qu'on ne le veut bien dire, et le mérite personnel, comme on l'appelait jadis, n'est pas précisément une quantité négligeable. Ne pourrait-on pas môme prétendre que c'est la force ici-has quisoil capable de contrarier et, au besoin, de romj)re l'enchaînement des effets et des causes? Et nous le
savons Lien, nous qui, dans la vie réelle et quand
46 HISTOI RE ET LITÏÉRATUUE.
nous descendons des hauteurs de rabstraction, n'allons pas sans doute, entre deux inslrumenls à choisir, prendre l'un, prendre l'autre, indifïeremaient et les yeux fermés. Et nous avons bien raison, puisque l'expérience nous prouve que le résultat ne dépend pa; moins du choix de l'inslrument que des prétendus décrets de la fortune ! Or, où nous le voyons peut-être plus clairement, plus évidemment que nulle part ailleurs, je n'hésite pas à croire que c'est dans l'histoire des grands capitaines. Un Bonaparte, un Frédéric, un Eugène, un Condé de plus ou de moins, toute l'histoire en est changée, la nôtre, celle de nos voisins. Cependant, battus à Rosbach ou vainqueurs à Rocroy, tout n'y a dépendu que de la présence d'un homme dans un camp, de son absence dans l'autre. Et ainsi, nous ne mesurons jamais mieux ce que peut une seule « tête », que dans ces grandes occasions dont on prétend que le hasard disposerait souverainement. Que d'ailleurs il ne soit donné qu'à quelques-uns de maîti'iser la fortune et de fixer la chance, j'y consens volontiers, mais c'est ce petit nombre qui fait, ou qui est l'histoire, et le reste... le reste n'a qu'à les demander aux dieux lorsqu'il ne les a pas, s'en servir s'il les a, et ne pas leur disputer, quand il ne les a plus, l'hommage de sa reconnaissance et de son admiration.
Nous ne saurions terminer sans dire qu'en nous attachant au seul Condé, nous sommes loin d'avoir indiqué tout ce que ces deux volumes contiennent de
nouveau. Les Pièces justificatives, par exemple, mériteraient elles seules toute une étude, pour leur nombre et pour leur importance. Lellres de Richelieu, lettres de Mazariu, lettres de Coudé, lettres de Tuienne, il paraît difficile que leur publication en si grande abondance ne modifie pas, en effet, sur plus d'un point, les opinions que l'on avait formées sans elles. Je ne parlerais pas des notes, si la précision n'en était extrêmement instructive. Mais pas un personnage n'apparaît dans ces deux volumes, surtout un militaire, dont rhistorien ne nous donne l'état civil et n'établisse i'iilentité. C'est dire à tous ceux qui s'occupent de l'histoire du xvii* siècle ce qu'ils trouveront, dans celle Histoire des princes de Coudé, de secours pour leurs propres travaux. Et, à ceux qui s'en occupent moins, ce serait dire la confiance qu'ils doivent au récit de l'auteur; — si le récit lui-même et tout seul ne s'imposait assez par sa simplicité, sa clarté, sa limpipité.
!"»■ avril I80G.
LM'iLOQUENCE DE FLÉCHIER*
On ne lit pas beaucoup Flccliier, ses Sermons ni même ses Oraisons funèbres, encore moins sa Vie di: cardinal Commendon ou son Histoire de Théodose !e Grand; cepen lint sa réputation continue de survivre à ses œuvres; et, depuis deux cents ans bientôt, il demeure l'évêque de Nîmes, comme BDssuet l'évèquede Meaux, Fénelon, l'archevêque de Cambrai, Massillon l'évêque de Clermo.it: à Nîmes, on l'appelle même le « Cygne » du pays. Consl îérable au xviP siècle, et, jusque vers le milieu da slccle suivant, presque égale à celle de Bossuet, cette réputation a décru lentement, puis elle s'est relevée de nosjours, quand la publication de ses spirituels Mémoires sur les grands jours d'Auvergne a ramené l'attention sur Fléchier. Il semble bien que ce soit une marque de la valeur dt l'homme, et la médiocrité ne connaît point de ces al-
1. Fléchier o/-a/f?Mr, p;\r M. Tabbd Fabre. Paris, 18S5; Perrin,
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ternatives; on n'a jamais hésité sur Pratlon, par exemple, ou sur le père Bretonneau ; sitôt lus, sitôt jugés, et personne qui se soit avisé d'y contredire. — J'ai pris naguère occasion d'un livre intéressant, bien (ait, un peu long peut-être, agréable pourtant à lire : la Jeunesse de Fléchier, par M. l'abbé Fabre, pour examiner sur quels fondements reposait la réputation de l'évêque de Nîmes'. Je voudrais m'aider aujourd'hui d'un autre livre du même auteur : Fléchier orateur, non moins consciencieux, mais plus diiïiis, trop complet, plus chargé de délails inutiles pour étudier de plus près le personnage, la nature de son talent, et celle de son influence.
La critique ne juge ordinairement de Fléchier que sur ses Oraisons funèbres, et, de ses Oraisons funèbres on ne connaît guère que celle de Turenne, pour l'avoir lue dans tous les Recueils de morceaux choisis. « Chose étrange! dit à ce propos M. l'abbé Fabre, la postérité ne cesse de reprocher à Fléchier ses défauts : abus de l'esprit, fines antithèses, recherche de tours ingénieux et d'expressions nobles ou délicates, et, par une contradiction assez bizarre, elle n'a guère retenu de lui qu'un seul ouvrage, celui précisément où abondent le plus les imperfections dont elle se plaint. » C'est trop peu, M. l'abbé Fabre a raison de le dire, et raison de vouloir qu'à défaut de ses histoires ou de
1. Voyez dans les Nouvelles Etudes sur V Histoire de la Littérature française, le chapitre sur la Sociité précieuse au, XVII' siècle.
L'ÉLOQUIiNCE DE FLÉCIIIER. 51
ses vers latins, on y joigne la lecture au moins de quelques-uns des Panégyriques et de quelques-uns des Semions de Tévêque de Nîmes. Fléchier, d'ailleurs, a-t-il vraiment « mieux compris que Bossuet et que Bourdaloue ce que demande le panégyrique des saints »? C'est une question, et le biographe l'a peutêtre un peu bien promptement et décisivenie.it Iranchée; mais ce qui paraît certain, c'est qu'an xvii' siècle, panégyriques et sermons, panégyriques surtout, firent autant pour la gloire de Fléchier que ses Oraisons funèbres. Cent ans plus tard, l'opinion des contemporains était celle encore de l'éditeur de Fléchier, le chanoine Ducreux. « Dans la carrière du panégyrique, dit-il, Fléchier ne trouva parmi ceux qui l'avaient précédé, même avec quelques succès pour leur temps, personne qu'il pût suivre et qu'il pût imiter. La route qu'il suivit, nul autre ne l'avait frayée avant lui ni même entrevue. » La critique sembla souscrire à l'admiration de l'honnête chanoine : Laharpe mit les Panégyriques de l'évêque de Nîmes au-dessus de ceux de Bossuet et de Bourdaloue; et il fut entendu queBossuet l'avait emporté dans l'Oraison funèbre, Massiilon dans le Sermon, mais Fléchier dans le Panégyrique. Heureux temps que celui où, dans des genres si voisins, pour ne pas dire si semblables, et réglés ou définis par les mêmes conditions, une critique si sûre savait distinguer avec cette précis'on des nuances si subtiles !
Laissons là les comparaisons. Aujourd'hui, le véri-
table intérêt des Panégyriques cl des Sermons de Fléchier, c'est de nous être utiles, et même indispensables pour u;ie exacte cannaissance de la natuie de son talent. On peut dire, en effet, que l'oraison funèbre est un genre d'apparat; prêtre ou lai'jn •, évoque ou académicien, on peut dire que l'orateur s'y croit obligé, — je ne sais trop pour quelle raison, — d'ajipeler au secours de son éloquence toute les ressources de la rhéfori(iue; et, soit enfin qu'il lui faille égaler la majesté d'un grand sujet ou, au contraire, dissimuler l'infertilité d'une petite matière, on peut dire qu'il y est toujours au-dessus ou au-dessous, et, en tous cas, hors de lui-même et de son naturel. Je n'en crois rien, s'il faut l'avouer; mais, puisqu'on peut le dire, puisqu'on l'a dit, puisqu'on le répète, il suffit; et, en ce qui regarde Fléchier, puisqu'il cs^ effectivement emphatique, précieux et guiuilé dans l'oraison funèbre, lisons-le donc dans ses Sermons et dans ses Panégyriques.
Je ne dirai point qu'il y est ceci, qu'il y est cela, mais, en deux mois, qu'il y est avant tout et surtout homme de lettres. On pouv.iit s'y attendre, si l'on se rappelle sa jeunesse et ses débuts. Bel esprit, formé aux procédés du sieur de Piirhesource, puis à l'école des précieuses, et non pas les premières, celles de l'hôtel de Rambouillet, mais leurs imitatrices, aussi mondain que pouvait l'être au xvii' siècle un homme de sa naissance et de sa condition, avide de succès, doué d'ailleurs de très réelles qualités
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liltéraires et d'iannimcnl d'esprit, prcdosliné enfin, si jamais quelqu'un le fut, à célébrer la chambre bleue, l'incomparable Arlhénice, Julie d'Angennes après sa mère, et le mari après la femme, le marquis après la marquise, le duc après la duchesse, les Montausier après les Rambouillet, Fléchier ne fut rien de plus ni de moins dans ses Sermons que ce qu'il s'était montré tout jeune encore, dans ses petits vers à iiiadomoiselle Dclavigne ou à mademoiso.lle Dupré, dans ses lettres à madame ou à mademoiselle Beshoulières, ce qu'il est dans ses Mémoires sur les grands jours d'Auvergne : un homme du monde, un homme d'esprit, un homme de lettres.
C'est ce qui nous explique ici que, de tous nos grands prédicateurs, puisque l'on persiste à le mettre de leur nombre, il soit le seul qui ait lui-même imprimé ses Panégyriques et ses Serinons ^ — Je ne parle pas des Oraisons funèbres : on en devait la publication, si je puis ainsi dire, à la famille de son
1. Pané njnqii~s et autres sermons prèc'tés par niessire Esprit Fléchier. A Paris, cliez Jea:i Aiiisson, dirccleur de l'iniprimerie royale, 1G96. Les sermons proprement dits sont précédés d'un court averlissomcnt où Fléchier nous explique qu'il les a choisis, entre plusieurs autres, « soit à cause de la dignité dei personrcs à qui il a en Vlio)ineur d'annoncer quelques-unes de ces vérités, soit à cause de l'ulililé des muticres qui y sont traitées, soit enfin pour la singularité des sujets ». Il n'est peutêtre pas indifférent d'ajouler que l'édition csl fort belle.
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mort, et à l'honneur qu'elle vous avait fait de vous choisir pour le louer. — Mais, si Massillon, dont le talent, d'ailleurs, et même le caractère ne sont pas sans quelque analogie avec le caractère et le talent de Fléchier, avait l)ien de sa main recopié ses Sermons, et non pas une fois, mais plusieurs, dit la légende, il ne les avait pas cependant publiés; et, tout en les préparant soii^neusement pour l'impression, il n'avait pas voulu du moins qu'ils parussent de son vivant. Bourdaloue ne s'inquiéta même pas d'un pareil soin. Et, pour Bossuet, on sait dans quel état et à travers quelles vicissitudes les manuscrits de ses Sermons sont parvenus jusqu'à nous ; il n'y en a qu'un seul dont il ait surveillé l'impression : c'est le Sermon sur Vunité de VÉglise, parce qu'il a toule la valeur d'un manifeste politique et d'une déclaration de l'Eglise de France. Mais Fléchier publia les siens, et, non content de les publier, il y mit une longue Préface. Est-il rien, je le demande, qui sente plus l'homme de lettres, si ce n'est ce qu'il dit dans celte Préface même de quelques traits de satire qu'il a glissés dans ses Panégyriques y « pour en ôter le dégoût d'une louange continue, et pour donner quelque sel à des discours qui sont ordinairement insipides »? Insipides! ô Bossuet, le panégyrique de saint Augustin, du celui de saint Bernard, ou celui de sainte Thérèse! mais la bizarre idée que d'y vouloir « donner on sel )•>! ou plutôt, et encore une fois, comme elle est bien d'un homme de lettres et d'un mondain, précccupé
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d'abord de plaire, d'instruire en amusant, et au besoin d'amuser sans instraire !
C'est qu'en réalité, pas plus que tant d'autres prélats, pas plus que le savant Huel, évèque d'Avranches, ([ue je nomme de préférence parce qu'il fut de ses amis, Fléchier n'était né pour l'Eglise. Il y entra par occasion, par ambition peut-être ou par nécessité, plutôt que par vocation ou par choix, et, comme il était, d'ailleurs, d'esprit sain et de conscience droite, personne plus honorablement que lui ne remplit les fond ons qu'il y exerça. Mais comparez encore ses débuis à ceux deBossuet, deBourdaloue, deFénelon, de Mfissillon, j'en!ends ses débuis dans la vie, et non pas dans la chiiire. Vous n'y trouvez pas trace de ce e ne sais quoi d'impérieux qui, dès l'âge de seize ans, contre le gré de son père, dont il était le fds unique, faisait entrer Bourdaloue dans la compagnie de Jésus, ni rien non plus qui rappelle cette vive ardeur dont Fénelon se sentait enflammé quand il écrivait cette àettre célèbre sur les missions du Levant : « Je vois déjà le schisme qui tombe, l'Orient et l'Occident qui se réunissent, et l'Asie qui voit renaître le jour après une si longue nuit... » M. l'abbé Fabre regrette qu'il y ait, dans les premiers morceaux de l'éloquence de Fléchier, tant d'allusions aux auteurs profanes, mais si peu de citations de l'Écriture et des Pères; que celles que l'on y rencontre soient toujours si faiblement traduites, plus faiblement commentées ou paraphrasées; qu'il s'y en trouve même d'inexactes ou
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d'erionécs, crinlerprétéos à coiUresciis ou de faites à faux. N'en serait-ce pas la vraie raison? On ne devait guère employer le temps à nKklitor rÉcriture, dans \o. précieux salon de mademoiselle de Scudéii, non plus (jue dans la fastueuse maison des Cauui.irtin ; et le ton, certes fort agréable, mais plidùt légei-, des Ménioirex SU)- les grands jours (T Auvergne, nous assure aussi bien que le goût naturel de Fléchier ne l'y portail guère. La vocation n'y était pas.
Et quelle explication plus simple encore de ce caractère mondain que M. l'abbé Fabre est bie:i obligé de noter dans les Sermons eux-mêmes de la maturité de Fléchier? Si Fléchier ne prêche pns le dogme, s'il se borne à la morale, et, — sans autrement parler de quelques complaisances, — si, ce qu'il aime surtout de la morale, c'en est les applications, où, en elîVt, il peut montrer toute sa connaissance des mines, des manèges, des vices qui sont ceux du monde, c'est qu'aucun décret, si je puis ainsi dire, ne l'avait destiné parliculièrement à la prédication. Il faut donc se le représenter comme un très honnête homme, d'esprit modéré, de goûts simples, engagé par hasard dans l'Église, n'ayant, dans un siècle de foi, aucun effort à faire pour accorder sa conscience avec ses devoirs d'évcque ou sa conduite avec ses principes; mîiis qui, dans toute autre carrière, si sa condition, si sa fortune, si les circonstances l'eussent permis, apportant les mêmes quali'.és, eût obtenu le même succès, gagné les mêmes éloges, et mérité le même respect. Et je ne