‹ Histoire et littératureChapitre 5 sur 21 · L'ÉLOQUENCE DE FLÉCHIER · texte numérisé non relu

L'ÉLOQUENCE DE FLÉCHIER

(fois pas rien dire, en le disant, qui puisse diminuer ce respect, mais seulement éclairer certains côtes de son caractère et de son talent, lesquels, sans cette supposition, nous demeureraient obscurs.

Car, n'est-ce pas comme si je disais que tout ce que l'art peut mettre dans les genres où il s'est exercé, d uis V Oraison funèbre, dans le Sermon, dans le Panjyijrique, Fléchier l'y a elTectivement mis, mais riea de l'accent, ou de l'âme, si ro:i veut, et de la force ou de l'onction, par conséquent, qu'il n'y pouvai. pas mettre? Il est correct, de celte correction supérieure, qui est le sens inné du génie de la langue; il 6 t harmonieux, il est élégant, il est net; sa phrase a du nombre, sa période a de l'ampleur; el, quoique Ijj transitions y soient souvent faibles ou brusques, sa composition ne manque ni de claité, ni de logique, ni parfois de grandeur. On lui a reproché des antithèses; mais ni dans Massillon, ni dans Bourdaloue les antithèses ne manquent, et, après tout, n'a-t-on pas pu prétendre avec raison que l'antithèse était le fjnd ou l'essence même de la prédication chrétienne ? On l'a repris sur cette préoccupation de l'harmonie de la phrase, qui, en effet, ne le quitte guère; mais ne serait-ce pas peut-être se méprendre sur les conditions <le la parole publique? On a enfin critiqué dans son style une recherche trop visible du choix de l'expression et de ringéniositédutour;et le reprocheestmieux fondé. Mais tout cela ne serait rien, pour parler ici comme lui, si cela n'était tout dans ses Panégyriques

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OU dans ses Oraisons funèbres, el s'il n'y manquait, non pas le naturel, comme on l'a dit souvent, puisque sou naturel est de ne Tèirepas, mais quelque chose de plus et de plus rare encore, j'entends cette ardeur de gagner des âmes qui est le principe et la source de l'éloquence souveraine de Bossuet, de la dialectique passionnée de Bourdaloue, de la sensibilité diffuse de Massillon.

Voilà ce qu'il n'a pas, mais à aucun degré ; et voil ce qui fait son évidente inlericrilé. Les autres, Bossuet et Bourdaloue surtout, sont d'abord de grands chrétiens ; il ne leur suffit pas de croire, mais ils veulent que l'on croie avec eux et comme eux. Aussi ne songentils jamais à eux-mêmes quand ils parlent, mais à leur auditoire, à leur « audience », comme ils disent. Et vjilà ce qui fait aussi que l'on a tour à tour trop vanté ou trop rabaissé l'élo juence de Fléchier, selon l'idée même que l'on se faisait de l'éloquence de la chaire. Mais nous, il nous devient facile de concilier les contradictions : l'éloquence de Fléchier est réelle, s;ulement ce n'est pas l'éloquence de la chaire. Essayons de marquer nettement la distinction.

Parce qu'il n'y a rien dans notre lilléralure française qui soit au-dessus des Oraisons funèbres de Bossuet, et peu de choses qui soienl comparables aux Serinons de Bourdaloue, c'est-à-dire parce que les qualités littéraires s'en imposent à l'admiration de ceux mêmes qui se sentent le moins disposés à penser comme Bossuet et Bourdaloue, l'habitude s'est établie

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d'en parler littérairement, comme on fait d'une tragédie de Racine ou d'une comédie de Molière, sur la forme, pour la forme, et sinon sans égard au fond, du moins en n'en considérant le fond qu'après la forme. Aimez-vous mieux d'autres comparaisons, et tirées de moins loin? On loue donc dans les Oraisons funèbres de Bossuet ou dans les Sermons de Bour daloue ce que l'on louerait aussi bien dans le Discours sur la couronne ou dans les Verrines, dans un discours de Mirabeau sur le Droit de paix et de guerre, ou dans un réquisitoire de Burke contre Warren Hastings. C'est la grandeur de la composition, c'est la beauté de l'ordonnance, c'est la splendeur de l'imagination, c'est la hardiesse du mouvement, c'est Finvention du style, c'est la véhémence de l'expression, c'est, en un mot, toute une rhétorique dont les procédés, s'ils ont à la tribune ou dans le prétoire quelque valeur par eux-mêmes, la perdent et n'en ont aucune dans la chaire chrétienne.

Car, dans la chaire chrétienne, où il s'agit d'intéresser toutes les puissances de l'homme à la grande affaire du chrétien, qui est la conversion, et, par la conversion, le salut, toutes ces qualités ne valent qu'autant qu'elles sont un reflet, si je puis ainsi dire, ou une communication de la grandeur elle-même du christianisme. On ne les applique point ici par le dehoi>', « connne Tor et les pierreries dont on orne et dont on enrichit les châsses où l'on enferme les reliques des saints »; elles doivent procéder du dedans; on ne les détache point

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