‹ Histoire et littératureChapitre 6 sur 21 · UISiOlRE liT LlTTÉliATUllE · texte numérisé non relu

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de leur fond, elles font corps avec lui. Et c'est pourquoi le plus grand orateur chrétien n'est pas celui que la nature a le mieux doué pour l'éloquence, mais celui ((ui a ou de sa religion, de sa force, et de la diversité des moyens qu'elle possède pour agir sur l'homme, la plus profonde intelligence. « Ne cherchons pas de vains ornements au Dieu qui lejelle l'éclat du monde. Si notre si.nplicité déplaît aux superbes, qu'ils sachent quj nous craignons de leur plaire, que Jésus-Christ dédaigne leur faste insolent, et qu'il ne veut être connu que par les humbles. Abaissons-nous donc à ces humbles, et faisons-leur des prédications dont la bassesse tienne quelque chose de l'humitialion de la Croix. » Ainsi s'exprime Bossuet quand il veut louer l'Apôtre Paul, ce petit Juif « si méprisé », dont la mine est aussi peu relevée que la parole est inculte, et le style aussi peu régulier que sa doctrine est dure à recevoir.

Appliquez maintenant ce principe, et servez-vous-en pour juger à leur tour les jugements que l'on a portés sur nos grands sermonnaires. Laharpe quelque part a déclaré Bossuet « médiocre dans le sermon ». Ce n'est pas là seulement, comme on pourrait le croire, une erreur de goût, c'est une intelligence réelle du christianisme. Il y a dans les Sermons de Bossuet une certaine rudesse, un visibie mépris des artifices de la rhétorique, une dédaigneuse négligence de tout co qui ne ferait qu'embellir sou discours et le rendrait plus régulier, peut-être, mais non pas plus fort, ni plus.

L'ÉLOQUENCE DE FLÉCIIIER. 61

chrétien; et Laharpe ne croit s'étonner que de cette négligence, mais, en réalité, i! s'indigne de cette façon sommaire, hautaine, et presque injurieuse d'en user avec un critique tel que lui. Il veut lire un sermon de Bossuet comme il lit un pamphlet de Voltaire, en éjiicurien lettré, pour s'y plaire, et non pas y être clioqué dans son philosophisme. La médiocrité de Bossu t consiste à s'être f lit de l'éloquence de la chaire une idée plus conforme à celle de saint Paul qu'à celle de Laharpe.

D'autres ont reproché à Bourdaloue l'excès de ses divisions, de ses subdivisions, et des redivisions de ses subdivisions; et, en effet, il en abuse ou plutôt il en abuserait, s'il n'avait ses raisons, dont l'une des principales est de rendre son discours plus clair, plus tmchant, plus instructif aux plus humbles de ses auditeurs. Lui non plus, il ne prêche pas pour plaire à madime deSévigné, quoique peut-être, au fond du cœur, il ..0 fût pas insensible à cette gloire, ni poursuivre (( les usages des Grecs et des Romains », comme Voltaire s'étonne qu'il ne l'ait point fait, mais pour opposer lesleçons du christianisme aux pratiques du monde, et il ne lui importe pas d'être loué dans les rhétoriques à venir, mais de convaincre ses auditeurs. C'est encore lo reproche qui a tort. Que l'on accepte ou non la religion de Bourdaloue, il faut s'en faire une idée juste, et s'il se peut, entière, avant de juger son éloquence. Bourdaloue, comme Bossuet, est chrétien, il

est prêtre avantd'être orateur, et Voltaire en l'oubliant

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C2 IIISTOIRE 1:T LITTÉUATUIIE.

leur fait tort à lous deux de l'éloge ([ul leur eut u!iir|U(mciit agréé.

Au contraire, ou loue Massillon de n'avoir pas jiréclié le dogme, de n'avoir pas donné à la morale chrétienne « une dureté capable de la rendre odieuse » et d'avo'r su rester dans la chaire « homme de cour » et « cadjniicien ». En effet, il est certain que ses Sermons sont déjà des sermons laïques, et, comme tels, ce sont ceux que d'Alembert préfère à tous les autres. Je comprends sa préférence; mais je ne puis m'empêcher de songer que, si la morale chrétienne n'était pas plus sévère ou « plus dure » que celle dus philosophes, nous n'aurions pas besoin de prédicateurs, ni même peut-être de religion. Massillon a trop donné à l.spril de son siècle, mais bien plus encore aux « exigences de l'art ».

De même encore, lorsque Thomas admire dans Flé- ( hier « l'art et l'harmonie d'Isocrale », avec la « tournure ingénieuse de Pline », je ne suis pas si grand Grec, je 1 avoue, que de pouvoir juger de la comparaison, mais elle ne me paraît pourtant pas être de nature à convenablement caractériser un orateur chrétien. Je ne vois point, en effet, ce que saint Antoine ou saint Benoît peuvent avoir de commun avec l'empereur Trajan, et, puisque les Panégyriques de Fléchier ressemblent à celui de Pline autant qu'on nous le dit, la même conclusion s'impose : ils sont donc très littéraires, et vraisemblablement moins chrétiens.

Et c'est bien l'impression qu'ils produisent : ils en

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