Édit. Preuss, t. IV, p
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liance et de fidélité. Là-dessus il n'avait plus besoin de diriger ses sarcasmes conire madame de Pompadour : le mal était fait. L'eût-ii réparé s'il avait accueilli les avances de la marquise, quand Voltaire se fut chargé de les lui transmettre? C'est une question. Ce qui du moins n'est pas douteux, c'est que, quand le ministère autrichien fut dirigé par Kaunitz et le ministère français par Bernis, les ambassades occupées par Choiseul à Vienne et par Starhemberg à Paris, il ne fut pas difficile de taire de Louis XV l'ennemi juré du roi de Prusse. Madame de Pompadour put aider à l'alliance, elle ne l'imposa pas à Louis XV; elle hâta peut-être, elle ne détermina pas la résolution du roi.
Ce fut Kaunitz lui-même qui fit les premiers pas vers la marquise. En 1751, étant alors ambassadeur de l'impératrice à Paris, il écrivait à Vienne : « Si madame de Pompadour se mêlait des affaires étrangères, elle ne nous rendrait peut-être pas de mauvais offices. » Elle ne s'en mêlait donc pas encore? Et pourquoi s'en mêla-t-eile? Faut-il le dire? Ambition, vanité, gloriole, mais surtout pour défendre contre les intrigues de cour sa position menacée par un puissant parti lequel n'admettait pas que Jeanne Antoinette Poisson, dame Le Normand d'Étiolés, une € espèce », comme on disait, usurpât ces privilèges d'alcôve jusqu'alors exclusifs aux Montespan et aux Chàteauroux.
On avait laissé Stahremberg entièrement libre, selon la circonstance, d'adresser les propositions de sa cour soit au prince de Conti, qui dirigeait la correspondance
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secrète, soit à madame de Pompadour. Il choisit la favorite, et Kaunitz écrivit à la marquise. La première lettre est datée du mois d'août 1755. «Madame,... M. le comte de Starhemberg a des choses de la dernière importance à proposer au roi, et elles sont d'espèce à ne pouvoir être traitées que par le canal de quelqu'un que Sa Majesté Très Chrétienne honore de son entière confiance et qu'elle assignerait au comte de Starhemberg. Nos propositions, je pense, ne vous donneront pas lieu de regretter la peine que vous aurez prise...» Sans doute madame de Pompadour répondit à la confiance du chancelier comme il pouvait le désirer, car nous lisons dans une dépêche du mois de janvier 1756 : « J'ai été extrêmement IJatté de quelques expressions de la petite lettre de madame de Pompadour que vous m'avez envoyée en dernier lieu;» et, toujours galant, il ajoute : « Je serai bien aise qu'elle voulût se rappeler la promesse de certain portrait de la plus aimable dame du monde que j'attends avec impatience depuis trois ans. »
On n'a pas retrouvé la (f petite lettre » de madame de Pompadour; mais il semble que nous en puissions aisément deviner le contenu. C'étaient sans doute les expressions d'une reconnaissance naïve, mêlée d'un peu d'étonnement; la marquise ne s'attendait pas à « cet excès d'honneur », et elle le laissait voir. 11 suffit de comparer les deux lettres de Kaunitz et de noter le changement de ton. La première est d'un diplomate qui ne fait que de commencer à tâter le
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terrain, officielle et froide, comme d'un homme qui ne sait irop la réponse qu'il recevra; la seconde, avec son post-scrifitum, est d'un conijuérant qui ne doute plus qu'il ait ville gagnée, familière et badine, comme d'un grand seigneur qui vient de retrouver son aplomb et qui laisse, à travers les formules de sa galanterie, percer une pointe légère de dédain. En effet, la négociation aboutit promptement, et le traité de Versailles est signé le 1*' mai 1756.
On remarquera que jusqu'ici le nom de l'impératrice n'a pas été seulement prononcé. Il apparaît pour la première fois dans la lettre de remerciement que Kaunilz adresse à la favorite : « L'on doit absolument à votre sagesse, Madame, ce qui a été fait jusqu'ici entre les deux cours. Je ne dois pas même vous laisser ignorer que Leurs Majestés Impériales vous rendent toute la justice qui vous est due, et ont pour vous tous les sentiments que vous pouvez désirer.» Madame de Pompadour s'empresse de répondre : « C'est avec une grande satisfaction, Monsieur, que je vous fais mes compliments sur la réussite des traités conclus entre l'impératrice reine et le roi. Je suis sensiblement toucbée de la justice que Leurs Majestés veulent bien me rendre et des bontés dont elles daignent m'honorer. »
Évidemment Marie-Thérèse n'a pas écrit, et, au fait, on ne voit guère à quel moment de la négociation le billetde l'impératrice pourrait bien se placer. Les galanteries de Starhemberg et de Kauuitz ont sufli : madame de Pompadour est assez payée de ses peines par Tau-
tographe du chancelier. Aussi va-t-elle, de ce jour, se dévouer entièrement à l'alliance; et, pour le malheur des armes françaises, à la direction de la politique joindre la direction de la guerre. Peu s'en faut qu'elle ne veuille tracer des plans de campagne; elle prétend au moins suivre les événements. « Qui appelez-vous Salomon du nord, grande femme? écrit-elle dans le mois de septembre à madame de Lutzelbourg; dites le tyran, et vous aurez raison. Je vous remercie de la petite carte : on m'a dit qu'on trouverait à Strasbourg celle de toute l'Allemagne, pareille à celle que vous m'avez envoyée. Je voudrais fort en avoir trois exemplaires*. »
D'ailleurs il convient peut-être de rappeler ici que l'alliance autrichienne fut accueillie par un applaudissement presque universel. Ce ne fut pas seulement le roi qui se félicita de l'union intime avec Vienne comme de a: son ouvrage' ». Duclos nous raconte que ce fut une espèce d'ivresse. « Chacun s'imagina que l'union des deux premières puissances tiendrait toute l'Europe en respect. On proposa même dans l'Académie de donner pour sujet du prix de poésie le traité entre les deux cours'. » Voltaire écrivit au comte d'Argental : f On dit que Marie-Thérèse est actuel-