‹ Histoire et littérature, Volume 3Chapitre 10 sur 27 · LES TRAVAUX DE M. DE BROCLIE · texte numérisé non relu

LES TRAVAUX DE M. DE BROCLIE

Fronde n'eût pas été moins ridicule que celle des Barberins; el, malgré ces grands noms eux-mêmes, je ne sais si Ton n'en pas singulièrement exagéré Timportance dans notre propre histoire. Mais inversement, pour n*avoir pas trouvé l'occasion propice, rhomme qui jeta les fondements de la grandeur prussienne, celui que Ton a nommé le grand-électeur, s'il a sans doute une grande place dans la mémoire des Allemands, n'en a qu'une très petite dans l'histoire générale. Il s'est trouvé ici que les personnages en scène, Marie-Thérèse et Frédéric, la France et l An^^elerre du xviii* siècle, — sinon George II et Louis XV, — étaient dignes de l'événement. J'ai rappelé de quels Irails le duc de Broglie avait su les peindre. Je dois dire maintenant que ce qu'il n'a pas moins admirablement montré, c'est leur part effective d'action dans les événements euxmêmes.

Les petites causes, assurément, ne produisent pas de grands effets. Mais elles provoquent à tout le moins, elles peuvent provoquer ceux qui sont contenus ou enveloppés dans les grandes. Et puis il faudrait )ien s'entendre. Ne s'est-on pas trop habitué, de nos 3urs, sous le prétexte spécieux qu'un homme est assez peu de chose, à éliminer de l'histoire, comme une cause insignifiante, l'action personnelle des individus? Mais, d'&bord et en bon français, la fermeté de caractère d'une Marie-Thérèse, ou la vivacité de génie d'un Frédéric, sant-oe là de si petites causes? dont raction

soit si peu saisissable? et comme des quantités négligeables qui n'importent que médiocremeut à la vérité de l'histoire? Ou au contraire^ et plus philosophiquement, si ce ne sont pas les seules, ne sont-ce pas au moins les premières que rhistorien doive tâcher à mettre dans tout leur jour? parce qu'à vrai dire s'il y en ad'autreSy il n'y en a pas beaucoup dont on puisse calculer, avec la même exactitude ou la même approximation, le sens, la force et la continuité. Là-dessus, par la pensée, sans rien changer au reste, en laissant autour d'eux leurs mêmes conseillers ou dans leurs mains les mêmes ressources, mettez seulement Louis XV à Vienne, Marie-Thérèse à Versailles, et croyez, si vous le pouvez, que vous n'avez pas changé la face de l'histoire.

Mais de plus petites causes ont aussi leur importance. Par exemple, on peut douter que, sans Belle-lsle, le cardinal Fleury, vieux et prudent, eût précipité la France dans la guerre la plus impolitique, puisque, de toutes manières, elle devait être la plus stérile ; et il paraît assez certain que, sans la folle etvaniteuse impétuosité du duc de Grammont, Noailles eût emporté la victoire de Dettingue. Libres ou non, ouvriers ou instruments du principe de leurs résolutions, — ce n'est pas là le point, — ce sont les hommes qui font l'histoire, les hommes, avec leur caractère, leurs passions, ïeur volonté. Aisément saisissable dans les moindres événements, leur action l'est jusque dans les grandes, et c'est à peine si de quelques révolutions, dont on

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