LES TRAVAUX DE »1. DE BROGLIE
rhistoire des traités et des batailles. Mais, tant que Ton n'y aura pas réussi, — et on n'y réussira point tant que l'homme sera l'homme, — l'histoire des traités e! des batailles sera la grande histoire; et elle tiendra 1 prei^ier rang dans les préoccupations du vérilabh^ historien, parce qu'après tout, elle le tiendra toujours dans la vie totale de l'humanité.
Tout ce que l'on peut dire, c'est que, comme aussi bien toute science et tout art, la grande histoire :i malheureusement ses travailleurs qui l'encombrent plutôt qu'ils n'en déblaient les approches. Leur maladresse, qui serait réjouissante, si elle n'était lamentable, éclate à la fois dans le choix de leurs sujets et leur manière de les traiter. Mais puisque ce n'est pas d'eux aujourd'hui qu'il est question, passons charitablement leurs œuvres et leurs noms sous silence, en leur donnant seulement le conseil d'apprendre dans ce livre ce que c'est qu'un grand sujet.
Après ou avant la Révolution française (l'avenir seul nous le dira, ou sans doute à d'autres que nous), il n'en est pas de plus important que celui-ci dans l'histoire du xviii* siècle ; non pas môme la fondation de l'empire colonial de l'Angleterre ou le partage de la Pologne, qui n'en sont, au surplus, que les conséquences directes. L'apparition de la Prusse et de la Russie sur les champs de bataille de l'Europe » leur brusque intrusion parmi les vieilles monarchies, dans ce fameux système d'équilibre où il n'y a pas de place pour elles, les interversions de rapports et les diminutions de puis-
sance qui en résultent, voilà le fut capital de ces cent ans d'histoire, et, plus on y regarde, plus il semble que, reculant d'un demi-siècle la parole de Gœlhe, on puisse dire : « C'est de là que date une ère nouvelle pour rhistoire du monde. ^En effet, Tévénement était à si longue portée, que jusqu'en 1870, nous n'en avions pas encore calculé les conséquences, et, commençant à les discerner en ce qui regarde l'Allemagne, il n'est personne qui puisse prévoir où elles s'arrêteront pour la Russie.
C'est ce qui met, dans le livre du duc de Broglie, à Tarrière-plan en quelque sorte, une grandeur mystérieuse. Il ne s'agit point ici d'histoire que Ton pourrait appeler morte; les événemenls qu'on y voitcommencer n'ont pas en"core aujourd'hui produit tous leurs effets; ils sont toujours vivants; une leçon, tantôt plus apparente et tantôt plus secrète, est enveloppée dans les , faits. On reconnaît à ces différents signes les vrais et grands sujets. Car ils sont moindres, quelque talent que Ton y déploie, dès qu'ils ont perdu celte espèce de vitalité, et c'est ce que l'on veut exprimer en disant que, du domaine de l'histoire, ils sont tombés dans <5eîui de l'érudition.
Une autre condition nécessaire à la grande histoire, après la nature même des sujets et leur importance actuelle, c'est que do grandes figures y puissent ramasser et retenir l'attention sur elles. Sans les noms de roi de France, de Tureune et de Condé, cemme e f isait observer Voltaire, la guerre de la