LES TRAVAUX DE M. DE BUOGLIE
attendu que de très grands historiens, Maeaulay, par exemple, ne nous Tont pas toujours donné — que de suivre le duc de Broglie démêlant un à un, d'une main légère et souvent malicieuse, tous ces fils enchevêtrés, les isolant d'abord , puis les rapprochant, nous mon trant, où nous n'apercevions que désordre el que confusion, une trame indusirieusement ou savamment ourdie, et nous faisant comprendre enfin ce que c'était que la diplomatie dans ces grands États d'autrefois, dont on peut dire avec vérité qu'assez inaitentifs à ce qui se passait au dedans d'eux, toutes leurs préoccupations, toutes leurs forces, toutes leurs ressources étaient tendues vers le dehors... Mais il y a là quelque chose de plus que des traditions ou l'expérience des affaires : A ce degré de hauteur et de généralisation, c'est l'instinct de la grande histoire, et ce mot aujourd'hui vaut la peine qu'on l'explique.
On a beaucoup médit, et surtout dans le temps où nous sommes, de la chronologie d'abord, et puis, comme on rappelle assez dédaigneusement, de Thistoire des Traités et des Batailles. Les démocrates plus avancés disent : l'histoire des Rois et, — quand encore ils admettent l'histoire, — prétendent la rem^ placer par l'histoire des Peuples. N'a-t-on pas même voulu faire passer cette conception nouvelle jusque dans les programmes de renseignement secondaire, et n'est-ce pas elle, en partie, qui depuis quelques années les a si maladroitement transformés? Comme si les pejiptos Avaient véritablement une histoire, comme
si partout et de tout temps, dans la Gaule antique au temps de la conquête germaine et dans la France moderne au temps de la Révolution, la grande affaire de la multitude (et la multitude c'est ici tout ce qui ne représenté pas sur le théâtre du monde) n'avait pas été de vivre, de vaquer comme elle pouvait à ses occupations, de travailler au jour le jour de son art ou de son métier, de s'accommoder du présent, et de s'assurer tant bien que mal de l'avenir ! A Paris, en pleine terreur, promenades, cafés et salles de speclacle ne désemplissaient pas. Une assemblée menait alors la France, et, combien d'hommes cette assemblée?
Si donc Ton voulait écrire, telle qu'on la conçoit, cette histoire des peuples, elle se ressemblerait étrangement à elle-même, sauf peut-être quelques différences qu'y mettraient les races ou les lieux; car, pour celles qu'y ajouterait la diversité des temps, ce serait toujours quelque effet, plus ou moins éloigné, de la politique ou de la guerre. La principale différence qu'il y ait entre un Français du temps delà régence et un Français du temps de la Révolution, c'est Louis XV qui l'y a mise, les guerres que l'on sait, et les conséquences qui les ont suivies. Après coIp, quand on aura fait que la guerre ne soit pas le plus profond ébranlement qui puisse agiter les masses humaines, comme aussi quand on aura fait que la politique, qui la prépare, ou la diplomatie, qui la termine, ne soient pas les génératrices du droit des nations, alors, mais alors seulement, on pourra se désintéresser de