‹ Histoire et mémoires (volume 2)Chapitre 104 sur 302 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

a une paix humiliante! J'abdique! avait-il dit, et « ne cède rien ! »

Quant à Talleyrand , dont il ne parlait qu'avec haine et dégoût, il avait ajouté : a Que cet homme, « après lui avoir vendu le Directoire , le vendait aux « Bourbons , lesquels il vendrait à leur tour, au pre- « mier bon marché qu'on lui proposerait ! » Alors , revenant sur le passé , il avait avoué : « Que tous ses « malheurs étaient venus d'avoir passé le Niémen ; « mais qu'Alexandre lui avait manqué de foi ! Qu'un « an de plus au traité de Tilsitt, et l'Angleterre eût « succombé sous le Système Continental ! Qu'au reste (c on se tromperait à croire que des flatteurs l'eus- « sent aveuglé : qu'en lui, tout venait de lui! Que « toute sa fortune lui appartenait, et qu'il l'avait « faite, tout seul, bonne ou mauvaise! »

^insi, jusqu'à ce dernier jour, ces alternatives avaient rassuré; mais, dans cette triste soirée du 12 avril , tout augmenta les appréhensions. En présence de ces conditions imposées , et de l'obligation de signer définitivement sa perte, tout en lui venait de se concentrer. Son regard était devenu fixe ; il était tombé dans une méditation si intense, qu'elle le séparait entièrement des soins dont ses serviteurs inquiets s'empressaient de l'environner. « Il leur «semblait, m'ont* ils dit, déjà dans un autre « monde! »

Vers six heures il sortit de cette méditation , mais ce fut pour rappeler les grands et antiques exemples de ces morts fameuses auxquelles , dans des positions semblables, les grands hommes, ses pareils,

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avaient eu recours. En ce moment le calme de sa discussion , le sang- froid qu'il mit à peser les diverses opinions, la différence des temps, celle des croyances, au lieu de rassurer, accrurent les inquiétudes.

On espérait pourtant dans l'arrivée de T Impératrice et du Roi de Rome ; mais une exclamation de l'Empereur montra qu'il ne fallait plus compter sur la triste douceur de cette réunion et sur Taltendrissement qui en eût été la suite naturelle. Ses serviteurs disent avoir compris que lui-même avait pris soin de se préserver de cet ébranlement. Il est vrai que déjà un adieu sinistre et prématuré était parvenu à rimpéralrice. Dès le 3 avril il avait chargé Menneval, dans une lettre chiffrée, de la préparera s'aider de son Père et de Metlernich pour assurer ses droits à la Régence, ajoutant : a Que cela même pouce vait manquer; qu'alors tout, jusqu'à sa mort, dece viendrait possible ; et qu'il ne resterait plus à l'Inicc pératrice que d'aller, avec son Fils, se jeter dans ce les bras de l'Empereur d'Autriche ! »

Menneval assure que depuis, changeant de projet, il avait tenté d'ouvrir un passage , jusqu'à lui , à Tlmpératrice. De son côté celle-ci avait résisté, avec raison, au projet de fuir plus loin avec ses Beaux- Frères, alléguant qu'elle voulait attendre à Blois les ordres de l'Empereur. Quant à le rejoindre lui-même, ce devoir, que d'abord elle voulut remplir, il parait que, du moins jusqu'au 12 avril, Napoléon n'en exigea point l'accomplissement , mais qu'ensuite Marie- Louise , et bien malheureusement pour sa mémoire , en manqua l'occasion. Voici comment :

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