‹ Histoire et mémoires (volume 2)Chapitre 106 sur 302 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Ainsi lous les liens de Napoléon à la vie étaient rompus! Ses serviteurs s'apercevaient qu'il ne songeait plus qu'à achever de s'en affranchir. Quant au moment et au moyen ^ tous l'ignoraient; mais évidemment sa résolution était prise !

Vers dix heures du soir, après les avoir congédiés y il se coucha , et s'endormit sshis qu'on eût remarqué aucun changement dans ses habitudes. Sa porte même , en travers de laquelle son valet de chambré de service était couché, demeura entrouverte selon l'usage. C'était, ce soir-là, ce jeune homme nommé Hubert, dont j'ai dit l'éducation et les talents distingués, l'esprit et les mœurs aimables comme sa figure, le cœur élevé, et le dévouement inaltérable. Vers minuit Napoléon l'appela. Il était levé. Sa voix était douce , sa figure calme : « Allons , dit-il, Hucc bert; faisons du feu. » Et tous deux, l'un à moitié vêtu , et l'Empereur sans vêtements , ranimèrent des tisons presque éteints. Puis il le renvoya se reposer, après lui avoir fait placer sur une table légère, proche du foyer, tout ce qu'il fallait pour écrire. Hubert ayant obéi se retira, mais attentif; et, la porte toujours à demi fermée, il se replaça à son poste.

Ce fut de là qu'il entendit bientôt l'Empereur marcher avec agitation , s'asseoir, écrire , puis froisser son papier, le jeter au feu , se promener encore , écrire de nouveau , et trois fois froisser, déchirer et

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