‹ Histoire et mémoires (volume 2)Chapitre 110 sur 302 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Napoléon, captif dans ce palais , témoin naguère de sa plus grande prospérité et aujourd'hui de ses angoisses les plus cruelles, devait y rester encore jusqu'au 20 avril. Dans ces derniers jours, les nouvelles qu'il apprit du Nord et du Midi l'émurent diversement.

Au Nord, Maison avait soutenu jusqu'au bout riionneur des armes. Et d'abord deux attaques de l'ennemi sur Anvers, les 10 et 20 janvier, avaient été vaines. A la première, une faible démonstration sur ia gauche des Alliés les avait déterminés à la retraite. Quant à la seconde, la garnison et les marins avaient suffi contre un bombardement bientôt épuisé. Mais à cette époque , Macdonald , rappelé vers Châlons, ayant laissé la Belgique sans défenseurs, elle nous était échappée sans résistance. Dès lors l'Invasion, dépassant Maison , avait couru vers Paris , sans s'occuper de ce général. Elle avait fait tomber Namur,

Cbarleroi et Mons aux acclamations de leurs habitants. Maison, presque sans soldats , s'était inutilement jeté dans la position centrale de Louvain, clef de cette province; un coup d*aile de Bulow, donné en passant 9 et l'insurrection qui l'environnait l'avaient déposté. Dès le lo février Bruxelles était abandonné, et notre général, rejeté dans Tournay jusque sur la frontière de la vieille France.

Là, négligé par ce grand cours d'hommes, dont les flots se précipitaient sur Paris , il avait tenu tête, pendant un mois, au Duc de Weymar, dans une foule de petits combats sans résultats décisifs. Trop faible pour oser plus, sa première tentative, par Audenarde, sur Anvers , afin d'en retirer la division Roguet qui y était inutile, avait échoué; on l'avait même vu, le 7 mars , forcé de se réfugier sous les murs de Lille. Mais bientôt , s'étant enhardi de quelques renforts , de l'InsufTisance des efforts de son adversaire, et de la stagnation calculée de l'ambitieux Bernadotte, l'espoir de rallier à lui la division Roguet l'avait ressaisi.

Cette stagnation de Bernadotte, alors Prince de Suède, a besoin d'être expliquée. Mais le croira-t-on? S'il respectait notre frontière, s'il nous ménageait ainsi, c'était dans le fol espoir que lui, l'un des plus révolutionnaires du dernier siècle, le général d'Auerstaedt , le transfuge de 1812, l'ennemi fatal de i8i3, nous l'appellerions à notre Trône pour y remplacer Napoléon! Plein de celte inconcevable prétention, on l'avait entendu demander à nos officiers prisonniers : « Pourquoi ils s'obstineraient à

Page 1