‹ Histoire et mémoires (volume 2)Chapitre 112 sur 302 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Les nouvelles du Sud-Ouest étaient différentes. Wellington venait d'y acheter cher un lent et sanglant triomphe. Cet adversaire grandissait en proportion de nos malheurs! Il a, comme la plupart des honimes célèbres, ses pareils, des traits fortement prononcés, un regard perçant, une physionomie calme et méditative. Les siens, disait-on, se plaisaient à retrouver dans ses manières et dans ses mœurs toute la simplicité nationale. Mais ils reprochaient à son attitude réservée la même roideur qu'à son caractère ; à sa parole, un laconisme souvent sec et impératif. Tous vantaient l'égalité de son humeur, la perspicacité judicieuse'de son esprit, l'exacte probité, la justice, l'impartialité de son âme, loyale, mais rigide, mais froide et absolue comme le devoir, auquel il tenait chacun enchaîné, et dont lui-même se faisait l'esclave. A les entendre, c'était la seule puissance qu'il invoquât, sans employer l'éloge dont il dédaignait d'exciter les siens, sans jamais en appeler à l'ambition, ni même à l'amour de la gloire!

Cet homme de fer dominait toutes leurs volontés ; ils admiraient ses talents,'ils croyaient à son bonheur; il régnait sur leurs esprits , si ce n'est par l'affection , du moins par Testime.

Dans notre camp, aux yeux de ceux des nôtres qui déjà l'avaient éprouvé, c'était un génie méthodique , circonspect et froidement audacieux ; livrant moins les batailles qu'il ne les recevait, mais dans des posi-

lions bien choisies , où la fermeté et la supériorité de tir de son infanterie y en usant notre offensive , préparait la sienne. Dans sa guerre , où il réussissait par nos contraires^ tout était ordre et régularité, y portant toujours tout avec lui , s'attachant à ce que ses corps eussent tout sous leur main, afin de les avoir toujours tous dans la sienne.

Opiniâtre dans la lutte, il était, dans le succès, sans emportement. On l'avait même vu s'y arrêter et , sacrifiant des résultats possibles à son habitude de régularité, laisser à nos retraites le temps de se raffermir. Du reste, général heureux, parfois dans ses adversaires , plus souvent par leurs divisions intestines, sans compter d'autf*es avantages, tels que la supériorité du tir des siens, le concours des populations, celui d*une flolle maîtresse de la mer, et la prodigalité d'un trésor inépuisable.

Dans ces derniers moments il se retrouvait aux prises avec le maréchal Soult, dont l'armée, avant lui mal commandée, et désorganisée par une défaite, était affaiblie, de plus de moitié, par des détachements d elite, envoyés à notre secours. Depuis six mois ce maréchal avait défendu, pied à pied contre lui, le midi de la France. D'abord, et depuis le 7 octobre i8i3, à la tête de soixante mille* hommes contre soixantedouze mille Anglais, Espagnols et Portugais, il s'était habilement servi des difficultés du terrain et de la saison. Sa droite et son centre étaient en avant de Bayonne, et sur l'Adour; sa gauche, sur la Bidouze jusqu'à Saint- Palais , avec une avant-garde sur la Nive, à Saint-.lean-Pied-de-Port. Cette aile était en

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