CHAPITRE II
tirer ailleurs et sur lui seul tout le danger, de le re* tenir encore sur notre frontière, et d'en préserver ainsi Touest et le centre du sud de l'Empire. £n elTet, tout à coup tournant à gauche et s attachant à l'Adour, il l'avait remontée et en avait défendu les deux rives jusqu'à Tarbes, se rattachant aux Pyrénées, et disputant les sources du fleuve dont il n'avait pu défendre le cours. Son but était : d'inquiéter Wellington du ralliement possible de son armée à celle de Catalogne, sans cesse appelée par lui, et d'arrêter la marche de Flnvasion soit sur Agen, soit sur Bor* deaux, en en menaçant la base.
Mais, quand tout était contre lui, jusqu'au pays même, quand la guerre, quand la désertion de nos conscrits, provoquée par la trahison, l'avaient réduit à trente mille hommes, le succès de cette manœuvre pouvait-il être entier et durable? Toutefois l'étonnement de l'ennemi avait préservé momentanément nos provinces ; notre armée elle-même avait pu respirer, et Wellington avait d'abord perdu , à comprendre Souk et à le chercher, les fruits immédiats de sa victoire.
Ainsi le temps, la plus précieuse des ressources dans le malheur des armes, avait été conquis. Mais à la fois, et de toutes parts, tout s'était conjuré pour rendre cette conquête inutile. Derrière Soult, Suchet annulé n'avait pu le rejoindre. Ce maréchal avait été trop longtemps retenu en Catalogne, bien moins par un ennemi dont il avait dominé et vaincu le nombre, que par la lenteur des négociations; en sorte que, en dépit de ses instances, quand la France envahie était
vide de défenseurs, l'inflexible esprit de conquête lui avait prescrit de laisser ses soldats en garnison jusqu'à Barcelone.
En même temps TAdour, dont Soult tenait encore les sources , avait été franchi à son embouchure : Bayonile était investie, et, sans obstacle de ce côté, Bordeaux venait d'appeler Wellington au secours de sa révolte. Vainement alors le Duc, de Daimatie, après avoir vaillamment disputé l'Adour, reprenant l'offensive, était revenu sur ses pas contre Wellington, en redescendant ce fleuve et le Gave de Pau : son espoir était de rappeler et de retenir encore contre lui seul toute l'Invasion; mais déjà le général anglais s'était assuré de Bordeaux. Un détachement lui avait suffi, aidé par la défection de cette ville. Libre alors, et répondant au retour agressif de Soult, Wellington s'était précipité sur lui avec toutes ses forces.
Dès lors , poussé de front , débordé à sa droite , il avait fallu céder au nombre et au danger d'être séparé de la France. Mais enfin, pendant trois semaines après sa victoire d'Orthez, l'armée conquérante avait été retenue au pied des Pyrénées. Ce n'était qu'après plusieurs combats glorieux, ceux de Cazères, d'Aire, de Vic-Bigorre et de Tarbes, que, sans s'être laissé entamer, notre maréchal, attirant toujours à lui Wellington, avait abandonné, le ^i mars, cette dernière ville, l'Adour et les Pyrénées, pour aller, par Saint-Gaudens, défendre Toulouse.