CHAPITRE III
H y était arrivé le 24 mars, et Wellington, le 27, les convois de vivres à dos de mulets et les grands parcs, dont cet Anglais ne se séparait jamais, ayant appesanti . sa marche.
Cette ville célèbre, située sur la rive droite et derrière un brusque repli de la Garonne, a son faubourg de Touest sur la rive gauche ; mais il y occupe le fond resserré du coude étroit que forme le fleuve, et il est, de ce côté, peu attaquable. Le passage de ce grand cours d'eau devenait donc indispensable pour déposter l'armée Française, réduite, sans compter une garnison de conscrits à peine armés , à vingt-sept mille cinq cents hommes, contre soixante et dix mille. Néanmoins le maréchal avait augmenté la défense de ce faubourg ; mais certain que le sort de cette capitale et du midi de la France ne se déciderait que sur la rivé droite, c'était là surtout qu'il s'était préparé un champ de bataille.
Trois côtés, le nord , l'-est et le sud de la ville restaient dotic encore à défendre. Celui du sud était ouvert, mais sur une contrée sans communications praticables. Il avait attiré peu l'attention du maréchal.
A l'est, trois lignes d'obstacles successifs s'offraient à la défense : d'abord le mur d'enceinte, alors flanqué détours; puis le canal du Languedoc; enfin la longue colline de Montaudran au Calvinet , qui domine tout, et que bordent l'Ers et ses prairies marécageuses.
An nord, c'était, de droite^ gauche, d'abord la forte
têle arrondie de cette même colline du Caivinet ; puis encore le même canal de Languedoc, qui, par un détour sur la Garonne , enveloppe entièrement la ville sur cette face, depuis ce changement de direction jusqu'à son embouchure.
Tels sont les lieux. Quant aux habitants, leurs dispositions se prêtaient moins à la résistance. L'esprit de parti les divisait. C'est pourquoi le marécfial Soult n'avait point hésité : il avait choisi ce terrain comme son plus sûr allié pour défendre la capitale de soa pays natal et pour s'en défendre.
Aussitôt de nombreuses redoutes, armées de canons^ avaient hérissé la colline, depuis la Garonne jusqu'au Caivinet, et du Caivinet jusqu'à Sypierre et vers Montaudran, où, peut-être, il y eut dans ces travaux quelque négligence. D'autres ouvrages, à Saccarin,aux Minimes et devant les ponts , défendaient le canal au nord et à l'est. Tout fut armé, jusqu'aux murs d'enceinte. Le Caivinet, tête de la position ou plutôt son centre, sommet de l'angle formé par les faces du nord et de Test, commandait, en dehors et en avant de lui, le mamelon de la Pujade. Déjà fort par lui-même, il fut encore habilement fortifié. Mais la redoute de Svpierre, à l'extrême droite, par où l'on succomba, parut si éloignée du danger, qu'elle resta seule désarmée d'artillerie : deux bataillons avaient semblé devoir v suffire.
De son côté Wellington, incertain, perdit huit jour^ en hésitations et en tâtonnements successifs. D*abord, il voulut s'interposer entre Soult et Suchet,et, remontant le fleuve, il le fit franchir à trois lieues au-dessus