‹ Histoire et mémoires (volume 2)Chapitre 116 sur 302 · CHAPITRE III. 2iS · texte numérisé non relu

CHAPITRE III. 2iS

de Toulouse. Puis, dégoûté par le terrain, il revint à son point de départ. Enfin, s'étant décidé , il laissa seize mille hommes devant le faubourg de Fouest, et, descendant le fleuve pendant cinq lieues, il en commença le passage vers Grenade, dans la nuit du 4 ^u 5 avril. Le 5, Beresford et dix-huit mille hommes lavaient franchi, quand une forte crue rompit le pont et le sépiiara du reste de Tlnvasion, jusqu'au 8 avril. '

On a dit que ce fut pour Soult une heureuse occasion. Sa cavalerie était cantonnée en face de cet accident. Mais soit que, repoussée, elle s'en fût aperçue trop tard, ce qui est plus que vraisemblable ; soit que le maréchal ait jugé Beresford aussi fort que lui sur la rive droite, ce qui était vrai; ou qu'il ne pût supposer un aussi long isolement de ce général, et que d'ailleurs, trop faible pour en profiter et suffire à tout, il n'osât s'éloigner autant d'une ville douteuse , il ne songea qu'à s'enraciner, de plus en plus, dans sa position défensive.

A ces motifs, qu'avoue le maréchal, lui-même en ajoute un autre. Il était persuadé que s'il osait attaquer Beresford, celui-ci se retirerait sur l'Ers dont il se couvrirait, tandis que Wellington, achevant son passage , le mettrait entre deux feux ; qu'ainsi coupé de Toulouse, il ne lui resterait plus qu'à s'échapper au Iravers des terres, avec la honte d'avoir manqué à tout, à la fois , et à l'agression et à la défense.

Le 8 avril, Wellington était tout entier sur la rive droite» Le 9, les deux armées furent en présence devant Toulouse. C'était : sur la rive gauche, Hill avec seize mille Anglais contre Reille et trois mille deux

2iC LIVRE DOUZIÈME.

cents hommes; et sur la rive droite, plus de cinquante mille Alliés contre \ingt-quatre mille combattants el quatre mille recrues, celles-ci gardant les murailles.

L'armée française formait un angle obtus, la gau- • che, appuyée au fleuve, faisant face au nord ; le centre, au sommet de l'angle, face à la Pujade; la droite, en retour au sud, jusqu'à Sypierre.

Le lo avril, à six heures du matin, l'attaque commença au nord, depuis le fleuve jusqu'à la Pujade, entre l'Ers et la Garonne, du côté par où Wellington arrivait. Jusqu'à midi, deux fois les Anglais, près du fleuve, et les Espagnols, au centre, assaillirent ce front. A leur second èflbrt, les Anglais de Picton attaquèrent si furieusement et de si près, qu'ils se trouvèrent à couvert de nos feux sous nos palissades. On ne parvînt à les en chasser qu'à la baïonnette , et en les assommant à coups de pierre. Leur retraite fut sanglante et jonchée 4e morts.

Au centre , un ravin ayant inopinément arrêté les Espagnols, ils furent écrasés, à bout portant, par la mitraille et la mousqueterie , puis attaqués à l'arme blanche par les deux flancs : ils s'en furent dans une complète déroute. Ainsi, vers midi, là bataille, à notre gauche et au centre, semblait gagnée. Trois généraux ennemis étaient hors de combat, les Alliés avaient perdu près de trois mille hommes !

Cependant Beresford, avec l'aile gauche anglaise, se prolongeait entre l'Ers, qu'il remontait, et la longue colline du Calvinet à Montaudran ; il défilait sous le feu de nos batteries, se détachant du centre de Tarmée anglaise , tournant le nôtre, et cherchant à se placer

en bataille conlre notre droile. On assure qu'avant d'achever un mouvement aussi téméraire , il y eut un moment d'incertitude; que la défaite de sa droile et de son centre fit hésiter Wellington ; qu'il s'arrêta , qu'il tint Conseil. On dit même qu'un instant il fut tenté de s'avouer vaincu, et d'abandonner le champ de bataille. Mais l'opiniâtreté, si souvent victorieuse partout, et surtout en guerre, était l'une de ses qualités distinctives. Retenu par la diflfïculté de la retraite, encouragé par l'immobilité de notre droite, trop faible pour descendre de ses positions dans le flanc allongé delà colonne qui la tournait, il s'obstina. Enfin Beresford, en dépit des feux de nos tirailleurs , de nos boulets et des marécages, où il s'enfonçait, acheva sa marche. Ses canons ne l'avaient pas encore rejoint; il ne pouvait sans eux aborder nos redoutes du Calvinet, et, pour en tourner la droite, il poussa jusqu'à Sypierro. . Alors son attaque commença. Soult, dit-on, aurait pu la prévenir; il ne se trouva pas prêt à la recevoir. La division qu'il appela au soutien de cette redoute de son extrême droite, arriva trop faible et trop tard ; elle accourut sans canons, sans ensemble, et hors d'ha- . leine. Dans sa précipitation, et dans le flottement de ses recrues sous un feu meurtrier, un faux mouvement masqua la redoute qui devait la soutenir. La mort de son général , tué dans l'instant où il réparait cette faute , acheva le désordre ; et l'abandon de la redoute livra cette extrémité de la droite de notre position k l'aile gauche anglaise.

Dans une situation si critique, Soult et Clauzel, pris en flanc et en arrière, mais ralliant leurs soldats, son-

tinrent d* abord le choc avec quelques hommes. Deux brigades, Tune du centre , l'autre de la rive gauche , avaient été appelées : elles arrivèrent. Aussitôt, changeant de front, et de leur ligne nouvelle croisant le plateau, Souk fît face au danger, disputant, de plain pied contre Beresford , le sud de la longue colline , dont les Anglais et les Espagnols ralliés attaquaient toujours le nord, derrière notre maréchal.

Dans cette lutte désespérée , plusieurs fois les redoutes de notre aile droite, assaillies à revers par Beresford, furent prises et reprises. Enfin, après plusieurs heures d'acharnement , cette aile, refoulée sur le centre, fut acculée aux retranchements de la tête du Calvinet. Alors, pris entre trois feux, ce centre, ce sommet de l'angle, resté jusque-là victorieux de toutes les attaques des Espagnols, fut écrasé : il céda. La colline, vers l'est ,et le nord, fut abandonnée; et toutes les attaques de l'ennemi, sud, est et nord, se rejoignirent.

Il était sept heures. La lutte en avait duré douze. Deux mille sept cents Français avaient succombé; cinq cents étaient pris, et la moitié du champ de bataille. Mais notre aile gauche, depuis la route d'Alby jusqu'au fleuve, était restée victorieuse; et, sur tous les points, les pertes de l'ennemi avaient été triples des nôtres! Leur victoire, épuisée, s'arrêta sur place : elle n'osa poursuivre. Soult lui tînt tête, à portée de fusil, sur le reste du champ de bataille , dédaignant même de passer le canal pour s'en couvrir. .

De son côté Reille, ayant abandonné la première enceinte du faubourg de la rive gauche , ouvragé devenu inutile, en avait inébranlablement défendu la se-

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