CHAPITRE IV
volution ! Que d'orgueils , que d'amours-propres et d'intérêts cette Contre-Révolution par l'Étranger allait froisser ! Combien de cœtu*s elle allait lui rendre ! Sans comptei: ceux que tant de fatigues et de mallieurs avaient momentanément rebutés , et que le seul ennui du repos lui ramènerait. Bientôt ses lieutenants, même les plus dégoûtés, céderaient à la puissance, sans cesse agissante, d'une origine, d'une renommée et de tant de souvenirs communs ; leurs reproches, même les plus fondés, allaient s'effacer, et, ces affinités se rapprochant, le lien rompu entre eux et lui se renouerait !
Telles furent ses paroles ; et cet espoir, on sait que pour le réaliser neuf mois suffirent !
Dans cette conviction, son parti pris, et redevenu calme , il ne s'occupa plus que de son établissement dans l'île d'Elbe. On lui avait accordé pour compagnons d'exil plusieurs généraux, quelques autres serviteurs et un bataillon de sa Vieille Garde. 11 choisit Bertrand, Drouot, Cambronne et quatre cents grenadiers. Quand on fit l'appel de ceux-ci, la Vieille Garde entière se présenta : tous ces vétérans s'offrirent à le suivre !
Enfin,^le ^o avril, jour marqué par les Souverains Alliés, tout étant prêt, il sort, et, pour la première fois depuis tant de jours de douleurs, il reparait aux yeux des siens : il traverse le double rang de ses officiers , en répondant à leurs larmes, de sa main et de ses regards attendris. Puis, descendant d'un pas ferme et rapide le grand escalier, il s'avance au milieu des vieux bataillons de sa Garde, rangés en lignes redoublées
dans la grande cour du palais qu'il allait abandonner. Un signe de sa main imposa à leur émotion un profond et religieux silence.
« Soldats de ma Vieille Garde, leur dit-il, je vous (( fais mes adieux ! Depuis vingt ans, je vous ai trouci vés constamment sur le chemin de l'Honneur et (c de la Gloire. Dans ces derniers temps, comme dans (c ceux de notre prospérité , vous n'avez cessé d'être « des modèles de bravoure et de fidélité ! Avec des (C hommes tels que vous, notre cause n'était pas per- <i due ! Mais la guerre était interminable : c'eut été « la guerre civile, et la France n'en serait devenue '( que plus malheureuse! 3 'ai donc sacrifié tous nos u intérêts à ceux de la Patrie ! Je pars ! Vous, mes amis, <( continuez à servir la France \ Son bonheur était mon (( unique pensée ! Il sera toujours l'objet de mes vœux ! <i Ne plaignez pas mon sort! Si j'ai consenti à me « survivre, c'est pour servir encore votre gloire! Je (( veux écrire les grandes choses que nous avons faites « ensemble ! » — Ici sa voix s'entrecoupa ; et , s'attondrissant: « Adieu mes enfants! reprit-il ; je voudrais ce vous presser tous sur mon cœur ! Que j'embrasse (C au moins votre drapeau! » A ces mots, le général Petit, saisissant l'Aigle, s'avança. L'Empereur reçut dans ses bras ce général ; il pressa le drapeau contre son cœur, et les sanglots de tous ces vieux guerriers éclatèrent! Alors, s'arrachant à cette dernière angoisse : (C Adieu encore une fois ! s'écria Napoléon ; que ce der- (c nier embrassement passe dans vos cœurs ! »
Aussitôt, s'élançant brusquement dans sa voiture , il fut rapidement emporté vers son exil, au travers de