CHAPITRE IV
rempressement et des acclamations de douleur des populations du centre et de l'est de la France. Quatre généraux Alliés raccompagnaient. Ils répondirent de sa personne. Jusqu'à Lyon ce fut lui qui les protégea ; mais en Provence la scène changea : ce furent alors eux qui le protégèrent.
Qu ajout erai-je encore? Grande Armée^ Empire, Empereur, tout est fini! Le Génie, qui me soutenait, s'éloigne avec Napoléon ! Arrivé à ce terme fatal de tant de grandeurs, il me semble que ma vie littéraire est close, comme alors le fut notre vie guerrière ; que l'histoire manque à l'historien, comme alors aux guerriers manqua la guerre ! Amer et douloureux souvenir, lorsque, au sein d'une Patrie à reconquérir, devant un grand affront à venger, au milieu de tant d'éclat et de gloire que nous défendions encore, nos bras tombèrent tout à coup désarmés, et quand, dans la force de l'âge , il fallut que nos cœurs flétris s'efforçassent de recommencer une vie nouvelle et de subir une autre existence!
Mais nous n'étions plus les hommes du jour. En nous, comme autour de nous, tout nous repoussait en nous-mêmes ! Ce fut alors que, Fâme remplie de longs et profonds regrets, que, l'oreille encore toute retentissante de bruits de guerre, me réfugiant dans le passé, je m'essayai à en retracer la gloire! J'imaginai, pour me soutenir dans un aussi long travail, de ne point en détacher les souvenirs qui ne sont propres qu'à moi-même.
Quant aux souvenirs qui se rattachent à Napoléon , ils ont été soigneusement recueillis au milieu de nos
chefs les plus illustres et de tous nos compagnons d'armes. Tous m'étaient connus. Maréchaux , ministres, généraux 9 officiers, soldats, et serviteurs méme^ je les ai consultés ; tous ceux surtout dont la position et l'esprit observateur, la mémoire et la loyauté, m'inspiraient le plus de confiance. Leurs récits, plusieurs fois répétés , d'abord après l'événement , puis à des époques diverses, enfin rapprochés et comparés l'un avec l'autre, ont tous concordé entr'eux et avec mes propres souvenirs. C'est de leur accord complet, longuement et consciencieusement médité, que cette œuvre a reçu le jour. Je veux mettre, à la revoir et a la perfectionner, les années qui me restent à vivre.
Vieilli moi-même par beaucoup de sang répandu, par tant d'épreuves violentes , et peUt-êlre aussi par ce travail opiniâtre de tant d'années, espèce de destin (|ui me domine, qui mç ramène sans cesse et m'enchaîne à des impressions dont la fin fut si douloureuse, bientôt j'irai rejoindre dans le passé les grands personnages de ces temps si mémorables. Leurs ombres illustres n'effrayeront point la mienne. Je ne craindrai point de me présenter devant elles ce livre à la main. Il renferme la vérité sur eux, sur moi, sur notre histoire : autant, du moins, qu'il est possible à l'historien d'en rassembler, d'en saisir, d'en fixer les traits, pour les transmettre loyalement à la postérité et en éclairer les siècles à venir!