‹ Histoire et mémoires (volume 2)Chapitre 121 sur 302 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Mon œu^re est revue. La vieillesse en moi a remplacé Tàge mûr; maisje m'aperçois que, soit fatigue, soil répugnance à redescendre de celte grande infortune de Fontainebleau jusqu'à moi-même, je n'ai pas, sou^ ce point de vue , complété l'ensemble de mes souvenirs. Je vais donc ajouter le récit de ce qui m'arriva pendant l'accomplissement de ce désastre.

Et d'abord, arraché de l'armée par* mes blessures , et presque aussitôt chassé de Paris par l'Invasion , je lui avais abandonné sans regrets mes propriétés, n'en appelant de la guerre qu'à la guerre, et convaincu que l'Empereur se défendrait jusqu'à son dernier soupir. Chemin faisant, vers Epernon, je réunis tous ceux (les Gardes , blessés ou démontés, que je rencontrai , leur donnant Tours pour point de ralliement, et leur promettant là des chevaux et des armes. Ces braves tardes me répondirent par des acclamations ; ils se pressèrent autour de moi , me comblant de marques Je leur attachement : touchant témoignage, dont mes enfants et ma belle-mère furent témoins, et dont je fus ému jusqu'aux larmes.

Arrivé à Tours, au milieu des dépôts des 3°"^ et 4"* régiments de Gardes d'Honneur, j'employai l'argent que j'y trouvai à armer, rééquiper et réorganiser les débris qui s'y étaient réfugiés; je les ralliai aux dépôts de la Vieille Garde. Maïs le mal va vile. Bientôt le souffle de la Contre-Révolulion nous v attei-

HI8T. ET yiVM: — T. VII. J5

gnit. Il agita les Royalistes de la ville et jusqu'au Préfet lui-même.

J ai dit que ce Préfet était un homme d*esprit et de cœur ; mais il voyait notre cause perdue , il était Breton, et ses relations Tentraînèrent. Mieux instruit que moi, il vint me dire que TEmpire avait fini; que TEmpereur avait abdiqué ; que pour lui son parti était pris, et qu'il allait faire arborer la cocarde blanche! J'ignorais les scènes de Fontainebleau, et ne pus croire ' à celte abdication. Quant à la cocarde blanche, ma réponse fut qu'il se gardât bien de la prendre; qu'il me mettrait dans la nécessité de faire tirer sur elle j quel que fût celui qui la porterait. Cela suspendit sa détermination.

Le lendemain , m'ayant convoqué chez lui avec les officiers des S"™*" et 4™* régiments , il me demanda s'il pouvait renouveler devant eux sa proposition de la \eille. a Sans doute , répliquai-je , et sans douter un « seul instant que vous ne receviez la même réponse ! » Aussitôt, s'adressant surtout à MM. d'Àrbaud, officiers supérieurs, il leur exposa la situation de Paris, la défection du Duc de Raguse, Tabdlcation , et leur demanda leur adhésion aux couleurs de la Dynastie que le Sénat et le Corps Législatif rappelaient au Trône. MM. d'Arbaud étaient des émigrés jadis rentrés ; pourtant ils n'hésitèrent pas , ils répondirent : « Qu'ils ne trahiraient point le Chef et le Drapeau « qu'ils avaient juré de défendre! »

Ce fut encore un jour de gagné. Mais, en me retirant , je m'aperçus qu'on remuait contre nous la population et nos Gardes même. On excitait la ville, en

Page 1