‹ Histoire et mémoires (volume 2)Chapitre 122 sur 302 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

répandant le bruit que j'allais en faire sauter le grand pont, son plus bel ornement et le plus utile. On disait aux Gardes, que l'armée s'était soumise au Gouvernement Provisoire, que le Comte d'Artois était dans Paris, et Louis XVIII reconnu Roi dans la capitale ! La plupart de ces Gardes étaient Bretons et Vendéens; cet appel à leurs anciens sentiments eut TefTet qu'on voulait produire !

Le hasard voulut que, ce jour-là, plusieurs escadrons du I*' de Gardes d'Honneur passassent à portée de la ville. Leur vieux général les conduisait au Gouvernement Provisoire. Pourtant, soit qu'il hésitât dans sa défection, ou plutôt qu'il voulût en augmenter le mérite en m'y entraînant, il suspendit sa marche, et sembla venir me consulter. Je m'çfforçai de le retenir. Mais alors la Fortune s'était déjà trop prononcée. On en était à ce point, où dans le détachement du malheur l'émulation commence, et, dans ce concours vers le parti qui triomphe , la crainte d'être le' dernier venu. Il en résulta que, au lieu de le détourner de son projet^ ce fut moi qui faillis voir mes Gardes embauchés par lui! Il m'avait à peine quitté, qu'on vint m'avertir que les miens, entraînés par ce général, sellaient déjà leurs chevaux pour m'abandonner et le rejoindre. Je courus à leur caserne. J'avais le bras gauche en écharpe ; un pistolet chargé, caché dans mon manteau, était ma seule défense. Mais heureusement j'arrivai à temps. Mon apparition soudaine surprit cette défection. J'interpellai les plus ardents , leur demandant : « Pour- « quoi ils se déterminaient sans mon ordre ! Les avais- « je si mal conduits jusqu'à ce jour? Qui d'entre eux

(( saurait, mieux que moi, juger du moment où Thona neur et la fidélité au drapeau et au pays seraient « satisfaits j et décider alors du parti que la nécessité « et leur intérêt forceraient de prendre? » Il n'y eut qu'un cri. Ce fut le Vendéen le plus animé qui commença : <c Oui! oui, nous ne suivrons que vous! Nous « vous obéirons jusqu'au bout ! Vive notre Général! m Et en effet , renonçant à leur dessein , aussitôt tout rentra dans l'ordre.

Toutefois je jugeai prudent d'envoyer sur-le-champ, dans le faubourg de la rive droite, prévenir le général Dériot , commandant les dépôts de la Vieille Garde , de garder, le pont et de se tenir prêt à m'aîder à maintenir Tours dans l'obéissance. Ces précautions prises, j'écrivis à Blois que je répondais de Tours, tet que, s'il en était besoin, l'Impératrice y trouverait un second refuge.

Jusque-là le devoir était tracé, et d'accord avec le sentiment. Aucune hésitation, nulle incertitude n'était possible. Qu'importait Paris et le Gouvernement Provisoire? Je n'y voyais qu'une révolte, des Etrangers, une guerre de plus qu'ils nous suscitaient! Notre cause, celle de l'Empereur, en était plus sacrée encore, et plus nationale! L'armée, l'abandonner? L'Empereur, abdiquer? Cela me paraissait invraisemblable ! Quand donc le Préfet, renouvelant ses sollicitations, m'annonça la soumission de tous nos maréchaux, celle de tous nos corps d'armée au Gouvernement Provisoire, et l'abdication entière du 7 avril , dans mdn inexpérience des révolutions, toujours plein de confiance dans le caractère inflexible et dans l'ascendant de Na-

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