CHAPITRÉ
pour servir supportablement au milieu de beaucoup de ceux qui les entouraient, devenir transfuges de notre drapeau, renégats de notre gloire, traîtres enfin à tous nos souvenirs et à nos compagnons d'armes !
Toutefois je ne blâme jioint ceux, d'entre nous, que les circonstance& et nos Princes attirèrent et retinrent à cette Cour. Une fois engagés dans cette position, ils durent y persévérer; mais combien ils ont eu à en souffrir ! Quant à moi, aprè^ un premier pas qui suffit pour m'édairer, je reculai, je me séparai de cette réaction, en en comprenant la fatalité, mais n'en étant pas mpins irrité de la folle et hostile invasion du siècle passé au milieu du nôtre. Je me décidai donc à y résister soit passivement, soit activement, selon l'occurrence.
Il me souvient, à ce propos, que^ dans l'un de ces premiers jours , pressé d'épancher l'amertume dont j'étais abreuvé dan$ le cœur de l'un de nos chefs les plus illustres, j'allai voir un matin le maréchal Ney. J'avais mal choisi le moment de, cette visite. En efTet , à peine m'étais-je engagé dans l'avenue de son hôtel qu'il fallut qie ranger pour en laisser sortir plusieurs voitures. C'étaient celles de l'Empereur Alexandre et de quelques autres Rois et Princes de la Coalition! J'entrai toutefois, sans céder à un premier mouvement de mécontentement irréfléchi, car j'eusse été presqu aussi insensé que le parti rétrograde de l'ancienne France, si je n'eusse pas reconnu dans cet incident l'empire des faits accomplis. Je me résignai donc à ne point, être surpris de trouver dans le maréchal quelqu'enivrement des hommages généreux et mérités dont il venait d'être l'objet.
no LIVRE PREMIEU.
Cet orgueil bien naturel colorait encore les irails de sa figure martiale si expressive ; il perçait même dans ses paroles, lorsque, trop brusquement peut-êlre, je glaçai son émotion par le tableau des sentiment^ réprobateurs de notre paçsé, que, à la Cour des Tuileries, je venais de reconnaître. « Qu'avait-il pour s'en dé- (( fendre, si ce n'était les débris de oos armées sous (c lui tant de fois victorieuses? Mais savait-il que, en ce (c moment, nos soldats, p!leins de dépit, couvraient « par bandes tes chemins, jetant, brisant leurs armes? (C Croyait-il que sans eux , que sans la crainte qu'ils <f inspiraient à cette Cour, on ménagerait son îsole- « ment, lorsqu'il suffirait de lui en défendre l'entrée , « pour se ilébarrasser, en lui, d'une origine ré- « prouvée et des souvenirs d'une gloire hostile ? »
Ma colère exagérait. Mais il en avait sans doute assez vu déjà pour la comprendre, car, à cette sortie inattendue, il pâlit, demeura muet, puis convint qu'il fallait promptement songer à la réorganisation des restes de l'armée Impériale.
Je vivais dans cette irritation, lorsqu'un autre jour le Prince de Neuchatel, m'ayant appelé dans son cabinet, m'oflrit le commandement de la compagnie de Gardes du Corps récemment créée pour lui. Je refusai, il insista; et, forcé de m'expliquer, j'eus le vif regret d'affliger cet excellent homme, que l'âge et surtout des travaux excessifs avaient affaibli. Je lui. répondis : « Que ma position passée près du Premier ce Consul et de l'Empereur m'excluait de tout ser- « vice personnel près de Louis XVIII ; mais que je « n'en serais pas moins prêt à servir mon pays dans